Lecture / Ecriture
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La voleuse de livres de Markus Zusak

Markus Zusak
  La voleuse de livres

La voleuse de livres - Markus Zusak

"Je suis hantée par les humains"
Note :

    Allemagne, début 1939. Liesel a 10 ans et sa mère les conduit, son petit frère et elle, dans une famille d'accueil dans la banlieue de Munich. Le petit frère, Werner, décède pendant le trajet en train. Pendant son enterrement rapide dans une petite ville qui a le mérite de se trouver à côté de la voie de chemin de fer, sa soeur vole un livre, le premier d'une longue série. La Mort entreprend de nous raconter 4 ans de la vie de cette petite fille entêtée, courageuse et qui aime les mots...
   
   Voilà un roman, chers happy few, qui divise manifestement la blogosphère en deux camps : les défenseurs acharnés de ce roman et ceux qui n'ont pas vraiment aimé, voire qui ont carrément abandonné. Et moi-même, là-dedans ? vous demandez-vous, car vous ne manquez jamais de vous interroger à bon escient. Eh bien je n'irai pas par quatre chemins chers happy few, pour vous révéler que j'ai adoré ce roman, qui a tous les attributs pour devenir un classique de la littérature jeunesse.
   
   L'histoire est formidable et bouleversante (j'avoue tout, j'ai pleuré à la fin, ce qui ne m'arrive pas si souvent, chers happy few!), très bien construite : sa linéarité est parfois entamée par des projections dans le futur qui ôtent le suspense mais pas l'envie de savoir comment les choses se sont déroulées (car parfois le chemin pour parvenir au but importe plus que le but lui-même).
   
    Les personnages sont incroyablement attachants, on vibre au son de la voix de Hans, le père nourricier, on a peur pour Rudy (le voisin très sympathique) et Liesel, on sourit de la tendresse bourrue de Rosa, la femme de Hans, on tremble au bruit des bottes nazies et on éprouve une immense pitié pour ces Allemands pauvres et dignes, qui tâchent de survivre et de protéger les leurs chacun à leur manière.
   
    J'ai beaucoup aimé la narration, assurée par la Mort en personne, toute en finesse, pleine d'humour et de poésie. C'est très astucieux d'avoir choisi la Mort pour raconter l'histoire de Liesel, car cela permet un point de vue original sur les faits et une réflexion sur l'humanité, la guerre, le nazisme, la déportation des Juifs, la lâcheté, l'héroïsme, la vitalité de l'enfance, l'amitié, l'amour... , le tout sans s'appesantir, comme en passant, comme un de ces nuages que vénère Liesel, aux couleurs et aux formes inattendues, car la Mort est compatissante et légère, elle prend les âmes dans les bras, surtout celles des enfants. Et bien sûr, il faut dire un mot de la place des livres et des mots dans cette histoire, les mots qui déchirent et qui endoctrinent mais aussi ceux qui sauvent. A ce titre, les passages où Liesel, dans l'abri anti-aérien fait la lecture à ses voisins, sont très beaux, de même que les livres que dessine pour elle Max, le Juif caché dans le sous-sol (ah, l'histoire de l'homme-plume)!
   
   C'est un excellent roman extrêmement riche et foisonnant, d'une incroyable densité, un roman sur la guerre et sur l'écriture, sur l'amour et sur la transmission, un roman qu'il faut absolument lire, chers happy few!
   
   PS : Le titre de ce billet est une phrase empruntée à la narratrice, dont décidément j'adore le style, et c’est la dernière phrase du roman.
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critique par Fashion Victim




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La mort, narratrice d'un sublime roman
Note :

   'Comme beaucoup de malheurs, cela commença par l'apparence du bonheur"
   
   C'est au jeune garçon qui enterre son petit frère, âgé de six ans, que Liesel vole son premier livre "Le manuel du fossoyeur". Elle l'emmène dans sa famille d'accueil qui vit à Molching, une petite ville allemande près de Dachau. Hans et Rosa, ses parents adoptifs, habitent rue Himmel qui signifie "paradis" en allemand. Pourtant rien n'est idyllique en Allemagne dans les années quarante. La majorité de ses habitants a adhéré au parti nazi. La majorité, mais pas tous. En effet, Hans Hubermann, le père de substitution de Liesel, qui est aussi l'homme qui lui apprendra à lire, fait partie des 10 % d'Allemands qui ne soutiennent pas Hitler. Peintre en bâtiment, il joue de l'accordéon. L'ami qui lui a donné cet instrument est mort lors du précédent conflit mondial. Il a une dette énorme envers cet homme, qui lui a sauvé la vie. Pour arrondir leurs fins de mois, Rosa fait la lessive et le repassage pour les familles aisées de Molching. Et Liesel, qui ne sait pas lire, est irrésistiblement attirée par les livres, notamment ceux qu'elle voit chez la femme du maire, une des clientes de sa mère, chez qui elle va parfois récupérer du linge.
   
   Alex Steiner, leur voisin, fait partie des Allemands membres du parti nazi. Son fils, Rudy, est fasciné par l'athlète noir américain Jesse Owens. Il va très rapidement devenir le meilleur ami de Liesel. Comme tous les Allemands à partir de 10 ans, ces deux enfants vont devoir adhérer aux jeunesses hitlériennes.
   
   Maintenant que j'ai planté le décor de ce magnifique récit, je vous laisse ouvrir ce livre absolument sublime, livre dont la narratrice n'est autre que la mort elle même, cette mort qui a fort à faire en ces années de guerre dans le troisième Reich de l'Allemagne nazie.
   
   Brillant, extrêmement ambitieux, j'ai été éblouie par ce roman, à la fois riche et dense. C'est un livre sur la folie des hommes et la grandeur de certains. Il met en valeur l'amour, l'amitié, la solidarité, le langage aussi avec ces mots qu'on lit ou qu'on écrit. Il contient des passages tout simplement bouleversants. La structure est originale, de nombreuses digressions émaillent et servent ce livre magistral. Les personnages ont tous une place prépondérante dans ce roman qui restera indéniablement mon coup de coeur 2008.
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critique par Clochette




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La mort en narratrice…
Note :

   La mort, personnifiée, est présentée dans ce roman comme une personne somme toute banale, bien élevée, qui nous raconte son travail; celui de venir récupérer les âmes des mourants. Evidemment elle est à la peine durant cette seconde guerre mondiale, années 40. Pour tout dire, elle n’arrête pas. Et elle croisera à trois reprises le chemin de Liesel, une fillette allemande pas vraiment née avec une cuillère dorée dans la bouche! La troisième sera la bonne mais voilà du coup la mort tentée de nous raconter l’histoire de Liesel, qui va très vite être qualifiée de «voleuse de livres». Un coup un peu à «L’ombre du vent». Une héroïne et les livres en vedette.
   
   La technique narratrice est originale, un peu genre «Chroniques de San Francisco» d’Armistead Maupin; de très courts chapitres comme autant de chroniques. C’est écrit simplement et le style ne laisse pas de souvenirs marquants. Ca «coule» facile. Très «politiquement correct», sans trop de surprises et avec presque une Happy End, pour autant que la mort puisse nous conter une Happy End!
   
   Liesel entame au plus mal sa vie sur terre puisque, un peu avant le déclenchement de la guerre, on commence par la trouver dans un train, emmenée par sa mère, et théoriquement son petit frère, dans une ville lointaine pour être confiée à Hans et Rosa Hubermann, parents adoptifs. On comprend que la mère n’est pas en odeur de sainteté avec le pouvoir nazi et qu’il s’agit là de sauver ses enfants. Théoriquement pour le petit frère puisqu’il s’agit de la première rencontre entre la mort et Liesel; le petit frère meurt pendant ce voyage. Dans son malheur, Liesel a une première chance puisque Rosa, la mère adoptive, qui apparait de suite comme une marâtre, se révèlera une femme de bien qui tente, parmi d’autres, de survivre dans une Allemagne nazifiée où il ne fait pas bon ne pas appartenir au Parti. Et si Rosa peut passer d’un premier abord pour une marâtre, Hans, le père adoptif, se révèle très vite atypique, sympathique et une bouée pour la très jeune Liesel, même s’il n’est pas, lui non plus, en odeur de sainteté côté parti Nazi.
   
   Markus Zusak va ensuite dérouler l’histoire de l’Allemagne jusqu’à arriver à la guerre. C’est une œuvre historique en quelque sorte sous couvert de l’histoire de Liesel racontée par la mort.

critique par Tistou




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