Lecture / Ecriture
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Des vents contraires de Olivier Adam

Olivier Adam
  Passer l'hiver
  Je vais bien, ne t’en fais pas
  A l'abri de rien
  Des vents contraires
  Poids Léger
  Le cœur régulier
  Dès 09 ans: Personne ne bouge
  Les lisières
  Peine perdue
  La renverse

Olivier Adam est né en 1974 et a publié son premier roman ("Je vais bien, ne t’en fais pas") à 26 ans. Plusieurs de ses romans ont été adaptés au cinéma.

Il vit actuellement près de Saint Malo.


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Des vents contraires - Olivier Adam

Vers le fond
Note :

   Prenez un shaker de grande taille (254 pages). Remplissez-le de vents d'hiver malouins et de lumières acides. Plongez-y des quidams en galère. Assaisonnez de fumées de cigares, d'une pointe de shit. Liez le tout avec des litres de whisky et de vodka. Agitez en larges mouvements contraires. À boire très froid, amer et poisseux.
   
    On sait l'intérêt d'Adam pour le réalisme social et les petites gens, malmenées par la vie. Ce genre de roman tire sa force de sa brièveté. Mais ici l'excès lui nuit et englue le lecteur dans un feuilleton mélodramatique et monochrome. Pourtant, la plume d'Adam épouse bien le souffle du vent breton qui ballotte entre passé et présent. Il sait faire partager sa passion pour l'horizon malouin et ses ciels sans cesse changeants.
   
    Narrateur : Paul Anderen.
   En trois parties, trois paliers, entre Septembre et Noël, Adam l'entraîne vers le fond. Sa femme Sarah infirmière, a disparu depuis un an. La police a retrouvé sa voiture et son sac à main. Depuis, rien. Paul reste seul avec Clément, neuf ans, et Marion, cinq. Avant, il écrivait des romans, des scenarii de films. Anéanti, incapable de travailler il quitte Paris pour Saint-Malo, la ville de son enfance, où son frère a repris l'auto-école de leurs parents décédés. Il y donne des leçons sans avoir la licence de moniteur, sans grand sérieux, juste pour subsister.
   
   Paul Anderen, c'est le parangon de l'anti-héros. Il se revoit “gamin colérique, instable et secret”, puis adolescent introverti: il s'accrochait aux filles gentilles, elles l'accrochèrent au shit et à l'alcool. C'est ainsi qu'il suivit Sarah jusqu'à Paris. Paul survit, s'occupe tant bien que mal de ses enfants. Clément s'enferme dans le mutisme, Marion accumule asthme et cauchemars: “le plus dur c'est l'absence” soupire-t-il. Privé de Sarah, redevenu enfant, Paul s'identifie aux siens: en les consolant il se console. Il perd peu à peu tout repère, se maîtrise mal, devient asocial, renverse le contenu de la cafetière sur le bureau de la directrice de l'école… Naturellement il se culpabilise de la disparition de Sarah, se juge sans complaisance «un adulte ingrat, au caractère impossible, à la capacité invraisemblable à s'engueuler avec la moitié du monde.» Anderen résiste, grâce à la nature et à l'alcool. Il lui faut l'espace battu des vents; il s'en nourrit. «J'ai grignoté des branchages, goûté la terre, sucé des cailloux.» C'est son refuge d'enfance, il s'y abandonne jusqu'à la tentation de s'y “dissoudre” pour tout finir, en mer. L'alcool lui constitue une "armure”, le "blinde” et lui permet de nouer d'illusoires amitiés avec des hommes et des femmes encore plus “paumés" que lui mais qui tous — sauf un — résistent aux "vents contraires". Puis vient le fond... On ne dévoilera pas la fin de ce roman noir, même si l'auteur la laisse ouverte.
   
    Olivier Adam révèle bien dans ce roman l'âme bretonne, toujours secrète et sombre. Il réunit des personnages tous victimes d'un traumatisme affectif: le manque — d'enfant, de conjoint, de père ou de mère — tous le subissent. Même s'ils font face un temps à la galère socio-économique où le choc les a entraînés, leur faiblesse intérieure les voue à l'échouage et la déploration. «Le bonheur toujours nous échappe et ne prend sa forme qu'au passé.» Quelle découverte! Il aura manqué d'introduire dans l'élaboration des caractères les beaux clairs-obscurs du ciel malouin: l'équilibre des contraires aide à mieux voir.
   
   PS: Ce roman a reçu le prix RTL-Lire 2009
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critique par Kate




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Mais pourquoi tant de haine?!
Note :

   J’avais beaucoup aimé "A l’abri de rien" l’année dernière. A l’époque de sa sortie, j’avais pensé ne pas le lire car le thème ne m’attirait pas. Je craignais une profession de foi pour les solutions faciles et un étalage de bons sentiments et, comme nul ne l’ignore, les bons sentiments font rarement les bons livres. Et puis, les interviews aidant, je m’étais dit qu’il y avait peut-être quand même là quelque chose à voir, ou du moins quelque chose à lire. Et j’avais raison. Il y avait et largement.
   Cette année, exactement le même scénario: l’histoire de cet homme à la dérive avec ses deux enfants me rebute plutôt et je n’ai aucune intention de la lire et puis les interviews, et puis l’achat et puis la lecture… et une fois encore, je dois reconnaître que c’est bon.
   Mais un peu moins bon quand même, j’y reviendrai.
   
   Tout d’abord, dès que j’ai entamé cette lecture, j’ai à nouveau succombé à la qualité pour moi indéniable de l’écriture d’Olivier Adam. Il a des images, des visions, une façon de dire qui me submergent ou me fascinent. Pas de lieux communs. Des expressions à chaque fois originales et tellement justes qu’on en est frappé: " une lumière de verre", "comme parfois les soirs d’été sous le soleil consumé", "L’instant n’avait pas plus de consistance qu’un ruban de brume.". Des images ou des scènes belles/justes/poétiques (choisir s’il le faut): "On est restés sur la plage jusqu’à ce que le soleil décline, la mer descendait à toute vitesse, j’ai fait signe aux gamins d’enlever leurs chaussures et de relever leurs pantalons. On a couru dans les rigoles, l’eau glacée frayait parmi les sables grossiers et les brisures de coquillages, par endroits on s’enfonçait et ça vous gelait des orteils jusqu’aux cheveux. Les premières vagues mordaient à pleines dents. " (p. 162/3)
   Les premières pages me mordaient à pleines dents aussi, ainsi que les suivantes, aucune raison de résister.
   
   Et puis il y a aussi l’empathie de l’auteur, du personnage principal, avec la plupart de ses rencontres. Il y a là une tolérance et une chaleur humaine envers eux, et plus particulièrement ceux qui sont en difficulté d’une façon ou d’une autre, une compassion qui me séduit beaucoup. C’est à la fois l’histoire d’un homme qui se noie comme il peut nous arriver à tous de nous noyer un jour et qui lutte, pour ses enfants surtout, avec les forces dont il dispose et les mouvements désordonnés, malencontreux et vains de ceux qui sont en perdition.
   C’est l’histoire, au second plan, de deux enfants dont le père, en ces circonstances si difficiles, est à la fois la bouée et un élément de fragilisation –ce dont il n’est absolument pas conscient- Le tout a une grande finesse d’observation et un grand intérêt humain.
   
   Mais si j’ai parlé plus haut de «l’empathie avec la plupart de ses rencontres» et non toutes, c’est que et nous atteignons là ce qui à mon avis est le point faible de ce roman et, de façon plus gênant encore rappelle ce qui avait failli être le point faible du précédent. A savoir, son étrange attitude envers nos pauvres institutrices. Si dans "A l’abri de rien" on avait pu lui reprocher d’avoir dépeint une police française dont, pour ma part, je n’arrive pas à croire qu’elle ait vraiment les comportements qu’il dépeignait ; cette fois, avec les institutrices, c’est encore pire. Là, adieu la finesse d’observation, l’ouverture et la tolérance, O. Adam nous livre un portrait à charge si lourd et agressif que le lecteur ne peut que s’en étonner. Le mieux qu’il puisse dire d’une instit, c’est qu’en trois mois, il n’a encore rien à lui reprocher. Bon. C’est son compliment maximum pour ces pauvres femmes qui ont la grande lâcheté de gronder des enfants, mais d’avoir l’air inquiètes quand un jeune mec costaud les attrape par le bras pour les menacer de les "démolir". Quelles dégonflées!
   Elles ont tous les vices les pauvres, elles ne sont capables d’éprouver que "Le plaisir mesquin d’avoir prise sur la vie d’autrui, de produire une quelconque forme d’autorité". Il n’y en a pas une seule qui s’intéresse aux enfants, à la pédagogie, qui aime la vie, qui soit un être humain capable et digne de bienveillance? Non.
   
   A croire que l’auteur lui, ne peut parler avec intelligence que de ceux pour lesquels il éprouve de la sympathie. C’est dommage, parce que la puissance d’un portrait, c’est de montrer l’épaisseur et les différentes facettes des personnages, les "méchants" comme les autres et de les rendre au moins crédibles car nous connaissons tous des institutrices et s’il y en des bien quelques unes qui sont fort désagréables, nous savons tous que ce n’est pas la majorité et qu’il y a aussi beaucoup d’autres choses dans une vie d’instit.
   Pire, ces déclarations m’ont fait horriblement penser à ces parents qui viennent de plus en plus couramment injurier ou frapper des enseignants parce qu’ils ont eu le culot de gronder ou punir l’élève. Discussion, non ; coups, oui. Un bouc émissaire pour leurs difficultés. J’ai détesté ça.
   
   Mais, tout espoir n’est sans doute pas perdu. Après la charge contre les flics du précédent roman, notre nouvel héros se prend ici d’amitié pour un commissaire. Que dites-vous de cela? Peut-être que la prochaine fois, sa femme sera institutrice et qu’il tremblera de la savoir à la portée de parents déboussolés, haineux et plus ou moins alcoolisés…
   On ne sait jamais.
   
   Question intrigue, malgré la disparition de la femme du héros, la trame policière est ici négligeable parce que vraiment faible, même au niveau du simple bilan et des explications finales. Ce n’est pas pour cela qu’on aimera ce livre.
   
   Mais vraiment, Adam écrit bien.
   Extrait :
   "Le long de la côte scintillaient quelques lumières, signalant des stations fantomatiques et vides, flottant dans des vêtements trop larges que l’été viendrait remplir, boutiques fermées et restaurants déserts, fronts de mer aux hôtels surannés, casinos silencieux où des vieilles faisaient tinter les machines à sous, jetant un œil aux vagues qui persistaient dans leur chansons têtue. Des couples d’Anglais y traînaient sans doute, passaient quelques jours au creux de villas mélancoliques, un abandon très doux les enveloppait, une tristesse diffuse mais délicieuse." (p. 218)

critique par Sibylline




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