Lecture / Ecriture
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La vie en sourdine de David Lodge

David Lodge
  Un tout petit monde
  La Chute du British Museum
  La vie en sourdine
  Changement de décor
  L'auteur, l’auteur
  L'Art de la fiction
  Jeu de société
  Hors de l'abri
  Pensées secrètes

David Lodge est un écrivain britannique né en 1935.

* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

La vie en sourdine - David Lodge

Pas désagréable
Note :

    Rentrée littéraire 2008
   
   Pas désagréable, mais un peu anodin. Votre avis sur ce livre dépendra beaucoup de ce que vous en attendez. Si c’est pour vous distraire d’une façon qui reste de bon goût, ou mieux comprendre les problèmes liés aux troubles de l’audition, il sera parfait.
   
   Le thème de ce roman (surdité et vie sociale ou familiale) a été inspiré à David Lodge par l’expérience malheureuse qu’il vit lui-même. L’intrigue et les mésaventures de son personnage principal (conférencier et professeur à la retraite) l’ont été également par sa connaissance du milieu concerné.
   
   C’est un livre qui m’a un peu déçue car j’aurais souhaité que les choses soient un peu plus approfondies, l’observation un peu moins superficielle, les problèmes et différents rebondissements un peu plus originaux et la fin un peu plus surprenante. C’est le bémol que je mettrais à l’évocation de ce roman et, comme il s’est trouvé être le premier de David Lodge que je lisais, je ne peux pas vous dire si cet avis est particulier à ce livre ou s’il pourrait s’élargir à d’autres.
   
   Il n’en reste pas moins que c’est un livre qu’on lit sans déplaisir. Cela se passe dans un monde assez intelligent, le personnage principal est plutôt sympathique et ce qu’il dit de la surdité, spécialement comparée à la cécité "La surdité est comique alors que la cécité est tragique.", est fort juste mais est-ce une idée bien originale? Et puis cela met son lecteur dans une position un peu inconfortable. On comprend si bien les difficultés du personnage qu’on a du mal à rire (et même sourire pour ma part, mais je suis trop sensible, je sais ;-)) des incidents qu’il nous relate. De ce fait, le ton humoristique, toujours lié à ses romans, est un peu cassé par l’auteur lui-même.
   
   Des le début, D. Lodge se livre à un jeu de style en passant plusieurs fois alternativement de récits à la première personne à des récits à la troisième, et retour. Les premières fois qu’il le fait, il explique que c’est là un exercice d’écriture qu’il avait coutume de donner à ses élèves. Puis, plus loin, il nous dit "Je me sens pris par une brusque envie d’écrire à la troisième personne" et hop! Il y va.
    Inversement, quand "Je" dit son nom, c’est Bates et non Lodge, bien sûr. Bon, d’accord. Mais je ne vois pas bien quel était l’objectif, le but de la manœuvre. Il me semble que cela ne produit guère d’effet tout au long du roman, à part celui, plutôt malencontreux, de nous refaire penser à chaque fois à l’exercice scolaire qu’il a lui-même évoqué au début. Du coup j’ai l’impression que c’est la deuxième balle que l’auteur s’est tirée dans le pied.
   
   Je souligne cependant qu’il peut être particulièrement bien inspiré d’offrir ce roman à des personnes ayant un problème d’audition ou à d’autres ayant dans leur entourage des personnes ayant un problème d’audition* Et je pense que oui, ce livre peut alors apporter des choses. En particulier améliorer grandement leur compréhension du problème de la surdité totale ou partielle. Ainsi réfléchir à cette façon que l’on a d’être agacé par le sourd qui ne comprend pas ce qu’on lui dit alors qu’on se précipite au secours du malvoyant qui renverse quelque chose. On soupçonne le plus souvent le premier de le faire exprès, jamais le second. Cette facilité à rire de bon cœur de la méprise d’un sourd qui essaie de participer tout de même à un échange, mais jamais de la maladresse d’un aveugle. Vous me direz : "Si on ne peut plus rire de rien !..." Vous avez raison. Néanmoins, cela n’empêche pas d’être capable de comprendre la détresse ou l’humiliation quand on les croise.
   
   Voilà à peu près toutes les pensées que m’a inspirées ce roman, pas mauvais du tout d’ailleurs, bien qu’il ne corresponde pas exactement à mes goûts. Mais je suis sûre qu’il plaira et que plusieurs s’en délecteront.
   
   
   * NB, vous remarquerez que si vous êtes dans le 1er cas, vous êtes donc déjà un lecteur potentiel. Lisez-le donc discrètement avant de refermer le paquet cadeau. ;-)
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critique par Sibylline




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Comment ?
Note :

   La vie en sourdine, c'est tout simplement l'histoire ou plutôt le journal intime de Desmond, professeur d'université fraîchement retraité, qui souffre de problèmes d'audition. Entendant effectivement de plus en plus mal, il est souvent obligé de faire répéter son interlocuteur ou de feindre d'avoir compris. Ce qui entraîne pas mal de quiproquos... Ainsi, Alex, jeune étudiante qui cherche un maître de thèse, lui fixe un rendez vous auquel il ne se rend pas et pour cause, il n'a pas compris l'objet de sa demande... Mais la jeune femme n'est pas farouche et elle n'hésite pas à le rappeler.
   
   David Lodge est un de mes auteurs fétiches et j'avoue ne pas avoir été déçu par son dernier opus. Il traite avec beaucoup d'humour d'un problème somme toute banal. Car, l'âge aidant, on entend souvent de moins en moins bien et la pose d'un appareil ne résout pas tout et n'est pas non plus sans poser problème. Ajoutez à cela son père vieillissant dont il s'occupe, sa famille recomposée et cette jeune étudiante dont il n'ose parler à sa femme tout en sachant qu'il va pourtant bien falloir... Bref, c'est drôle, ça se lit vite, c'est léger et grave à la fois et ça m'a fait passer un très bon moment.
   
   Ce récit est en partie autobiographique, l'auteur s'est en effet inspiré de ses propres problèmes d'audition pour le rédiger. Pour le reste, il fait appel à ses talents d'invention et d'écriture.
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critique par Clochette




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Un peu foutraque …
Note :

   Un peu foutraque, entre malentendance, humour et autobiographie … Vraiment curieux ce roman de David Lodge, qui donne l’impression de ne pas avoir décidé ce qu’il voulait écrire. Cela pourrait être pas mal autobiographique (un professeur de linguistique, anglais, qui a des problèmes d’audition, …), ça pourrait aussi être un roman sur le thème de la malentendance , … C’est un roman à coup sûr avec une composante «humour» - David Lodge – mais pour l’essentiel le fil du roman dérive trop en permanence d’un pôle à l’autre à mon goût.
   En remerciements, David Loge nous en informe:
   « La surdité du narrateur et le personnage de son père ont pour origine ma propre expérience, mais les autres personnages du roman sont de pures fictions, comme l’est la ville anonyme du Nord où se déroule l’essentiel de l’histoire, tout autant que l’université.»
   
   Desmond, professeur de linguistique anglais, à la retraite depuis peu, vit mal celle-ci. Sa femme, à la tête d’une boutique de décoration active, jette une lumière crue sur son inactivité. Il se sent plus ou moins à sa remorque. Et surtout, surtout, Desmond n’entend plus correctement, ce qui l’isole du monde extérieur et peut lui faire commettre quelques impairs. C’est d’ailleurs ainsi que débute le roman, ou «comment répondre oui à des questions qu’on n’a pas comprises peut vous emmener en galère ».
   
   « Il comprend que c’est une question en raison de l’intonation montante et parce que ses yeux bleus s’élargissent légèrement, ses sourcils se froncent, et cela exige évidemment une réponse. "Oui", dit-il, en prenant le risque; et, comme cela semble lui faire plaisir, il ajoute vaillamment: "Absolument." Elle pose une autre question à laquelle il répond également par l’affirmative, et alors, à sa grande surprise, elle lui tend la main. Manifestement, elle va quitter la réception. "Ravi de vous avoir rencontrée", déclare-t-il en prenant la main et en la serrant. Elle est fraîche et légèrement moite au toucher. "Comment avez-vous dit que vous vous appeliez – avec tout ce bruit, je n’ai pas très bien saisi." Elle prononce de nouveau son nom mais en vain: le prénom sonne vaguement comme "Axe", ce qui n’est pas plausible, et le nom de famille est totalement inaudible, mais il ne peut se permettre de lui demander de répéter une nouvelle fois. "Ah, oui", dit-il, hochant la tête, comme s’il était content d’avoir assimilé l’information. "Eh bien, c’était très intéressant de parler avec vous."»

   
   C’est ainsi que Desmond se retrouve aux prises avec une étudiante américaine en linguistique qui l’a embringué dans la confection de sa thèse et qui est prête à tout, notamment au chantage …
   Ceci pourrait constituer la réelle chair du roman mais, bizarrement, on a l’impression que ça n’est qu’un aspect accessoire, la surdité de Desmond et ses efforts pour tenter d’atténuer ce handicap étant l’autre aspect. Ce sujet «bipolaire» m’a un peu gêné, je l’avoue.
   
   Il y a de l’humour dans tout cela –c’est traité à l’anglaise – mais ç’aurait certainement pu être davantage réussi.
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critique par Tistou




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Autobiographique
Note :

   "La vie en sourdine" est le dernier roman de David Lodge dans lequel il a mis beaucoup de lui-même à commencer par sa surdité et la mort de son père.
   
   Le titre anglais "Deaf Sentence" de même que les phrases mal comprises et déformées par la surdité (ce qui donne lieu à des quiproquos incessants) sont difficiles à traduire sinon intraduisibles, comme l'écrivain le reconnaît lui-même, d'où l'hommage à ses traducteurs Maurice et Yvonne Couturier.
   Le titre joue en effet, sur le jeu de mot entre death : mort et deaf : sourd.* La surdité est bien une condamnation à mort : mort sociale d'abord puisque l’impossibilité de suivre une conversation oblige Desmond, le héros du livre, professeur de linguistique retraité, à renoncer à une vie mondaine mais aussi à des conférences internationales qui auraient donné sens à sa vie et maintenu intacts ses centres d'intérêt intellectuels. Mort aussi car en s'enfonçant dans la surdité, Desmond s'engage dans la vieillesse, sur un chemin où il n'y plus de retour possible.
   
   De plus le tragique de cette infirmité réside paradoxalement dans le fait qu'elle est... comique! Dans la comparaison qu'il dresse entre cécité et surdité, lors d'une brillante, érudite et humoristique démonstration, Lodge démontre, en effet, combien le sourd fait rire ou irrite alors que l'aveugle s'attire attention, aide et commisération.
   
   Le tragique par opposition au comique. Le poétique par opposition au prosaïque. Le sublime par rapport au ridicule.
   
   Les prophètes et les voyants sont aveugles -Tirésias par exemple- mais jamais sourds. Imaginez-vous en train de poser une question à la Sibylle et recevant pour toute réponse un : "quoi? Quoi?" irascible.
   
   C'est ainsi que David Lodge explore, avec un humour parfois grinçant et par l'auto-dérision, cette tranche de vie des plus de 60 ans, qui se manifeste à travers son personnage par le besoin de trouver un sens à sa vie, malgré la cessation d'activité - selon la périphrase pudique qui désigne la retraite- cessation de vie pourrait-on dire- encore aggravée par la surdité, qui lui donne l'impression d'être mis au rencart; par la baisse de la libido surtout lorsqu'on a une femme plus jeune, résolument active, par les dernières tentations sexuelles sous les traits d'une jeune étudiante un peu spéciale; par une visite à Auschwitz qui est un écho à la mort du père et de sa première femme, Maisie, par la naissance d'un petit-fils qui rétablit un instant l'équilibre précaire...
   
   Et enfin, il décrit, autre thème majeur, les rapports avec son père dans toute leur complexité, révélant le fossé social et intellectuel qui s'est créé entre le vieil homme qui a quitté l'école à quatorze ans et dont il dresse un portrait haut en couleur et lui, le fils, universitaire distingué, relations douloureuses entre amour et refus, entre amour et culpabilité jusqu'à la maladie qui occulte les facultés mentales du vieillard et enfin sa mort.
   
   On le voit le roman traite de thèmes tragiques et pourtant l'écrivain avec pudeur, dignité, refus de l'attendrissement, nous amène à en rire.
   
   Un très beau roman, donc, où David Lodge aborde les problèmes d'un homme de son âge dans un récit qui alterne la première et la troisième personne comme pour mieux affirmer qu'il s'agit bien de lui mais aussi d'un autre, d'un journal intime mais aussi d'un roman, et, somme toute, d'une histoire qui nous concerne tous, jeunes et vieux, et que nous serons tous amenés, un jour ou l'autre, à expérimenter.
   
   "Les évènements de ces deux derniers mois ne cessent de déclencher en moi des échos et des résonances de ce genre : la bougie votive vacillant dans l'obscurité parmi les gravats du crématoire d'Auschwitz et la bougie que j'ai mise sur la table de chevet de Maisie lorsqu'elle s'est endormie définitivement; les pyjamas d'hôpital et les uniformes rayés des prisonniers; le spectacle du corps nu et ravagé de papa sur le matelas de l'hôpital lorsque j'ai aidé à le laver et les photos granuleuses de cadavres nus entassés dans les camps de la mort. L'expérience de ces dernières semaines m'a servi en quelque sorte de leçon. "La surdité est comique, la cécité tragique", ai-je écrit plus tôt dans ce journal intime, mais maintenant il me paraît plus significatif de dire que la surdité est comique et la mort tragique, parce que définitive, inévitable, impénétrable."

   
   
   *Le titre français, s'il ne peut rendre compte entièrement de ce jeu de mot, est très habile : La vie en sourdine joue, en effet, sur le jeu entre les mots sourd et sourdine, ce dernier impliquant que la vie a perdu son éclat, son retentissement, qu'elle va être jouée en demi-teintes, avec un bémol à la clef. C'est aussi une annonciation de la mort qui passe par de nombreux renoncements.
    ↓

critique par Claudialucia




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Death ou deaf ?
Note :

   J’ai beaucoup aimé. Toujours le personnage récurrent des romans de Lodge... à savoir... "le professeur universitaire" qui, cette fois, est un jeune retraité qui livre le témoignage de son handicap: la surdité. L'auteur traite du sujet avec son œil comique habituel (exemple... être sourd est considéré par Lodge comme une farce aux yeux des gens, contrairement au fait d'être aveugle qui est beaucoup plus sérieux!!! ). Ce professeur à la retraite remarié compose avec sa surdité donc, (récits désopilants de ses problèmes de communication avec sa femme, de ses utilisations d'appareillages auditifs... ). Lors d'une soirée, il rencontre une jeune étudiante mythomane qui cherche à le séduire et le manipuler. Balloté entre son envie de plaire et la préservation de son couple, il va devoir gérer cette dangereuse relation. Par ailleurs, il accompagne son père jusqu'à ses derniers instants.
   
   Il ne se passe finalement pas grand-chose d’extraordinaire dans ce roman, le contenu événementiel est pauvre, mais l'univers du quotidien de Lodge est toujours touchant, drôle et merveilleusement humain. C’est ce qui me fait aimer ce livre car avec l'écriture de Lodge, c'est toujours un peu de notre vie qui y est décrite...
   
    A noter : le titre original et son jeu de mot "Deaf sentence". Etre sourd... la peine de mort? Hein?

critique par Laugo2




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