Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Dès 10 ans: Notre petite vie cernée de rêves de Barbara Wersba

Barbara Wersba
  Dès 10 ans: Notre petite vie cernée de rêves

Dès 10 ans: Notre petite vie cernée de rêves - Barbara Wersba

Livres salvateurs
Note :

   Rentrée littéraire 2008
   
   À partir de 10-11 ans.
   
   Voilà bien longtemps que je n’avais pas lu de romans spécialement écrits pour un public jeune (à l’exception de la relecture de "La Sorcière de Midi", à recommander aux enfants qui ne sont pas sages et dont je fais partie). Mais quand on m’a parlé de cette histoire de vieille dame entourée de bouquins dans une bicoque branlante, ma curiosité a été piquée.
   
   Albert, le narrateur, est un adolescent mal dans sa peau, solitaire à l’école et incompris à la maison. Avouez, charmants lecteurs, que ce garçon sort sacrément du lot (mais n’est pas héros qui le veut… quoique, mais c’est une autre histoire): nul à l’école, aux abonnés absents côté activités extrascolaires, Albert aime: 1) son chat (qui m’est particulièrement sympathique) ; 2) l’horticulture (passe-temps sans aucun doute peu prisé par la majorité des adolescents habitant près de New York) ; 3) la littérature, en particulier Shakespeare (rien que ça!).
   
   Dans une maison où l’orage n’est jamais bien loin, Albert a renoncé depuis longtemps à communiquer avec sa mère – névrosée, et son père – alcoolique. Puis il rencontre une voisine, Orpha Woodfin. A 80 ans, celle-ci vit seule dans une maison menaçant de s’effondrer, un lieu envahi par la crasse et les livres. Albert se prend rapidement d’affection pour cette femme qui, après avoir été une grande actrice de théâtre en Europe au début du XXe, a choisi de vivre simplement et l’aide à donner plus de sens à sa vie.
   
   Ecrit avec simplicité, à travers la voix d’un adolescent, ce roman est très agréable à lire ; il est sans aucun doute bien adapté à un public de 10-15 ans mais fait aussi passer de bons moments quelques années plus tard. S’il est très abordable et semble assez simple à première vue, il donne à réfléchir sur les valeurs essentielles à chacun, ouvre une porte sur la littérature classique et questionne la notion de l’amitié à travers l’exemple de ce tandem peu conventionnel. Fashion souligne à juste titre le côté intemporel de cette histoire, que j’avais d’ailleurs tendance à transposer vingt ans plus tard. Ecrit en 1968, classique mais pas trop, ce roman n’a pas mal vécu le passage du temps avec ses effets de mode parfois dévastateurs à long terme. En ce qui me concerne, les collections pour ados étaient très peu présentes quand j’étais au collège et le passage des livres pour enfants aux livres pour adultes ne m’a pas toujours satisfaite à l’époque.
   
   J’aurais adoré connaître un éditeur de ce type pour mes lectures nocturnes, sous ma couette avec ma lampe torche!
   
   Extraits 50% félins, 100% tordants :
   «Je suis resté couché là, sur mon lit, à réfléchir à tout ça. Jusqu’à ce que je remarque qu’Orson était de nouveau assis dans la penderie. Dans le noir. Il y a deux ans environ, il a attrapé une souris à cet endroit et il ne s’en est jamais remis. Depuis, il passe une grande partie de ses journées assis là, comme si la même souris allait revenir » (p 60)
   
   «En chemin, j’ai aperçu Orson caché sous une haie et j’ai tout de suite compris que les geais bleus en avaient encore après lui. Orson doit être le seul chat d’Amérique pourchassé par des oiseaux. Il faut dire qu’il y a trois mois de cela, il s’est introduit dans un de leurs nids et ils ne l’ont jamais oublié. Depuis, chaque fois qu’ils le voient, ils fondent sur lui en poussant des cris de déments, et ça le traumatise. Parfois, il est obligé de rester caché toute la journée.
   Il m’a regardé passer sans remuer une moustache. Prudent.» (p 154)

   ↓

critique par Lou




* * *



La musique du tambour
Note :

   La musique du tambour New jersey, Etats-unis, années 60. Albert Scully est un adolescent différent des autres: il aime jardiner et lire, ne participe à aucun club dans son lycée, n'a pas d'amis, n'est même pas bon élève. En bref, il n'est pas intégré dans le monde qui l'entoure et il se sent très mal, coincé entre une mère hystérique qui se prend pour Bette Davis et un père dépressif qui noie son mariage raté et son boulot inintéressant dans le Martini. Un jour, Albert fait la connaissance d'une vieille dame hors du commun: Mme Woodfin. Sa vie va en être bouleversée.
   
   Ce très joli roman jeunesse a été publié en 1968 aux Etats-Unis et ce n'est que sa première traduction en français, chers happy few. Il nous arrive donc 40 ans plus tard, mais il reste étonnamment moderne, tant les thèmes traités sont universels et intemporels: c'est un roman daté (on y écoute les Beatles, on y croise des hippies et on y assiste aux débuts de la société de sur-consommation) mais pas démodé. Albert incarne le mal-être adolescent tel qu'il peut se manifester quand en plus d'être en proie aux affres typiques de cet âge (bouleversements physiques, attirance obsessionnelle pour l'autre sexe, découverte des parents sous un jour peu flatteur...), on cumule avec une mère possessive qui empêche de respirer et des centres d'intérêt qui paraissent étonnants à tout le monde (l'horticulture n'est pas un passe-temps des plus courants chez les ados). Sa rencontre avec l'excentrique Mme Woodfin va lui faire prendre conscience que sa différence peut être une force et qu'on peut être à la fois différent et intéressant. Mme Woodfin lui apprend à faire de sa personnalité un atout sans pour autant tomber dans les rêves et les illusions. C'est donc un parcours initiatique qui attend le jeune Albert, parcours qui lui enseignera à être heureux, à comprendre que parfois les mensonges ont moins d'importance que la raison pour laquelle ils sont proférés, et qu'il peut tenir tête à son épouvantable mère. Le style, qui colle au plus près les atermoiements de cet adolescent suicidaire et attachant, ajoute au charme indéniable de ce petit roman. Une belle découverte.
   
   PS : le titre de mon billet est emprunté à une citation de Thoreau, qui revient plusieurs fois dans le roman: "Si un homme marche à un autre pas que ses camarades, c’est peut-être qu’il entend le son d’un autre tambour. Laissons-le suivre la musique qu'il entend, quelle qu'en soit la cadence." in Walden.

critique par Fashion Victim




* * *