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Pétales et autres histoires embarrassantes de Guadalupe Nettel

Guadalupe Nettel
  Pétales et autres histoires embarrassantes

* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Pétales et autres histoires embarrassantes - Guadalupe Nettel

Compulsions secrètes
Note :

   "Pétales et autres histoires embarrassantes" nous arrive au milieu d’un contingent de livres mexicains – salon du livre oblige. Mais autant dire d’entrée qu’à l’épreuve de la lecture, cette indication de provenance ne présente qu’un intérêt tout au plus circonstanciel.
   
   Des six nouvelles rassemblées dans ce recueil, la première - "Ptôse", histoire d’un photographe qui collabore avec un chirurgien plasticien spécialiste des paupières et qui développe petit à petit une obsession douce quoique pas sans conséquence pour cette partie du corps – se déroule à Paris. La troisième - "Bonsaï", récit de la lente décomposition d’un mariage où le conjoint se prend à s’identifier de plus en plus étroitement à un cactus – nous emmène au Japon, dans le jardin botanique d’Aoyama. Mais toutes ces nouvelles, au fond, pourraient se dérouler n’importe où, tant Guadalupe Nettel a su y épingler, tout en finesse et subtilité, six de ces obsessions, manies inoffensives et compulsions inavouables dont nous sommes tous peu ou prou affligés mais que les gens normaux réussissent à refouler et occulter soigneusement, n’en laissant rien paraître à l’observateur extérieur: le trait n'est jamais si forcé que l'on ne puisse y reconnaître un fond - un peu, beaucoup - de vérité, et on ne cesse jamais d'y croire...
   
   Au petit jeu des comparaisons, c’est sans doute le nom de la japonaise Yoko Ogawa qui s’impose en premier lieu, par la délicatesse avec laquelle l’auteur nous amène progressivement à décaler notre regard. Mais on pourrait penser aussi à Christos Chryssopoulos et à son beau roman "Le manucure" pour l’impeccable construction dramatique de ce recueil et son implacable crescendo de l’à-peine-insolite au tout à fait bizarre, du doucement givré de "Ptôse" ou du voyeurisme sans grand danger de "Transpersienne" à l’étrangeté elle fort inquiétante du "Bézoard". Bref - et même si ni les paysages ni l’histoire, ni la culture mexicaine ne tiennent une grande place dans ces "Pétales" -, c’est là une fort jolie découverte venue du pays des descendants des Aztèques…
   
   
   Extrait:
   "J’avoue cependant que, souvent, tandis que je déambule dans les rues ou dans les couloirs de quelque édifice, l’envie me saisit soudain de faire une photo, pas de paysages ou de ponts comme le fit naguère mon père, mais de paupières insolites que de temps en temps je repère dans la foule. Cette partie du corps, que j’ai vue toute mon enfance, et sans jamais ressentir le moindre dégoût, a fini par me fasciner. Exhibée et cachée par intermittence, elle oblige à rester en état d’alerte si l’on veut découvrir quoi que ce soit qui en vaille vraiment la peine. Le photographe doit éviter de cligner des yeux en même temps que le sujet étudié pour capturer le moment où l’œil se ferme comme une huître joueuse. J’en suis venu à penser que cela nécessite une intuition particulière, proche de celle d’un chasseur d’insectes, et je crois qu’il y a peu de différence entre un battement d’ailes et un battement de cils." (pp. 17-18)

critique par Fée Carabine




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