Lecture / Ecriture
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Marcel Proust 1871-1922 de George D. Painter

George D. Painter
  Marcel Proust 1871-1922

Marcel Proust 1871-1922 - George D. Painter

Réhabilitons Painter!
Note :

    Se trouvent ici rassemblés en un volume les deux tomes de ce qui fut longtemps, avant les travaux de Jean-Yves Tadié je pense - je manque de documentation par ici et l'annuaire n'indique aucun cercle proustophile à Felletin et dans ses environs - la biographie la plus complète de Marcel Proust. . Bien sûr, elle peut sembler un peu surannée aujourd'hui et Jean-Yves Tadié exécute son auteur en deux lignes dans sa propre préface, lui reprochant l’absence de témoignages oraux, sa trop grande propension à extrapoler, à induire des choses fausses (notamment l'existence d'un roman disparu que Proust est censé avoir entrepris en 1905), lui préférant même la biographie d'André Maurois qui doit dater de 1949.
   
    C'est aller un peu vite en besogne et traiter de façon cavalière un travail auquel Painter a tout de même consacré dix-huit ans de sa vie. Un travail sérieux, étayé, où toutes les sources sont scrupuleusement citées, un travail à l'ancienne, chronologique, systématique, destiné à ne laisser de côté aucun aspect, aucun moment de la vie et de l'oeuvre de Proust. La vie, l'oeuvre, pour Painter les choses sont claires: la vie explique l'oeuvre et l'oeuvre reproduit la vie. Ce parti pris amène l'auteur à une recherche souvent fastidieuse pour faire coïncider chaque événement de la vie de Proust, chaque personne rencontrée, chaque lieu visité, chaque sentiment éprouvé à un passage de la Recherche.
   
   Au bout de cette somme, on peut penser que tout est dit, que Proust n'a plus de secrets pour le lecteur. Painter consacre de longs chapitres à la vie des salons du Faubourg Saint-Germain, à l'affaire Dreyfus, à l'influence de Ruskin, à la genèse de la Recherche bien sûr, mais n'élude pas le côté homosexuel de son sujet, malgré l'époque à laquelle il écrit, malgré les réticences que l'on devine et les circonlocutions dont il s'entoure ("Ce chemin le conduisit dans la profonde vallée des Cités de la Plaine..."), ce qui lui vaudra ce commentaire sans appel de la part de Céleste Albaret : "Voilà comment ces messieurs accommodent la vérité, la fable les arrange!" Mais le plus grand mérite que l'on puisse accorder à Painter, c'est son amour sincère pour son modèle, son souci de le comprendre toujours, de l'excuser parfois, sa volonté de faire passer ses qualités avant ses défauts. Et cela, seul peut-être un Anglais était capable de le faire.
   
    Extrait.
    "Ils déposèrent Mme Scheikévitch à moitié endormie devant sa porte, et ils se rendirent au 102 boulevard Haussmann, où, dans l'ascenseur préhistorique, Proust s'aperçut soudain que son hôte était parfumé et enfouit son visage dans un immense mouchoir. Maurice [Rostand] attendit dans le plus petit des deux salons, parmi les housses couvertes de poussière, observé avec attention par le portrait d'un jeune homme revêtu d'un habit impeccable, avec une légère moustache, un pâle sourire et des yeux brillants: c'était le portrait de son hôte, peint par Blanche en 1892; et Maurice, essayant de trouver un lien entre ce portrait et le pantin spectral qui se trouvait dans l'autre pièce, et dont le smoking semblait avoir été frotté volontairement de miettes par un valet fou, remarqua que le regard était le même. Il entra dans la chambre tapissée de liège, où il trouva son hôte étendu sur son lit, parmi les médicaments, les invitations, les ordonnances, les cravates et les piles de livres. Et Proust se mit à lire, à haute voix, les épreuves de son livre : "Longtemps, je me suis couché de bonne heure..."

critique par P.Didion




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