Lecture / Ecriture
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Même pas Malte de Maïté Bernard

Maïté Bernard
  Et toujours en été
  Fantômes
  Même pas Malte
  Monsieur Madone

Même pas Malte - Maïté Bernard

Le Poulpe n°263
Note :

   C’est la première fois que je lis un Poulpe, un grand merci à celle qui m’a permis de combler cette lacune. Cet épisode s’inscrit dans une longue série dont je ne ferai pas l’historique*. Je dirai juste Gabriel Lecouvreur, alias Le Poulpe, a été inventé par le trio Jean-Bernard Pouy, Serge Quadruppani, Patrick Raynal, et que ses aventures comptent plus de deux cents épisodes, écrits par divers auteurs, reconnus ou non. La structure des épisodes est fixe, certains passages sont obligés (le Poulpe se fait régulièrement tabasser, il fréquente le bar «Le Pied de porc» où tout commence et tout finit), et les personnages reviennent d’un épisode à l’autre, plus ou moins régulièrement.
   Mais il s’avère tout à fait possible de lire un épisode séparé. Cet opus n’est pourtant pas le plus indépendant puisqu’il fait référence à celui écrit par Marcus Malte en 1999, "Le vrai con maltais" qui lui même fait référence au fameux "Faucon maltais de Dashiell Hammett. J’ai donc lu ce livre en toute innocence, sans beaucoup d’éléments de comparaison, en tant que roman policier français, tout simplement.
   
   «LE POULPE est un personnage libre, curieux, contemporain.
   C’est quelqu’un qui va fouiller, à son compte, dans les failles et les désordres apparents du quotidien. Quelqu’un qui démarre toujours de ces petits faits divers qui expriment, à tout instant, la maladie de notre monde.
   Ce n’est ni un vengeur, ni le représentant d’une loi ou d’une morale, c’est un enquêteur un peu plus libertaire que d’habitude, c’est surtout un témoin.»

   
   Le Poulpe retrouve une jeune femme connue neuf ans auparavant, Brigid Waterford (héroïne du "Vrai con maltais"), une belle rousse aux yeux verts qui le tentait déjà jadis et qui lui plait encore plus que jamais. C’est une aventurière qui vient de découvrir le cadavre d’une femme avec entre les jambes un vase relevant du patrimoine afghan, une inestimable antiquité. La jeune femme s’est approprié les papiers de la morte et entend bien profiter de sa carte bleue tant que la police ignore encore son identité. Elle entraîne le Poulpe dans son sillage et les voilà partis tous deux à Cadaques, Séville, Londres sur les traces d’un trafic d’antiquités.
   
   Je suppose que les fans de la série lisent chaque nouvel épisode pour suivre l’évolution psychologique du héros, ou pour voir ce que tel auteur en a fait, quelle inflexion il/elle lui a donnée. Enfin je suppose que c’est une lecture possible. Pour ma part, je m’attendais à quelque chose de plus masculin, dans le style surtout. Mais cet épisode ayant été écrit par une femme, ce que je craignais n’est pas advenu. J’ai même souri lors de la scène de la piscine. Imaginez Le Poulpe et la jeune femme en maillot de bain, il a envie d’elle depuis un bout de temps, elle se rapproche, se pend à son cou… et là: «il regagna la terrasse», et nous n’aurons pas droit à la description de la sempiternelle érection!
   
   S’il n’est pas officiellement enquêteur, Le Poulpe a quand même bien des traits communs avec le détective privé hard boiled qui fit les heures de gloire du polar noir américain et qui sert encore de modèle à bien des épigones. Il a beaucoup vécu, admire les femmes mais vit seul, pose un regard désenchanté sur la société et n’attend plus grand-chose de la vie. D’autant moins que le Poulpe, au début du roman, entame une petite dépression qui inquiète ses amis. Cet archétype est familier et plaisant dans sa version franchouillarde. Maïté Bernard lui octroie une dimension psychologique qui lui évite l’ornière du cliché, car le Poulpe s’interroge beaucoup sur sa liaison avec Brigid Waterford qui lui redonne joie, jeunesse et envie de vivre. Ça n’est certes pas furieusement original, mais ça permet de ne pas faire de l’épisode une simple suite d’événements ou de rebondissements à la James Bond (ce que je craignais avant de découvrir que le Poulpe est plutôt du genre mou, même s’il sait se défendre en cas de besoin). La demoiselle le met dans l’embarras, ce qui permet à l’auteur d’exercer à l’encontre de son héros un certain humour féminin bienvenu.
   
   Je ne pense pas que ce roman ait pour vocation de s’inscrire dans l’histoire du roman policier. Il prend place dans une série, en joue le jeu et remplit son contrat. Il n’a pas l’ampleur des grands romans policiers qui me passionnent, mais son objectif n’est pas là. J’ai pris plaisir à découvrir ce personnage, même si je ne deviendrai pas une inconditionnelle.
   Parmi mes décisions de lectrice pour 2010, il y a celle de continuer à découvrir le roman policier français, me voilà donc sur les rails. La collection «Le Poulpe» compte parmi les plus grands noms du genre, que j’ai notés et pour certains déjà empruntés à la bibliothèque. Les Scandinaves s’impatientent aussi: cette année 2010 s’inscrit définitivement sous le signe du polar…
   
   
   * en savoir plus sur Le Poulpe

critique par Yspaddaden




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