Lecture / Ecriture
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Elling de Ingvar Ambjørnsen

Ingvar Ambjørnsen
  Elling

Elling - Ingvar Ambjørnsen

"À la fois désopilant et grave"
Note :

    Rentrée littéraire 2008
   
   Ingvar Ambjørnsen est un écrivain reconnu en Norvège. Il a écrit des romans dont un des personnages récurrents est ce fameux Elling que nous, francophones, découvrons ici aujourd’hui puisque nous avons là la première traduction en français de cet auteur. Ce sont les éditions Gaïa qui se sont chargées de cette inauguration, avec le charme du papier rose, mais non sans quelques coquilles et petites fautes… Dommage.
   
   Drôle de «corps» cet Elling (comme disaient nos grands-parents). C’est d’ailleurs lui qui nous raconte l’histoire puisque son psychiatre lui a demandé d’écrire pour raconter les choses, et qu’il a ensuite pris l’habitude et le goût de cet exercice.
   
   Elling a 34 ans. Il prend ses craintes pour des dangers et ses rêves pour des réalités. Il est susceptible de "clashs" psychologiques qui vont du simple vomissement à la crise beaucoup plus spectaculaire. Il ne peut croiser la moindre personne sans lui inventer un prénom, une vie et s’y couler auprès d’elle dans toutes sortes de relations. Elling a besoin d’être proche pour s’approprier un peu le monde, la réalité, les autres. Sinon, il est trop différent, trop fragile, hors jeu et bien sûr, pour faire bonne mesure, il cultive en contrecoup un fort complexe de supériorité.
   
   Il a toujours vécu avec sa maman qu’il traitait un peu rudement, la considérant comme lui étant inférieure. Il projetait sur elle un Œdipe qu’il n’avait pour sa part jamais pu dépasser. Sa mère vient de mourir et sa vie solitaire dans leur logement a rapidement tourné en débâcle totale. Elling n’est pas déficient physique, ni intellectuel, mais il l’est sur le plan psychologique. Il ne sait pas du tout vivre en société. Et c’est ainsi que la débâcle se termine en internement. Un environnement protégé où Elling va devoir tenter de se stabiliser mentalement après le naufrage que fut ce deuil dont il ne parle pas. C’est de là qu’il se raconte.
   
   Il parait que les Norvégiens y voient un livre par moment très drôle, c’est possible mais je n’ai pas été sensible à cette face du récit. J’ai bien davantage ressenti les sentiments plus instables et douloureux qui pouvaient habiter Elling et également sa mère. Non, en fait je n’ai pas trouvé grand-chose de drôle à ce roman. Ce qui ne veut pas dire que je ne l’ai pas apprécié. Je lui ai trouvé un arrière goût de "Conjuration des imbéciles". Elling a des faux airs d’ Ignatius (bien que sans atteindre les sommets d’assurance du premier). En bref, j’ai plutôt compris et ressenti quand il disait des choses comme "Parfois la pensée me traverse l’esprit: une espèce de perplexité par rapport à ma propre existence. J’ai comme un doute quant au fait que je suis vraiment en vie. Avec cette impression d’être le seul à pouvoir me voir, cette impression que les autres ne voient qu’un vide là où moi je vois Elling. C’est à la fois horrible et un peu étrange à la fois."(p. 181 Eh oui, quand j’évoquais quelques fautes…)
    Ce personnage maniaque et puéril, à l’imagination débordante, voire délirante m’est apparu comme plus douloureux que drôle, mais cela tient peut-être à moi qui ai tendance à tout prendre trop au sérieux…
   
   C’est un récit intéressant mais que conclure quand vous avez trouvé assez profond et sensible un livre que l’on vous présente comme drôle? Je me le demande bien. Je ne peux pas rejeter totalement l’idée que l’humour norvégien m’échappe quelque peu…
   En tout cas, un bon roman quelle qu’en soit votre interprétation.
   
   
   PS plusieurs mois plus tard: Les scènes sont toujours aussi vivantes dans ma mémoire. Ce n'est donc pas un bon, mais un très bon roman.

critique par Sibylline




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