Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Qui touche à mon corps je le tue de Valentine Goby

Valentine Goby
  La note sensible
  Dès 10 ans: Le cahier de Leïla
  L'échappée
  Qui touche à mon corps je le tue
  Des corps en silence
  Banquises
  Kinderzimmer
  La Fille surexposée
  Une preuve d'amour
  Un paquebot dans les arbres

Valentine Goby est une écrivaine française née en 1974.

Qui touche à mon corps je le tue - Valentine Goby

Comme un ouragan…
Note :

   Rentrée littéraire 2008
   
   … la tempête en moi… Non non non, oubliez Stéphanie de Monaco. Aucun rapport entre ce livre et la chanson, si ce n’est que comme un ouragan, ce roman m’a renversée, m’a emportée et de moi il ne reste plus rien si ce n’est une lectrice encore fiévreuse et totalement incapable de parler de "Qui touche à mon corps je le tue", de Valentine Goby.
   
   J’ai découvert cet auteur cet été avec "L’Echappée", traitant d’une femme tombée amoureuse d’un Allemand pendant la guerre, humiliée ensuite. Ce nouveau titre est encore assez sombre: trois histoires se croisent et se mêlent. Celles de Lucie L., jeune femme qui se tord de douleur après avoir avorté; de Marie G., faiseuse d’anges qui attend son exécution dans sa cellule; de Henri D., bourreau*. Le dernier jour, la dernière nuit passent et chacun vit à sa manière ce lent décompte avant l’inéluctable.
   
   Si le sujet a priori macabre peut faire frémir (ou simplement hésiter) quelques lecteurs, il serait bien dommage de ne pas se laisser tenter.
   
   Dans ce récit resserré et dense, trois vies fragiles se superposent : alors qu’un événement majeur approche et s’apprête à bouleverser leur existence, Lucie L., Marie G. et Henri D. laissent leurs pensées tourbillonner, songeant à leur enfance, aux éléments marquants de leur vie et à ce qu’ils sont devenus aujourd’hui. Pour des raisons différentes bien que liées, chacun subit l’angoisse écrasante de l’instant présent dans un état de fébrilité qui rend ses réflexions plus lucides et lui permet de percevoir les sensations avec plus d’acuité.
   
   Alors qu’elle se vide de son sang en attendant d’expulser celle qu’elle nomme Else, Lucie L. songe à sa mère, cette femme dont elle incarne le prolongement. Toujours aimée, mariée à un homme amoureux, elle souffre de ne pas exister. Sa quête d’identité, son besoin de devenir entière et une la pousse à rejeter cet enfant qui la dévorerait. Demain elle sait donc qu’elle partira pour peut-être enfin se découvrir.
   
   Coincée dans sa cellule, sous l’œil sévère d’une ampoule toujours allumée, Marie G. repense à ses origines modestes et au premier avortement, fait presque par hasard. Avec une certaine innocence, elle se revoit faire quelques gestes, presque rien ; elle se souvient du confort qui en a découlé, grâce aux cadeaux de remerciement de ceux qu’elle avait aidés. Ses enfants n’ont jamais manqué de rien. Pourtant aujourd’hui on la fait passer pour un être immoral et une mauvaise mère. Abrutie par une sentence inattendue, Marie G. envisage sa propre monstruosité.
   
   Enfin Henri D. songe à ce père qui a cherché à creuser un fossé entre son foyer et la longue lignée d’exécuteurs dont il est issu et qui officie encore à Paris. Elevé loin de l’univers des bourreaux, Henri est naturellement revenu vers ses parents parisiens. Malade les premières fois, père d’un fils suicidé après avoir assisté à une exécution, Henri D. boit pour se maintenir en vie. Pourtant il semble attendre la mort qui pourrait le faucher et mettre fin aux mises à mort et à la souffrance causée par la disparition de René.
   
   Ces destins brisés, ces vies tourmentées et indirectement mêlées sont racontées avec l’urgence qui caractérise l’écriture de Valentine Goby et qui rend avec violence et précision les bouleversements intimement vécus par chaque protagoniste. Vibrant hommage à trois personnages que rien ne devait a priori distinguer des autres (comme le rappelle l’anonymat conféré par le prénom banal suivi d’une initiale), ce roman foisonnant d’émotions ne manquera pas d’ébranler son public. Voilà une lecture riche, sublime bien que douloureuse et un roman immense, intensément vécu, absolument magnifique.
   
   * Sur le métier d’exécuteur, un roman plein d’humour: "Dieu et nous seuls pouvons" de Michel Folco
   ↓

critique par Lou




* * *



Dur, très dur ce roman. Le sujet aussi, il faut dire.
Note :

   Nous sommes en 1943, au cœur de la guerre (absente du roman), dans une France gouvernée par Pétain. L’avortement est un crime à cette époque et celles qui pratiquaient cet acte étaient appelées les «faiseuses d’anges».
   
   Marie G. est de celles-là. Et elle est a été jugée et condamnée. A mort. Lucie L., elle, est une jeune femme, murée dans la solitude de la décision qu’elle a prise, elle avorte, à la «sauvage», de manière brutale et « rtisanaleà coup d’une sonde introduite dans l’utérus. Dernier intervenant, Henri D.: Henri D. est le bourreau, celui qui va décapiter Marie G..
   
   Et Valentine Goby, dans un chœur tragique à trois cris, va nous emmener dans le dernier jour de Marie G.. J’ai pensé réellement au texte de Victor Hugo, même si ici, l’avortement et son appréhension par la société de l’époque est aussi important que les états d’âme de Georges D. à la veille d’exécuter ou de Marie G. qui ne sait pas en fait que cette nuit sera la dernière.
   
   L’écriture est accomplie, sophistiquée mais dans le bon sens du terme, pour la bonne cause, tout simplement parce que … c’est bien écrit, probablement. Quelque agacement par instant, le temps de me dire «c’est bavard, trop bavard». Et puis non, de ne plus le penser … D’ailleurs, est-il possible de traiter de tels sujets sans dérouler des festons de mots, de locutions, des festons comme pour mieux masquer l’inacceptable. Quelque part – et je ne voudrais pas que cela soit pris en aucune façon pour une remarque sexiste ou machiste – ce roman ne pouvait être écrit, sous cette forme au moins, que par une femme. C’est réellement très féminin et m’a fait penser à une autre «auteuse» dont la lecture me fait parfois aussi cette impression: Alice Ferney.
   
   Douloureux à la lecture par moments – par moment je crispais mes orteils pour évacuer excès de tension et tenter de conjurer le malheur – mais profond. C’est un roman bien abouti pour une femme aussi jeune!
   
   Dieu que c’est laid une guillotine! Dieu sait que la fonction de bourreau institutionnel devait être intenable! Et que dire aussi de cette responsabilité d’une jeune femme de décider qu’elle ne gardera pas l’embryon qui pousse dans son ventre dans une société qui ne lui reconnait pas le droit de décider pour elle-même? Il y a des choses douloureuses dans la vie. Valentine Goby en a compulsé quelques une ici.
    ↓

critique par Tistou




* * *



Douloureux de vérité
Note :

    Par un titre qui résonne comme une menace glaçante, les mots de Valentine Goby nous plongent dans le destin et l'intime de trois personnages hantés par la même question : l'avortement. Si leurs parcours diffèrent, ils seront liés malgré eux le temps d'une journée, dès l'aube, de l'année 1940.
   
    Alors que la nuit n'est pas tout à fait achevée et que l'aube n'a pas commencé, Lucie L., une jeune femme mariée, issue d'un milieu social aisé, se tord de douleur dans son lit, sans un cri, elle souffre. Elle avorte, elle est seule. Elle refuse cette grossesse et ne parlera pas de son choix à son mari.
   
    Une femme malheureuse qui a choisi un avortement clandestin et les risques mortels pour trouver la voie de la renaissance.
   
    Au même moment, en prison, Marie G. espère une journée supplémentaire de sursis et d'espoir.
   On l'appelle une faiseuse d'anges, une femme qui avorte. Emprisonnée, elle va être condamnée à mort. Accusée d'être une mauvaise mère, mauvaise épouse, mauvaise femme, mauvaise tout court, elle sera l'exemple du Maréchal Pétain prônant l'amour de la famille et veut le montrer par son refus de grâce présidentielle. Elle sera exécutée.
   
    Et puis, il y a Henri D., le bourreau, l'exécuteur, celui qui applique la loi , un père de famille dont le fils s'est suicidé, son passé douloureux le rattrape et ses relations particulières avec son épouse le tenaillent.
   
    Entre ombre et lumière, entre souvenirs chaleureux et présent de souffrance, entre regrets et remords, chacun de ses trois héros raconte son histoire la plus secrète, sa douleur la plus profonde.
   l'omniprésence de l'amour maternel et familial qui représente la cause de leur manque d'aujourd'hui.
   
    L'écriture est âpre et sensible à la limite du supportable. Les détails de la journée de ces trois personnages sont douloureux de vérité.
   
    L'anonymat les rend plus réels encore. Un roman d'une grande noirceur pour dénoncer ce droit que la société s'octroie pour juger, condamner, diffamer les femmes dans leur choix d'avorter.
   
    Deux femmes dans ce livre, victimes et condamnées au bord de tous les gouffres. L'homme est celui qui exécute.
   
    Beaucoup de sujets sont évoqués dans ce livre, sujets profonds sur le droit de disposer de son corps.
   
    "Qui touche à mon corps, je le tue" fait partie de ses livres qui ouvrent à la discussion, même si la lecture est dure, le style sec et âpre, l'atmosphère noire, c'est un livre fort qui questionne.

critique par Marie de La page déchirée




* * *