Lecture / Ecriture
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Les Maîtres de Glenmarkie de Jean-Pierre Ohl

Jean-Pierre Ohl
  Les Maîtres de Glenmarkie
  Monsieur Dick
  Charles Dickens

Les Maîtres de Glenmarkie - Jean-Pierre Ohl

Il aura le sang des Lockart
Note :

    Rentrée littéraire 2008
   
    Dans le charmant petit monde des livres, il existe quelques spécimens pernicieux de la trempe des "Maîtres de Glenmarkie" qui, s’ils ravissent leurs lecteurs, les agacent aussi prodigieusement.
   
   Raison numéro 1 : le lecteur compulsif anonyme victime des frasques des Lockart est tout d’abord bien en peine de résumer de façon cohérente cette lecture enthousiasmante. Il ressort de ses propos une sorte de mélasse incohérente, malheureusement pour l’auditeur déconcerté qui, du coup, passera son chemin en n’ayant pas la moindre idée de ce qu’il laisse derrière lui.
   
   Deuxième chef d’accusation : pour le lecteur qui a eu la drôle d’idée de commettre un blog, la perspective de pouvoir justement se répandre plus qu’il n’en faut sur le roman de Jean-Pierre Ohl est nécessairement la cause de migraines, d’angoisses nocturnes et de cauchemars dans lesquels l’innocente victime se retrouve poursuivie par un fou dans une crypte (sympathique!) ou harcelée par un vieux lord un peu trop porté sur l’homologue écossais du petit Robert.
   
   Troisième effet scandaleux : Les Maîtres de Glenmarkie, livre bien trop passionnant, enflamme le lecteur qui, enfiévré, amoureux de Thomas ou Alexander ou peut-être l’autre Thomas (oui mais Ebenezer ?)… bref, fou à lier, adopte un comportement antisocial qui le pousse à : 1) rejeter des invitations ; 2) perdre tous ses amis (après la troisième lecture) ; 3) recevoir en pyjamas, peignoir (et pantoufles !) le facteur, le plombier, les témoins de Jéhovah, ce quelle que soit l’heure de la journée ; 4) se balader dans la tenue en question devant la fenêtre ouverte dans un moment d’intense concentration, perdant dès lors le peu de crédibilité qui lui restait auprès de ses voisins ; 5) bien sûr, je n’énumérerai pas toutes les conséquences indirectes additionnelles de type perte du sommeil, etc.
   
   Pour toutes ces raisons, condamnons "Les Maîtres de Glenmarkie" et son auteur à trois secondes de repentance et disons-le tout de suite : ce livre est une profonde déception.
   
   En effet vous n’avez pas encore écrit le suivant.
   
   Maintenant que je n’ai plus ce poids sur ma poitrine et que j’ai franchement dit à Jean-Pierre Ohl tout le mal que je pensais de lui, passons aux choses sérieuses (si l’on peut utiliser ce mot pour parler d’un livre aussi amusant) !
   
   "Les Maîtres de Glenmarkie" est un roman alternant deux voix : celle de Mary Guthrie, étudiante s’apprêtant à faire sa thèse sur l’écrivain Thomas de Lockart ; celle d’Ebenezer Krook, ex-curé alcoolique amateur de jolies femmes (et de genoux bien tournés) devenu libraire contre son gré.
   
   Bien que tout semble a priori opposer ces deux personnages, l’histoire va les rapprocher en les unissant indirectement au destin étonnant de la noble famille écossaise des Lockart, maîtres de Glenmarkie. Car voilà peut-être les véritables héros de l’histoire, pourtant décédés depuis longtemps. Au cœur de l’arbre généalogique riche en originaux, deux figures se détachent avec tout d’abord Sir Thomas, érudit aux écrits franchement fumeux, haut personnage légitimiste à l’époque de Cromwell qui aurait laissé derrière lui un inestimable trésor. Si Thomas est la première pièce du puzzle, le lecteur devra d’abord faire la connaissance d’Alexander, le seul à avoir retrouvé le trésor de Thomas. Pour suivre ses pas, Mary est amenée à affronter un secrétaire dont chaque tiroir s’ouvre selon une combinaison particulière. Le secrétaire possédant 32 tiroirs, autant dire que la tâche semble a priori impossible à accomplir!
   
   Voilà en quelques mots le sujet de ce roman aux influences gothiques et victoriennes, dans lequel figurent notamment un vieux manoir en ruine, un majordome tout droit sorti d’un Dickens ou d’un Stevenson (quand on ne songe pas à la famille Addams), un vieillard sénile, une jeune femme sans expérience à la tête farcie de lectures romanesques, un automate faisant revivre le Lockart de la révolution, une crypte et un passage secret.
   
   Mais là où certains pourraient se contenter de planter le décor et de s’appuyer exclusivement sur une histoire captivante (je pense notamment au "Treizième Conte", dont je garde un très bon souvenir), Jean-Pierre Ohl réussit l’exploit en nous livrant un pastiche des classiques anglo-saxons, ce pour leur rendre au final un vibrant hommage. Si l’exercice de style est périlleux, le résultat vaut le détour. Les clins d’œil au lecteur sont nombreux, à commencer par ces libraires, qui ont le culot de s’appeler Ebenezer et Walpole, noms qui vous évoqueront sûrement des souvenirs. Se déroulant dans les années cinquante, l’histoire est également liée aux siècles précédents par le mystérieux secrétaire et les lectures de la plupart des personnages, avec cette librairie dans laquelle aucun livre de moins de cinquante ans n’est autorisé. Nourris de Shakespeare et d’auteurs victoriens ou russes et, dans le cas d’Ebenezer, de Martin Eden, les protagonistes subissent l’influence profonde de leurs lectures, se demandant si leur vie n’est finalement pas contenue dans quelques livres qu'il leur faudrait découvrir. Belle célébration des lecteurs et de la lecture, ce roman dépasse la simple fiction grâce à l’intertextualité; le narrateur se plaît à jouer avec un lecteur ravi de cette connivence nouvelle. Jean-Pierre Ohl emprunte à la littérature pour lui offrir en retour un texte ambitieux ; il donne aussi un nouvel élan aux grands classiques dont il s’inspire en poussant le lecteur ravi à (re)découvrir des œuvres incontournables.
   
   Ce mélange d’influences littéraires, d’audace, d’impertinence, de personnages improbables, d’aventures palpitantes et de paysages écossais aboutit ainsi à un roman loufoque et bien écrit qui donne la nette impression que l’auteur a pris autant de plaisir à l'écrire que nous à le lire. Le lecteur s’y retrouvera car il est en quelque sorte le héros, se régalant d’une histoire vécue par d’autres férus de littérature. Ajoutons à cela un aspect picaresque, un personnage littéralement mort de rire, de l’ironie et du second degré et nous aurons dressé un vague portrait de ce roman abordable et pourtant complexe, fourmillant de détails et de pistes de lecture. A tel point que l’on s’étonne des surprenantes capacités de chef d’orchestre de Jean-Pierre Ohl, qui parvient avec brio à jongler sur de multiples tableaux pour aboutir à un roman de cette envergure.
   
   De même que les protagonistes peuplent leur vie des textes qu’ils savourent, j’ai adoré m’entourer pour quelques jours de la librairie Walpole et du domaine de Glenmarkie. On peut lire ce roman en connaisseur ou pour découvrir de nouvelles inspirations. On peut se délecter des aventures palpitantes de ses héros ou savourer les détails de l’intertextualité. Dans un cas comme dans l’autre le plaisir est là. Et, en ce qui me concerne, ayant lu un certain nombre de textes évoqués dans ce roman sans les connaître tous, je suis persuadée de rouvrir un jour ce livre pour y découvrir de nouveaux trésors.
   
   Merci au libraire enthousiaste et à l’écrivain malicieux pour ces quelques heures passées dans un univers que j’ai quitté à regret. Mais l’ai-je vraiment quitté?
    ↓

critique par Lou




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Erudit et amusant
Note :

   Ecosse, années 50. Mary Guthrie veut rédiger une thèse sur Thomas Lockhart, un écrivain farfelu du XVIIème siècle dont pas grand chose n'est passé à la postérité. Ebenezer Krook est un prêtre défroqué qui a croisé le chemin de la jeune femme et qui est lui aussi lié aux Lockhart de Glenmarkie, cette famille d'originaux qui compte plus de jumeaux que de sains d'esprit. Arriveront-ils tous les deux au terme de leur quête?
   
   "Les maîtres de Glenmarkie" est un roman d'amoureux de la littérature anglaise qui doit se lire avant tout comme un hommage. Jean-Pierre Ohl emprunte des éléments au roman gothique (le château mal entretenu plein de courants d'air et de passages secrets, les fantômes, la crypte et ses tombeaux, ses personnages qui ne sont pas qui ils semblent être, tous nimbés d'une aura de mystère), à des romans célèbres (notamment au "Maître de Ballantrae" de Stevenson, et à son couple de frères ennemis, certains noms sont tout droit sortis des romans de Dickens et l'un des personnages, libraire, s'appelle Walpole) et fait de ses personnages des lecteurs qui citent régulièrement leurs auteurs préférés, Shakespeare en tête. Mais il n'en oublie pas pour autant de bâtir une intrigue, centrée autour de la personnalité attachante de Thomas Lockhart qui aurait, dit-on, été détenteur d'un trésor, et de celle de son descendant, Thomas aussi, personnage inquiétant et pervers qui a joué un rôle plus que discutable pendant la guerre d'Espagne.
   
   Mary joue donc au chat et à la souris avec un secrétaire et tente de percer le mystère de ses trente-deux tiroirs à secrets, tandis qu'Ebenezer, lui, plonge dans le passé de son propre père, parti s'enrôler un beau jour au côté des républicains sous le nom de Martin Eden et dont la route a croisé celle de Lockhart.
   
   C'est un roman érudit sans être pédant, amusant et enlevé, qui donne furieusement envie de se constituer une pile de romans à avoir lu avant de mourir, de (re)lire Stevenson et d'aller (re)faire un tour en Ecosse, un roman qui croit au pouvoir de la littérature qui façonne les âmes et les hommes. Une réussite.
   ↓

critique par Fashion Victim




* * *



Pour moi !!
Note :

    Présentation de l'éditeur
   
   "Qui sont vraiment les maîtres du manoir de Glenmarkie, cette bâtisse écossaise menaçant ruine, tout droit échappée d'un roman de Stevenson? Et où est donc passé le trésor de leur ancêtre Thomas Lockhart, un écrivain extravagant mort de rire en 1660? Fascinée par le génie de Lockhart, intriguée par l'obscur manège de ses descendants, la jeune Mary Guthrie explore les entrailles du manoir et tâche d'ouvrir les trente-deux tiroirs d'un prodigieux meuble à secrets.
   Ebezener Krook est lui aussi lié au Lockhart. À Edimbourg, dans la librairie d'un vieil excentrique, il poursuit à l'intérieur de chaque livre l'image de son père disparu.
    Les tiroirs cèdent un à un sous les doigts de Mary. Les pages tournent inlassablement entre ceux d'Ebenezer. Mais où est la vérité? Dans la crypte des Lockhart? Au fond de Corryvreckan, ce tourbillon gigantesque où Krook a failli périr un jour? Ou dans les livres?"
   

   
   Commentaire

   
   Ce livre, il était pour moi. Complètement et totalement pour moi. J'y suis plongée, je l'ai presque lu deux fois vu que j'ai presque tout repris le début pour être certaine de tout voir les liens et les références, j'ai vécu dedans. Bref, nous étions destinés l'un à l'autre, ce livre et moi. Rien de moins!
   
   Quel hommage à la littérature, aux livres qui vivent un peu, aux lecteurs aussi! C'est de l'intertextualité très maîtrisée et une maîtrise impressionnante (du moins, elle m'a impressionnée, moi!) de l'intrigue. On y croise, par de multiples références, plusieurs auteurs que j'aime d'amour et d'autres aussi que je veux découvrir. Stevenson, Dickens, Walter Scott, Jack London, Shakespeare (qui a une citation pour toutes les occasions)... Que ce soit par leurs romans ou par des similarités entre l'histoire des maîtres de Glenmarkie et les œuvres de ces auteurs, la littérature, surtout la littérature victorienne, est très présente dans le texte mais aussi dans l'atmosphère. C'est un joyeux mélange d'aventures, de mystères, d'atmosphère gothiques, de trahisons et de fatalité, aussi. Quel plaisir!
   
   Je sais, quand je suis aussi enthousiaste, la cohérence en prend pour son grade! Mais c'est une histoire simple et complexe à la fois, une histoire qui a pour origine un écrivain original et fantasque, Sir Thomas Lockhart de Glenmarkie (qui tient un peu de Thomas Urquhart, je crois. Non non, je ne suis pas très savante... j'ai pris ça dans "Monsieur Dick", c'est tout!), laird écossais resté fidèle au roi sous Cromwell, possesseur supposé d'un fabuleux trésor et présumément mort de rire. Ses descendants semblent avoir hérité de cette originalité parfois à la limite de la folie, et nous sommes entraînés dans une chasse au trésor pleine de x et de o, dans un manoir en ruine où semblent traîner des ombres du passé.
   
   Ce sont donc à travers les yeux et la voix de deux personnages vivant dans les années 50 que cette histoire nous sera dévoilée. Ebenezer Krook (soooo Dickensian, hein!) un prêtre catholique qui n'aime pas lire. Suite à une bagarre avec son évêque, il défroque et se retrouve comme assistant libraire dans la librairie de Arthur Walpole, dans un Edinburg qui m'a semblé très, très réel. Oui, oui, ce même Krook que l'on retrouve dans "Monsieur Dick" et dont l'histoire nous a été brièvement racontée... j'ai d'ailleurs relu plusieurs passages pour retrouver ce personnage bien mystérieux, à Bordeaux, plus âgé mais toujours aussi étrange.
   
   Mary Guthrie est étudiante en littérature et après une brève rencontre avec Krook, elle se passionne pour Sir Thomas Lockhart, qui semble avoir un lien avec le dit Krook. Chacun sa quête, qu'elle soit une quête pour résoudre des mystères littéraires ou celui du départ d'un père. Chacun sa manière aussi. Le tout s'entrecroise à plusieurs moments et chaque minute de ma lecture m'a plu.
   
   J'ai aimé les personnages, dans leur imperfection et avec leurs travers, j'ai aimé les amitiés qui se lient, les invités surprises. J'ai aimé l'humour sarcastique, les atmosphères, la plume abordable mais riche. Mais j'ai surtout aimé l'amour des livres et cette librairie où on vend des livres de plus de 50 ans qui semblent vraiment exister, avec ses clients étranges et ce vieux libraire vraiment amoureux de son métier et de ses livres. J'ai noté plusieurs phrases plusieurs réflexions sur la lecture mais je vous ferai part de celle-ci, qui me rejoint particulièrement...
   
   "Un Dickens qu'on n'a pas lu, c'est comme... une vie de rechange!"

   
   Un coup de cœur, donc! Totalement jubilatoire. Je ne peux que le conseiller vivement à tous les amoureux de la littérature anglaise, écossaise et victorienne. Il y a de fortes chances que ça vous plaise.
   
   Et là, je vais faire une pétition pour que Jean-Pierre Ohl écrive un autre roman.

critique par Karine




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