Lecture / Ecriture
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A l’enfant que je n’aurai pas de Linda Lê

Linda Lê
  In memoriam
  A l’enfant que je n’aurai pas
  Les évangiles du crime
  Lame de fond
  Œuvres vives
  Comment ça va la vie ?

Linda Lê est née en 1963 au Vietnam et fait ses études au Lycée français de Saïgon. Après la chute de cette ville, elle s’installe au Havre avec sa sœur et sa mère françaises puis suit les cours de Khâgne au Lycée Henri-IV. Elle commence à publier très jeune.


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

A l’enfant que je n’aurai pas - Linda Lê

S’affranchir d’une vieille histoire par l’écrit ?
Note :

   Rentrée littéraire 2011
   
   
   65 pages
   
   "A l’enfant que je n’aurai pas" de Linda Lê a été publié en août 2011 dans la collection "Les Affranchis" de l’éditeur NiL. Comme le souligne la première page qui vise à présenter cette collection: «Quand tout a été dit sans qu’il soit possible de tourner la page, écrire à l’autre devient la seule issue. Mais passer à l’acte est risqué. Ainsi, après avoir rédigé sa  Lettre au père, Kafka avait préféré la ranger dans un tiroir. Ecrire une lettre, une seule, c’est s’offrir le point final, s’affranchir d’une vieille histoire. La collection "Les Affranchis" fait donc cette demande à ses auteurs: "Ecrivez la lettre que vous n’avez jamais écrite".»
   
   J’avais déjà découvert, dans cette même collection, "L’autre fille" d’Annie Ernaux, paru en mars 2011. L’originalité de la demande formulée aux auteurs me semblait stimulante et m’a donné envie de découvrir une autre lettre. Linda Lê a donc été invitée à écrire une missive à un destinataire qui ne la lira sans doute jamais, comme l’indique le titre.
   
   
   Linda Lê est une femme qui n’a pas d’enfant parce qu’elle n’en a pas le désir. Ses proches l’ont beaucoup culpabilisée, à l’image de S., son compagnon qu’elle a aimé pendant 5 ans, qui n’avait de cesse de lui demander un enfant et de la juger avec dureté face à son refus.
   
   
   L’auteure essaie-t-elle de creuser l’étiologie de son absence de désir en évoquant son enfance, notamment les relations houleuses avec sa mère, dont elle dit qu’elle l’a longtemps terrorisée? Les passages où elle relate ces rapports mère-fille m’ont semblé brutaux, voire manichéens. Par ailleurs, les mots qu’elle emploie sont souvent sophistiqués, rendant la lecture encore plus abrupte. Le conditionnel semble le mode majoritairement employé. Par ce biais, l’auteure explore d’innombrables hypothèses – toutes plus catastrophistes les unes que les autres - sur le devenir d’un enfant qu’elle aurait pu mettre au monde. Ces réitérations m’ont semblé particulièrement lassantes.
   
   Cette lettre écrite, le point final posé, Laura Lê parvient-elle à , comme semble l’indiquer la page de présentation de la collection? L’écriture a-t-elle pu atteindre une visée cathartique? Si la fin laisse apparaître un ton plus nuancé, plus positif, en témoignent les mots choisis, le ton général de la lettre m’a semblé souvent brutal, incisif, voire violent, me laissant penser que la souffrance de l’auteure a du mal à être cautérisée par les mots qu’elle inscrit sur le papier.
   
   
   S’adressant en toute fin de lettre à cet enfant qu’elle n’aura pas, Linda Lê souligne:
   "Tu me régénères, tu m’es plus proche que jamais, toi l’enfant que je n’aurai pas. Ces lignes sont une offrande, tu vogues sur un esquif en papier, mais pour moi tu n’es pas une fantasmagorie, tu existes, tu es doué de vie." (p. 65)

   
   Au regard de la tonalité générale de la lettre, la coloration un peu plus positive de la fin ne me paraît pas pleinement incarnée par l’auteure.

critique par Seraphita




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