Lecture / Ecriture
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Daphné disparue de José Carlos Somoza

José Carlos Somoza
  La théorie des cordes
  Daphné disparue
  La clé de l’abîme
  Tétraméron

José Carlos Somoza est un écrivain espagnol, né en 1959 à La Havane. Il vit à Madrid.

Après des études de médecine et de psychiatrie, il décida de se consacrer à la littérature. Il a écrit plus d’une douzaine de romans dont environ la moitié est traduite en français pour le moment.


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Daphné disparue - José Carlos Somoza

L’écrivain et/est son personnage
Note :

    Rentrée littéraire 2008
   
   Ce que je remarque, au moment d’entamer ce commentaire de ma lecture, c’est que ce que j’ai l’intention de dire n’a aucun rapport avec ce qui est déclaré en 4ème de couverture. Si ce commentateur a bien lu le même livre que moi, c’est qu’il l’a lu d’une toute autre façon. Et pire encore, cette 4ème m’aurait plutôt incitée à ne pas m’intéresser davantage à ce roman. Ce qui m’a amenée à me souvenir de ce que J.C. Somoza dit des "rabats", plus rares chez nous, et qui doivent être l’équivalent espagnol de la 4ème de couv. Mais le rabat, c’est aussi l’étiquette que l’on colle sur un livre ou sur un auteur et dont le pouvoir est immense:
   "Nous savons que «La Bible» prétend être la parole de dieu, tandis que «Les Mille et une nuits» sont un recueil de contes fantastiques. Le rabat, c’est ça: ce que nous savons, ou croyons savoir, sur ces livres. Maintenant, imaginons que «La Bible» et «Les Mille et une nuits» aient échangé leurs rabats il y a des millénaires: à ce stade, les aventures de Yahvé constitueraient un délice pour les petits enfants, pendant que de nombreux dévots seraient morts pour Aladin ou auraient été torturés pour avoir nié Schéhérazade… et ne croyez pas que j’exagère: le rabat est comme le cours d’une rivière, et notre lecture coule toujours soumise à ses limites." (p. 78)
   
   Il faut donc que j’oublie ce que je viens de lire sur cette couverture, et que vous lirez aussi si vous le voulez, pour retrouver ce que moi, j’ai ressenti à cette lecture.
   On recommence.
   
   Tout d’abord, une image de couverture que je trouve très belle. Eh oui, ça compte, c’est elle qui capture le regard et amène les "vue basse" comme moi à venir lire le titre, l’auteur, puis la quatrième et quelques lignes chez le libraire ou la critique dans le magazine (dans mon cas, ce qui valut mieux)… et sortir le porte monnaie.
   
   Ensuite, un univers fabuleux et captivant, pour un auteur dont, ça y est, c’est décidé, je vais tout lire, pour l’immense plaisir qu’il me procure.
   
   Donc voilà de quoi il s’agit : Un homme se réveille dans une clinique. Il vient d’avoir un accident de voiture dont il est sorti miraculeusement indemne, si ce n’est qu’il est totalement amnésique. La seule chose qu’il finit par savoir sur lui, c’est ce qu’on lui dit: qu’il est écrivain et vit seul avec une vieille bonne ; et un petit carnet noir qui était en sa possession et sur lequel il lit : "Je suis tombé amoureux d’une femme inconnue". C’est peu.
   
    Désireux de se retrouver, il décide de partir de cette phrase et de rechercher cette femme. Sa vieille bonne lui apprend qu’il avait dû passer la soirée dans un restaurant appelé "La forêt invisible" et il part donc de là et du fait bientôt découvert qu’il est un romancier très apprécié. "J’avais perdu la mémoire, j’ignorais donc si j’étais génial. Je l’étais peut-être, ou je l’avais été, mais pour le savoir je devrais le demander aux autres."
   
   Arrivé là, on s’aperçoit que, malgré les apparences, loin de s’embarquer dans un roman policier, on part dans une étude littéraire, étude en rouge, monde fantastique ou le possible et l’impossible se fondent et où , sous couvert de rechercher une identité puis un assassin, on enquêtera en fait plutôt et de manière approfondie sur le fait littéraire, sur ce qu’est «être écrivain», sur le monde des écrivains, sur leurs rapports avec leurs personnages, leurs confrères, leurs éditeurs, la création, le succès ou l’insuccès, la fiction, la réalité, la vie etc.
   "La police résoudrait-elle mes problèmes littéraires ?"(p. 66)
   
   On y vivra certes l’enquête du héros qui traque ce qui se cache derrière son amnésie, mais plus encore ce qui se cache dans la littérature et n’hésite pas à suivre la piste à l’intérieur de divers processus de création (y compris et même, en particulier, la création à contrainte). D’ailleurs, cette expérience d’écriture à contrainte vécue par le personnage nous amène (sans que l’auteur ait même à nous le suggérer) à nous interroger sur la construction complexe du roman que nous-mêmes sommes en train de lire.
   
   Vous l’avez déjà compris, c’est un vrai régal pour le/la passionné(e) de livres, une délectation de toutes les pages, portée par une écriture "pleine de fantaisie". Une réussite totale à mon sens.
   ↓

critique par Sibylline




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"La fuite augmentait encore sa beauté"
Note :

    Juan Cabo, un écrivain espagnol célèbre, se réveille après un accident de voiture: il est totalement amnésique. Juste avant l'accident, il a écrit sur son carnet: "Je suis tombé amoureux d'une femme inconnue." Il décide de partir à sa recherche et pour cela, tente de reconstituer ses faits et gestes le soir de l'accident...
   
   Je ne sais pas à quoi je m'attendais en ouvrant ce roman, chers happy few, alléchée par des billets ça et là, mais en tout cas pas à ça. Daphné disparue, qui se présente comme un (faux) roman policier loufoque est une réflexion sur la littérature et ses pouvoirs et sur la création littéraire. Juan Cabo, qui se démène comme un beau diable pour retrouver cette Daphné, rencontre un détective privé-critique littéraire flanqué d'un nain, une muse professionnelle qui lui apprend l'existence de modèles pour écrivains en mal d'inspiration, un restaurant qui garde les écrits de ses clients-gribouilleurs, une auteure de romans policiers prisonnière de son héros et un projet littéraire moderne et de grande envergure baptisé Madrid en temps réel.
   
    Il y a des idées intéressantes dans cette histoire, même si elles ne sont pas bien neuves, notamment sur le rapport entre la fiction et la réalité (l'écrivain l'imite-t-il, la déforme-t-il ou la crée-t-il ?) et sur le rôle de l'éditeur, et pas mal d'humour et de loufoquerie dans le traitement de cette histoire. Mais je ne suis pas totalement convaincue, je dois l'avouer: j'ai trouvé que certains passages traînaient en longueur et il y a un petit côté foutraque pas toujours bienvenu, mais le tout est rattrapé par une fin excellente. Intéressant.
   
   
   Première publication en Espagne, 2000
   
   PS : ce roman est en réalité l'un des premiers de Somoza, traduit aujourd'hui seulement. Je vais en lire d'autres, histoire de voir si ce que je lui reproche est un défaut de jeunesse. Ou pas.
   
   PSbis : le titre de ce billet est un vers d'Ovide, dont je recommande au monde entier la lecture des Métamorphoses, indispensable (je l'inflige même aux élèves, c'est dire). Et comme je vous aime bien, chers happy few, je vous conseille aussi de lire, du même auteur, Les Héroïdes, de sublimes lettres d'amour fictives entre personnages de légende (Pénélope à Ulysse, Hélène à Pâris, Phèdre à Hippolyte...). Certaines sont à pleurer. Y a pas à dire, l'amour ça inspire.

critique par Fashion Victim




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