Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Ce silence-là de Franck Bellucci

Franck Bellucci
  Ce silence-là
  L'invitée
  Et pour le pire

Ce silence-là - Franck Bellucci

Le violoncelliste
Note :

   Qui est cet étrange jeune homme que la gendarmerie a récupéré, errant et hagard, sur une plage du littoral normand ? Vêtu d'un habit de gala, serrant contre sa poitrine une liasse de partitions musicales, l'inconnu semble muet et frappé d'amnésie.
   Aussitôt pris en charge par les autorités, le voici admis dans le service psychiatrique de l'hopital de L.
   
   Malgré toutes les tentatives des médecins et des enquêteurs, le mystère reste entier en ce qui concerne l'identité du patient de la chambre 22. Le jeune homme semble muré dans son silence et aucune stimulation sensorielle ne semble réussir à le sortir de son état apathique.
   
   Hélène, l'infirmière chargée de le surveiller, s'interroge elle aussi sur le mystère qui entoure ce jeune inconnu. Ses questionnements vont peu à peu céder la place à une étrange fascination envers celui qu'elle va finir par considérer comme «son patient».
   La jeune femme qui, sous un aspect avenant dissimule d'anciennes blessures, va très rapidement se consacrer exclusivement à l'étrange pensionnaire de la chambre 22 et rester à son chevet des heures durant, quitte à oublier pour cela ses obligations professionnelles et personnelles.
   Au matin du 15ème jour, une infirmière stagiaire découvre dans la chambre un dessin réalisé par le jeune homme : il s'agit d'un violoncelle.
   L'inconnu de la chambre 22 serait-il musicien, hypothèse que tendrait à appuyer la liasse de partitions qu'il détenait lors de son admission ?
   
   On fait alors appel à un professeur de musique qui arrive sur les lieux le lendemain matin, muni d'un violoncelle. À la stupéfaction générale, le jeune homme s'empare de l'instrument et se met à exécuter avec une grande virtuosité les Six Suites de Jean-Sébastien Bach.
   
   Les enquêteurs de la police, les médias et les médecins se perdent en conjectures : qui est réellement cet homme ? un artiste de génie victime d'amnésie ? un autiste? ou, plus incroyable encore, un adroit mystificateur ?
   
   Pour Hélène, ces suppositions importent peu alors que le jeune homme de la chambre 22 prend de plus en plus d'importance dans sa vie, tout ceci à un tel point qu'elle finit par perdre pied avec son quotidien et avec ses collègues, n'ayant plus pour seuls confidents que son journal intime ainsi que «son patient» avec qui elle entretient un dialogue silencieux, fait de gestes, de regards, de caresses.
   
   Les jours vont passer – 85, exactement – pendant lesquels Hélène va peu à peu tenter de percer le mystère du patient de la chambre 22 , un mystère qui va trouver d'étranges résonances avec son propre passé, un drame survenu lors de son adolescence et qui ne cesse de la hanter. Elle ira ainsi jusqu'au bout de ses questionnements, faisant resurgir peu à peu de douloureux souvenirs, jusqu'à ce que – passé et présent finissant par se confondre – elle soit amenée progressivement vers une conclusion qui s'avérera tragique et irrémédiable.
   
   S'étant librement inspiré d'une histoire vraie qui défraya la chronique il y a de cela quelques années – l'affaire Andreas Grassl, surnommé «The Piano Man» – Franck Bellucci ne cherche pas à nous conter une énième interprétation de ce fait-divers qui fit alors couler beaucoup d'encre.
   
   C'est en fait sur la personnalité d'Hélène, l'infirmière qui va assister le patient de la chambre 22, que l'ensemble de ce roman va se focaliser afin de nous livrer le portrait d'une femme déchirée par son passé, une femme qui trouvera dans la personne de ce jeune homme inconnu le catalyseur de tous ses espoirs, de toutes ses peurs et de tous ses regrets.
   
   Franck Bellucci, dont c'est ici le premier roman, nous livre avec «Ce silence-là», un récit fascinant, sensuel, troublant et douloureux, un voyage aux limites de l'amour et de la folie qui ne laissera pas le lecteur indifférent.
    ↓

critique par Le Bibliomane




* * *



Musique de la mémoire
Note :

   Un jour d’avril, un jeune homme est retrouvé trempé sur la plage de L., en Normandie, de partitions à la main. Muet, il est admis à l’hôpital dans la chambre 22. Hélène, infirmière, le prend sous son aile et va essayer de percer son secret: qui est ce violoncelliste doué? Vient-il de Prague, de Londres? Simule-t-il sa maladie? Mais ce patient va révéler à Hélène des souvenirs qu’elle avait enfouis bien loin, et qui la bouleversent.
   
   Dans ce premier roman, Franck Bellucci accommode à sa manière l’histoire de ce jeune homme, le "piano man", retrouvé sur une plage anglaise un matin et très bon pianiste. Il change, par rapport au fait divers le lieu de l’intrigue et l’instrument dont il joue. Mais s’il utilise cette histoire, ce n’est pas pour décrire la vie de ce jeune homme ou inventer son histoire, mais il s’en sert de prétexte pour concentrer son attention sur Hélène.
   
   Car c’est bien Hélène qui tient le rôle principal de ce roman. C’est elle qu’on entend le plus souvent, au travers de son journal. Le journal alterne avec les propos d’un narrateur extérieur, qui raconte essentiellement la succession des événements liés à l’enquête sur l’identité de cet homme. Ce journal nous permet de plonger dans l’intimité de cette femme d’âge mûr, qui vit une histoire finissante avec un homme qui ne sera qu’une ombre dans ce roman, et qui va être confrontée de manière inattendue à son passé douloureux.
   
   La vue de ce jeune homme réveille des souvenirs, ses traits lui évoquent un proche. Et petit à petit, Hélène plonge dans la folie, qu’on pensait au départ réservé à ce jeune homme. L’attirance d’Hélène pour lui devient une obsession et son comportement avec ce patient étrange prend des proportions inquiétantes pour l’ensemble du personnel. Et malgré les efforts du docteur pour éloigner Hélène, elle revient irrémédiablement la chambre 22. Et se trouve constamment au bord du précipice, sur le point de passer d'infirmière à patiente.
   
   J’ai apprécié ce roman, qui prend le lecteur à contre-pied en lui présentant une histoire qu’il n’attendait pas. Sur un sujet relativement difficile, car partant d’un fait divers connu, Franck Bellucci parvient à créer et à faire exister ce personnage d’Hélène, qui éclipse totalement le patient, qu’on attend comme héros de ce roman. Et le secret d’Hélène prend le pas sur la découverte de l’identité de ce dernier.
   
   Si j’ai mis un peu de temps à m’habituer à l’écriture (j’ai trouvé pendant les toutes premières pages qu’il avait beaucoup d’adjectifs? Etrange, non?!?), j’ai ensuite pris mon temps pour découvrir ce que cache Hélène. Et j’ai pris plaisir à me plonger dans cette histoire pas très joyeuse, mais touchante.
   
   Vraiment une jolie découverte, qui sera je l’espère suivie par d’autres!

critique par Yohan




* * *