Lecture / Ecriture
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Contes carnivores de Bernard Quiriny

Bernard Quiriny
  Contes carnivores
  Les assoiffées
  Une collection très particulière
  Le Village évanoui

Bernard Quiriny est un écrivain, critique et professeur belge né en 1978.

Contes carnivores - Bernard Quiriny

N'est pas carnivore qui veut!
Note :

   Voilà ! Je suis encore tombée dans le panneau du livre décrit comme "génial, immoral" etc...
   A entendre tant de compliments, je ne me suis même pas posé de questions, j'ai foncé acheter "Contes carnivores" de Bernard Quiriny.
   Vous pensez ! Quand on me dit qu'un livre est purement amoral et carnivore à souhait, mes neurones s'agitent et je me sens LA lectrice tout particulièrement visée !
   Résultat des courses : 14 contes avec 7 que j'oublierai très certainement très vite !
   
   L'écriture de Bernard Quiriny est de facture on ne peut plus "classique" ce qui exclut d'emblée toute inventivité mais nous replonge dans une syntaxe grammaticale parfaite du temps où nous étions collégiens avec un récapitulatif de la conjugaison dans ses grandes largeurs.
   Je n'ai jamais autant vu de verbes au passé simple, conjuguer sous tous ses nombres !
   
   C'est donc une écriture impeccable au garde-à-vous devant les codes grammaticaux et orthographiques de la langue française. J'avoue avoir apprécié ce retour aux "fondamentaux" (mon côté réac sans doute) même si j'en ai tiré plus une révision de français qu'une vraie éclate littéraire.
   
   Question imagination, Quiriny en a à revendre, ça ne fait aucun doute.
   Chaque nouvelle est non seulement une pure invention (ça c'est plutôt banal) mais chaque personnage dit "officiel" n'existe tout simplement pas !
   
   J'ai évidemment fait quelques recherches pour voir si Antonio Gaudi, célèbrissime compositeur italien du 20ème siècle existait : niet !
   Idem pour Wilhelm Groos, linguiste hollandais mondialement reconnu, Eduardo Morand, John Latourelle etc... Aucun n'a existé !
   Tous sont les fruits d'une seule imagination, celle de Bernard Quiriny.
   
   Pourquoi vous dis-je cela ? N'est-ce pas le propre du romancier que d'inventer des personnages ? Si, bien sûr, mais ces personnages sont si bien construits, semblent si réels, que ça m'a mis le doute ! Et qui dit doute, dit... Descartes ? Oui aussi, mais dit surtout qu'il fallait que je vérifie.
   
   Chose faite et donc conclusion : Bernard Quiriny est très fort pour monter une histoire et faire jouer ses personnages dedans. Quoiqu'en disant cela, je me demande si ça n'est pas l'inverse qu'il a fait par certains moments.
   
   Ouvrons donc ce livre et faisons le bilan de ce recueil de nouvelles :
   
   "Sanguine" : Le début est prenant, mystérieux, tout est en place pour entrer dans un univers effrayant. Au fur et à mesure de cette nouvelle, mon engouement s'est effrité, et la fin m'a laissée dubitative ! Traduction : j'ai rien compris.
   
   "L'épiscopat d'Argentine" : L'idée de base était géniale. J'ai adoré. Mais le développement de cette nouvelle m'a une fois de plus laissée... perplexe. Un peu de "tout ça pour ça ?" au fond de la gorge. A souligner que cet ecclésiastique se nomme Morel, comme un certain Morel chez Bioy Casarès...
   
   "Qui habet aures" : Encore une idée de départ tout à fait géniale. Un développement plus touffu en matière d'intrigue mais une espèce d'incrédulité m'a saisie durant la lecture. J'ai sûrement attendu un "je-ne-sais-quoi" que l'auteur n'avait pas envie d'explorer.
   
   "Quelques écrivains, tous morts" : Excellente nouvelle même si ce n'est pas un récit. Très belle gageure de l'auteur qui donne vie à des écrivains tous plus farfelus les uns que les autres, leur offre une courte biographie alors même qu'aucun n'a jamais existé ! C'est plutôt drôle et extrêmement bien construit.
   
   "Quiproquopolis" : Récit de l'absurde. Drôle parce que totalement branquignol et donc compliqué à faire tenir debout. Bernard Quiriny semble très à l'aise avec ce type d'humour qui sans être ma tasse de thé, est, je le reconnais, assez génial pour être facilement irrésistible.
   
   "Marée noire" : Je suis totalement passée à côté du message ! A moins qu'il y ait 2 niveaux de lecture, moi je suis restée scotchée au premier qui veut que l'Art existe en lui même, toute considération morale exclue et à l'issue de cela, cette nouvelle m'a tout simplement ennuyée.
   
   "Mélanges amoureux" : Pas mal... Idée de départ comme souvent extra mais une fin attendue. J'ai envie de dire, comme pour beaucoup de ces nouvelles : dommage.
   
   "Chroniques musicales d'Europe et d'ailleurs" : A l'instar de la nouvelle sur les écrivains morts, celle-ci conte les élucubrations de musiciens. J'ai moins aimé. Pourtant je n'aime pas moins la musique que la littérature...
   
   "Souvenirs d'un tueur à gages" : Historiettes au sein même de cette nouvelle. Ce tueur à gages m'a gonflée au lieu de me passionner !
   
   "Le carnet" : Excellente nouvelle !!! J'en tiens une ! Enfin une histoire dont la fin vaut le début !
   
   " Extraordinaire Pierre Gould" : Ce fameux Pierre Gould, fil rouge de bien des nouvelles de Quiriny est un personnage récurrent chez cet auteur. Il livre ici quelques unes de ses pensées. Certaines sont drôles, d'autres intéressantes et d'autres encore sans intérêt aucun !
   
   "L'oiseau rare" : Superbe histoire avec une fin abrupte que je décrirais très platement comme "eau de boudin" !
   
   "Une beuverie pour toujours" : J'ai bien aimé. Avec une fin sans fin, comme d'hab. Avec des "peut-être" en guise de réponse. Mais à ce stade de la lecture, je m'étais habituée aux fins sans fin de Quiriny.
   
   "Conte carnivore" : Une des meilleures nouvelles de ce recueil, même si dès le milieu on devine très fortement la fin ! Dommage.
   Je me suis demandée si il était judicieux de l'avoir mise en fin de recueil... Ca se discute. Au moins on finit sur une bonne histoire.
   
   Certains comparent Quiriny à Poe ou Borges... Concernant Poe, il serait judicieux de rappeler que Poe était obsédé par la forme et non par le fond (contrairement à ce que l'on pourrait supposer).
   Quiriny ne semble pas, quant à lui, être dans cette recherche.
   Cependant, il est vrai et surtout il est dérangeant de constater que Quiriny semble vouloir se coller de très près à Poe et j'avoue que cela me surprend beaucoup car je n'en vois pas l'intérêt.
   C'est une sorte de karaoké littéraire où Bernard Quiriny tente de pousser la chansonnette aussi bien qu'Edgar Allan Poe. Résultat : une seule certitude émerge de cette tentative, Poe sera toujours devant Quiriny (même l'ordre alphabétique le souligne !).
   
   Quant au caractère soit disant "amoral" de ces nouvelles... Dois-je vous préciser que ce n'est là qu'un argument marketing et que l'immoralité des héros de Quiriny vaut à peu près celle des héros de Oui-Oui quand ils font une bêtise.
   
   Je viens d'accomplir un boulot "titanesque" en vous décortiquant ces contes.
   Cela dit, je me rends compte que ça ne vous dis pas vraiment si le livre vaut le "coût" ou pas !
   
   Donc place aux maths :
   
   Sachant que ce bouquin vaut 18 € ;
   sachant qu'au moins la moitié de ces 14 nouvelles ne m'ont pas paru présenter un intérêt majeur ;
   sachant par ailleurs, que le livre de Poe "Histoires extraordinaires" ne vaut que 4 € en collection Poche ;
   combien vous coûtera la lecture de 7 nouvelles de Bernard Quiriny ?
   
   Je ramasse les copies dans... une semaine!
   
   
   Le prix Rossel 2008

critique par Cogito Rebello




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