Lecture / Ecriture
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Cher Diego, Quiela t'embrasse de Elena Poniatowska

Elena Poniatowska
  Cher Diego, Quiela t'embrasse
  Leonora

Cher Diego, Quiela t'embrasse - Elena Poniatowska

émotionnel
Note :

   Quatre-vingts pages seulement, mais que l'on repose assez bouleversé. C'est un livre émotionnel. Ca se dit ça : « livre émotionnel »? Emotionnel, mais aussi qui donne à réfléchir sur la vie.
   
   Ce livre est une correspondance fictive entre deux personnages réels. Et encore non. Ce ne sont que les lettres de l'un des personnages, l'autre ne répondant jamais ou si peu que ses écrits ne sont qu'évoqués.
   
   Les deux personnages réels sont Angelina Berloff, russe, et Diego Rivera, Mexicain, peintres tous deux. Ils se sont rencontrés à Bruges puis sont venus vivre à Paris en 1909. Dix ans plus tard, Diego est reparti pour le Mexique, seul. Il n'y avait d'argent que pour un voyage. Il devait s'installer et faire venir Angelina. Mais le temps passe et les longues lettres passionnées d'Angelina ne reçoivent en réponse que de brefs messages avec un peu d'argent. Le doute s'installe. La jeune femme, lui écrit inlassablement et évoque tour à tour l'infidélité du peintre déjà avant son départ, leur fils mort en bas âge, son renoncement à elle (sans regret, mais on en a tant pour elle) à ses plus grands rêves de peintre, leurs amis peintres célèbres, qui s'éloignent, la consolent ou au contraire lui conseillent de ne plus penser à lui.
   
   C'est un ouvrage qui raconte une passion violente (l'amour) et en provoque d'autres, fortes mais complexes, chez le lecteur. Que penser ? Comment juger l'égoïsme forcené de Diégo alors qu'il continue à envoyer de l'argent, le talent gâché d'Angelina alors que c'est elle-même qui a négligé tout cela pour mieux servir Rivera, la misère qui a tué l'enfant à une époque où cela était si courant ici même. Jusqu'au bout, Angelina se propose à servir l'homme auquel elle voue un si terrible amour: Je te préparerai tes couleurs. Je ne te dérangerai pas. Pas de révolte chez elle pour les dix ans effacés sans un mot d'explication ni même de déclaration franche. Juste pour le second enfant qu'il lui a refusé, mais il ne souhaitait déjà pas le premier. Pourtant, la souffrance d'Angelina est énorme. Elle est anéantie.
   
   La période de la vie de cette femme dont il est ici question est extrêmement dure aussi bien financièrement et physiquement que sentimentalement. Il est miraculeux qu'au moment de ce bilan si négatif, la folie, la misère et le froid, n'aient pas eu raison d'elle. C'est cela que raconte ce livre et c'est pour cela qu'il ne m'est pas très facile de trouver Rivera vraiment sympathique.
   
   Enfin, n'oublions pas, mais on l'oublie tout au long du livre, que ces lettres n'ont pas vraiment été écrites par Angelina Berloff. Elles sont l'?uvre d' Elena Poniatowska, écrivain mexicain, qui a choisi de raconter ainsi cette poignante histoire. Au Mexique, Diégo Rivera fera une brillante carrière, soutiendra la révolution zapatiste qui a toujours eu son approbation, puis finalement deviendra stalinien. Mais ce que je vous dis là, c'est la suite de l'histoire vraie, plus celle racontée dans le livre qui cesse au moment où Angelina choisit de se taire.

critique par Sibylline




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