Lecture / Ecriture
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Cinq matins de trop de Kenneth Cook

Kenneth Cook
  Cinq matins de trop
  Le koala tueur et autres histoires du bush
  Par-dessus bord
  A coups redoublés
  L'ivresse du kangourou
  La vengeance du wombat et autres histoires du bush
  Téléviré
  Le Blues du Troglodyte

Kenneth Cook est un journaliste, réalisateur, scénariste et écrivain australien né en 1929, et décédé d'une crise cardiaque en 1987.

Cinq matins de trop - Kenneth Cook

Voyage au bout de l'enfer
Note :

   Ayant lu de bonnes critiques sur ce livre, je me lance dans l'aventure. Il est à signaler que ce roman a été écrit en 1961! Kenneth Cook, né en 1939 et décédé en 1987, est très populaire dans son pays d'origine. Ce roman fut adapté au cinéma sous le titre «Outback». Très peu de ses romans furent traduits en français.
   
   John Grant enseigne à de charmants bambins dans une charmante bourgade de «l' Outback» au fin fond du désert australien. Un peu d'espèces et le chèque de son salaire en poche, l'année scolaire est finie. Homme de la côte, il désire partir en vacances au bord de la mer le plus tôt possible. Pour ce faire, après 6 heures de train, il arrive dans la charmante grande ville des environs, Bundanyabba (les familiers disent Yabba) qui possède un aéroport avec des vols pour Sydney. Yabba est pour le chauffeur de taxi «La meilleure ville d'Australie» que tout le monde aime. Le représentant de la police qui répond au doux prénom de «Jock» prétend que c'est sûrement la ville la plus honnête d'Australie. Un peu de chauvinisme local et d'exagération, mais pourquoi ne pas croire des gens si aimables et puis il n'est là que pour une nuit.
   
   Après avoir bu quelques bières avec le représentant des forces de l'ordre, avoir mangé un repas indigne et indigeste, il se laisse tenter par quelques parties de pile ou face, car il a une douzaine d'heures à tuer!
   
   Suite à une période de chance il se retrouve avec un pécule de 300 dollars ; il décide de rentrer à l'hôtel pour réellement voir de près cet argent. Il le regarde, puis une idée lui vient, il se rhabille et repart dans la nuit...
   
   Au matin nous le retrouvons ayant tout perdu au jeu, même son chèque de salaire, il n'a plus les moyens d'aller à Sidney, ni même de payer sa chambre d'hôtel. Est-il possible de survivre six semaines dans cette ville, certes charmante avec des habitants si aimables et familiers?
   
   John Grant, instituteur, est un homme normal. Enfin il le pensait et il l'était sûrement. Jusqu'à cette nuit où il a tout perdu au jeu, son argent et tout son sens de la vie civilisée. Mais il va connaître l'alcool à très forte dose, une femme croqueuse d’hommes, un camionneur méprisant, la drogue et la sauvagerie de la chasse au kangourou de nuit avec voiture et projecteur. Il sombrera dans la déchéance morale et physique, vivant d'expédients ou aux crochets de gens qui l'invitent.
   
   Il va connaître des matins blafards, des gueules de bois carabinées, la bière au réveil en guise de petit déjeuner pour tenter d' atténuer la douleur de l'alcool, mais aussi pour repartir pour une autre monstrueuse cuite. Un jour réunissant le peu de raison qu'il lui reste, il partira encore, en camion, cette fois pour le voyage de la dernière chance.
   
   Les descriptions des moeurs des habitants de l'ouest australien n'incitent pas à en faire un lieu de vacances privilégié. De mineurs «brutes épaisses» en médecins alcooliques, en passant par des jeunes filles un peu nymphomanes, le voisinage, même s'il est d'une promiscuité relative n'en est pas moins inquiétant.
   
   Un excellent roman noir, très noir mais superbement écrit. Cette région d'Australie se prête très bien à des romans durs, à cause d'une violence due en partie à l'ennui qui y règne, à la distance entre les villes et surtout à l'absorption massive d'alcools divers.
   
   Extraits:
    « - Ce trimestre au moins, il lui parut raisonnable de présumer qu'aucune des filles n'était enceinte.
   
   - Mais pour l'instituteur, Bundanyabba n'était qu'une variante de Tiboonda, en plus grand. Et Tiboonda était une variante de l'enfer.
   
   - On y était à l'ombre, mais pas au frais.
   
   - La fille de la réception de l'hôtel était une réplique défraîchie des filles de réception d'hôtel du monde entier.
   
   - L'ensemble pensa-t-il, est d'un mauvais goût incontestable, mais c'est extrêmement confortable.
   
   - Il leva les yeux au ciel et fit de gros efforts de réflexion, avec les capacités qui avaient survécu à l'alcool.
   
   - Mais enfin, elle savait bien ce qu'elle faisait, elle, alors pourquoi pas? Il était décidé. L'était-il? Oui il était décidé, pourquoi pas? Oui il était décidé.
   
   - L'eau de Yabba n'est bonne que pour cuisiner, dit l'homme.
   
   - On a tous eu nos petits épisodes avec Janette.
   
   - ...mais c'est tout à fait possible de vivre à Yabba sans argent, à condition de se conformer.
   
   - Si c'était un homme, elle aurait été arrêtée pour viol il y a deux ans.
   
   - On ne laisse jamais un gars fauché payer la bière à Yabba, mon pote, dit-il.
   
   - Faut soigner le mal par le mal, mon pote. Allez, viens.
   
   - Yolanda (la ville, note personnelle) apparut, comme il se doit tel un saupoudrage de lumière sur la plaine. »

   
   Titre original: Wake in fright (Australie)
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critique par Eireann Yvon




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Dans l’Outback*
Note :

   Deux gros handicaps pour moi pour m’intégrer dans l’Outback (à en croire Kenneth Cook); la bière, la chasse. Je ne pratique ni l’une ni l’autre et à l’en croire:
   « Voilà une caractéristique bien particulière des gens de l’Ouest, songea Grant. Tu peux coucher avec leurs femmes, spolier leurs filles, vivre à leurs crochets, les escroquer, faire presque tout ce qui te frapperait d’ostracisme dans une société normale : il n’y prêtent guère attention. Mais refuser de boire un coup avec eux et tu passes immédiatement dans le camp des ennemis mortels.»

   
   Kenneth Cook est australien et «Cinq matins de trop», paru en 1961 sous le titre original de «Wake in fright» serait, à en croire la quatrième de couverture, un livre culte là-bas.
   
   «Cinq matins de trop» traite de l’Outback. L’Outback qui serait au littoral australien (où est concentrée l’essentiel de la population) ce que Prague serait à la Côte d’Azur. Oui, l’arrière-pays méditerranéen situé vers Prague, notre Outback à nous!
   C’est que c’est grand l’Australie! Et Grant, qui effectue sa première année d’instituteur à Tiboonda, est planté pour un an à «trou-du-cul de l’Australie». A Tiboonda, il n’y a rien… enfin si: quelques élèves, hélas pour Grant.
   
   Le roman commence au moment où arrivent les vacances, pour six semaines, pour Grant. Il va prendre l’avion pour Sydney et renouer contact avec la civilisation. Mais l’avion, il va le prendre à Bundanyabba (capitale de «trou-du-cul de l’Australie»). Et il va passer là-bas quelques matins de trop. Et faire de successives expériences liées à l’alcool (enfin, la bière!), le jeu, la chasse, la folie de la violence, … qui vont le mener à la déchéance, et plus si affinités.
   
   C’est très court à lire mais paroxysmique, ça en devient progressivement étouffant. On sent bien dès le départ de Tiboonda, en train pour Bundanyabba, que ça ne va pas tourner rond, comme un cauchemar éveillé. De fait ça ressemble furieusement à un cauchemar. Kenneth Cook, en outre, procède de manière allusive, ne donnant pas toujours les clefs de tous les évènements traités ou effleurés, un peu comme dans un cauchemar, justement.
   
   Un point de vue intéressant sur la rudesse de l’Outback. Fait pas bon être kangoorou, moi je vous le dis!
   
   
   * L'outback est l'arrière-pays généralement semi-aride de l'Australie. Il n'est pas très peuplé (environ 10% de la population du pays).
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critique par Tistou




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Rude semaine aux Antipodes
Note :

   Ce livre paru en 71 semble connaître une seconde jeunesse à l'occasion de la parution chez Autrement de "Par-dessus bord". Kenneth Cook (1929-1987), australien, est d'après Frédéric Vitoux, du Nouvel Obs, un écrivain hustonien. Je trouve cette définition formidable et motivante pour qui veut se plonger dans l'aventure littéraire, celle qui se confond avec l'action, et que le grand John a explorée toute sa vie de chasse en bar, de femme en table et qui n'est pas loin d'Hemingway au meilleur de sa forme. Attention nous sommes là chez des chasseurs, buveurs, coureurs, des hommes qui n'ont jamais oublié que la vie, l'action et l'art ne faisaient qu'un. Quand je pense que j'écris besogneusement sur mon petit bureau ou sur cette maudite bécane, et non au bar du Raffles à Singapour. . .
   
   "Cinq matins de trop" ne fait que 150 pages et ne vous prendra qu'une heure et demi environ. Car vous ne le lâcherez pas. Embringués dans l'ahurissante virée dans l'outback australien où les hommes ne sont pas vraiment des poètes et où le sport préféré est le biathlon : boire des bières/massacrer des kangourous. Ils s'y entendent à merveille pour l'un comme pour l'autre. John Grant instituteur dans un bled de l'ouest veut rejoindre Sydney pour ses vacances. Mais les autochtones l'invitent à boire et chasser. Leur invitation est aussi musclée que leurs habitudes. Je vous conseille de les suivre. D'ailleurs vous n'aurez pas le choix. Ces gars-là ne plaisantent guère avec l'hospitalité qu'ils pratiquent à leur manière.
   
    Kenneth Cook est de ces écrivains qu'on n'oublie pas. On a l'impression qu'il sait de quoi il parle: "Hustonien" a-t-on dit?

critique par Eeguab




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