Lecture / Ecriture
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Où on va, papa? de Jean-Louis Fournier

Jean-Louis Fournier
  Où on va, papa?
  Il a jamais tué personne, mon papa
  Poète et paysan

Jean-Louis Fournier est un auteur français né en 1938.

Où on va, papa? - Jean-Louis Fournier

"Je tème bocou"
Note :

   Rentrée littéraire 2008
   
    Je passais l'autre soir à la librairie, histoire d'alimenter ma PAL... Je demande à mon libraire ce qu'il lit parmi l'avalanche de livres qui lui tombe dessus tous les jours et il me répond Jean-Louis Fournier. Je suis bibliothécaire, j'ai ma fierté, mais bon, sur ce coup-là, j'ai bien été obligée d'avouer mon ignorance. Et lui de rigoler, non pas parce que le bonhomme a déjà écrit au moins une vingtaine de livres (misère, je lirais vingt-quatre heures par jour que je ne les connaîtrais pas encore tous...), mais parce qu'il est drôle. Enfin selon mon libraire. Et le voilà qui sort de derrière sa caisse, toujours riant et me racontant que cette fois, c'est sur les enfants handicapés: désopilant. Alors moi, bien sûr, je freine des quatre fers, je fais la fine bouche, et le voilà qui me met le livre dans les mains en me disant: ramenez-le-moi demain et dites-moi ce que vous en pensez.
   Pas la peine d'insister, je ne vous donnerai pas les coordonnées de ce libraire en or. En or parce qu'il me prête des livres; en or parce que grâce à lui, je viens de découvrir Jean-Louis Fournier.
   
   Et oui, il parle d'enfants handicapés, et oui, c'est drôle. Pas n'importe quels enfants, les deux siens. Je voudrais pouvoir vous citer tout le livre pour vous montrer à quel point c'est drôle, beau et tendre à la fois. Et tellement triste.
   «Un père d'enfant handicapé doit avoir une tête d'enterrement. Il doit porter sa croix, avec un masque de douleur. Pas question de mettre un nez rouge pour faire rire. Il n'a plus le droit de rire, ce serait du plus parfait mauvais goût. Quand il a deux enfants handicapés, c'est multiplié par deux, il doit avoir l'air deux fois plus malheureux.» Jean-Louis Fournier choisit l'humour du quotidien pour décrire ses enfants qui ne sauront jamais rien faire, qui n'iront jamais à l'école, qui ne frémiront jamais en écoutant de la musique, qui ne seront jamais amoureux. Deux enfants dont il ne s'enorgueillira jamais: «J'aurais bien aimé avoir des enfants dont je sois fier. Pouvoir montrer à mes amis vos diplômes, vos prix et toutes les coupes que vous auriez gagnées sur les stades.»
   
   Il se sent tellement coupable, coupable de leur avoir donné la vie:«Quand je pense que je suis l'auteur de ses jours, des jours terribles qu'il a passés sur Terre, que c'est moi qui l'ai fait venir, j'ai envie de lui demander pardon.» Les regrets s'accumulent, faits de quotidien et de frustration, comme pour la fête des Pères: "Ce jour-là, j'aurais donné cher pour avoir un compliment mal écrit par Thomas, où il aurait réussi à tracer, avec beaucoup de difficulté: "Je tème bocou". Ce jour-la j'aurais donné cher pour un cendrier biscornu comme un topinambour que Mathieu aurait fait avec de la pâte à modeler et sur lequel il aurait gravé 'Papa'."
   
   Alors au lieu de faire dans le bon goût en disant que malgré leurs différences, ils sont ce qu'il a fait de mieux dans sa vie, ou son plus grand bonheur, il choisit l'humour «pour prouver que j'étais capable de rire de mes misères.»
   Oui c'est égoïste, et tellement triste car il ne peut cesser de penser que ses deux enfants souffrent par sa faute, son crime d'avoir voulu se reproduire et de ne pas avoir su le faire correctement, «comme tout le monde». Il se croit mauvais père, comme il a été mauvais mari, mais son humour si noir laisse affleurer son amour pour ses garçons qui ne font rien pour être aimés.
   
   Il dit la déception et la souffrance d'un homme et ce faisant, il dit l'amour d'un père. C'est affreusement triste et très émouvant.
   
   Ce roman a reçu le Prix Femina 2008
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critique par Yspaddaden




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De là à faire des tombereaux d’éloges...
Note :

   Jean-Louis Fournier, l’auteur de ce roman, est le père de Thomas et Mathieu, les héros. Mais Thomas et Mathieu ne sont pas comme les autres enfants: ils sont tous deux handicapés. Un handicap mental, qui fait qu’ils ne grandiront jamais vraiment. Un handicap physique également, qui leur rend le dos bossu. C’est cette relation avec ces deux enfants handicapés que nous raconte leur père, avec distance, ironie et tendresse.
   
   Mathieu est le premier des enfants à naître. Handicapé, les deux parents sont sous le coup de cette annonce redoutée mais heureusement assez rare. Quel n’est pas leur choc lorsqu’à la naissance de Thomas, les médecins annoncent aux parents que Thomas est lui aussi touché par le handicap. Ne voulant provoquer la pitié ni chez ses proches, ni chez le lecteur, Jean-Louis Fournier a adopté une position de prise de distance vis-à-vis de ses enfants. Il n’hésite pas à faire des plaisanteries au sujet de ces enfants qui ne deviendront jamais adultes. Il plaisante également Josée, qui s’occupe des enfants, et qui après une phase d’incrédulité, comprend le fonctionnement du père.
   
   Jean-Louis Fournier ne cache pas ses peurs, ni le fait qu’il n’ait pas forcément été un père très attentif pour ces deux fils, souvent à l’institut médical. Il raconte sa rupture avec son épouse, son amour pour les voitures de collection, tout en regrettant le fait que ses enfants ne connaîtront jamais Bach, Chopin, Wagner,…
   
   Jean-Louis Fournier utilise des formes courtes pour décrire chaque saynète, chaque réflexion sur la situation de ses enfants ou des handicapés en général. Le format, s’il permet de condenser le récit et de faire jouer sur le ressort comique de nombreuses situations, dessert néanmoins le livre sur le plan strictement littéraire. Si cet ouvrage est un témoignage intéressant (et construit, tout de même) d’un père qui a du mal à assumer le handicap de ses enfants, je suis plus sceptique quant aux louanges qui font de cet ouvrage une des meilleures productions de la rentrée littéraire.
   
   "Où on va, Papa?" est un roman sensible, qui crée de l’empathie chez le lecteur, et qui vaut la peine d’être lu pour découvrir l’humour dont fait preuve Fournier sur ce sujet difficile. De là à faire des tombereaux d’éloges, il y un pas que je ne franchirai pas...
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critique par Yohan




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Témoignage sans concession
Note :

   C’est bien d’un témoignage dont il est question et non pas d’une fiction. Et d’entrée, ça change toute la perception. Jean-Louis Fournier nous raconte dans cet ouvrage son quotidien de père de deux enfants handicapés, dont la croissance, physique et mentale, est restée bloquée. Il n’est pas question d’apitoyer, de susciter la compassion, non, Jean-Louis Fournier est beaucoup plus prosaïque; il nous détaille la souffrance qu’il ressent «à n’avoir pas été fichu de faire des enfants "normaux"», de ne pouvoir vivre simplement sa paternité mais de devoir au contraire vivre une paternité «de combat», comme de répondre à la seule question que lui pose inlassablement son fils Thomas lorsqu’ils roulent en voiture: «Où on va, Papa?».
   
   Du sang, de la sueur et des larmes, promettait Churchill au peuple britannique. Manifestement Jean-Louis Fournier ne s’attendait pas à ce viatique lorsqu’il a procréé pour la première fois Mathieu, et encore moins lorsque, pour la seconde fois il est tombé sur la même case «enfant handicapé», Thomas. Une probabilité improbable. Une chape de plomb qui s’abat sur un couple qui n’y résistera pas. C’est que l’épreuve est quotidienne, de tous les instants, jamais de répit. On peine avec lui à discerner un avenir pour ces enfants, notamment pour Thomas (Mathieu est mort) qui a apparemment une trentaine d’années lorsque son père écrit ce livre, et qui erre d’institutions en hôpital psychiatrique avec pour principal sujet d’intérêt le sempiternel «Où on va, Papa?».
   
   C’est écrit simplement, juste pour nous faire ressentir ce drame au quotidien et sans vouloir nous le jouer mélo. Jean-Louis Fournier ne triche pas, c’est bien une forme de désespérance et de questionnement incessant (pourquoi?) qui perce au fil des pages.
   
   A noter que ce roman a reçu le Prix Femina 2008.
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critique par Tistou




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Pas de quoi fouetter un chat !
Note :

   Couronné par un prix Fémina, chaudement recommandé par des amis, le livre de Jean-Louis Fournier n’a pas suscité chez moi le même enthousiasme. Au contraire, disons-le tout de suite franchement, je l’ai trouvé plat, superficiel, trop rapide pour un thème aussi douloureux. Quel thème? Les enfants handicapés! Le narrateur en a(vait) deux : Mathieu et Thomas. Deux garçons handicapés physiques et mentaux, deux garçons qui n’ont que de la «paille» dans la tête… rien à en tirer!
   
   Le sujet est grave, mais l’auteur ne cherche pas à se faire plaindre. Non, il use même d’un humour féroce pour bien signaler que son objectif n’est pas de faire pleurer dans les chaumières. Je pense qu’en écrivant ce livre, il avait tout simplement besoin de dire son amertume, sa frustration de ne pas pouvoir montrer à ses enfants toutes ces belles chose que le monde nous réserve, son sentiment d’avoir été abusé par … dieu?... le destin?...
   Bon, je comprends cela. Or, je ne comprends pas très bien un tel engouement des lecteurs… Un récit comme «Mon petit prince cannibale» de Françoise Lefèvre me paraît autrement plus percutant, plus saisissant que ces quelques pages-ci (mais aussi moins facile à lire, ce qui explique peut-être cela?)… donc, amateurs de sujets délicats : préférez Françoise Lefèvre!
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critique par Alianna




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Humour ravageur
Note :

   Pourquoi je n’avais jamais rien lu de Jean-Louis Fournier? Sans doute parce qu’on ne peut pas lire tout le monde : je n’avais donc rien lu de lui jusqu’à "Où on va, papa", mais promis, après cette découverte, je lirai cet auteur aux mots légers mais lourds de sens, et à l’humour ravageur. La quatrième de couverture dit assez clairement pourquoi il n’a "jamais parlé de ses deux garçons" et on comprend vite que l’évocation de leur handicap dépasse le statut de roman.
   
   C’est écrit avec la simplicité et le naturel d’un humour dérangeant mais roboratif : c’est comme s’il avait voulu toute sa vie, désarmer à jamais ce destin aussi cruel qu’acharné pour au moins ne pas décourager les parents d’enfants différents. Comme il existe des rations de survie, il délivre sa ration d’humour noir presque à chaque page du récit, parce qu’il fallait bien "garder la tête hors de l’eau". Déjà, pour survivre à l’apparition d’un tel enfant, ce recul est compréhensible, mais quand c’est sans espoir et qu’en plus, un second naît déficient lui aussi, comme son double, qui oserait remettre en question cette défense? Ce serait comme si on refusait le masque à oxygène à un mourant . Vivre au quotidien la douleur, l’anormalité, la contrainte de chaque instant? Et penser tout cela comme une punition ou une épreuve? S’interroger? Chasser l’impensable? Combien d’espoirs déçus, de souffrances refoulées, de rages, de cris étouffés, de rêves impossibles, de culpabilité morbide à "n’avoir pas été fichu de faire de enfants "normaux" ? C’est douloureux comme une brûlure incurable, et ce livre est bouleversant de réalité, alors comment reprocher à Jean-Louis Fournier d’avoir osé l’humour pour vivre avec "ça"? Et comme si le destin s’acharnait sur les malheureux, son troisième enfant, "normal", sa fille Marie, va l’abandonner pour ses… croyances. Même les plus respectables de ces croyances se trouvent interrogées à juste titre! "Ah! là! là! Mathieu!" est sans doute la page (40) la plus atrocement douloureuse : peut-être même pas l’innocence de l’ignorance, de l’inconscience? Alors à qui en vouloir? Quand on désespère, on ne triche plus : J.L. Fournier ne triche pas en n’étant pas dans les "bons sentiments" ou le langage correct. On ne peut même pas lui reprocher d’insulter le destin ou dieu ou la nature, même pas la génétique. Son livre est sans colère, bouleversant, choquant pour certains, mais qui peut prendre son humour pour du cynisme? Il a été compère de Desproges qui a dit : "on peut rire de tout mais pas avec tout le monde" ce qui renvoie avec pertinence à la controverse qu’a suscité cet ouvrage à sa sortie en 2008. Pas plus que se cacher pour pleurer, se boucher les yeux n’est pas le courage, alors pourquoi reprocher à l’humour d’être cette arme spécifiquement humaine contre le découragement et les crédulités des faibles. Et qui oserait imaginer qu’il n’y pas d’amour ni de tendresse dans ces pages ne serait-il pas lui-même handicapé de ce sentiment qu’on appelle l’humanité?
   
   Alors, même à ceux qui douteraient, je conseille de lire ce livre… Et au besoin, courage!

critique par Petit Bonhomme




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