Lecture / Ecriture
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Charles Dickens de Jean-Pierre Ohl

Jean-Pierre Ohl
  Les Maîtres de Glenmarkie
  Monsieur Dick
  Charles Dickens

Charles Dickens - Jean-Pierre Ohl

Happy birthday Mr Dickens !
Note :

   Je ne sais même pas comment commencer ce billet, à vrai dire je sens déjà qu'il sera aussi intéressant que le discours de la crevette quand la marée monte mais si je ne le fais pas maintenant, je ne vous parlerai jamais de la magnifique biographie de Charles Dickens par Jean-Pierre Ohl. 
   
   J'ai pris tant de notes, décoré mon exemplaire de tant de post-its à la lecture que je pourrais tout aussi bien écrire un billet sans fin. Coupons la poire en deux: j'évoquerai surtout ici quelques aspects de la personnalité de Dickens qui m'ont paru particulièrement intéressants. 
   
   Cette biographie suit de façon assez classique le parcours de Dickens au fil des années, mêlant son histoire personnelle à son travail et indiquant ainsi en quoi tel ou tel événement marquant a eu une influence sur ses écrits. Sur la vie personnelle de l'écrivain, Ohl cherche à se montrer objectif et ne porte pas de jugement ni ne se prononce lorsqu'il s'agit de définir la nature de ses relations avec l'actrice Ellen Ternan ou ses deux belles-sœurs, qui ont finalement sans doute davantage compté pour lui que sa femme. Du moins c'est ainsi que je l'ai perçu, d'autant plus que Dickens est lassé des multiples grossesses de son épouse et sera d'ailleurs un père autoritaire et dur, sans doute pour éviter chez ses enfants l'échec de son père et de ses frères, assistés financièrement.
   
   Le livre s'achève ainsi sur "le Mystère d'Edwin Drood" et recense les différentes hypothèses émises quant à la nature de la disparition de Drood et à l'éventuel assassin; j'étais en pleine lecture de ce roman inachevé lorsque j'ai lu ce dernier chapitre qui a apporté un éclairage nouveau sur les personnages, à commencer par Jasper en qui on pouvait peut-être voir un Jasper-Hyde avant l'heure. Un chapitre particulièrement passionnant (j'ai évoqué quelques suppositions dans mon billet sur Edwin Drood), mais ce constat pourrait s'étendre à l'ensemble de cette biographie.
   
   Ohl insiste beaucoup sur les paradoxes qui caractérisent Dickens: son intérêt pour les malheureux oubliés par la société mais son manque d'empathie lorsqu'il est vraiment confronté au peuple tel qu'il est en réalité (Ohl parle de sa «croisade grotesque contre les musiciens de rue qui jouent sous ses fenêtres»); la tentation du dandysme lorsqu'il est jeune, sa volonté farouche de réussir sur le plan social et sa critique de la bourgeoisie; ses espoirs lors de l'avènement de la reine Victoria, ses convictions fortes (ainsi Oliver Twist est un «brûlot» en réponse à la nouvelle Poor Laws) mais son aversion pour toute forme de politique ou d'organisation pouvant justement mener à bien les réformes qui lui tiennent à cœur. Curieusement, alors que Dickens est un gentleman «éclairé, sensible aux progrès sociaux qui doivent impérativement voir le jour sous le règne de la jeune reine Victoria, Dickens est comme beaucoup de ses contemporains fortement conservateur sur certains sujets: ainsi il dresse un portrait bien peu flatteur des Juifs dans ses romans (tel Fagin dans "Oliver Twist"), même s'il prend conscience de son erreur et tente de rétablir un semblant de vérité en dressant bien maladroitement le portrait d'un Juif exemplaire à la fin de sa vie, dans "l'Ami commun"; de même il se prononce en faveur de la répression suite à une révolte des Noirs en Jamaïque. 
   
   Avec beaucoup de facilité, Ohl nous captive, fait vivre devant nous un Dickens bien réel, parfois antipathique mais fascinant, tout en faisant en sorte de nous donner envie de lire tous ses romans, y compris ceux dont il a relevé les faiblesses. Ce texte est si dense qu'il me faudra sans doute le relire plusieurs fois pour mieux appréhender la genèse de l’œuvre de Dickens, mais c'est sans aucun doute avec plaisir que je relirai ces passages. Ce livre apportera un éclairage intéressant à ceux qui ont déjà lu les romans de Dickens et constituera sinon pour les autres une clef d'entrée idéale pour les guider dans l'étonnant monde dickensien.
   
   Pour une autre biographie de Dickens adaptée à un jeune public, je vous recommande le livre de Marie-Aude Murail (un régal); quant à Jean-Pierre Ohl, son roman "Les Maîtres de Glenmarkie" est un des romans français que je préfère, si vous ne l'avez pas lu je vous recommande très fortement de le faire (non ce n'est pas une hache que je cache derrière mon dos au cas où vous douteriez encore de l'intérêt de cette lecture, je suis persuadée que nous n'avons pas besoin d'en arriver là).
    ↓

critique par Lou




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Dickensmaniaque
Note :

   Présentation de l'éditeur :
   
   "À douze ans, il colle des étiquettes sur des boîtes de cirage dans un entrepôt sordide au bord de la Tamise. À vingt-quatre, il publie Pickwick et devient le romancier le plus célèbre de son temps. Malgré cette ascension extraordinaire, Charles Dickens (1812-1870) n'oublia jamais "les temps difficiles" de sa jeunesse et lutta toute sa vie contre l'injustice. Il fut la figure de proue de l'Angleterre victorienne, mais aussi son imprécateur: un homme complexe, fort et fragile, humble et orgueilleux, un révolutionnaire horrifié par la violence, un romancier populaire aux audaces inouïes. Travailleur infatigable, il laisse une œuvre immense où s'entremêlent grotesque et tragédie, dérision et engagement, onirisme et recherche formelle. Il est le romancier par excellence, transmuant le réel, comme l'écrit Chesterton, en une "substance fluide et composée appelée Dickens".
   

   
   Commentaire:

   
   La première "vraie" page de cette biographie commence par la phrase suivante : "Charles Dickens naît le 7 février 1812 près de Porthsmouth, un port du sud de l'Angleterre". C'était il y a peu le 200e anniversaire de la naissance de mon Charles préféré. Avec quelques copines, on a donc décidé de célébrer ça à notre manière, en publiant en ce jour un Dickens-billet. Et pour moi, ce sera la bio de Charles Dickens écrite par Jean-Pierre Ohl. Vous savez, celui qui a écrit "Les maîtres de Glenmarkie" et "Monsieur Dick"? Comme le sujet ET l'auteur m'intéressaient, je n'ai bien entendu pas pu résister.
   
   Parce que bon, pour ceux qui ne le savent pas, j'aime Dickens d'amour. Rien de moins.
   
   Ce n'était pas la première biographie de Dickens que je lisais. En plus d'avoir lu plusieurs articles et d'avoir vu plusieurs expos Dickens, j'avais lu une bio jeunesse par Marie-Aude Murail et des nombreuses préfaces et postfaces dans diverses éditions. Je ne partais donc pas de rien. C'est sans doute pour ça que j'ai eu un peu peur au départ, pendant la partie "enfance" de Dickens. Pas parce que ce n'était pas bien écrit, loin de là. C'est bien fait, on ne s'apitoie pas sur le sort de l'enfant, on reste sobre. Mais parce que j'ai eu peur de ne rien apprendre ou réapprendre. Il faut dire que cette partie de la vie de Dickens est ma foi assez connue. La fabrique de chaussures, la prison pour dettes, les longues routes à pieds. C'est limite entré dans la légende.
   
   Par la suite, toutefois, ce fut un réel plaisir de lecture. Cette biographie en dit juste assez à ceux qui veulent découvrir la vie de l'auteur sans s'étendre pendant des pages et des pages. Elle va à l'essentiel et Ohl réussit à dresser un bon portrait de l'homme complexe qu'était Charles Dickens. Ses ambiguïtés, ses comportement parfois paradoxaux, son énergie folle, son mélange d'orgueil et d'insécurité, on les ressent parfaitement. Pas de complaisance non plus. Dickens n'est pas présenté comme un saint homme (parce que bon, on s'entend, il n'en était pas un. Mieux valait l'avoir dans ses amis et il semble qu'il se croyait souvent dans son bon droit. Pauvre Kate!) et on nous laisse entrevoir ses failles et ses - nombreuses- contradictions. Et le tout nous permet de réaliser à quel point il a mis différents aspects de lui-mêmes dans ses romans.
   
   Les liens avec différents romans de l'auteur sont très intéressants, très pertinents et ils ne me sont jamais apparus comme tirés par les cheveux. Bien entendu, certains éléments des intrigues sont révélés afin de pouvoir faire adéquatement le parallèle entre le roman, l'aspect de la personnalité de Dickens et le contexte social qui sont derrière tout ça. Pour ma part, ça ne m'a pas ennuyée... je connais les histoires même pour les romans que je n'ai pas lus tellement c'est entré dans le folklore. Mais bon, attention si ça vous dérange. J'ai aussi trouvé vraiment intéressant de voir les détails de publication de plusieurs romans. Disons que ça explique bien des choses et moi qui suis totalement fan des digressions de Dickens, je ne peux qu'être ravie qu'il ait voulu faire une plus longue livraison de temps en temps.
   
   Bref, une biographie que j'ai trouvée très bien construite, instructive et en lien avec l’œuvre de l'auteur. Je conseille pour découvrir en tant qu'adulte. La biographie par Marie-Aude Murail est mieux adaptée à la jeunesse, est plus fan et plus axée sur les anecdotes, tout en faisant des liens avec l’œuvre. J'ai aussi adoré, dans un autre registre. Je suis maintenant prête à terminer la bio de Peter Ackroyd et ses 1100 quelques pages!
   
   Bon anniversaire, Charlie!

critique par Karine




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