Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Cheyenn de François Emmanuel

François Emmanuel
  Le vent dans la maison
  Bleu de fuite
  La nuit d'obsidienne
  Partie de chasse
  Regarde la vague
  L'enlacement
  L'invitation au voyage
  Le tueur mélancolique
  La partie d'échecs indiens
  Cheyenn

Né à Fleurus, près de Charleroi, le 3 septembre 1952, François Emmanuel Tirtiaux commence à écrire des poèmes dès l’âge de quinze ans. Tout en poursuivant des études de médecine, puis une spécialisation en psychiatrie, il se passionne pour le théâtre et effectue même un stage en Pologne, auprès de Jerzy Grotowski et de son Théâtre laboratoire du Wroclaw: une expérience qui se révélera déterminante pour son travail d’écriture.

Son premier roman, "Retour à Satyah", est paru en 1989 et François Emmanuel a depuis lors continué à publier à un rythme régulier. Il a obtenu le prix Rossel en 1998 pour "La Passion Savinsen". Et en 2007, "La question humaine" a été porté à l’écran par Nicolas Klotz, avec Mathieu Amalric et Michaël Lonsdale.

François Emmanuel est le frère du romancier Bernard Tirtiaux, et le neveu d’Henry Bauchau


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Cheyenn - François Emmanuel

Réflexion sur l'image
Note :

   Rentrée littéraire 2011
   
   "Cheyenn", non, ce livre de François Emmanuel, ne vous amènera pas, dans les grandes prairies de l'Ouest américain, chevauchant votre appaloosa à la recherche de bisons. Cheyenn est le nom que s'est donné Sam Montana-Touré, SDF, un homme au regard silencieux qui hante l'imaginaire du narrateur de cette histoire, un cinéaste, auteur de documentaire pour la télévision. Et si cette recherche vous entraîne vers de grands espaces, "ce sont ceux des chantiers ceints de palissades, routes et trottoirs défoncés, alignement de façades sinistres... dans cette demi-friche industrielle qui longe le canal sur près de quatre kilomètres, paysages de délabrement urbain", usines désaffectées peuplées d'êtres à la dérive, de skinhead haineux, un univers entre misère et violence.
   
   Le cinéaste a rencontré une première fois Cheyenn dans une usine de filature désaffectée où il venait filmer Lukakowsky, un de ses compagnons d'infortune. Cheyenn n'apparaît dans ce premier documentaire que de loin en loin, il n'est pas le sujet principal. Pourtant, déjà, au cours d'un plan fixe qui le saisit, le réalisateur remarque son regard intense, qui semble détenir un secret, peut-être tout simplement le secret d'une vie. Peu de temps après Cheyenn est sauvagement assassiné. Le narrateur, hanté par ce regard, décide alors de réaliser un second documentaire et de partir ainsi à la recherche de Cheyenn, de ses origines, de son passé, bref, de l'homme qu'il était au-delà des apparences.
   "Parfois Cheyenn vient s'asseoir à côté de moi dans mon rêve. Nous sommes tous les deux assis sur un banc, adossés au mur, et nous regardons les arbres du parc où nous nous trouvons; (...) Je ne me retourne pas vers Cheyenn mais je sens qu'il est à côté de moi, il pourrait être mon frère, mon ami de toujours, mon compagnon tranquille. C'est la récurrence de ce rêve qui m'a convaincu d'écrire."

   
    Le cinéaste mène alors son enquête auprès des personnes qui l'ont connu, la sœur de Cheyenne, de Mauda, la femme qui l'a aimé mais qui n'a pas pu l'empêcher de sombrer, des skinheads qu'il soupçonne de l'avoir tué. Il rencontre le juge d'instruction qui mène l'enquête. Mais si tous deux s'acharnent à la découverte de la vérité, il ne s'agit pourtant pas de la même. L'un veut découvrir les coupables, l'autre, la victime. Une exigence qui le prend tout entier, une quête plus qu'une enquête, une obsession. Mais comment filmer l'absence? Comment aller au-delà des apparences? Comment aussi être entièrement honnête vis à vis de l'image, ne pas tomber dans le voyeurisme, respecter l'intime. Ce sont ces interrogations philosophiques qu'égrène le livre mais pas seulement. Il aborde aussi les aspects économiques du cinéma documentaire, un producteur qui veut des résultats, du sensationnel et qui exige la rapidité. Ainsi quand le cinéaste filme le regard de Cheyenn.
   
   Or la démarche du cinéaste qui est à la recherche d'une vérité ne peut se faire qu'en laissant le temps au temps, le temps de connaître les gens, d'établir des relations humaines, de vrais contacts, le temps du respect et de l'estime: c'est ce qui se passe entre Mauda et le réalisateur. Ceci me rappelle la démarche de Raymond Depardon dans sa trilogie de Profils Paysans qui a demandé plusieurs années à Canal Plus pour filmer les agriculteurs lozériens ou ardéchois. Une démarche authentique qui cherche à entrer au cœur de l'Humain, à l'antipode de cette culture journalistique "qui recherche avant tout l'émotion"
   
   Cheyenn a existé comme le prouve la dédicace de François Emmanuel qui s'adresse à Bernard Mottier, photographe français installé en Belgique: "A Bernard Mottier qui a aimé Cheyenn" . Y a-t-il eu réellement un documentaire? Je ne le sais pas. Par contre le livre de François Emmanuel est une réflexion intéressante sur l'image. C'est aussi un bel hommage à Cheyenn de même qu'à tous les hommes qui, comme lui, sont tombés dans la déchéance.

critique par Claudialucia




* * *