Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

.:: Nicolas Bouvier .::. Chronique japonaise ::. Lecture/Ecriture   

Nicolas Bouvier
  Entre errance et éternité
  Le poisson-scorpion
  Le hibou et la baleine
  La guerre à huit ans
  Journal d'Aran et d'autres lieux
  La Chambre rouge et autre texte
  L'usage du monde
  Chronique japonaise

AUTEUR DU MOIS DE FEVRIER 2006

Nicolas Bouvier est né à Genève en mars 1929, et c'est également à Genève qu'il mourut en février 1998. Cette unité de lieu ne trahit cependant pas son sédentaire, car il fut tout au contraire un grand voyageur. C'est autour de son amour des voyages, qui le fit partir sur les routes dès son plus jeune âge, et de son besoin d'écrire qu'il bâtit sa vie et mérita le nom d'écrivain-voyageur.

De ses voyages, il éprouva toujours le besoin de témoigner, et pas seulement par des textes. On lui doit également une documentation passionnante sous forme de photos.


Nicolas Bouvier a égalemenent écrit de la poésie.

La valeur de l'oeuvre de cet auteur a été appréciée et reconnue dans le monde entier. Ce dut être une grande satisfaction pour cet homme sans frontière de voir son oeuvre traduite et diffusée dans de si nombreux pays.

Par ailleurs, tant dans sa vie privée, ses voyages que dans son oeuvre, il manifesta toujours intérêt et bienveillance pour les autres humains qu'il lui était donné de croiser, et en particulier pour les artistes.


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Chronique japonaise - Nicolas Bouvier

Chronique plurielle
Note :

   En refermant ce livre, je ne peux m'empêcher de penser qu'il est tout entier contenu dans son titre. C'est une chronique japonaise, oui. Une chronique dans les deux sens du terme: à la fois historique et personnelle. L'Histoire du Japon tient en effet une large place dans ce livre, des origines mythologiques aux années qui ont suivi la deuxième guerre mondiale. Et ce survol historique est intimement mêlé au récit de deux séjours de Nicolas Bouvier au Japon, le premier en 1956 (dans la foulée du long périple qui fait l'objet de "L'usage du monde" et du "Poisson-scorpion") et le second, huit ans plus tard.
   
   "Chronique japonaise" fourmille d'informations intéressantes sur l'histoire et la géographie du pays, le théâtre no ou le bouddhisme Zen. Mais il n'est pas question pour Nicolas Bouvier de nous asséner un exposé didactique (du "savoir, du substantiel et clairement expliqué s'il vous plaît"). Il ne sait que trop qu'on n'empaquette pas l'âme d'un pays, et se montre pour le moins ironique à l'égard des touristes qui veulent ramener chez eux des souvenirs tirés au cordeau dont ils pourront parler. Aussi, ce sont des tranches de vie qu'il nous fait partager ici, drôles ou tragiques, et parfois minuscules: le rituel du bain public, une cigarette roulée à la main, des navets macérés dans la saumure... Et un réel effort pour comprendre le Japon et ses habitants, même si c'est impossible, même si les mots lui manquent, son maigre vocabulaire trop vite épuisé, et même si certaines choses, tout simplement, ne peuvent se dire. Comme pour les autres livres de Nicolas Bouvier que j'ai lus jusqu'à présent, "Chronique japonaise" est bien plus qu'un "simple" récit de voyage. Nicolas Bouvier n'est pas de ces voyageurs qui partent au loin pour accumuler les images et les sensations, mais de ceux qui acceptent de se laisser défaire par la route, de se dépouiller de leurs vieilles peaux devenues trop étroites, de "faire l'apprentissage du moins", en une expérience humaine qui transcende toute velléité de pittoresque.
   
   
   Extrait (au bain public):
   
   "Le côté «femmes» n'est séparé de l'autre que par une demi-cloison ajourée par-dessus laquelle on échange en famille quolibets, savonnettes et gants de crin. Autrefois tout le monde se baignait ensemble, et cette paroi est une concession faite à l'Occident puritain à l'époque où le Japon désirait si fort lui plaire. Elle est superflue. Le Japonais n'est pas troublé par le nu au bain: il en a trop l'habitude, et si, exceptionnellement, il est troublé, eh bien! où est le mal? Sur ce point, il est plus naturel que nous. Il a dû rester longtemps perplexe devant notre société qui mettait des caleçons longs et faisait tant d'histoires pour entrer dans l'eau... puis garnissait ses jardins publics d'opulentes femmes nues représentant le Commerce ou l'Industrie." (p.152)
   
   
   
   

critique par Fée Carabine




* * *