Lecture / Ecriture
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Trois hommes seuls de Christian Oster

Christian Oster
  Trois hommes seuls
  Dès 09 ans: Le mariage de la tortue
  Rouler
  Sur la dune

Christian Oster est un écrivain français né à Paris en 1949.

Trois hommes seuls - Christian Oster

Faut aimer le subjonctif!
Note :

   Rentrée littéraire 2008
   
   Oui, il vaut mieux aimer le subjonctif et le passé simple pour apprécier ici, l’écriture, mais moi justement, j’aime bien cela. Je leur trouve un charme fou.
    Ce roman se place sous le signe de ces deux temps de l’écrit, si séduisants mais dont on n’use plus guère –déjà sans doute parce que ce n’est pas si facile: la concordance des temps a de ces subtilités où le subjonctif s’emmêle aisément les pinceaux. Mais Christian Oster fait cela très bien.
   "(…) je pensai à deux choses: d’une part, cette femme, que je venais de voir un peu longuement dans l’encadrement de sa vitre, était assez belle, dans une autre vie elle eût pu me séduire, me disais-je, à moins, même, qu’elle n’eût été capable de me faire changer de vie pour peu que j’eusse eu une notion de ce qu’était ma vie, mais je n’en avais pas, je ne savais absolument pas, notamment ce jour-là, qui j’étais, personne en particulier, me disais-je, et d’ailleurs il eût fallu que j’eusse eu quelque chose à lui dire, à cette femme, et je n’avais rien à lui dire, ni à elle ni à personne, je n’avais plus de voix ; "(p. 143)=
   
   Ces temps distillent quelque chose de serein, d’en retrait, une vision un peu méditative et mélancolique des faits relatés, qui sert tout à fait le ton du livre. Et je m’aperçois que cet extrait que j’avais choisi pour illustrer comment notre jolie conjugaison est élégamment utilisée, va m’être tout autant utile pour montrer l’atmosphère du récit et en particulier l’état d’esprit du narrateur.
   
   C’est un homme dont le lecteur ne sait pratiquement rien si ce n’est qu’il est en vacances, libre de son temps, qu’il vit seul et que son ex, qui est possiblement la femme de sa vie (mais ils se sont séparés poliment), vient de lui demander de lui apporter en Corse une chaise qu’elle a laissée chez lui. Il en profitera pour s’y offrir des vacances. Il peut pour ce faire, venir "avec quelqu’un s’il le veut", habituelle formule pour inclure un éventuel conjoint mais qu’il entend plus largement, invitant un copain de tennis qui lui-même, en amène un second. Trois hommes, trois célibataires, trois solitaires dans le huis clos d’une petite voiture qui descend vers le sud. Trois vies qui se cherchent un peu ou qui se sont trouvé des solutions particulières.
   
   Christian Oster nous les montre, nous montre surtout le narrateur. Il ne nous explique rien, mais il nous permet de bien les regarder et, si nous en sommes capables, de comprendre plus ou moins ce qui se passe dans leur vie. J’ai trouvé cela bien intéressant. C’est mon premier roman de cet auteur. Je lis par-ci par-là qu’il écrirait toujours plus ou moins des romans de ce style et qu’en particulier, on lui reproche d’avoir des personnages sortis de toute vie sociale. Oui, mais si ce sont des personnages qu’il nous montre en rupture, au moment où justement ils rejettent ces liens sociaux, on ne peut le reprocher. Pour le reste, ce break down sans larmes, ni cris, ni violence, j’ai trouvé cela très vraisemblable, très juste, très possible. Une sorte de KO debout.
   
   Une autre chose que j’ai aimée dans ce roman, est la vision qui y est présentée des relations humaines. La façon dont les gens se croisent, cohabitent, se perdent de vue ou se lient. J’ai bien aimé.
   
   Ajoutez à cela un vrai art du dialogue, une écriture très enjôleuse, qu’il est difficile d’interrompre, une histoire qu’on a énormément de mal, les obligations de la vie étant ce qu’elles sont, à abandonner ne serait-ce qu’un moment, avant son terme. Difficile de résister à un livre ou fond et forme s’épousent si bien.

critique par Sibylline




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