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Auteur du mois de septembre 2005
Amin Maalouf

   .

Biographie

   AUTEUR DU MOIS DE SEPTEMBRE 2005
   
   Né au Liban en 1949, Amin Maalouf fit des études d'économie et de sociologie. Il fut ensuite journaliste et grand reporter. Il s'exila en France à partir de 1975.

   
   Il écrit dans un français extrèmement classique, utilisant une langue de conteur qui charme ses lecteurs et les entraine partout où il veut les mener (assez souvent dans le bassin méditerranéen, assez souvent dans le passé).
   
   Il a été élu à l'Académie française en 2011.
   
   
    * Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Bibliographie ici présente

  Les Echelles du Levant
  Origines
  Le premier siècle après Béatrice
  Samarcande
  Le rocher de Tanios
  Léon l'Africain
  Le périple de Baldassare
  Les Croisades vues par les Arabes
  Les jardins de lumière
  Les Identités meurtrières
  Les désorientés
 

Les Echelles du Levant - Amin Maalouf

Hymne à la tolérance
Note :

   Tout d'abord, ce livre est UN Amin Maalouf, c'est-à-dire un récit rapporté avec le brillant talent de conteur de cet auteur. Si vous aimez que l'on vous raconte des histoires, si vous aimez (comme moi, parfois) vous contenter de vous laisser emporter par un récit habile et sans faiblesse à travers les époques, les pays, les drames et les joies, vous aimerez ce roman.
   
   Il commence au Liban avec la naissance, au début du 20ème siècle, du personnage principal qui raconte sa vie au narrateur qui va nous la rapporter. Cet homme, né sur la plaque tournante des échanges oriento-européens, de l'union d'un Turc et d'une Arménienne, est le fruit de la tolérance, du multiculturel et de l'ouverture d'esprit, Son père est riche et il acquiert ainsi l'aisance et l'éducation. Parti sur ces bases a priori favorables, il ne va connaître que les guerres et les haines. Depuis celles qui opposent les Turcs aux Arméniens jusqu'à celles qui sévissent encore en Palestine. Le voilà débarquant en France pour y poursuivre ses études et devenant un personnage de la Résistance, le voilà amoureux fou (d'une Juive lui, l'Arabe), le voilà retournant au pays, le voilà perdant la raison dans un monde fou et nous voyons ainsi défiler toute sa vie qu'il narre à l'auteur, à la veille du tournant décisif qu'elle va prendre...
   
   Pour la fin, je vous laisse découvrir, je vous laisse deviner, et je ne suis pas la seule. Vous me comprendrez.
   
   Le récit est doux et tellement attachant ! Pour ma part, je ne me suis pas identifiée au héros, ni à aucun autre personnage, mais j'ai éprouvé de la sympathie pour lui, pour eux, même peut-être, pour le frère détesté.
   
   Ce que j'aime chez Amin Maalouf, hormis ses dons de conteur, c'est cet humanisme qui est la base de son mode de pensée et qui structure ses récits, son évidence de la tolérance et du multiculturel. On les retrouve dans tous ses récits et c'est ce qui en fait le goût, je devrais dire, la saveur. C'est le monde, l'Histoire et la vie vus comme j'aime qu'on les voie.
   
   «Les échelles du Levant» n'est pas mon Maalouf préféré, qui serait plutôt «Le périple de Baldassare» ou «Le premier siècle après Béatrice», mais c'est tout de même un très très bon.

critique par Sibylline




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Origines - Amin Maalouf

Pas un roman
Note :

   Ce livre n'est pas un roman.
   
   C'est un récit réel. Amin Maalouf y retrace la vie de sa famille depuis ses arrière-grands-pères. Nous y retrouvons (ou découvrons) aussi l'histoire du Liban et de la façon dont on y a vécu depuis environ un siècle et demi.
   
   Dès la courte introduction, qu'il a rédigée lui-même, j'ai été sous le charme, quand il a expliqué pourquoi il lui aurait été impossible d'intituler ce livre « Racines » : « Ce mot n'est pas de mon vocabulaire ». Chez lui, on n'est pas fixé à un lieu. Et ce sont bien des vies de nomades, au moins potentiels, que nous découvrons tout au long de ces pages. Et des pages, il y en a. Pas moins de 486 ! J'avoue qu'il y a eu des moments où je me lassais un peu. Je me disais « Que m'importe au fond son oncle, son grand-père? » Mais, avant de l'avoir terminé, je n'ai pas pu me résoudre non plus à abandonner ce livre, que je lisais par ailleurs sans peine.
   
   Cela tient en grande partie au talent d'Amin Maalouf, qui sait toujours garder son lecteur attaché au fil de ses récits. Et cela tient aussi au fait que dans cette saga, qui au fond n'aurait pas dû me concerner, je découvrais des éléments qui me permettait de mieux comprendre des choses que j'avais lues dans tel ou tel roman et de constater les modifications, les variations, qui y avaient été apportées. Je retrouvais là les éléments du réel qui avaient inspiré des scènes, des personnages ou des décors.
   
   C'est à ce titre que ce livre est un document qui mérite l'intérêt des amateurs de l'?uvre de Maalouf. Ceci dit, plusieurs fois, j'ai pensé en le lisant « C'est un travail, une recherche, qu'il a fait pour lui. Pourquoi l'a-t-il publié ? » Vous me direz que je viens de donner la réponse ? Je trouve que non. Car, s'il est intéressant pour nous de découvrir les événements déclencheurs de certaines inspirations, quel est l'intérêt pour lui de nous les présenter ? Il n'y en a aucun, je pense. Il a donc vraiment voulu nous raconter l'histoire de sa famille. C'était son but, nous l'avons détourné ; en tout cas, moi, je l'ai fait.

critique par Sibylline




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Le premier siècle après Béatrice - Amin Maalouf

L'équilibre du monde
Note :

   D'abord il y a le premier degré, qui nous dit qu'on nous raconte l'histoire d'une sorte de fin du monde qui aurait été déclenchée juste par le fait que, depuis toujours, la plupart des civilisations ont préféré un héritier mâle, au moins comme aîné des enfants ; et que ce conformisme idéologique était suffisamment mortifère, les progrès de la science aidant, pour pourrir la vie de tous, après avoir simplement pourri celle des filles depuis des générations.
   
   Ensuite, il y a le second degré, qui nous dit qu'il faut arrêter de nous raconter des histoires de bloc de l'Ouest contre bloc de l'Est et qu'il est grand temps d'admettre que la vraie guerre est celle du Nord contre le Sud.
   
   Jusqu'à présent, le Nord a mené assez facilement et a non moins facilement et largement abusé de sa suprématie, mais sans jamais tuer sa proie. Amin Maalouf nous montre comment un beau jour, peut-être pour pas grand-chose, parce que le Sud se sentira acculé vraiment, il peut échapper à tout contrôle, au sien comme au nôtre et «bouffer» le Nord, ou plutôt non, car il n'y aura pas de vainqueur, plutôt comment ce conflit peut détruire le monde.
   
   Mais ce n'est pas pour cela que j'ai tenu à présenter ici ce roman là d'Amin Maalouf. C'est surtout parce qu'il est un peu le mal aimé des lecteurs qui, trop habitués aux charmes envoûtants de leur conteur moyen oriental, ont beaucoup de mal à accepter de bon coeur qu'il ne leur parle pas de pays du bassin méditerranéen, mais des deux hémisphères ; qu'il ne leur raconte pas des histoires passées, mais des récits possiblement futurs. Je trouve que, le plus souvent, on est très injuste avec ce « Premier siècle après Béatrice » dont on sous-estime la justesse et la profondeur. Ce qui est fascinant ici, c'est de voir de quelle façon aisée et imparable on passe d'une situation égale à ce qu'elle est actuellement dans la réalité, à un total désastre planétaire.
   « Au cours du siècle dernier, notre planète s'est partagée entre un Sud qui récrimine et un Nord qui s'exaspère. Certains se sont résignés à voir en cela une banale réalité culturelle ou stratégique. La haine ne demeure pas indéfiniment une banale réalité. Un jour, sous quelque prétexte, elle se déchaîne, et l'on découvre que rien, depuis cent ans, mille ans, deux mille ans, rien n'a été oublié, aucune gifle, aucune frayeur. »
   
   Maalouf parvient à nous faire sentir que cela pourrait réellement arriver. Je ne pense pas que cela pourrait être pour une question de « fèves du scarabée » (ou de ce qu'elles représentent) mais cela pourrait arriver. Ces derniers temps, j'ai parfois l'impression qu'on est ainsi à la limite de basculer. Suis-je la seule ? Sûrement non.
   
   Mais, en fin de compte (un peu de légèreté), si j'ai tenu à représenter ce livre là, ce « Premier siècle après Béatrice », j'avouerai sans détour que c'est pour le personnage du narrateur. Cette première personne fictive qui est un homme dont je serais à coup sûr tombée amoureuse si j'avais pu avoir la chance de le rencontrer, une personnalité juste et équilibrée, le compagnon idéal pour moi? un comme on n'en voit que dans les romans.
   
   Un livre passionnant et hyper bien écrit, comme toujours avec Maalouf.
   
   PS: Vous trouverez sur ce site la fiche de "Quand les femmes auront disparu" de Bénédicte Manier qui traite (mais de façon non romancée) de ce problème.

critique par Sibylline




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Samarcande - Amin Maalouf

Une tapisserie chatoyante
Note :

   "Samarcande" est sans doute mon préféré parmi les romans d'Amin Maalouf que j'ai lus jusqu'à présent. C'est une tapisserie chatoyante et colorée qui entremêle l'évocation de la vie du poète persan Omar Khayyam et celle du destin du manuscrit de ses quatrains dans la Perse du début du XXème siècle, hésitant entre tradition et modernité. Amin Maalouf y met son écriture sensible et sensuelle au service d'un authentique humanisme.
   
   En un mot: magnifique!
   
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critique par Fée Carabine




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Au pays des merveilles.
Note :

   C’est avec Samarcande, il y a quelques années déjà, que j’ai découvert Amin Maalouf ; et quel fut mon enchantement ! Après avoir presque tout lu, Samarcande, à l’instar de Fée Carabine, reste mon roman préféré de l’auteur.
   
   Amin Maalouf nous conte avec talent la vie d’Omar Khayyam, ce poète et homme de science oriental du XIe siècle. Poète et philosophe, il aimait les beautés et les plaisirs de la vie dont il entendait jouir pleinement puisqu’elles étaient sur terre pour cela – même si cela était contraire aux enseignements de l’islam -, et les robayats qu’il nous a légués sont les fervents témoignages de son immense soif de vie et de vin.
   
   Ce roman, à double temporalité (le XIe et le XXe siècle), nous emmène sur les traces du précieux manuscrit d’Omar Khayyam, où de péripétie en péripétie l’auteur nous dépeint des paysages prodigieux, des situations et des personnages étonnants qui apportent chacun à l’histoire une saveur toute singulière. Tous ces ingrédients savamment entremêlés font de ce roman un mets subtilement épicé dont on se délecte avec raffinement.
   
   Au delà du fabuleux personnage d’Omar Khayyam, Amin Maalouf nous entraîne dans un voyage au coeur de la Perse du XIe, où, sous sa plume magique, chaque phrase, chaque mot prend les couleurs de l’Orient. Au côté d’Omar, on sent la morsure du soleil sur sa peau, les effluves des villes et les fragrances des oasis, on perçoit les bourdonnements des quartiers marchands grouillants d’activité, on se laisse éblouir par la féerie des lumières que dispense le soleil levant sur le désert et les cités, et on se laisse envelopper par la douceur des nuits étoilées aux parfums envoûtants et mystérieux.
   Je défie quiconque de ne pas tomber sous le charme de cette plume enchanteresse. Le Poète conté par un Poète.
   
   L’auteur a su tresser avec génie le romanesque et l’Histoire, et le résultat est des plus édifiants. Le divertissement et le ravissement sont complets et l’enrichissement historique abondant ; de quoi contenter les lecteurs les plus exigeants.
   
   Si vous êtes amateur d’Histoire, d’Orient et de belles histoires magnifiquement racontées, ce livre est fait pour vous ! vous serez subjugué comme je l’ai été et comme bien d’autres l’ont été avant moi.

critique par Hervé M




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Le rocher de Tanios - Amin Maalouf

Prix Goncourt 1993.
Note :

   Maalouf et le Liban. Maalouf et l'histoire bien perturbée à l'époque déja du pauvre Liban (XIX ème siècle).
   
   En note finale, A. Maalouf précise ceci :
    «Ce livre s'inspire très librement d'une histoire vraie : le meurtre d'un patriarche, commis au dix-neuvième siècle par un certain Aboukichk Maalouf. Réfugié à Chypre avec son fils, l'assassin avait été ramené au pays par la ruse d'un agent de l'émir, pour être exécuté.
   Le reste- le narrateur, son village, ses sources, ses personnages - , tout le reste n'est que qu'impure fiction.»

   
   Une implication plus conséquente d'A. Maalouf dans cette histoire peut être suspectée.
   
   Le fil de l'histoire mêle à la fois une histoire d'hommes, de femmes, l'Histoire, et un zeste d'irrationnel sans lequel un écrivain proche-oriental ne serait pas un écrivain proche-oriental !
   
   Jeune garçon déja, Tanios se distinguait de ses congénères. Le mystère qui plane sur sa naissance, et que A. Maalouf laisse en vol libre jusqu''au bout, ajoute à sa particularité. Entre alors en scène l'Histoire, bien troublée quand même, et on est parti pour 277 pages de plaisir.
   «Tanios intervint, en usant du prestige qui lui restait encore, et emmena l'homme avec sa mule jusqu'à la sortie du village Un trajet de trois milles tout au plus en comptant le retour, mais mon pupille ne revint que quatre heures plus tard. Il ne parla à personne, monta s'asseoir sur un rocher. Puis, comme par prodige, il disparut.»
   
   Le rocher de Tanios fût, faut-il le rappeler, Goncourt 93
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critique par Tistou




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Un chapitre de l'histoire du Liban
Note :

   En s'efforçant de retracer le destin de Tanios, qui avait vécu dans son village un siècle auparavant, le narrateur du "Rocher de Tanios" nous plonge dans un chapitre de l'histoire du Liban, en proie à de violentes dissensions religieuses et déjà la cible des visées de puissances étrangères, ottomans, français et américains en tête. Amin Maalouf nous fait partager la vie d'une galerie de personnages hauts en couleurs, le seigneur don Juan, affublé d'une épouse aussi tranchante en parole qu'elle n'est rondelette au physique, une beauté fatale - Lamia, la mère de Tanios -, le pope et son épouse à la volonté bien trempée... Des personnages somme toute très typés. Pour moi, c'est là que la bât blesse quelque peu. Je n'ai pas retrouvé dans "Le rocher de Tanios" toute la richesse de couleurs et de nuances qui m'avaient fait aimer "Samarcande". Et malgré tous ses rebondissements, l'intrigue est un peu trop prévisible, finalement moins riche en surprises que celle du "Périple de Baldassare".
   
   Mais ces réserves faites, j'ai lu "Le rocher de Tanios" avec plaisir... parce qu'Amin Maalouf est malgré tout un merveilleux conteur, qu'il nous prend au piège dans le filet de ses phrases et qu'on ne quitte son livre qu'à regret...
   
   
   

critique par Fée Carabine




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Léon l'Africain - Amin Maalouf

L'art oriental du conte
Note :

   Amin Maalouf maîtrise avec bonheur l'art oriental du conte. Avec des mots simples, colorés, exotiques, il sait nous garder sous le charme de sa plume tout au long d'un roman très agréable à lire.
   
   "LEON L'AFRICAIN" est le livre qui m'a permis de découvrir ce romancier, Ensuite, j'ai recherché ses titres pour faire durer l'enchantement. Mais j'ai tant et tant relu le premier que le début est resté gravé dans ma mémoire:
   << Moi Hassan fils de Mohamed le Peseur, moi, Jean-Léon de Médicis, circoncis de la main d'un barbier et baptisé de la main d'un Pape, on m'appelle aujourd'hui l'Africain......On m'appelle aussi le Grenadin, le Fassi, le Zayyati, mais je ne viens d'aucun pays, d'aucune cité, d'aucune tribu. Je suis fils de la route, ma patrie est caravane, et ma vie est la plus inattendue des traversées....De ma bouche tu entendras l'arabe, le turc, le castillan, le berbère, l'hébreu, le latin et l'italien vulgaire, car toutes les langues, toutes les prières m'appartiennent...Mais je n'appartiens à aucune. Je ne suis qu'à Dieu et à la terre, et c'est à eux qu'un jour, je reviendrai...>>
   
   Prélude, d'une concision saisissante, d'un passionnant récit qui déroule les aventures du héros autour de la Méditerranée au XVème siècle.
   
   Dépaysement garanti. Une introduction idéale à des ouvrages comme «Le périple de Baldassare» ou le bouleversant «Les Croisades vues par les Arabes».
   
   * Voir sur ce site la fiche du livre de l'historienne Natalie Zemon Davis retraçant la vie du vrai Léon l'Africain.
   ↓

critique par Aristarque




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Suite grenadine
Note :

   Un vieux bouquin de poche traînait sur les étagères de ma "résidence" vacancière. Je ne me souviens pas qui a bien pu me l'apporter puisque je suis certaine de ne pas l'avoir acheté. Bref, j'avais envie de rêves, de voyages, de récits fabuleux ... et j'ai été servie.
   
   Amin Maalouf a réussi le pari risqué d'un roman mêlant une biographie imaginaire riche en couleurs tout en restant absolument fidèle à ce qu'on sait de ce personnage historique.
   
   J'ai lu ce livre, sinon d'une traite, tout au moins par lampée de 100 pages. Amin Maalouf, dont je n'avais lu que "le premier siècle après Béatrice", voilà bien longtemps, nous offre là l'occasion d'apprendre ou de redécouvrir l'apport de la civilisation arabo-musulmane à l'Occident, à travers ce récit émouvant au rythme souvent rapide, avec des rebondissements dignes d'un thriller contemporain. A l'heure du très médiatique choc des civilisations, il est bon de se rappeler qu'un âge d'or arabe a existé. Sans jamais juger, ni prendre parti, Hassan-Leon nous donne une belle leçon de tolérance.

critique par Evanthia




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Le périple de Baldassare - Amin Maalouf

Peut-être la fin du monde
Note :

   La fin du monde est, peut-être, proche. En cette année 1665, nombreux sont les hommes qui se demandent si la fin du monde n'est pas pour l'année à venir. Plusieurs signes laissent présager le pire. Les écrits, la numérologie, les faits divers... Une interprétation de tous ces éléments pourrait indiquer que la fin du monde est pour demain? Ou peut-être pas? Les voies sont ouvertes à l'interprétation de chacun.
   
   C'est en partie ce sentiment d'incertitude qui va entraîner Baldassare, simple commerçant en curiosités et livres rares, dans un périple à travers l'Orient et l'Europe à la poursuite d'un livre insaisissable. Le livre du Centième nom censé renfermer le secret du nom véritable de Dieu. Baldassare est entré en sa possession par hasard et l'a perdu avant même d'avoir pu en lire une ligne.
   
   Ainsi, cet homme si peu enclin aux voyages va traverser une multitude de pays, rencontrer diverses religions ou philosophies, vivre quelques histoires d'amour, et relater dans plusieurs carnets cette aventure qui durera plus d'un an (l'année 1666 censée être la dernière). Baldassare est un homme plutôt commun, presque un anti-héros, confiant en l'espèce humaine. Cette confiance va le faire tomber dans de nombreux pièges mais aussi lui offrir une vision unique du monde qui l'entoure.
   
   Les mots d'Amin Maalouf sont toujours magiques. Ce roman présente la particularité de se passer en partie en Europe (Gênes, Lisbonne, Amsterdam, Londres, Calais, Paris) et on découvre que l'auteur est aussi à l'aise dans l'histoire orientale qu'occidentale. La lecture de ce livre a été un vrai plaisir et il risque d'alimenter mes réflexions durant encore pas mal de temps.
   
   Note : 4,5 / 5 (je ne mets pas 5 car j'aurais aimé que l'aventure de Baldassare dure encore un peu. Certaines questions sont restées sans réponse.)

critique par Rhésus




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Les Croisades vues par les Arabes - Amin Maalouf

Que sont les Croisades?
Note :

   L'auteur est reconnu comme un spécialiste du monde Arabe. A la lecture de cette fresque historique, nous ne pouvons qu'en être convaincus.
   
   Que sont les Croisades, pour la majorité d'entre nous ? L'épopée d'une foule d'illuminés qui, exhortés par le moine Pierre L'Hermite, puis au fil de ces décennies par divers papes, partirent en huit expéditions étalées de 1106 à 1291 "délivrer" le tombeau du Christ, vers cette Palestine mythique et lointaine et gagner ainsi le pardon de leurs péchés. Sans oublier de s'enrichir, à l'occasion, en s'appropriant les richesses des Infidèles, après les avoir massacrés, ou réduits en esclavage.
   
   On ne nous en a appris que ce que les « envahisseurs » ont bien voulu raconter. Mais qu'en pensaient les Arabes, leurs historiens et chroniqueurs? Maalouf tente, dans ce livre, de combler cette lacune. Et nous étonne par sa connaissance du sujet et par la singularité de ses citations. Parfois cruelles pour ne pas dire atroces.
   
   Au fil du récit, nous retrouvons des personnages rendus immortels par cette insolite et tristement célèbre péripétie de l'Histoire des religions.
   
   Bohemond et Godefroi de Bouillon, Tancrède, Baudouin, Renaud de Châtillon « qui symbolisera un jour, toute la malfaisance des Croisés », Louis XI qui n'a jamais vu Jérusalem, malgré sa sainte envie de toucher le tombeau sacré, Richard Coeur de Lion « ce géant roux, prototype du chevalier belliqueux et frivole, dont la noblesse des idéaux cache mal la brutalité et la totale absence de scrupules »
   
   Coté musulman, le roi Nourredin et son successeur Saladin ont la vedette parmi la nuée d'émirs, de sultans, de vizirs qui se succèdent à la tête des nombreux royaumes victimes des Croisés. Ils ne vaincront que lorsqu'ils seront réunis sous la férule d'un seul : Saladin.
   
   Pendant deux cents ans, tout ce petit monde s'étripe, tue, viole, pille, renie ses promesses, signe des accord parfois contre nature, écrit dans le sang et la misère une effroyable et sanglante page d'histoire qui aura des répercussions jusqu'à nos jours.
   
   A lire comme une curiosité, pour l'accepter, peut-être, comme un réquisitoire.

critique par Aristarque




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Les jardins de lumière - Amin Maalouf

Raconte-moi encore
Note :

   J’ai encore une fois retrouvé avec beaucoup de plaisir ce conteur hors pair qu’est Amin Maalouf.
   
   Comme vous le savez sans doute, plusieurs de ses romans sont ce que l’on pourrait qualifier de «biographies romancées». C’est le cas de ces «jardins de lumière». Maalouf nous fait suivre ici depuis dès avant sa naissance jusqu’après sa mort, la vie de Mani, artiste et philosophe mésopotamien du 3ème siècle dont la pensée fut déformée au fil des âges et des malveillances, jusqu’à donner naissance au terme «manichéen» alors qu’elle était justement tout sauf manichéenne, du moins dans l’acception actuelle du terme.
   
   C’est justement la grande, l’énorme qualité d’Amin Maalouf de nous expliquer avec clarté la réalité et la subtilité de ce que fut cette philosophie exposée aux malentendus -et ce, dès sa première expression puisqu’il était impossible d’être philosophe, il fallait être prophète; impossible d’avoir une éthique, une philosophie, il fallait que ce soit une religion. L’on tolérait mieux les activités sectaires qu’une philosophie sans dieu. Et ce n’étaient là que les premiers dévoiements, ils seraient suivis de bien d’autres. L’énorme qualité de l’auteur, disais-je, de savoir nous l’expliquer, non seulement avec clarté, mais encore avec la légèreté et le suspens d’un roman ou, selon ce que je ressens moi quand je lis Maalouf, d’un conte passionnant. Si la culture est partout, le cours n’est nulle part. On apprend les innombrables choses que nous révèle ce livre sans le moindre effort, tout simplement parce qu’elles font partie de l’histoire passionnante qu’on nous raconte là.
   
   Une chose encore qui plaît aux lecteurs d’Amin Maalouf, c’est le choix de ses personnages principaux. Qu’ils soient réels ou imaginaires, ils ont tous ces qualités du cœur et de l’esprit qui font les vrais humanistes et ce Mani tient haut le flambeau de cette cause-là. Maalouf nous dresse tout cela, avec son talent incomparable de conteur, son art consommé du portrait qui sait faire surgir à notre esprit le personnage très net, tel qu’il apparaîtrait si on le rencontrait. On le voit; et ce, aussi bien pour les seconds rôles que pour les vedettes.
   
   Voilà pourquoi c’est avec plaisir et délassement que je me suis immergée dans ce monde ancien, pas si différent du nôtre, au fond pour les grands problèmes et où se posent les questions encore tout à fait d’actualité comme: Le sage peut-il composer avec les puissants? S’approcher du pouvoir l’aidera-t-il à rendre le monde plus sage ou à affaiblir sa sagesse? Il aurait fallu deux vies à Mani, une pour essayer chacune des tactiques, mais nous sommes tous dans cette situation-là et nous avons déjà notre idée sur la question, que l’expérience de Mani confortera ou non.

critique par Sibylline




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Les Identités meurtrières - Amin Maalouf

Se caractériser pour exclure
Note :

   "Depuis que j'ai quitté le Liban en 1976 pour m'installer en France, que de fois m'a-t-on demandé, avec les meilleures intentions du monde, si je me sentais "plutôt français" ou "plutôt libanais". Je réponds invariablement: "L'un et l'autre!" Non par quelque souci d'équilibre ou d'équité, mais parce qu'en répondant différemment, je mentirais. Ce qui fait que je suis moi-même et pas un autre, c'est que je suis ainsi à la lisière de deux pays, de deux ou trois langues, de plusieurs traditions culturelles. C'est précisément cela qui définit mon identité. Serais-je plus authentique si je m'amputais d'une partie de moi-même?"
   
    Ainsi commence l'essai d'Amin Maalouf, écrivain franco-libanais récemment élu à l'Académie française. En partant d'une question, en apparence anodine, mais très révélatrice des préjugés de notre société, Amin Maalouf se livre à une réflexion passionnante sur la notion vague et imprécise d'identité, sur les diverses passions qu'elle excite, et sur les dérives qu'elle engendre un peu partout dans le monde. Et surtout, il se demande pourquoi, si souvent, le désir de revendiquer une quelconque appartenance, qu'elle soit religieuse, culturelle ou encore nationale, conduit à l'intolérance, à la peur, voire à la négation d'autrui. Sa théorie est toute simple: puisque nous sommes tous faits d'identités multiples, au nom de quoi pouvons-nous rejeter l'autre? A l'aide d'exemples tirés de son expérience personnelle, de l'actualité ou de l'Histoire, Amin Maalouf nous incite à la tolérance, dans une réflexion qui va des nationalismes aux problèmes que soulève la mondialisation, en passant par les replis communautaires ou les massacres ethniques. Et si son analyse n'est pas originale et novatrice, elle a du moins le mérite d'exister et de chercher à se faire entendre, dans un monde où l'intolérance et le refus d'autrui ne cessent de croître...
    
   On connaissait Amin Maalouf romancier, brillant auteur du "Rocher de Tanios" qui lui a valu naguère le prix Goncourt, le voici essayiste et penseur, de talent qui plus est. Sous couvert de chercher à définir la notion d'identité, le voilà qui interroge imperceptiblement les préjugés qui gangrènent les sociétés, occidentale bien sûr, mais pas uniquement. Dans un style simple, fluide et qui ne s'embarrasse pas de mots savants et autres néologismes dont les philosophes aiment farcir leurs ouvrages, Maalouf nous propose sa vision des choses, sa réflexion comportant deux temps forts bien définis: d'un côté, le diagnostic d'une société qui exacerbe les tensions entre communautés, qu'elles soient religieuses, ethniques ou linguistiques, de l'autre, diverses solutions pour tenter de pallier cette dérive préjudiciable à tous; il nous invite à un humanisme du troisième millénaire, qui permettrait aux hommes de s'accepter malgré leurs différences. Loin d'être un gentil rêveur, un illuminé, un naïf, Amin Maalouf ne se berce pas d'illusions et propose des mesures concrètes, plus ou moins convaincantes, il est vrai (l'apprentissage de l'anglais en deuxième langue vivante, la première étant une langue "de cœur", choisie par exemple au sein des idiomes de l'Union Européenne, ne paraît guère applicable, du moins tant que l'anglais sera considérée comme la seule langue universelle; en revanche, ses suggestions sur les votes "identitaires", appuyées sur l'exemple du Liban, sont très intéressantes).
   
    Avec ce court essai, Amin Maalouf signe un véritable plaidoyer pour l'humanisme et l'humanité, refusant tous les extrémismes pour prôner la modération (une réminiscence de sagesse antique?) en toute chose, notamment dans des questions aussi épineuses et propres à susciter des tensions que celles de l'identité et des replis communautaires. Lucide, à la portée de tous et jamais pontifiant ni dogmatique, loin des "y a qu'à" et des "il faut", l'ouvrage de Maalouf ne laissera aucun lecteur indifférent, et l'on ne saurait trop conseiller sa lecture à tous nos hommes politiques, histoire de leur donner une définition rigoureuse de ce mot d'identité qu'ils ont tant dévoyé. 
    ↓

critique par Elizabeth Bennet




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On y perd ou on y gagne?
Note :

   "Après tout, remettons les dans les bateaux"
   Mme Brunel Député UMP
   
   
   Les soulèvements des populations de Tunisie, de Libye, l’exode vers des lieux qui leur paraissent meilleurs interroge et fait peur à certains, entraînant des réactions outrancières et dangereuses, un livre, paru il y a plus de 10 ans, apporte non une réponse à ces phénomènes, mais permet de se forger une réflexion par delà les passions et les réactions épidermiques.
   
   Je, Nous, les Autres: c’est ainsi qu’Amin Maalouf nous présente le problème, à partir de sa propre expérience, lui le Libanais exilé en France en 1975 au moment de la guerre du Liban.
   Il s’interroge et nous interroge sur le sentiment d’appartenance, sur ce qui nous constitue, notre histoire, nos traditions, notre religion, quelle place faisons nous à notre héritage judéo-chrétien par exemple, à la place de notre langue, à l’étiquette qui s’attache à nous, en particulier quand cette étiquette est porteuse d’opprobre: Rappelons nous le Serbe pendant la guerre en Bosnie
   
   Il fait une place particulière en raison de son histoire personnelle, au monde arabe, à la religion musulmane et aux regards que nous portons à cette religion, regard déformé par l’intégrisme.
   Les notions d’identité et d’appartenance sont largement développées sans jamais rendre le propos trop didactique, j’ai retrouvé ici le souci d’accorder de la dignité aux autres, souci qui court dans 2 livres que j’ai lu récemment: "b.a Ba" et "Tout un homme".
   Pour Amin Maalouf le maître mot est celui de réciprocité, pour cela le regard que nous portons sur l’autre doit être empreint de tolérance, de compréhension. Réciprocité pour celui qui est accueilli, il abandonne sa terre, certaines coutumes et sa langue.
   
   « Chacun d'entre nous devrait être encouragé à assumer sa propre diversité, à concevoir son identité comme la somme de ses diverses appartenances, au lieu de la confondre avec une seule, érigée en appartenance suprême, et en instrument d'exclusion, parfois en instrument de guerre»
Ne dites on pas : Pays d’accueil ?
   
   Un livre simple et à la fois plein d’une grande ambition, véritable leçon d’humanisme et de civilisation il est de ceux qu’il faut faire circuler dans les lycées ET dans les partis politiques
   J’avais aimé son livre sur les croisades vues du côté arabe, ses romans, ce livre va trouver sa place dans ma bibliothèque.

critique par Dominique




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Les désorientés - Amin Maalouf

Réminiscences
Note :

   Rentrée littéraire 2012
   
   
   "Nous avons été séparés par la mort avant d’avoir pu nous réconcilier. C’est un peu ma faute, un peu la sienne, et c’est aussi la faute de la mort… Mais en un sens la réconciliation a eu lieu. Il a souhaité me revoir, j’ai pris le premier avion, la mort est arrivée avant moi. A la réflexion, c’est peut être mieux ainsi."
   Adam repart vers le pays de ses origines, le jour où un de ses anciens amis, avec qui il est brouillé depuis de longues années, le réclame sur son lit de mort. Mais lorsqu’il arrive, il est trop tard. L’ami en question est décédé.
   Adam et Mourad se sont connus à l’université. Lorsqu’ils étaient jeunes, ils avaient l’habitude avec une bande d’amis de se retrouver sur la terrasse de Mourad, d’où on voyait la mer. Ce cercle d’étudiants ne se quittait guère à l’époque, il y a trente ans déjà, avant que la guerre ne les disperse : "Vous êtes mes meilleurs amis. Cette maison est désormais la vôtre. Pour la vie", leur avait dit un jour Mourad.
   
    "Cet instant de fraternité avait été le plus beau de ma vie" nous dit Adam dont nous suivons le récit et le retour vers le pays natal. L’épouse de Mourad accueille Adam en lui disant : "Il n’a pas pu t’attendre". Tania souhaite que ce décès soit l’occasion pour les anciens amis de se réunir à nouveau. Adam envoie donc à tous un faire part ou un courrier plus long pour annoncer la mort de Mourad, l’occasion de revenir aussi sur ce qui les a éloignés l’un de l’autre. Il refuse malgré tout de se rendre aux funérailles et de prononcer une allocution "au nom de ses amis d’enfance", arguant qu’il a des impératifs professionnels qui l’obligent à rentrer rapidement. Mais finalement il restera plus longtemps que prévu au pays, hébergé par la belle Semiramis…
   
   J’ai découvert Amin Maalouf avec "Origines" qui avait été un choc pour moi. Il revenait dans ce livre sur ses ancêtres. Ici encore il interroge le passé et le récit alterne entre les réminiscences qu’Adam confie à son carnet et le récit des seize journées qu’il passera au Liban, pays qui n’est cependant jamais nommément cité dans le roman. On retrouve dans ce dernier opus son merveilleux talent de conteur. Il nous offre un récit sensible et émouvant, dans lequel Adam a 16 jours pour revenir sur ses idéaux de jeunesse, et les amitiés défaites, alors qu’il travaille sur la biographie d’Attila.
   
   Ce livre soulève bien des questions et notamment interroge sur la trahison, à travers la question que pose l’un des protagonistes : le traitre est-il celui qui part ou celui qui reste pour sauver son pays mais se compromet en raison de la guerre? Un livre qui revient aussi sur les différentes religions pratiquées par cette bande d’amis. Un livre qui renvoie enfin à son propre parcours et aux amis qu’on a laissés ou perdus sur le chemin… Et qu’il est temps, peut-être, de retrouver, avant qu’il ne soit trop tard.
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critique par Éléonore W.




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Sobriété d’un beau style
Note :

   Exilé volontaire à Paris depuis un quart de siècle, Adam voit son passé ressurgir quand un ancien ami de jeunesse lui téléphone en pleine nuit. Resté au pays natal, Mourad est en train de mourir et souhaite le revoir une dernière fois. Adam y retournera mais arrivera trop tard.
   
    Hébergé chez une vieille amie, Sémiramis, il consulte de vieilles correspondances, ouvre la malle des souvenirs. Historien, Adam travaille actuellement sur la biographie d'Attila. Un autre projet le tenaille, celui d'écrire le portrait de chacun de ses amis. A la mémoire des disparus, il va organiser les retrouvailles des vivants, ceux qui composaient "Le cercle des Byzantins". Exilés aux quatre coins du monde ou restés au pays, tous ont pris des chemins différents. La guerre les a séparés et la religion les a éloignés dans un monde qu'ils ne reconnaissent plus. Pendant 15 jours, l'Orient et l'Occident vont parler la même langue celle de l'universalité.
   
    A travers ses méditations, Adam nous transmet cette nostalgie tenace pour un monde révolu. Celui où de jeunes étudiants rêvaient de franchir les divisions communautaires de leur pays et qui ont subi la guerre et la corruption.
   
    Amin Maalouf nous raconte son passé et sans nommer une seule fois son beau pays, le Liban, il donne force et profondeur au récit. Dans un style clair il nous livre une réflexion profonde de la situation géopolitique et ses phrases simples nous émeuvent. Une écriture toute en retenue qui frôle l'absolu et le sublime. Les personnages explorent les grands sentiments avec délicatesse tout en donnant des avis différents. L'exercice est difficile mais les mots servent ici une grande sobriété qui ne fait pas oublier le tumulte des passions.
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critique par Marie de La page déchirée




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Un monde en train de basculer
Note :

   Superbe titre à double sens que celui donné au dernier très beau roman de l’Académicien Amin Maalouf.
   
   Sans jamais citer le nom du pays dont il est question tout au long du roman mais dont on comprend, par élimination et déduction, qu’il s’agit indiscutablement du Liban, Amin Maalouf nous interpelle sur la pertinence des stratégies mises en place par chacune et chacun de nous face à la survenue d’une guerre qui n’en finit plus, qui tantôt se clame pour éclater violemment ensuite, les amis d’hier devenant soudainement les ennemis d’aujourd’hui au nom de la religion, du dogme ou simplement par le jeu d’alliances aussi mouvantes que peu sûres.
   
   Désorientés sont les membres de cette bande d’amis. Ils se sont connus sur les bancs de l’Université où ils formèrent un groupe brillant, toujours prêt à discuter de tout, à philosopher brillamment. Ils étaient Chrétiens, Juifs ou Arabes et vivaient en parfaite harmonie dans une société qui se croyait un havre de paix et de démocratie dans un Moyen-Orient pourtant déstabilisé. Et puis la guerre survint et, avec elle, la première victime dans leur petit groupe et l’enlèvement d’un autre.
   
   Du coup, tout bascula très vite et chacun prit une voie qui lui fut propre. Beaucoup émigrèrent en France, aux Etats-Unis, au Brésil. Certains restèrent pour se radicaliser, se cacher ou pactiser avec le diable.
   
   Voici plus de vingt ans qu’ils ne se sont pas vus et c’est à nouveau le deuil qui va leur donner l’occasion de se retrouver. L’un d’entre eux vient de mourir, emporté par la maladie. Il fut Ministre et celui que tous haïrent pour sa compromission et la rupture définitive des idéaux de leur époque, eux qui furent marxistes ou idéalistes bien dans l’air du temps. A la demande la veuve du disparu auprès de celui qui est revenu spécialement au pays pour la première fois, ce dernier va organiser une nouvelle réunion des survivants. Il avait prévu de passer quelques heures au pays natal. Le voici qu’il y passe de nombreux jours, qu’il se réapproprie un pays qui n’est plus tout à fait le sien, en même temps qu’il renoue avec celles et ceux qu’il n’a, pour la plupart, pas revus depuis des années.
   
   Désorientés sont ces personnages en ce sens qu’ils ont pour beaucoup quitté l’Orient de leur jeunesse, celui d’éternelles promesses, de la vie simple, facile et joyeuse. Désorientés ils sont face à l’explosion de l’islamisme radical qui rend le vivre ensemble quasiment impossible marquant la fin d’un monde d’insouciance et le début d’un siècle plein de promesses de violence, de haines et de conflits parce que trop de ressentiments sont larvés entre l’Occident en crise et l’Orient en voie de radicalisation.
   
   Construit avec virtuosité entre écrits collectés par celui revenu au Pays et se retrouvant au centre de l’intrigue, récits couchés par lui, ceux de ses rencontres ou de ses réflexions, et narrations ou dialogues de scènes qui illustrent ce monde en train de basculer, ce roman ne peut que nous interpeler sur ce que nous aurions fait à leur place et ce que nous aurons, peut-être, à faire si les promesses de conflits larvés devenaient réalités.
   
   Un livre admirable, sensible, intelligent et touchant.
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critique par Cetalir




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Liban en déréliction
Note :

   C’est par un roman que passe Amin Maalouf pour nous livrer sa vision de la lente déréliction de ce pauvre pays depuis... longtemps, mais disons depuis 25 ans pour ce roman puisqu’Adam, Libanais ayant quitté le pays y revient pour recueillir le dernier souffle de Mourad, son ami de jeunesse avec lequel il était totalement brouillé.
   
   Oui, c’est ça le thème des "désorientés" ; le retour au pays 25 ans après d’un qui l’a quitté brouillé et qui fait son introspection en revenant. C’est ça et un peu plus aussi puisqu’il s’agit d’un roman. Pas précisément d’un roman d’action mais bien d’un roman d’introspection : l’introspection du Liban.
   "Jeudi, en s’endormant, Adam ne pensait pas que le lendemain même il s’envolerait vers le pays de ses origines, après des lustres d’éloignement volontaire, et pour se rendre auprès d’un homme à qui il s’était promis de ne plus adresser la parole.
   Mais l’épouse de Mourad avait su trouver les mots imparables :
   "Ton ami va mourir. Il demande à te voir.""
   
   "Vers l’Orient compliqué, je volais avec des idées simples."
Ça, ce n’est pas d’Amin Maalouf mais du Général de Gaulle ! Que l’Orient soit compliqué, chacun en conviendra. Il en est souvent ainsi des contrées au lourd fardeau d’histoire. Qu’on puisse y voler avec des idées simples, ce n’est certainement pas ce que pense Adam en train de voler entre Paris et ce pays innommé mais dont il est transparent, de par l’origine de l’auteur, de par l’histoire décrite, qu’il s’agit du Liban.
   25 ans après, après l’idéalisme et la générosité de la jeunesse qui permettaient à de jeunes musulmans, juifs et chrétiens d’avoir une histoire commune, 25 ans après Adam revient donc, plutôt contraint et forcé, pour ne même pas recueillir le dernier souffle de Mourad. Trop tard. Mais au moins pour tenter d’organiser une retrouvaille avec tous eux qui se sont éparpillés en Europe, en Amérique du Sud, qui sont restés au Liban mais sont en réalité aux antipodes les uns des autres.
   
   Pas didactique pour un sou, le parcours d’Adam pendant son court périple au pays va permettre à Amin Maalouf de tenter de nous montrer l’écheveau inextricable de la société libanaise. Une œuvre à la fois littéraire, psychologique et historienne...

critique par Tistou




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