Lecture / Ecriture
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La Camorra de Hugues Rebell

Hugues Rebell
  La Camorra

La Camorra - Hugues Rebell

Under the volcano...
Note :

   Né à Nantes en 1867 et mort à Paris en 1905, Hugues Rebell est sans doute passé de mode. Surtout à considérer le peu d'éditions disponibles — ce qui finit de convaincre de l'utilité des bibliothèques en ligne. On voit en lui un auteur "fin de siècle", pour reprendre le titre de la collection 10/18 pilotée par Hubert Juin il y a trente ans. Je l'ai découvert jadis par ce titre qu'on dit le plus connu: "les Nuits chaudes du Cap français". Son succès principal a dû être "La Nichina". On sait enfin qu'il était nationaliste et réactionnaire et qu'Hugues Rebell est un pseudonyme.
   
   Nous sommes à Naples après l'unité italienne. Celle-ci ne fait pas l'unanimité. La Camorra joue sur deux tableaux: la criminalité ordinaire et l'opposition aux Piémontais, puisque ce sont eux qui prétendent réaliser l'unité de la péninsule. Il reste donc de vieux ronchons favorables aux Bourbons. Duchesses et aristocrates ne craignent pas de flatter certains camorristes pour créer des troubles. Cependant qu'un général vient du Nord pour prendre en main l'ancienne capitale qui s'étale au fond de sa baie, au pied du Vésuve.
   «Ils traversèrent des décombres, des quartiers démolis ou abandonnés, des champs de pierre tout blancs sous le clair de lune; puis, de nouveau, des ruelles infâmes, puant la vinasse, le haillon et les latrines, où eût régné une obscurité complète sans, de loin en loin, la petite veilleuse allumée au pied d'une madone ou la clarté rouge d'une trattoria ouverte, vomissant sur eux sa gaieté obscène, ses chants d'ivrognes et ses batailles.»
   
   Le talent d'Hugues Rebell se découvre dans sa capacité à brasser des personnages fort divers et à nouer une intrigue pleine de passions dont la violence va progressivement monter en puissance comme une éruption du volcan. La lave brûlante des passions — c'est un cliché mais il est bien difficile de l'éviter — entraîne des nobles ruinés du fond de leurs palais assortis, des camorristes depuis les bouges où ils s'enivrent avec des belles de nuit ou des souillons, des prêtres idéologues capables de soulever la foule au nom du roi qui a été chassé en 1860, des officiers piémontais à l'esprit conquérant et un "couple" de Britanniques, Scamler, officier revenu des Indes, et sa nièce Helen venue peindre sous le soleil de la Campanie. Elle y rencontre Ascalona; il pose pour elle. Capo de la Camorra, il est pressenti pour guider l'insurrection, or il est ballotté entre sa Lisabetta qui collectionne amants et bijoux, cette Helen qu'il n'est pas seul à convoiter, et une jeune danseuse d'opéra, la Barborin, qui sera la première victime de ces drames. Autant de péripéties dont le lieutenant Fortiguerri s'approche par moments mais sans avoir de vraie prise sur les événements.
   
   L'écriture de l'auteur trouve sa force dans cette façon de conjuguer une intrigue devenue bientôt haletante, avec une violence qui s'exprime dans les phases successives du roman. Le récit des meurtres, passionnels ou politiques, ne s'arrête pas devant les détails crus et sanglants. Un palais brûle, celui de la duchesse Tupputti. Des blessés agonisent. Des figures qu'on croyait destinées à nous accompagner jusqu'au dénouement sont assassinées: lynchées, poignardées, étouffées ou violées. Dans cette débâcle, le camorriste Ascalona, lui-même âprement recherché, pourra-t-il continuer à vivre? En bref: un Soleil noir.

critique par Mapero




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