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Auteur des mois d'octobre et novembre 2006
Jane Austen

   .
   
   

Biographie

   Jane Austen est née en Angleterre en 1775 d’un père pasteur.
   On sait très peu de choses de son assez courte vie : Qu’elle a toujours écrit et voulu écrire, qu’elle resta demoiselle, vécut d’abord avec ses parents et sa sœur, puis sa mère et sa sœur, puis sa sœur seulement et succomba finalement à 41 ans après une longue maladie que les diagnostics de la médecine moderne supposent maintenant avoir été la maladie d’Addison (forme d’insuffisance des glandes surrénales).
   Elle connut le succès littéraire de son vivant et fut appréciée aussi bien du grand public que de la famille royale ou de grands écrivains comme Walter Scott. Depuis, nombreux sont les grands écrivains qui ont encore succombé au charme de son écriture, comme Virginia Woolf et Vladimir Nabokov, pour ne citer qu’eux.
   
   * Karen Joy Fowler également a beaucoup parlé de Jane Austen dans son roman "Le club Jane Austen" (fiche sur ce site)

Bibliographie ici présente

  Lady Susan
  Orgueil et préjugés
  Persuasion
  Raison et sentiments
  Sanditon
  Emma
  Mansfield Park
  Northanger Abbey
  Les Watson
  Du fond de mon cœur - Lettres à ses nièces
 

Lady Susan - Jane Austen

Correspondances
Note :

   Ce court roman se présente sous une forme épistolaire ce qui lui vaut toute son originalité. L'histoire se construit donc à travers les différentes correspondances entre plusieurs protagonistes rehaussant ainsi les opinions et personnalités de chacun.
   
   Lady Susan, ravissante veuve pervertie d'environ trente-cinq ans, est au centre de ces correspondances par ses interventions mais surtout aussi par les réactions que ses comportements provoquent autour d'elle. Ses agissements volages engendrent bien des détracteurs.
   Mais elle est avant tout une vaniteuse à l'orgueil exacerbé. Ainsi, elle joue grâce à son éloquence de la crédulité des autres pour arriver à ses fins et pour satisfaire sa suffisance et son amour-propre. Elle sait utiliser la finesse de son verbe avec art pour manipuler à loisir ses partenaires. C'est une coquette (pour reprendre le terme élégant de l'époque) qui prend bien vite ombrage que l'on puisse médire d'elle et mal la considérer. Alors, pour bafouer la bien mauvaise opinion que porte sa belle-sœur à son encontre, elle va tout mettre en œuvre pour séduire son jeune frère Réginald.
    « Il faudrait que Mrs. Vernon (sa belle-sœur) comprît que ses mauvais offices lui font encourir toutes sortes de vengeances que je puis exercer, pour qu'elle fût capable de déceler le moindre calcul dans une conduite aussi douce et modeste. »
   Elle convainc donc le jeune homme avec moult embobinages que les « contes scandaleux » (pourtant véridiques) qui circulent à son propos ne sont que calomnies.
    « J'ai rendu Réginald sensible à mes pouvoirs, et je puis à présent goûter le plaisir d'avoir triomphé d'un esprit tout préparé à me haïr. »
   
   Ce roman est resté inédit du vivant de Jane Austen qui n'a sans doute jamais été suffisamment prête à le faire éditer. L'écriture est pleine de charme et c'est un vrai régal de retrouver ces subjonctifs passés pouvant paraître bien désuets et pourtant ils confèrent au texte un certain lyrisme, une douce musicalité. Une véritable volupté en somme.
   Jane Austen manie l'art du portrait avec délicatesse. Elle joue, dans cet ouvrage, d'une précision insidieuse, de sarcasmes sous-jacents, pour nous présenter le personnage de Lady Susan. Il plaira donc au lecteur de se forger son propre jugement. Certaines correspondances, admirables de subtilité, nous la présentent dans une bien disgracieuse fatuité. L'écriture n'en est que plus délectable.
   
   De plus, il me semble avoir eu la chance d’avoir pu lire une édition qui précise en préface les liens qui unissent les différents protagonistes. Et j'avoue que tout au long de la lecture j'y revenais sans cesse pour me permettre de bien situer les affinités unissant les uns et les autres. Certaines nouvelles éditions en sont dépourvues alors j'imagine qu'il ne doit pas être aisé de s'y retrouver.
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critique par Véro




* * *



Pour l’heure du thé
Note :

   C'est le dernier livre que j'ai lu d'elle. Il s'agit d'un écrit de jeunesse, dans le genre épistolaire. Pour une fois, Lady Susan, l'héroïne, est un personnage détestable, manipulateur, égoïste et sans coeur. Pourtant, elle a le don de se faire aimer de presque tous les hommes qu'elle rencontre. Quand on lit Lady Susan, on a envie de l'étrangler, et de prévenir de ses méfaits tous ceux à qui elle fait de la peine.
   
    Ce livre paraît différent des autres écrits d'Austen, et pourtant, le sujet du mariage d'une femme "pauvre" de la bonne société est repris. Peut-être la différence essentielle de cette nouvelle (ce n'est pas vraiment un roman) réside dans le fait que c'est la "méchante" qui nous fait suivre l'histoire, que l'on se dit qu'elle va réussir à l'emporter. C'est très court, et pourtant, je me suis attachée à la fille de Lady Susan, ignorée et manipulée sans scrupules par sa mère. Même Réginald a obtenu ma pitié, ce n'est hélas qu'un pauvre jeune homme ébloui par une très belle et élégante femme.
   
    A lire absolument quand on aime Jane Austen, ce livre est plein de l'ironie habituelle de l'auteur, et constitue donc un incontournable.
    ↓

critique par Lilly




* * *



Oh Susanna
Note :

    Continuons avec les chroniques austeniennes et parlons un peu de "Lady Susan", roman épistolaire bien plus influencé par la tradition littéraire du XVIIIe que ne le seront les livres suivants de notre chère Jane Austen.
   
   Veuve joyeuse de 35 ans, Lady Susan se tourne vers son beau-frère Mr Vernon après avoir fait l'objet d'un scandale en séduisant deux hommes (l'un marié, l'autre sur le point de se fiancer) chez ses hôtes du moment. Arrivée chez les Vernon, Lady Susan fait tout son possible pour se faire passer pour une veuve respectable malheureusement blessée par la méchanceté d'un monde cruel, prêt à suspecter les plus innocents et à médire sans la moindre raison. Si Mrs Vernon n'est pas dupe, il n'en va pas de même de son frère, Mr De Courcy. Prédisposé à jaser lui aussi, pensant rencontrer la pire coquette d'Angleterre, le jeune homme est immédiatement conquis par les manières douces fort bien calculées de Lady Susan. Arrive enfin la fille de celle-ci, Frederica. Effacée, timide, terrifiée par sa mère, celle qui a été présentée comme une personne non fréquentable s'attire rapidement l'affection des sympathiques Mr and Mrs Vernon. Quant à Mr De Courcy, qui ne la laisse pas indifférente, il semble bien plus enclin à passer ses prochaines années avec Lady Susan, de plus de dix ans son aînée.
   Mrs Vernon to Lady de Courcy, Letter 3 (p194): «I always imagined from her increasing friendship for us since her Husband's death, that we should at some future period be obliged to receive her.»
   
   J'ai été assez étonnée par la noirceur du personnage principal, n'ayant pas l'habitude de rencontrer une héroïne aussi vile chez Austen. Annonciatrice de Lucy Steele et de Mary Crawford, Lady Susan est particulièrement mise à mal par le mode narratif. L'échange de points de vue ainsi que l'écart flagrant entre son comportement et les lettres adressées à sa confidente londonienne permettent de mesurer toute la fausseté d'un personnage extrêmement désagréable et foncièrement calculateur. D'un côté, Lady Susan est la mère attentionnée d'une enfant difficile dont l'éducation a été négligée par son défunt mari, paix à son âme; de l'autre, elle parle de Frederica en utilisant des expressions telles que «the greatest simpleton on earth» ou encore «a simple girl, and has nothing to recommend her» . J'ai évidemment pensé aux "Liaisons Dangereuses", Lady Susan faisant une Madame Merteuil excessivement venimeuse quoiqu'au final, un peu moins libertine, tandis que de Courcy est un parfait chevalier Danceny, bébête et valeureux à souhait.
   
   Mon édition* comprenait quelques commentaires intéressants. Sur la forme, dans les années 1790, les romans épistolaires sont devenus classiques, pour ne pas dire démodés. Ceci dit le procédé permet comme indiqué plus haut de dresser le portrait le plus complet possible de Lady Susan. La fin qui (comme dans "les Liaisons Dangereuses" au passage) punit l'héroïne, n'a pas forcément de portée morale. La conclusion à la troisième personne ainsi que le sort finalement plutôt agréable de Lady Susan donnent à l'ensemble un air totalement fictif, plus exactement «a cartoonish world where the consequences of violence and sociopathic depravity are never seriously felt» (xxvii, Oxford World's classics, introduction de Claudia L. Johnson) .
   
   Autre remarque à mon avis intéressante: entre la prose de Lady Susan et celle du narrateur à la troisième personne de la conclusion, le ton est sensiblement le même. «(They) share a pleasure in linguistic mastery and a witty detachement from conventional pieties. Marvin Mudrick went so far as to suggest that Austen was much like Lady Susan, cold, unfeminine, uncommited, dominating.» (XXVIII) Après la mort de sa soeur, inquiet de l'image qu'elle pouvait donner, son frère Henry a d'ailleurs précisé que tel n'était pas le cas, même si elle était prompte à relever les faiblesses des autres dans ses écrits. Entre un auteur, un narrateur et des personnages, il y a tout de même souvent un fossé (peut-être pas toujours dans la production massive de certains, notamment aujourd'hui, mais c'est un autre sujet). Ceci dit j'ai été intriguée par la remarque que je voulais partager ici.
   
   Un roman finalement assez inattendu pour moi (qui connais donc Emma, P&P, NA, The Watsons ainsi que les adaptations de S&S et de Mansfield Park). Un peu surprise par la bassesse profonde du personnage et le mordant de l'écriture, à mon avis plus froide. ici, j'ai encore une fois été impressionnée par la grande maîtrise de Jane Austen dans l'étude des caractères.
   
   * Oxford World's Classics, incluant Northanger Abbey, Lady Susan, The Watsons, Sanditon
    ↓

critique par Lou




* * *



Manipulation, ruse et machiavélisme
Note :

   Un court roman de Jane Austen qu’elle n’a jamais publié et qui cachait un petit trésor.
   
   Lady Susan est une veuve encore jeune mais hélas désargentée.
   Elle est la séduction même, la preuve? sa belle-sœur Catherine qui la déteste cordialement reconnaît son charme :
   "Elle est vraiment extrêmement jolie. Vous êtes libre de mettre en doute les attraits d'une femme qui n'est plus toute jeune mais, pour ma part, je dois dire que j'ai rarement vu une personne aussi charmante que Lady Susan."

   
   Jouant les coquettes Lady Susan a déjà mis plusieurs mariages en péril autour d’elle et lorsqu’elle jette son dévolu sur Reginald de Courcy on ne voit pas ce qui pourra l’empêcher de parvenir à ses fins.
   Mais pour convoler il faut d’abord se débarrasser de Frederica son "insupportable fille" dont tout le monde voit qu’elle ne l’a jamais traitée avec affection.
   Lady Susan va jouer de ses charmes qui sont grands, manipuler avec une habileté confondante tout son entourage.
   Le rythme des lettres que s'échangent tous les personnages scande les efforts de Lady Susan pour toucher au but.
   
   Un très court roman épistolaire interprété par Chloé Lambert, Loïc Corberon, Caroline Victoria et 5 autres comédiens pour le CD audio.
   La lecture fine des acteurs met en lumière toute la cruauté de Lady Susan, toute sa capacité de nuisance, toute sa méchanceté. On pense à la Marquise de Merteuil et à son acharnement envers Madame de Tourvel, à la manipulation de Cécile de Volanges.
   Le choix des acteurs est excellent, ils donnent voix et chair aux différents personnages avec une belle réussite.
   ↓

critique par Dominique




* * *



Féroce
Note :

   Lady Suzan est le premier roman de Jane Austen qui l'a écrit alors qu'elle n'avait que 18 ou 19 ans. Elle n'a jamais songé à le publier. Il ne parut qu'en 1871, soit 54 ans après sa mort.
   
   Ce court roman épistolaire ne manque pourtant pas de piquant. L'ironie lucide et caustique de Jane Austen s'y exerce avec finesse. Certes, il ne s'agit pas d'un de ses grands romans, mais cette œuvre de jeunesse est un petit régal! Il est regrettable que l'écrivaine le termine, malheureusement, de façon si abrupte comme si elle s'en désintéressait.
   
   Plusieurs personnages s'y croisent mais les deux principales sont Lady Suzan Vernon et Catherine Vernon, sa belle-sœur. Elle s'adressent toutes deux à des destinataires différents, Lady Suzan principalement à sa meilleure amie Alicia Johnson, et Madame Vernon à sa mère Lady de Courcy dont elles reçoivent des réponses qui complètent le récit. D'autres correspondants interviennent aussi, ce qui permet à travers ces échanges de suivre l'histoire mais aussi de découvrir tous les protagonistes du roman. Ainsi Lady Suzan si l'on en croit sa première lettre où elle réclame l'hospitalité à son frère est une femme honorable, veuve éplorée, injustement décriée par des amis et surtout par madame Manwaring qui l'accuse de coquetterie envers son mari. Elle adore sa fille Frédérica, désagréable et sauvage, dont l'éducation la préoccupe beaucoup. Elle est donc obligée de la mettre en pension, ce qu'elle ne fait qu'avec tristesse.
   Mais les écrits qu'elle envoie à sa meilleure amie Madame Johnson présentent un autre éclairage : Lady Suzan est la maîtresse de M. Manwaring, elle déteste sa fille dont elle n'a pas envie de s'occuper. Elle veut la marier de force à Sir James et l'envoie en pension pour l'obliger à y consentir.
   Les lettres de madame Vernon contrainte de recevoir lady Suzan chez elle, nous permettent de compléter le tableau. Lady Suzan a jeté son dévolu sur le frère de madame Vernon, Reginald de Courcy et entreprend de le séduire tout en continuant à voir son amant Manwaring. Frédérica se révèle une jeune fille charmante et timide, terrorisée par sa mère mais décidée à refuser le mariage que cette dernière veut lui imposer. De plus, elle tombe amoureuse de Reginald alors que celui-ci qui n'a d'yeux que pour sa mère. Lady Suzan arrivera-t-elle à ses fins? Fréderica et Reginald seront-ils ses victimes?
   
   Ces lettres permettent une variation du point de vue et nous éclairent sur la vérité des caractères au-delà des apparences. Jane Austen nous livre là une comédie amère et mordante de la société de son temps.
   Le cynisme dont font preuve les deux amies, Suzan et Alicia, dans leur correspondance nous montrent des femmes coquettes et égoïstes, uniquement préoccupées d'elles-mêmes, intéressées et même avides, habituées à s'épauler pour tromper leur mari. Plus encore que l'immoralité de Lady Suzan, c'est son hypocrisie que l'auteure fustige. Lady Suzan se sert de sa beauté mais aussi du beau langage, de l'art de convaincre, comme d'une arme. Elle sait que la beauté n'est pas tout, là où il n'y pas l'intelligence.
   L'ironie déployé par Austen à propos de ces dames est assez jubilatoire. Je vous laisse en juger!
   Extrait d'une lettre d'Alicia Johnson à lady Zuzan. Madame Johnson pensait profiter de l'absence de son mari qui partait à Bath pour s'amuser avec son amie et ses soupirants.
   
   "M. Johnson a trouvé le moyen le plus efficace de tous nous tourmenter. J'imagine qu'il a entendu dire que vous seriez bientôt à Londres et sur le champ il s'est arrangé pour avoir une attaque de goutte suffisante pour retarder, à tout le moins, son voyage à Bath, sinon pour l'empêcher tout à fait."

   
   Réponse de Lady Suzan
   
   "Ma chère Alicia, quelle erreur n'avez-vous pas commise en épousant un homme de son âge - juste assez vieux pour être formaliste, pour qu'on ne puisse avoir prise sur lui et pour avoir la goutte-, trop sénile pour être aimable et trop jeune pour mourir."

   
   Mais si les femmes sont malmenées par sa plume acerbe, les hommes ne sont pas épargnés! Le frère de Lady Suzan est un homme bon mais sans caractère, incapable de juger ce que fait sa sœur, ni d'avoir un peu d'autorité
   "Monsieur Vernon qui, comme on a déjà dû s'en apercevoir ne vivait que pour faire ce que l'on attendait de lui... "
   
   Quant à Reginald qui, au départ, se croit supérieur à Lady Suzan et la méprise, il n'a que ce qu'il mérite en tombant dans les filets de la dame et en ayant le cœur brisé! Brisé? Encore que...
   "Reginald de Courcy à force de paroles adroites, de flatteries, de ruses, fût amené à prendre du goût pour elle*, ce qui, compte tenu du temps nécessairement imparti à vaincre son attachement pour la mère, à renoncer à tout autre lien et à prendre les femmes en abomination, pouvait être raisonnablement attendu dans un délai d'un an. Trois mois peuvent suffire en général, mais Reginald avait des sentiments qui n'étaient pas moins vivaces qu'ardents."  * Frederica
   
   Féroce, Jane Austen, je vous l'avais dit! Et dire que certain(e)s la jugent romantique! J'ai parfois l'impression de lire du Voltaire dans le domaine du sentiment!

critique par Claudialucia




* * *




 

Orgueil et préjugés - Jane Austen

« Va, je ne te hais point… »
Note :

   M. et Mme Bennet désirent marier leurs cinq filles et se réjouissent d’autant qu’un riche célibataire, M.Bingley, vient d’emménager à Netherfield, tout près de Longbourn où ils résident. Les Bennet et les Bingley se rendent mutuellement visite. M. Bingley vit avec ses deux sœurs, dont l’une est mariée, ainsi qu’avec son ami Darcy, de passage. Bientôt, Bingley tombe amoureux de Jane Bennet tandis qu’Elizabeth méprise la froideur de Darcy en dépit de son ascendance fortunée :
   
   Il était à la fois hautain, réservé et délicat et ses manières, malgré sa bonne éducation, n’étaient guère engageantes. A cet égard, son ami avait largement l’avantage. Bingley était sûr de plaire où qu’il se trouvât, Darcy ne cessait de paraître insultant.
   
   (He was at the same time haughty, reserved, and fastidious, and his manners, though well bred, were not inviting. In that respect his friend had greatly the advantage. Bingley was sure of being liked wherever he appeared, Darcy was continually giving offence. (13)

   
   C’est lors d’une de ces visites à Caroline Bingley que Jane tombe malade à Netherfield. Elizabeth vient la soigner du mieux qu’elle peut alors que ses jeunes sœurs Kitty et Lydia, écervelées et frivoles, flirtent avec les officiers de la ville. C’est pendant son séjour à Netherfield qu’Elizabeth s’aperçoit que Miss Bingley cherche à se faire aimer de Darcy.
   Pour cela, elle dénigre Elizabeth en compagnie de Mrs Hurst, une autre invitée mais ses propos amènent Darcy à prendre sa défense et ses réponses ne la satisfont pas.
   
   L’arrivée à Longbourn de M. Collins, cousin de M. Bennet et pasteur de son état, ajoute une touche comique au roman. Son allure de Tartuffe, sa façon d’écrire et de s’exprimer de manière pompeuse et ampoulée, ses rapports serviles avec Lady de Bourgh, sa protectrice à Hunsford où se tient sa paroisse et enfin sa proposition de mariage à Elizabeth sont d’autant de passages savoureux.
   
   M. Collins n’avait aucune finesse d’esprit, et l’éducation comme les relations ne purent être d’un grand secours à cette déficience naturelle.
   
   (Mr Collins was not a sensible man, and the deficiency of nature had been but little assisted by education or society;) (61))
   [...]
   
   Sa recommandation à Lady Catherine de Bourgh fut un hasard bienheureux lorsque le logement de Hunsford se trouva vide ; et le respect qu’il avait pour son haut rang, ainsi que la vénération qu’il vouait à sa protectrice, ajoutés à la très haute opinion qu’il avait de lui –même, l’autorité due à son ministère et les droits inhérents à sa position de pasteur, en avait fait un mélange d’orgueil, d’obséquiosité, de suffisance et d’humilité.
   
   (A fortunate chance had recommended him to Lady Catherine de Bourgh when the living of Hunsford was vacant; and the respect which he felt for her high rank, and his veneration for her as his patroness, mingling with a very good of himself, of his authority as a clergyman, and his rights as a rector, made him altogether a mixture of pride and obsequiousness, self-importance and humility.) (61-62)

   
    C’est lors d’une visite chez leur tante Phillips, que les jeunes filles et Collins, font la connaissance d’un certain Wickam, officier qui en veut à Darcy, renforçant ainsi les préjugés d’Elizabeth contre celui-ci. Pourtant, pendant une soirée Netherfield, Elizabeth, souffrant de danser avec un Collins prétentieux, s’aperçoit lorsqu’elle danse avec lui, des nombreux points communs qu’elle peut avoir avec Darcy, comme une sorte d’harmonie des esprits :
   
    « car j’ai toujours vu beaucoup de ressemblance dans la disposition de nos esprits – nous avons chacun un aspect asocial et taciturne, peu enclins à parler, sauf s’il l’on s’attend à dire quelque chose qui surprendra toute l’assistance, qui passera à la postérité avec l’éclat d’un proverbe. »
   
   ('for I have always seen a great similarity in the turn of our minds. - We are each of an unsocial, taciturn disposition, unwilling to speak, unless we expect to say something that will amaze the whole room, and be handed down to posterity with all the eclat of a proverb.') (82)

   
   
   La première partie se termine par le mariage de Collins avec Charlotte Lucas, amie d’enfance d’Elizabeth contre qui sa mère se fâche pour avoir refusé ce parti et encore une fois, le passage concernant le désaccord de ses parents est tout à fait délicieux.
   
   Lady de Bourgh, aristocrate condescendante, autoritaire et méprisante, apparaît dans la deuxième partie.
   
   Elle n’avait pas l’air conciliant, pas plus dans la manière dont elle les reçut, de sorte que ses visiteurs puissent oublier leur rang inférieur. Le silence ne le rendait pas impressionnante, mais tout ce qu’elle disait était prononcé d’un ton autoritaire afin de bien marquer sa suffisance.
   
   (Her air was not conciliating, nor was her manner of receiving them, such as to make her visitors forget their inferior rank. She was not rendered formidable by silence; but whatever she said, was spoken in so authoritative a tone, as marked her self-importance ...). (144-45)

   
   Ce passage est écrit en grande partie sous forme de lettres (Austen est très marquée par le genre épistolaire) et consiste aussi à narrer les différentes visites de Elizabeth à Charlotte –Mme Collins- et au lieu de naissance de Darcy et Wickam, Pemberley. Elizabeth a de plus en plus conscience du monde qui l’entoure et ses préjugés envers Darcy se transforment en admiration bien qu’elle portât d’abord celle-ci vers Wickam et sa façon hypocrite et désinvolte de la courtiser.
   
   La dernière partie, « volume trois », traite par le menu comment les jeunes filles finissent par se fixer. La première est Lydia, enlevée et mariée précipitamment à Wickam. La deuxième, Jane est unie plus harmonieusement à M.Bingley malgré les conseils de Darcy d’abord mal renseigné sur Jane et à l’époque d’autant plus méprisé par une Elizabeth remplie de préjugés. Enfin Elizabeth et Darcy surprennent M. et Mme Bennet et provoquent l’ire de Lady de Bourgh et l’opposition de Collins. Subtilement décrit, tout en litotes, l’amour grandissant d’Elizabeth pour Darcy ruine les projets de Lady de Bourgh qui le destinait à sa propre fille :
   
   Certainement elle ne le haïssait pas. Non ; la haine avait depuis longtemps disparu et elle avait presque d’autant plus de honte d’avoir un jour éprouvé de l’antipathie à son égard, qu’on pouvait la nommer ainsi.
   (She certainly did not hate him. No; hatred had vanished long ago, and she had almost as long been ashamed of ever feeling a dislike against him, that could be so called.) (233)

   
   La fin des projets de Lady de Bourgh correspond aussi à la fin de la vieille aristocratie, thème que reprendra Austen dans Mansfield Park. Son dernier avertissement à Elizabeth est en ce sens très significatif :
   
   Vous serez occultée, ignorée, et méprisée par tout votre entourage. Votre union sera une honte ; votre nom ne sera plus jamais prononcé par aucun d’entre nous.
   
   You will be censured, slighted, and despised, by everyone connected with him. Your alliance will be a disgrace; your name will never even be mentioned by any of us. (315)

   
   Le dernier chapitre, plus conventionnel, est celui de la réconciliation et de la fin heureuse. Austen, malgré tout, par ses vues sur la société de son temps et son sentiment lucide sur les relations humaines donnent un aspect « révolutionnaire » à ce roman et au roman en tant que genre méprisé et jugé comme frivole, comme l’affirme Collins d’ailleurs.
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critique par Mouton Noir




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Elizabeth Bennet
Note :

   C’est sur le fil du rasoir que Jane Austen remporte le jackpot avec « Orgueil et préjugés ».
   Rappelons les faits : Jane Austen est une romancière anglaise du tout début du XIX ème siècle. Ses histoires sont toutes les mêmes ; de jeunes filles de bonne, mais pauvre, famille sont à la recherche du seul but qui leur paraisse dévolu à cette époque, un mari plutôt riche et si possible beau et aimable. Circonstance aggravante ; à cette époque la bonne tenue des moeurs est de rigueur, les intrigues se bornent à savoir avec qui l’on ouvrira le bal le soir, … Foin de meurtres, de fantômes, d’actions fracassantes, d’aventures épiques. Vous en conviendrez, ce n’est pas le casting idéal pour passionner les foules. Pour tout dire, on est plus près des « Quatre filles du Docteur March » (au secours !) que de « Voyage au bout de la nuit » !
   
   Et pourtant … jackpot il y a. L’atmosphère évanescente et typiquement de sensibilité féminine d’Austen vous enveloppe. La précision de la psychologie des personnages est digne de celle d’un microscope et les bleus à l’âme qu’encaisse Elizabeth, notre héroïne, dans sa quête de l’amour dans un contexte guindé comme un col empesé, sont très touchants (je conçois cela dit que cela puisse ne pas être le cas). Les malentendus se télescopent, se superposent et le dénouement n’en est que plus soulageant.
   Elizabeth Bennet est l’aînée des cinq filles d’une famille aisée, sans plus, famille heureuse. La mère ne fait pas vraiment honneur à la sensibilité et l’intuition féminine, uniquement préoccupée à chercher à « caser » ses filles. Le père, décontracté, peut-être trop, vit un peu dans son monde. Restent les soeurs, les quatre soeurs d’Elizabeth, et particulièrement Jane, moins réservée, plus « réactive » qu’Elizabeth. La grande affaire est l’arrivée dans le village de Mr Bingley :
   
    « - Savez-vous, mon cher ami, dit un jour Mrs Bennet à son mari, que Netherfield Park est enfin loué ?
   Mr Bennet répondit qu’il l’ignorait.
   - Eh bien, c’est chose faite. Je le tiens de Mrs Long qui sort d’ici.
   Mr Bennet garda le silence.
   - Vous n’avez donc pas envie de savoir qui s’y installe ! s’écria sa femme impatientée.
   - Vous brûlez de me le dire et je ne vois pas d’inconvénient à l’apprendre.
   Mrs Bennet n’en demandait pas davantage.
   - Eh bien, mon ami, à ce que dit Mrs Long, le nouveau locataire de Netherfield serait un jeune homme très riche du nord de l’Angleterre. Il est venu lundi dernier en chaise de poste pour visiter la propriété et l’a trouvée tellement à son goût qu’il s’est immédiatement entendu avec Mrs Morris. Il doit s’y installer avant la Saint-Michel et plusieurs domestiques arrivent dès la fin de la semaine prochaine afin de mettre la maison en état.
   - Comment s’appelle-t-il ?
   - Bingley.
   - Marié ou célibataire ?
   - Oh ! mon ami, célibataire ! Célibataire et très riche ! Quatre ou cinq mille livres de rente ! Quelle chance pour nos filles !

   …
   
   On ne saurait être plus explicite ! C’est la trame du roman, il faut le savoir. Et pourtant, malgré le dépaysement temporel, des moeurs, Jane Austen parvient à capter notre attention et à nous entortiller l’âme d’un fil de soie relié aux sentiments bien timides d’Elizabeth. Il est étonnant à quel point le sexe semble être d’une autre planète pour Jane Austen. Jamais ce moteur de l’humanité n’est ne serait-ce qu’évoqué et tout s’enchaîne pourtant comme dans une mécanique de précision bien huilée.
   Allez, un autre indice, d’importance pour la trame du roman :
   
    « Mr Bingley plaisait dès l’abord par un extérieur agréable … mais la haute taille, la belle physionomie, le grand air de son ami, Mr Darcy, aidés de la rumeur qui, cinq minutes après son arrivée, circulait dans tous les groupes, qu’il possèdait dix mille livres de rente, attirèrent bientôt sur celui-ci l’attention de toute la salle. »
   
   La chasse au beau parti, vous dis-je ! Mais retenez bien ce nom ; Mr Darcy.
   Des préjugés vis à vis de ce beau Mr Darcy Elizabeth va les cultiver. De l’orgueil, celui-ci en aurait à revendre …
   Il ne vous reste plus qu’à vous embarquer pour « Orgueil et préjugés ». Quarante huit heures pour le dévorer, c’est ce qu’il m’aura fallu.
   ↓

critique par Tistou




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Je vous hais… je vous aime : thèmes intemporels.
Note :

   C'est au cœur de la haute société anglaise du début du XIXe qu'évoluent les amours des cinq filles de la famille Bennett et plus particulièrement celles de Jane et Elisabeth, les plus âgées. Leurs vies sont rythmées au gré des divers bals organisés dans le comté par des membres de cette même société cérémonieuse.
   C'est lors d'une de ces réceptions que la famille Bennett rencontre Mr. Darcy. Dès leur première rencontre, Elisabeth n'apprécie guère son caractère taciturne, énigmatique, le trouvant fort méprisable par son audace et sa suffisance. Pour ma part je lui trouverais plutôt un petit côté anticonformiste, certes bien mal adapté aux convenances de l'époque, et un charisme très attirant. Contrairement à la majorité de ses semblables, il ne s'intéresse guère aux bals et aux commérages mondains. Mr. Darcy, plein d'esprit et d'ironie, se gausse de bien des comportements et agissements. Il semble porter un jugement acerbe sur la société qui l'entoure et se moque ainsi de toutes ces mascarades pour n'arriver qu'à un seul but : « bien se marier ». Il joue presque la provocation pour pointer les inepties sociales qui régissent cette société mais toujours avec la courtoisie propre à son époque et à son rang social.
   Là, j'admire toute la grâce de l'écriture de Jane Austen pour exprimer de tels sentiments avec autant de distinction. Comme elle se plaît à le faire dans ses ouvrages, elle tance avec finesse, les convenances sordides qui régissent la société de son époque.
   Aussi, Mr. Darcy a bien su reconnaître en Elisabeth cet esprit indépendant, frondeur et surtout pourvu du même orgueil que le sien alors que de son côté elle reste campée sur ses préjugés. Tous deux sont amenés à se méfier des convenances. C'est aussi pour ces raisons qu'Elisabeth, au départ, reproche farouchement à Mr. Darcy son orgueil et son arrogance.
    « Plus je vais et moins le monde me satisfait. Chaque jour me montre davantage l'instabilité des caractères et le peu de confiance que l'on peut mettre dans les apparences de l'intelligence et du mérite. »
   
   En observant les desseins de Mrs. Bennett, la mère d'Elisabeth qui est prête à tout pour « bien » marier ses filles, le lecteur ne peut que se ranger derrière l'esprit factieux de Mr. Darcy. Que de duplicités pour arriver à ses fins !
   Puis, j'avoue que j'ai une sympathie toute particulière pour Mr. Bennett, le père, victime d'une union si mal assortie. Ses réparties vis-à-vis de sa femme sont d'un croustillant jubilatoire.
    « Son père, séduit par la jeunesse, la beauté et les apparences d'une heureuse nature, avait épousé une femme dont l'esprit étroit et le manque de jugement avaient eu vite fait d'éteindre en lui toute véritable affection. Avec le respect, l'estime et la confiance, tous ses rêves de bonheur s'étaient trouvés détruits. »
   
   Même si je n'accroche pas durablement à ce genre d'histoire romanesque à souhait, je reconnais la puissance et la beauté de la plume de Jane Austen. Elle décortique avec finesse chacun de ses personnages et construit une narration tout en subtilités.
   Son écriture généreuse est pleine d'un charme d'un autre temps bien que les thèmes abordés soient intemporels. L'histoire proprement dite suit une trame tout à fait ordinaire où l'héroïne va lentement tomber sous le charme de celui qu'elle déteste le plus au départ, mais les travers de toute une société y sont si subtilement tournés en ridicule par la plume acérée de l'auteure que l'ensemble en devient tout à fait remarquable. L'évolution des sentiments d'Elisabeth renverse donc la tendance et remet en cause tant de préjugés si soigneusement établis. L'amour se construit non pas aveuglément, à l'instar des coups de foudre, mais par la connaissance plus affirmée de l'autre.
   
   Et, cerise sur le gâteau (et là, ce serait même tout un panier de fruits), je viens de visionner pour l'occasion la magnifique adaptation en 6 épisodes de ce roman réalisée par Simon Langton pour la BBC. L’ensemble de la distribution des rôles y est vraiment impeccable. Jennifer Ehle et Colin Firth, les deux acteurs principaux, sont admirables de perfection. Le scénario de Andrew Davies est de plus extrêmement fidèle au livre. Seuls les comportements de Mrs. Bennett me semblent par moments un peu excessifs d'exubérances.
   Puis les tableaux de la campagne anglaise sont splendides bien qu'il semble faire toujours beau dans ces contrées, d’après la production.
   Quant aux escarmouches entre Elisabeth et Mr. Darcy, elles sont savoureusement truculentes et prennent encore davantage de valeur.
   Pour moi, il est certain que ce téléfilm ne fait que sublimer le roman de Jane Austen.
   Du grand art, vraiment !
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critique par Véro




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Juste pour le plaisir...
Note :

   "It is a truth universally acknowledged, that a single man in possession of a good fortune must be in want of a wife. However little known the feelings or views of such a man may be on his first entering a neighbourhood, this truth is so well fixed in the minds of the surrounding families, that he is considered as the rightful property of some one or other of their daughters."
   
   Dès les premières phrases, tout est là du ton si particulier, distancié, teinté d'une ironie amusée, que Jane Austen aurait pu emprunter à son héroïne Elizabeth Bennet et qui contribue tant au charme d' "Orgueil et préjugés", un roman qui est - et reste après nouvel examen - un de mes préférés de l'auteur. Je viens en tout cas de le relire, par pure gourmandise ou pour mieux dire, avec l'envie de retrouver des personnages dont j'avais déjà pu apprécier la compagnie au fil de lectures précédentes ou grâce à l'excellente adaptation de Simon Langton, très fidèle au roman, et comme le roman, extraordinairement vivante et animée.
   
   Et il n'y a rien à faire. J'ai beau à force connaître par coeur chaque détour de l'intrigue, c'est toujours avec le même bonheur que je me replonge dans cet univers. Sans aucun doute à cause du ton que Jane Austen confère à ce roman, dès les toutes premières phrases, qui ne forment pas pour rien un des incipit les plus célèbres de la littérature anglaise; un ton qui fait que ce livre est peut-être le plus vif et le plus pétillant de son auteur. A cause des personnages: Darcy et Elizabeth, bien sûr, qui continuent imperturbablement à nous charmer, chacun à sa manière. Mais aussi - et c'est là un filon en or que Jane Austen continuera à exploiter avec bonheur dans d'autres de ses livres, et en particulier "Persuasion" - grâce à des personnages secondaires, Mrs Bennet, Mr Collins, Lady Katherine De Bourgh..., qui lui offrent un inusable ressort comique. On ne dira jamais assez, à mon avis, à quel point le personnage de Mr Collins est, dans toute son absurdité et sa flagornerie, d'une inénarrable drôlerie!
   
   Un plaisir dont il ne faut se priver sous aucun prétexte!
    ↓

critique par Fée Carabine




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Darcy, of course, mais pas seulement!
Note :

    Suivant mes envies depuis janvier, j'ai donc commandé en ligne quelques adaptations de classiques (Wilde, Gaskell, Austen) ainsi que trois Austen dans la collection Red Classics de Penguin, ayant décidé de lire ou relire enfin «our dear Jane» cette année (j'ai craqué pour le format et les couvertures de cette édition) et je viens donc de relire avec un plaisir infini Pride & Prejudice.
   
   Ce livre est un peu trop souvent réduit à la magnifique histoire d'amour entre Mr Darcy et Elizabeth Bennet. Parallèlement à l'affection qu'éprouvent immédiatement l'un envers l'autre Jane Bennet et Mr Bingley, l'ami de Darcy, les deux personnages principaux passent par beaucoup d'états avant d'assumer les sentiments qu'ils éprouvent. Leur histoire est la plus belle qui soit à mes yeux et sans doute la seule à m'avoir émue à ce point jusqu'ici (mais sur ce point j'attends beaucoup de "North and South" depuis que j'ai vu l'adaptation de la BBC). Détestant les tirades dégoulinant de romantisme et les étalages passionnés trop niais, je me réjouis du sens de l'ironie de Jane Austen et de la subtilité avec laquelle elle fait évoluer graduellement la relation entre Darcy et Elizabeth.
   
    Tous deux sont de fortes personnalités. Elevés dans un milieu différent, ils ne partagent à première vue pas les mêmes valeurs et ont bien peu de choses en commun, si ce n'est cet orgueil ou cette fierté si souvent reprochés au premier. Taciturne, critique, Darcy trouve la compagnie des Bennet trop vulgaire à son goût. Elizabeth est enjouée, intelligente et sans aucun doute impertinente, au point de taquiner sans la moindre hésitation des personnes dont le rang est supérieur au sien. Elle ressent toute l'injustice des différences de condition mais reste lucide sur la valeur de chacun indépendamment de sa fortune, ce qui lui permet de porter un regard assez ironique sur ceux qui l'entourent. Malgré sa politesse et ses bonnes manières évidentes, cette indépendance d'esprit lui permet de tenir tête à des personnages aussi imposants que Lady Catherine de Bourgh. Parce qu'elle est vive, spontanée, spirituelle et sincère à la fois, Darcy porte rapidement son attention sur Elizabeth. Il est pourtant très sollicité par la soeur de Bingley et fiancé depuis le berceau à sa cousine, miss de Bourgh. Extrêmement riche, habitué à fréquenter la meilleure société, Darcy n'approuve pas les manières des habitants de Meryton, pas plus que les déclarations très matérialistes de Mrs Bennet, qui ne cesse de faire étalage de tout ce qu'un bon mariage pourrait apporter à son aînée. Darcy se montre particulièrement désagréable, malgré l'attirance qu'il éprouve très vite pour Elizabeth. Tout l'intérêt du personnage tient aux transformations qui s'opèrent peu à peu en lui lorsque luttent ses sentiments, ses convictions personnelles, son obstination et son orgueil.
   
   Malgré tout, comme je le disais en guise de préambule, "Pride & Prejudice" ne s'arrête pas à cette histoire, aussi passionnante soit-elle. L'orgueil et les préjugés dirigent la plupart des relations dont il est question, tandis que nombre de personnages éclipsent régulièrement le tandem Darcy-Elizabeth.
   
   Mr Bennet s'est marié en succombant un peu trop facilement au charme d'une jolie femme. D'où cette remarque lorsqu'Elizabeth accepte d'épouser Darcy: « My child, let me not have the grief of seeing you unable to respect your partner in life. You know not what you are about.» Le couple étant très mal assorti, Mr Bennet cherche autant que possible la tranquillité de sa bibliothèque et pose un regard philosophe sur son entourage, à commencer par sa propre famille et ses trois dernières filles, qu'il juge insensées. Presque tout ce qui pourrait le contrarier est source d'amusement pour lui. Cela le rend très drôle mais fait de lui un père assez irresponsable.
   
   Mrs Bennet est irritante, même si son personnage prête plutôt à rire. Très vaine, elle veut à tout prix marier ses filles. Si le souhait est légitime, l'art et la manière lui font défaut et suggèrent au fond son manque d'éducation. A force de se vanter auprès de ses voisines (qui font de même), elle finit par ridiculiser ses filles et à être la première à retarder leur union. Sa grossièreté et sa bêtise la poussent à complimenter un prétendant de manière exagérée ou à parler argent et unions favorables là où l'on risque de répéter rapidement ses propos au principal intéressé. Passant des rires aux larmes facilement, Mrs Bennet réclame l'attention de tous et se donne beaucoup d'importance en son foyer. Alors que son mari ne semble pas lui reprocher le fait de ne pas avoir produit un héritier mâle qui leur permettrait de conserver leur propriété à sa mort (ce qui pourrait sans doute être naturel à l'époque), Mrs Bennet passe son temps à se lamenter sur son sort et à envisager le jour où elle devra survivre à son époux pour être chassée de sa maison. Ce qui donne lieu à un savoureux dialogue :
   « Indeed, Mr Bennet », said she, « it is very hard to think that Charlotte Lucas should ever be mistress of this house, that I should be forced to make my way for her, and live to see her take my place in it! »
   « My dear, do not give way to such gloomy thoughts. Let us hope for better things. Let us flatter ourselves that I may be the survivor ».

   
   Très partiale dans son amour maternel, Mrs Bennet est si impressionnée par la valeur de l'argent et des belles propriétés qu'elle finit par se montrer plus affectueuse que jamais envers Elizabeth lors de son mariage particulièrement avantageux, la plaçant au-dessus de ses soeurs alors qu'elle a toujours été l'enfant qu'elle aimait le moins.
   
   Les filles Bennet sont toutes très différentes. Jane, l'aînée, est la plus douce. Lizzie, sa confidente, est la préférée de Mr Bennet. Au milieu, Mary n'est proche d'aucune de ses soeurs et, moins jolie qu'elles, tente désespérément de se mettre en avant en chantant ou en jouant au piano, passant sinon le plus clair de son temps à lire. Ses remarques sont peu nombreuses mais d'une sévérité et d'un recul tels que ce personnage si particulier est un de mes favoris. Viennent enfin Kitty et Lydia, au tempérament très proche de celui de leur mère. Frivoles et stupides, encouragées dans leurs flirts par Mrs Bennet, elles courent après les officiers arrivés récemment à Meryton. Mr Wickam fait partie de ceux-là. Après avoir charmé Elizabeth et dit le plus grand mal de Darcy, il fait à plusieurs reprises l'objet des potins du village.
   
    Citons encore pour le plaisir Mr Collins et son langage obséquieux irrésistiblement drôle ainsi que Charlotte Lucas, l'amie d'enfance d'Elizabeth vieille fille à 27 ans (sans doute le personnage le plus à plaindre de l'histoire).
   
   Tous ces personnages évoluent dans un univers assez impitoyable: les proches sont les premiers à médire, au point de compter les années restant à Mr Bennet avant de mourir et de laisser enfin Mr Collins maître de sa propriété. Conventions et hypocrisie ne sont pas en reste, même si certains sont trop mal élevés ou trop envieux pour se montrer discrets au lieu de clamer leurs aspirations sur tous les toits ou de laisser libre cours à leur jalousie.
   
   La variété des situations et les personnalités si différentes qui se croisent font de "Pride & Prejudice" un roman d'une richesse incroyable. D'une grande qualité littéraire, écrit avec finesse et beaucoup de sensibilité, ce livre pose un regard critique mais non acerbe sur la société. Du mariage dépend tout l'avenir des femmes; s'il est essentiel, le chemin vers la félicité conjugale est source de questions. Jane Austen traite de ce thème avec brio, adoptant un ton léger, distant et ironique qui fait tout le charme de son style. Ajoutons à cela la création de deux personnages incontournables qui continuent à nous enchanter près de 200 ans après, et nous voilà en présence d'un chef-d'oeuvre, rien de moins. Une lecture exquise que je renouvellerai (encore!).
    ↓

critique par Lou




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Lire et voir
Note :

   Dans la famille Bennet, il y a l'aînée Jane, splendide demoiselle de 23 ans et la vive cadette Elizabeth, âgée de moins de 21 ans. Le reste de la tribu composé de trois autres jeunettes mérite moins le détour : Mary s'enferme dans les lectures aussi saines qu'assommantes, dans les discours moralisateurs qui la rassurent et l'enferment dans une jolie tour inaccessible, les deux benjamines (Kitty et Lydia) aussi chipies que dévergondées promettent quelques sueurs froides au pater familias, Monsieur Bennet, gentleman de son état. L'époque est vouée aux héritiers mâles et c'est bien le malheur de cette sororité sans mixité, puisque chacune doit absolument concrétiser un mariage décent pour assurer ses arrières. Et c'est ce à quoi emploie toute son énergie, leur mère, Madame Bennet, tantôt malhabile et indiscrète tantôt généreuse : mener une lutte acharnée contre le temps pour que ses filles ne se retrouvent pas sur le carreau à la mort de leur père, évincées par le cousin héritier, le ridicule Monsieur Collins. Donc l'annonce de la location du domaine de Netherfield par le sémillant et riche Charles Bingley n'est pas pour lui déplaire, surtout s'il est accompagné du ténébreux mais fortuné Fitzwilliam Darcy.
   
   
   Écrit il y a plus de deux siècles, "Orgueil et Préjugés" n'a rien perdu de sa fraîcheur. Si on pouvait le résumer en une phrase, on dirait de lui qu'il décrit une histoire d'amour entre deux êtres qui se ressemblent tellement, que leurs défauts nuisent à la rencontre, comme deux aimants physiques de même polarité se repoussent.
   
   Aucun personnage n'est parfait et c'est ce qui rend le tout humain et rafraîchissant. Elizabeth, pourtant intelligente et spontanée, fait preuve d'une crédulité hallucinante face au "loup-garou" Wickham dont l'éloquence et la prestance servent l'illusion optique. L'estimable M. Darcy distingue de façon fâcheuse franchise et diplomatie, flirtant ainsi avec la plus vile goujaterie : il s'autorise ce qu'il interdit à son meilleur ami.
   
   La richesse d'"Orgueil et Préjugés" réside autant dans la variété des personnages annexes que dans le rythme de la narration, le phrasé remarquable, l'évolution du couple principal ou la description minutieuse de la bourgeoisie provinciale anglaise de l'époque.
   
   
   En parlant de ses contemporains, Jane Austen atteint l'universalité et franchement, ce n'était pas gagné d'avance. Il m'arrive souvent de trouver une lenteur dans un roman classique (je pense en particulier à la période ennuyeuse du séminaire dans "le Rouge et le Noir" de Stendhal). Ici, il n'en est rien parce que l'auteure met beaucoup de vie dans son récit : les bals permettent le rapprochement des corps et donc des cœurs, l'exubérance de Madame Bennet, celle de Monsieur Collins ou celle de Lady Catherine de Bourgh (parfois, de Monsieur Bennet) rehaussent les dialogues, les fréquents changements de lieux (et les rencontres improbables qui en découlent) dynamisent l'intrigue.
   
   Parce qu'il faut aussi reconnaître la beauté des mots, des mises en situation. Les joutes verbales entre Elizabeth et M. Darcy sont des temps forts de partage entre ces deux cœurs orgueilleux et peu complaisants. Même leur danse exprime la lutte intérieure menée. Parce que derrière tout cela, se cache le désir de construire un foyer et c'est bien la famille qui va d'abord les séparer (cas de Jane) puis les rapprocher (Jane toujours, Georgiana, Lydia, Monsieur et Madame Gardiner d'une certaine façon, et enfin Lady Catherine, à son grand désespoir). Et cela ne pouvait pas être autrement puisque ce qui marque les deux héros reste la relation forte qu'ils entretiennent avec leur fratrie : Elizabeth vit dans un foyer au couple parental certes brinquebalant mais où l'amour et la complicité sont diffusés à chaque instant (aucun n'est indifférent à l'autre), Fitzwilliam Darcy (sur)veille sur sa sœurette Georgiana de façon très protectrice.
   
   C'est un roman exemplaire comme Jane Austen sait en construire (je pense à Persuasion dont je parlerai prochainement) et propose de multiples interprétations : d'ailleurs elle suggère plus qu'elle ne dit et je loue les scénaristes des adaptations vues (celle de la BBC par Simon Langton puis celle de Joe Wright) que je vous conseille. Chacune apporte un éclairage différent de cette œuvre avec ses qualités et ses défauts.
   
   Les + de la BBC : la fidélité absolue à l’œuvre originale avec des moments intéressants : Colin Firth (Monsieur Darcy) qui prend son bain, fait un plongeon ou montre son exaspération devant Madame Bennet ou Lady Catherine, le personnage de Wickham et ses nombreuses infamies bien développés, la musique et les images. C'est propre et très bien fait : il y a un énorme travail sur des dialogues inexistants dans la pièce originale (je pense en particulier à la scène où Lizzie "sauve" Georgiana de la mesquinerie de Mademoiselle Bingley et le jeu formidable de regards qui suit, où tout est dit sans mot)
   
   Le - de la BBC : deux héros parfois trop retenus qui empêchent mon petit cœur de s'émouvoir face à leur destinée.
   
   Les + de la version de Joe Wright : des moments splendides (la balançoire comme sablier du temps, la scène de la pluie - les cheveux mouillés vont très bien au teint de Matthew MacFadyen (M. Darcy), où le langage corporel contredit les paroles exprimées - cet échange est une vraie réussite visuelle), le jeu plus élargi et plus libéré des acteurs (les costumes allégés permettent plus de mouvement, le sourire de M. Darcy exprime toute sa grâce, le naturel de Keira Knightley), la fin alternative trop mignonne proposée en bonus (l'intimité entre les deux héros est vraiment chouette à voir), les images (le relief fait corps avec Elizabeth) et la musique.
   
   Les - de la version de Joe Wright : une scène ridicule (celle de l'intrusion de M. Darcy dans le presbytère tout comme celle de Charles Bingley lors de la déclaration : inenvisageables à l'époque car les servantes étaient là pour ouvrir les portes), la transparence de Wickham (l'acteur n'est en rien responsable : c'est la part réservée au personnage qui me semble bien trop infime) et les deux heures passent si vite : il manque vingt minutes !
   
   En résumé : "Orgueil et Préjugés", une œuvre à lire, à regarder, à admirer !

critique par Philisine Cave




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Persuasion - Jane Austen

"A little bit (two inches wide) of ivory"
Note :

   Anne Elliot et le capitaine Frederick Wentworth s'étaient connus, aimés et fiancés huit ans plus tôt. Mais sur les instances de ses proches, Anne avait mis fin à ces fiançailles à l'issue par trop incertaine. Une rupture qui leur a laissé à tous deux un goût amer, et bien des regrets... Huit ans plus tard, un heureux hasard les remet en présence. Ils sont toujours libres et le capitaine, qui a poursuivi dans l'intervalle une brillante carrière dans la marine, se trouve dans une situation bien plus prospère qu'autrefois. Se retrouveront-ils?
   
   Voici un sujet digne du roman à l'eau de rose le plus convenu et qui laisserait présager du pire, mais qui, sous la plume de Jane Austen, nous vaut un roman superbe de finesse, d'humour et d'intelligence. Tout d'abord, parce que Anne et Frederick y sont entourés par une fascinante galerie de personnages secondaires. Le snobisme de Sir Walter Elliot (le père d'Anne) et de sa fille aînée, Elizabeth, est prétexte à de subtiles manifestations d'ironie, de même que les tortueuses manoeuvres des deux intrigants de service (que je ne nommerai pas ici, pour vous laisser le plaisir de les reconnaître vous-mêmes). Sans oublier le franc-parler un peu maladroit et la gentillesse de l'amiral Croft et de son épouse. Et puis parce que Jane Austen a rarement fait preuve d'une telle maîtrise de la narration et d'une telle délicatesse d'écriture, captant le moindre frémissement, les nuances les plus timides des sentiments de ses deux héros. Sans aucun doute, "Persuasion" est un de ses meilleurs livres, une miniature sur ivoire (selon une comparaison proposée par l'auteur elle-même) d'un rare raffinement.
   ↓

critique par Fée Carabine




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Le meilleur pour la fin...
Note :

   Ah Persuasion... Ce roman se hisse au niveau de mon cher Orgueil & préjugés... s'il n'est même pas plutôt au-dessus!
   
   Il est peut-être moins "spirituel" que son prédécesseur, moins chargé d'humour et de répliques cinglantes (quoique le 1er chapitre soit un petit bijou d'ironie...).
   
   Cependant, il est plein d'émotion, de nostalgie aussi. C'est un roman à la fois mélancolique et drôle, délicat et cinglant. L'héroïne est extrêmement attachante; douce, sensible, timide... trop peut-être, mais on lui pardonne bien vite ses erreurs passées. On sent que l'auteur avait une grande tendresse pour son héroïne. Le Capitaine Wentworth est lui aussi un personnage fort, qui énerve autant qu'il émeut. Il est très humain, il doute et fait aussi des "bêtises". Autour d'eux, Jane Austen nous a une fois de plus concocté une merveilleuse galerie de personnages, certains détestables, d'autres adorables.
   
   Au final, cela donne un roman profond, qui m'a laissé une forte impression. C'est le dernier livre achevé de Jane Austen... j'aurai aimé qu'il y en ait encore d'autre de cette trempe. Merci Miss Austen pour cette merveilleuse lecture!
    ↓

critique par Morwenna




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2ème marche du podium
Note :

    Résumé
   
   Anne Elliot a maintenant 27 ans. Fanée par le temps et par un amour passé, elle n'est pas réellement considérée dans sa famille, qui la considère comme "seulement Anne". Huit ans auparavant, Anne avait un engagement avec Frederick Wenthworth, jeune homme désargenté, qu'elle a rompu suite aux conseils de prudence de Lady Russel, grande amie de sa mère et confidente. Anne n'a toutefois jamais oublié son premier amour.
   Par un concours de circonstances, Mr. Wenthworth, maintenant devenu Capitaine Wenthworth, revient dans l'entourage d'Anne mais ses attentions ne lui sont plus réservées et il semble l'avoir complètement oubliée...
   
   
    Commentaire
    Il faut savoir que je déguste ce qui me reste à lire d'Austen petit à petit - pas plus d'un par année - et que la réserve est quand même limitée... Si j'avais découvert "Mansfield Park" l'an dernier (je réalise d'ailleurs que j'ai oublié la fin... il ne devait pas m'avoir marquée tant que ça... Bizarre, j'en gardais un bon souvenir), j'ai attendu quoi... le 2 janvier pour ouvrir le Austen annuel. Quelle capacité d'auto-contrainte, non!!!
   
   On dit que "Persuasion" est le roman de maturité d'Austen (enfin... "on" étant des sites sur la grande dame) et qu'elle n'a pas eu la chance de le corriger ou même de choisir son titre. Pour ma part, j'admets d'emblée avoir adoré cette lecture et que son principal défaut, à mon avis, est d'être trop court! J'aurais aimé plus de rencontres entre le héros et l'héroïne, moi! Parce que je dois avouer que j'ai ressenti une tendresse particulière pour eux. Anne, bien qu'intelligente et gentille, n'est pas complètement aveugle ni vraiment parfaite. Il y a en elle une vulnérabilité qui m'a beaucoup touchée. Le capitaine Wenthworth est loin d'être un second Mr. Darcy, ayant acquis sa fortune par lui-même et n'étant pas de haute naissance. Il a toutefois un petit quelque chose et m'a semblé très humain dans ses réactions. Quant au thème, la renaissance d'un ancien amour qu'on regarde avec nostalgie... il était impossible que ça ne me plaise pas!! Je me suis laissée aller à espérer avec Anne, à craindre pour elle, à interpréter chacune des réactions du Capitaine Wenthworth.... et c'est un signe certain que j'aime un roman!
   
   Jane Austen dresse encore une fois un portrait assez mordant de son époque en décrivant un baronnet assez - ok... très - ridicule, qui ne pense qu'au statut social et à l'apparence et qui regarde tous et chacun avec une grande condescendance alors que lui-même n'a réussi qu'à dilapider sa fortune. Elizabeth Elliot, l'aînée, toujours belle et arrogante, est particulièrement désagréable et la benjamine, Mary, mariée mais plaignarde, croit toujours qu'on lui manque de respect et que tout le monde est ligué contre elle. La famille idéale, quoi!!! Dans ce roman, les riches de bonne naissance ne sont pas nécessairement les bons, ceux qui ont réussi autrement ou même pas du tout ne sont pas pour autant stupides. À mon souvenir, c'est encore plus marqué que dans les autres romans d'Austen, même quand elle se moque allègrement de la bonne société anglaise de l'époque. Mais bon, ça reste à vérifier. 
   
   Je crois toutefois que ce que je préfère, c'est la plume d'Austen.... je ne peux m'empêcher d'entendre les personnages parler - avec l'accent sooo british - d'imaginer leurs manières un peu (ou très) affectées et de me transporter pour un moment dans cette époque où il fallait être iprésenté à quelqu'un pour pouvoir lui parler, où l'occupation principale des femmes de cette classe était de faire des visites et de recevoir les gens pour la soirée. J'aime m'imprégner de cette époque, même si je ne crois pas que j'aurais pu y parvenir j'ai un tempérament trop... comment dit-on... "vif" pour pouvoir m'adapter à ces convenances!!!
   
   Ma préférence va toujours à "Orgueil et préjugés" mais "Persuasion" est maintenant bon deuxième dans mes romans d'Austen favoris. Quelques pages de plus auraient pu le mettre sur un pied d'égalité!!! Maintenant, il ne me reste qu'à me précipiter sur la version filmée... ne reste qu'à choisir celle qui est la meilleure. Vous me conseillez laquelle??
   ↓

critique par Karine




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Publication posthume
Note :

   C'est avec fébrilité que j'ai ouvert et dévoré en quelques jours "Persuasion", le seul roman austenien dont je ne connaissais pas encore l'histoire. Car oui, amis lecteurs, il m'arrive de résister courageusement aux appels sournois des adaptations télévisées qui, diaboliques, me font pourtant de l’œil depuis quelque temps.
   
   "Persuasion" ne sera pas mon Austen favori mais, comme tous les autres, il occupera une place à part dans ma bibliothèque. A "Emma", je reprochais quelques longueurs tout en trouvant l'héroïne amusante et finalement, très attachante. "Persuasion" est en quelque sorte mon anti-Emma. Anne Elliot occupe une place particulière dans l'univers austenien, en raison de son âge et de son parcours; son histoire se lit avec plaisir tandis que la plus grande concision et la structure permettent au roman de gagner en efficacité. Mais, si j'admire toutes les héroïnes austeniennes et qu'Anne Elliot ne fait pas figure d'exception, j'ai été moins séduite par ce personnage un peu trop parfait à mon goût.
   
   Influencée par ses proches, Anne Elliot a éconduit le capitaine Wentworth voilà 8 ans de cela. Un choix étonnamment raisonnable pour une jeune femme amoureuse d'un homme sans rang ni fortune. Aujourd'hui, approchant de la trentaine, Anne n'a toujours pas oublié son capitaine; lui non plus, à ceci près qu'il ne lui a toujours pas pardonné d'avoir rompu leur engagement autrefois.
   
   Contrairement aux jeunes héroïnes austeniennes, Anne est une femme plus mûre, plus réfléchie, sur le point de perdre les derniers éclats de sa jeunesse. Eclats qui à l'époque n'étaient plus qu'un lointain souvenir passé le cap de la trentaine (comme quoi, le monde austenien a aussi de sérieux inconvénients!). Ayant été raisonnable trop tôt, ce n'est que maintenant qu'Anne accepte d'écouter ses sentiments. Elle sait désormais qu'elle est incapable de faire un mariage de raison et d'épouser un homme de fortune ou bien né sans amour; le temps lui a aussi permis de reconnaître la sincérité de son premier attachement. Curieusement, Anne est devenue à la fois plus romantique et sage. D'une part, elle n'est pas prête à se marier puisque son cœur est déjà pris et se comporte de la sorte comme une très jeune héroïne; de l'autre, elle a appris à mieux se connaître. Refuser toute autre forme de mariage est finalement compréhensible, puisque cela ne servirait en rien à la rendre heureuse.
   
   Ce qui me rend Anne un peu moins sympathique que d'autres personnages austeniens, c'est son attitude parfaite en toute circonstance. Elle est généreuse et s'épanouit en apportant son soutien à d'autres, du neveu blessé à la sœur égocentrique, en passant par l'ancienne amie dans le besoin et la femme qui semble avoir séduit récemment le capitaine Wentworth. Elle est toujours amoureuse dudit capitaine mais souhaite ardemment la guérison de sa probable rivale, ne voulant que le bonheur de son cher et tendre et d'une jeune femme après tout très sympathique. Elle supporte sans mot dire les remarques déplacées de ses proches et le peu de considération dont ils font preuve à son égard. C'est un excellent juge qui, contrairement à son entourage, n'est pas aveuglée par de trompeuses apparences. En résumé, Anne Elliot est (notamment) bonne, juste, fidèle, dévouée, courageuse, intelligente, spirituelle et droite. Elle s'efface au profit des autres et ne semble jamais émettre la moindre plainte lorsque sa situation le justifierait, faisant preuve d'une abnégation admirable. Et, alors que son seul défaut semble tenir au moment de faiblesse au cours duquel on l'a persuadée de renoncer à un mariage d'amour, Anne conclut de la sorte:
   “... I was right in submitting to her, and that if I had done otherwise, I should have suffered more in continuing the engagement than I did even in giving it up, because I would have suffered in my conscience. I have now, as far as such a sentiment is allowable in human nature, nothing to reproach myself with ; and if I mistake not, a strong sense of duty is no bad part of a woman's portion” (p 291)

   
   Je l'avoue, je préfère une Elizabeth un peu impétueuse, une Catherine “un brin” romanesque ou une Emma mauvaise juge. Ce n'est pas tant parce qu'Anne est très posée qu'elle m'agace un peu que parce qu'elle est moralement trop parfaite et finalement, indirectement moralisatrice (envers son père et sa sœur aînée ou encore son cousin Elliot).
   
   Malgré tout, Anne est un personnage complexe et différent qui ne manque pas d'intérêt. "Persuasion" est aussi passionnant en raison de l'épatante galerie de personnages secondaires, toujours riche et décrite avec brio par Jane Austen. Parmi mes favoris, on peut citer sa sœur Mary, obsédée par sa petite personne et toujours prête à signifier à Anne combien elle est transparente et sans intérêt aux yeux de leurs connaissances, sans pour autant faire volontairement preuve de méchanceté. 
   
   Moins ironique et moins drôle que les autres romans d'Austen que je connais, cette œuvre reflète certainement l'état d'esprit de l'écrivain qui, au moment où elle rédige "Persuasion", voit sa santé décliner rapidement. Questionnements, bilan sur les choix de jeunesse, ce texte peut-être plus douloureux a visiblement un caractère en partie autobiographique.
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critique par Lou




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Le plus intime des Jane Austen
Note :

   Pas facile de se résoudre à réduire ses dépenses lorsqu'on a une haute opinion de soi-même et surtout un rang social à tenir. C'est l'amère expérience que doit vivre le baronnet, Monsieur Eliott. Flanqué de son aînée Elizabeth aussi écervelée que lui, il accepte avec difficulté de louer son domaine de Kellynch pour débarquer à Bath en tant que locataire. Toujours désireux de festoyer plus que de raison et de paraître en bonne société, il en oublierait presque d'y convier sa cadette, Anne, célibataire de 27 ans, celle qui le gêne par son esprit vif, quoique trop conciliant. Heureusement, la marraine de cette dernière, Lady Russell, veille au grain et au bien-être de sa protégée. Mais la proximité familiale des nouveaux locataires de Kellynch avec l'ancien amoureux d'Anne, l'amiral Frederick Wentworth (dont elle prit une part très active dans la rupture des fiançailles) ne la tranquillise qu'à moitié, même huit ans après.
   
   "Persuasion" est certainement le roman le plus intime de Jane Austen et d'une certaine façon, sa émancipation, son affranchissement littéraire du statut de "fille de". Publié à titre posthume, "Persuasion" est un joli pied de nez au destin. Anne revoit son ancien amoureux, plus distant que jamais, bien décidé à fonder une famille et à narguer son ex, maintenant que les vents lui ont été favorables (normal pour un marin, me direz-vous).
   
   Mais au-delà des sentiments, "Persuasion" est un véritable pamphlet contre la petite noblesse de province qui défend plus une stature historique, complètement anachronique en raison de sa déchéance économique. Le père d'Anne, Sir Walter Eliott, vieux coq ridicule, est entouré de deux cocottes aussi cupides que stupides (Elizabeth et la veuve Madame Clay). Il s'illusionne de son passé prestigieux, en ressassant les états familiaux confiés dans le livre d'or qu'il consulte régulièrement, méprise les gens de peu et surtout les marins qui peuvent accéder aux honneurs grâce à leurs faits d'armes. Insupportable conservateur, aussi beau que snob (sans noblesse de cœur), il représente le passé et d'une certaine façon Frederick le futur, celui d'une société en mouvement, prête à redistribuer les cartes, célébrant davantage le courage que l'héritage. Il y aussi cette jolie bascule dans le couple Anne-Frederick : huit ans auparavant, elle aisée - lui, sans un sou ; maintenant elle, en économie de moyens - lui, fortuné et toujours aussi séduisant.
   
   Tout est très beau dans ce roman qui m'a touchée en plein cœur. Le volet politique m'a enthousiasmée : j'ai trouvé la caricature du père et celle d'Elizabeth (et de la benjamine Mary aussi) très bien faites. On les voit perfides et crachant leur venin sur les sans-titre (lire la colère hallucinante de Sir Eliott apprenant la visite d'Anne à son amie Madane Smith, qui saura apprécier et renvoyer ce gage d'attachement et de fidélité), on les découvre courbant l'échine devant une cousine plus royale que la reine. Il y a chez eux, toute l'arrogance des arrivistes, toute la bêtise aussi. Du côté de l'amirauté, représentée donc par Frederick, son beau-frère Monsieur Croft, ses amis Harville et Benwick, il y a le sens du devoir et la modestie des nouvelles fortunes acquises à la sueur du front. Deux mondes en collision : l'un va aspirer l'autre, même si quelques résidus perdurent (la société des privilèges n'a guère disparu, ce serait utopique de le penser).
   
   Comme dans les autres romans de Jane Austen "(Orgueil et préjugés" ou "Northanger Abbey"), les personnages secondaires excellent, les histoires d'amour et les coups de théâtre se succèdent, les dialogues et le scénario sont pertinents : on ne s'ennuie pas un instant. Beaucoup mentent et jouent avec les sentiments d'autrui. Il y a surtout un couple, juste magistral et émouvant de sensibilité. Anne va cheminer et c'est peut-être là, le plus beau sillon qu'a creusé Jane Austen.
   
   PS/ Les Éditions Archi-Poche ? superbe collection ? Présentent des dessins illustrant certaines scènes : franchement, j'adore ! Cela m'a rappelé mes livres d'enfance.

critique par Philisine Cave




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Raison et sentiments - Jane Austen

«Une leçon de littérature»
Note :

   Ce fut le premier roman édité de Jane Austen. Nous étions en 1811. Elle était alors plutôt pauvre et vivait ave sa mère et sa sœur. Elle se garda modestement de faire connaître autour d’elle son nouveau statut d’écrivain et l’on dit qu’à ce moment là, seule sa sœur Cassandre était au courant. Pourtant, d’autres sources parlent de lectures familiales des romans. Sans doute, cela signifie-t-il que la famille savait qu’elle écrivait mais que, dans un premier temps, seule sa sœur a su qu’elle avait été publiée. Toutefois, le succès et l’argent arrivant, le secret a rapidement dû être éventé. Lorsque «Orgueil et Préjugés» parut en 1813, les ventes de celui-ci repartirent et, comme son tirage modeste était épuisé, il fallut en faire un nouveau. On sourit, près de 200 ans plus tard en songeant les best-sellers qu’ils sont devenus et qu’ils sont toujours.
   
   « Raison et sentiments » est un roman vraiment très intéressant. Sans doute aussi intéressant qu’ « Orgueil et préjugés », réputé être son meilleur. Ce qui est intéressant, dans R & S, c’est surtout le travail d’auteur mené par Jane Austen et la construction de tout le roman.
   Nous avons deux sœurs : Marianne et Elinor. La première incarne les sentiments et même plus encore, ce que nous appellerions aujourd’hui la spontanéité et la subjectivité, totalement extravertie (pour l’époque) elle considère cette façon de faire comme hautement vertueuse et ne s’embarrasse guère de la sensibilité d’autrui pour dire tout ce qu’elle pense. La seconde, incarne la raison, la réflexion et la maîtrise de soi.
   Au décès du père, l’épouse et les deux filles se retrouvent sans fortune et même sans logement. Le frère, qui a hérité de tout, s’empresse de s’apercevoir qu’il ne peut en aucun cas les aider et elles doivent se débrouiller seules. Heureusement pour elles, un cousin éloigné leur trouve bientôt maison et domestiques et, bien que plus modestement, les choses reprennent leur cours.
   Cependant, comme toujours dans les romans de J. Austen, les jeunes filles se trouvent à ces moments délicats que sont la rencontre des premiers prétendants, le choix du futur époux puis le passage de l’état de demoiselle à celui, définitif de femme mariée. C’est pendant ces quelques mois ou brèves années que se joue pour ces jeunes filles toute une existence, que se révèlent tares et qualités et que s’assure tout un avenir agréable ou au contraire désespérant ; le tout, chez Jane Austen, dans une logique morale.
   
   Ce qui est particulièrement intéressant ici, c’est que Marianne et Elinor vont se trouver vivre tout au long du livre les mêmes évènements, mais vont y réagir de façons si différentes que les conséquences seront fort dissemblables également et que l’heureux lecteur n’aura pas du tout le sentiment de lire deux fois la même histoire.
   
   Ce qui est intéressant encore, c’est qu’alors que l’auteur semble (mais n’est-ce pas ruse de sa part ?) mettre plutôt en vedette Marianne, porteuse des Sentiments, favorite de sa mère à laquelle elle ressemble et séduisant tout le monde malgré ce qui ressemble tout de même bien assez souvent à des marques d’égoïsme et d’impolitesse ; le lecteur en vient peu à peu à se dire (tout seul croit-il ) que tout de même Elinor fait preuve de plus d’intelligence et de beaucoup plus de dévouement. Cette prise de position active du lecteur est une habileté de plus dans la conception de ce livre et non négligeable.
   
   Les autres personnages du récit sont également très bien rendus. D’allures et de caractéristiques assez frappantes, ils acquièrent peu à peu épaisseur et réalisme et sur certains encore, le lecteur manipulé de main de maître est amené finalement à revoir son jugement.
   
   Pour toutes ces raisons, je dois dire que je suis un peu étonnée que dans ses cours édités sous le titre «Littératures», Vladimir Nabokov ait choisi, pour traiter de l’œuvre de Jane Austen à qui il vouait une réelle estime, de faire porter son cours sur « Mansfield Park ». Il devait avoir ses raisons, mais il me semble qu’à différents titres, «Orgueil et préjugés» ou «Raison et sentiments » y auraient eu plus de droits.
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critique par Sibylline




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Les sentiments peuvent-ils être raisonnables?
Note :

   "La famille Dashwood habitait depuis longtemps dans le Sussex. Elle jouissait d'une large aisance et avait établi sa résidence à Norland Park, au centre de ses domaines où ses membres avaient vécu depuis de nombreuses générations et s'étaient attiré l'estime et le respect de tout le voisinage. le dernier descendant de cette famille était un célibataire, très avancé en âge. pendant la plus grande partie de sa vie, il avait vécu avec sa sœur, qui gouvernait son ménage. Mais la mort de celle-ci, survenue dix ans avant la sienne, entraîna un grand changement dans sa maison; pour compenser cette perte, il installa chez lui la famille de son neveu, Mr. Henry Dashwood, l'héritier naturel des domaines de Norland, à qui il se proposait de les léguer." (p 9)
   
   C'est l'ouverture de "Raison et sentiments" et dès les premiers mots, avec tout ces imparfaits et plus-que-parfaits, le lecteur sait que les membres de la famille de Henry Dashwood feront face à de nombreux obstacles et contraintes. En effet, Henry Dashwood a un fils issu d'un premier mariage et trois filles issues d'une seconde union. Son fils, John, est établi et marié à une femme bien dotée et a un fils. Ses filles, Elinor, Marianne et Margaret ne sont pas encore établies.
   
   Hélas, Henry Dashwood meurt, laissant aux bons soins de son fils, sa veuve et ses filles. Seulement, l'épouse de John, loin de toute compassion envers Mrs Dashwood et ses filles, parvient à convaincre son mari de ne pas doter inconsidérément ces dernières. En attendant de trouver une autre maison à louer, Mrs Dashwood et ses filles cohabitent avec John et sa famille. C'est ainsi qu'Elinor fait la connaissance d'un frère de l'épouse de John, Edward Ferrars. Ils s'apprécient et apprennent à se connaître et très vite un doux sentiment les lie sans qu'ils sortent de leur réserve naturelle. En effet, autant Marianne montre ses sentiments autant Elinor les tait et les retient au plus profond d'elle-même.
   Un parent éloigné, Sir John Middleton, leur propose son cottage dans le Devonshire, bien loin de Norland. Lors d'un thé, le colonel Brandon tombe sous le charme de Marianne tandis que cette dernière, au cours d'un incident en promenade, tombe amoureuse d'un certain Willoughby, jeune homme solaire charmant et charmeur. Brandon a la trentaine passée, Willoughby n'a pas encore trente ans; Brandon est calme, réservé et mesuré dans ses propos et ses sentiments, Willoughby exubérant et romantique. Comment Marianne, avec sa fougue, sa jeunesse, son franc-parler peut-elle résister à Willoughby?
   
   L'intrigue menée par Austen court entre les promesses amoureuses, les silences des passionnés timides, les tromperies, les méchancetés et les hypocrisies féminines pour accéder à l'établissement dans la vie sociale et les exigences familles qui ne veulent pas que leur rejetons déchoient dans leur union. Tout tourne entre le nombre de livres que pèse telle ou telle jeune fille et ce que peut en espérer un homme pour agrandir, consolider ou commencer son patrimoine (ah! les gros sabots des coureurs de dot sont irrésistibles de drôlerie!).
   
   Comme dans tous les romans de Jane Austen, les bals sont le lieu rêvé pour les intrigues, les jugements, les œillades et les désirs des uns et des autres. Une dimension plus intime apparaît avec la répétition des invitations à partager le thé, courir les magasins londoniens, les échanges nombreux de billets et lettres: un aspect important de la bonne société anglaise qui se retrouve à Londres pour la Saison. Austen offre également une variété extraordinaire de personnages: les voisins charmants mais un peu encombrants, la vieille dame joviale un peu frivole qui prend sous son aile les jeunes filles (elle adore jouer les marieuses!), la belle-sœur égoïste et désagréable, le frère lâche, la lady imbue de ses origines qui aime menacer de déshériter le fils qui ne se plierait pas à sa volonté, les coureurs de dot ou la vieille fille qui cabotine toute seule, gaffeuse et désespérément ridicule.
   
   "Raison et sentiments" a un parfum délicieusement désuet malgré son incroyable intemporalité: le charme de la campagne anglaise et de ses cottages déroule ses couleurs pastels sous la plume d'Austen, on entend les voitures et les fers des chevaux, on ressent les chaos des routes, on rêve dans les intérieurs "cosy" des dames Dashwood. On est pris entre la vivacité, parfois ingénue, romantique de Marianne (qui pense qu'on ne peut aimer qu'une fois dans sa vie!) et la douceur empreinte de modestie et de retenue d'Elinor: on les aime toutes les deux comme elles peuvent agacer car elles sont les défauts de leurs qualités. La douce ironie et la sagacité d'observation austeniennes font une fois de plus mouche et enchantent le lecteur.
   
   Ce qui me plaît au plus haut point chez Austen c'est le prisme de ses romans: le dénouement est presque toujours évident (bien sûr Willoughby trahira sa nature de coureur de dot, bien sûr Marianne souffrira beaucoup avant d'entendre raison et de regarder autrement le colonel Brandon, bien sûr Elinor et Edward se lieront!), et ce n'est pas la chute qui est en jeu mais le déroulement des interactions entre les personnages, les dispositions des uns et des autres sur l'échiquier social organisant une partie souvent cruelle. Austen pointe toujours, inlassable, la cruauté juridique des héritages qui ne protège pas les filles. Ce poids social insupportable omniprésent dans les romans d'Austen, montre combien cette dernière a pu en souffrir. Le grand art romanesque d'Austen est de les décrire sans cesse sous un autre jour et avec d'autres points de vue... sans lasser le lecteur ce qui est la marque des grands romanciers!
   Après avoir lu "Lady Susan", "Les Watson", "Sanditon" (roman inachevé), "Orgueil et préjugés", "Persuasion", "Northanger Abbey", "Raison et sentiments" est le roman que je préfère avec "Orgueil et préjugés".
   
   Alors les sentiments peuvent-ils être raisonnables? Marianne prouve que pour bien choisir il faut peut-être passer par des déconvenues qui aident à grandir tandis qu'Elinor montre qu'un peu de liberté de parole peut dénouer des situations. Mais dans les deux cas, que la passion amoureuse soit extériorisée ou intériorisée, elle consume et fait souffrir et la raison est parfois d'un piètre secours.
   
   Une confidence: plus je lis Jane Austen plus j'aime son univers et surtout son écriture sensible et drôle à la fois et je comprends pourquoi les "fans" lisent et relisent ses romans.
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critique par Chatperlipopette




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Une bonne voie d'entrée chez Miss Austen
Note :

   Titre original : Sense and Sensibility, 1811
   
   C'est avec une pointe de nostalgie que j'ai refermé "Sense and Sensibility", puisqu'il s'agissait du dernier des six romans achevés de Jane Austen que je lisais (après avoir espacé autant que possible ces lectures). Je relirai prochainement "Northanger Abbey" et il me reste des textes plus courts ou inachevés à découvrir, mais une page se tourne dans ma petite vie de lectrice.
   
   "Sense and Sensibility "est peut-être l'un des romans les plus faciles d'accès de Jane Austen pour une première lecture de l'auteur, bien que, comme toujours avec cet écrivain, les apparences (une simple histoire de filles à marier?) cachent un univers riche et passionnant, pour lequel existent de multiples clefs de lecture. D'ailleurs, pour ceux qui pensent que Jane Austen écrit des romans à l'eau de rose, il faut savoir qu'elle a le don d'expédier les mariages en trois lignes ; une fois parvenus à l'autel, elle ne s'intéresse plus vraiment à ce qu'il adviendra de ses personnages, et lorsque plus rien n'empêche les amoureux de se retrouver, plus la peine d'entrer dans les détails. Ainsi par exemple dans ce roman, sur une demande en mariage que l'on attendait depuis les premiers chapitres : "How soon he had walked himself into the proper resolution, however, how soon an opportunity of exercising it occurred, in what manner he expressed himself, and how he was received, need not be particularly told." (p 386) Romantique, Jane Austen?
   
   Le roman débute avec le décès de Mr Dashwood. A sa mort, sa seconde femme et les trois filles issues de ce second mariage se trouvent, en raison de leur sexe, totalement dépendantes du bon vouloir de leur demi-frère aîné, John, qui va devenir propriétaire du grand domaine dans lequel elles vivaient. Si sur son lit de mort, Mr Dashwood a fait promettre à son fils de veiller sur sa belle-mère et ses sœurs, John parvient sans peine à se défaire de son engagement en trouvant moult arguments pour soulager sa conscience. Influencé par son épouse Fanny, une femme hautaine et pleinement convaincue de sa supériorité sur le plan social, John va réduire à une peau de chagrin le legs qu'il était prêt à faire à sa famille. Il s'enquiert en revanche des dispositions pris par d'autres proches pour les aider, sa générosité consistant ainsi essentiellement à s'assurer de celle des autres.
   
   Sans être foncièrement méchant, et en dépit d'efforts faits pour montrer quelque intérêt à ses sœurs, John ne tient pas tête à Fanny qui, par son attitude, pousse Mrs Dashwood et ses filles à quitter rapidement le lieu où elles ont vécu toutes ces dernières années.
   
   Les deux principales héroïnes de ce roman sont Marianne Dashwood et, plus encore, Miss Dashwood, Elinor, sa sœur aînée. Toutes deux s'entendent extrêmement bien même si leur caractère les oppose (telles Miss Jane Bennet et sa sœur Elizabeth dans Pride and Prejudice). Marianne est entière, impétueuse, romanesque, elle accepte sans se poser de questions qu'un jeune homme dont elle est éprise lui offre un cheval, est également prompte à s'extasier devant une feuille tombée d'un arbre (on reconnaît bien là l'ironie de Jane Austen) mais aussi à juger ceux qu'elle rencontre, parfois sévèrement. A l'inverse, Elinor est plus douce, plus réservée. C'est elle qui incarne la raison dans ce roman, devant mettre en garde sa mère des dangers qui guettent Marianne et se faisant une opinion toujours réfléchie de chacun. C'est ainsi qu'elle tombe amoureuse d'Edward Ferrars, héritier peut-être un peu terne en apparence, mais intelligent, intègre et bon sous ses dehors timides.
   
   A l'inverse, contrairement à Marianne et à Mrs Dashwood, complètement sous le charme, Elinor est la première à formuler quelques doutes sur le caractère du fougueux Willoughby, qui entre en scène peu après leur arrivée à Barton Cottage dans le Devonshire.
   
   Deux personnages que tout oppose vont alors graviter autour de Marianne : d'une part le jeune Willoughby, qui a pour lui l'insouciance de la jeunesse, l'extravagance et un joli visage ; de l'autre le colonel Brandon, dont le tempérament généreux est masqué par une grande réserve, tandis que son âge plus avancé pour l'époque constitue aux yeux de Marianne une terrible infirmité (ses rhumatismes en étant pour elle la preuve indéniable!).
   
   A l'inverse, sous des dehors avenants, le jeune Willoughby est un garçon bien superficiel, qui ne pense qu'à son bon plaisir.
   
   Il y aussi l'étrange couple formé par les Palmer : Mr Palmer est toujours brusque avec son épouse, se plonge dans le journal en public mais répond qu'il n'y a rien d'intéressant dedans lorsqu'on tente de l'interroger sur le contenu, tandis que sa femme est une petite créature idiote et charmante, bien décidée à être heureuse et qui, ainsi, fait fi de toutes les remarques de son mari qu'elle juge amusantes.
   
   Enfin, outre Willougby, Fanny Dashwood et sa mère, un autre personnage foncièrement mauvais est mis en scène : il s'agit de Lucy Steele. D'un rang social inférieur, elle est fiancée à Edward Ferrars qui a commis une erreur de jeunesse et se sent désormais prisonnier d'une union dont il ne veut plus. Lucy est un personnage désagréable, qui s'abaisse à flatter tout un chacun (avec succès!) et dont l'intérêt pour Edward semble plus motivé par le titre d'héritier de celui-ci que par un réel attachement, puisqu'elle a bien deviné les sentiments de son fiancé pour Elinor. Elle s'empresse ainsi de devenir l'amie de celle-ci et de la prendre pour confidente afin de déverser sur elle un flot d'informations à double sens (grâce à des allusions peu subtiles) sur la relation qu'elle entretient avec Edward.
   
   Au final, y a-t-il un juste équilibre entre raison et sentiments? S'il ne faut pas trop se fier aux manifestations excessives de sentiments (ceux de Willoughby n'ayant aucune valeur, Marianne s'enfermant dans un rôle et s'encourageant même à pleurer car il ne peut y avoir de désespoir dans la discrétion à ses yeux), les sentiments plus profonds triomphent à la fin du roman. Ceux qui aiment vraiment sont enfin reconnus à leur juste valeur, quant à Elinor (qui semblait si encline à raisonner et que sa sœur jugeait trop peu démonstrative pour souffrir autant elle), elle finit par déverser toutes les émotions contenues depuis longtemps, lorsqu'Edward vient annoncer qu'il n'est plus lié à Lucy Steele. Mrs Dashwood se rend alors compte du fait qu'Elinor a souffert au moins autant que Marianne et qu'elle ne lui a pas accordé assez d'attention uniquement parce qu'elle n'a pas manifesté ouvertement ses émotions. Au final, si, les apparences sont parfois trompeuses.
   
   Que dire encore une fois sur Austen qui fait partie de mes écrivains favoris? Si vous ne l'avez pas encore lue, je ne peux que vous inviter à faire sa connaissance pour découvrir sa délicieuse ironie, le regard intelligent qu'elle porte sur ses personnages et son époque, sa capacité à décrire les relations humaines et la subtilité de sa plume.

critique par Lou




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Sanditon - Jane Austen

Un bel hommage
Note :

   Le dernier roman de Jane Austen a été laissé inachevé en raison de la mort prématurée de l'auteur. Il raconte l'histoire de Charlotte Heywood, jeune fille issue d'une famille nombreuse, qui est invitée par Mr et Mrs Parker à venir passer des vacances avec eux dans la station balnéaire dans laquelle Mr Parker a investi, Sanditon. Là-bas, elle fait la connaissance de Lady Denham, l'associée hautaine de Mr Parker, qui vit avec sa protégée, la mystérieuse Miss Brereton. Lady Denham a également un neveu, Sir Edward, et une nièce, qu'elle soupçonne de vouloir hériter de sa fortune. Charlotte est vite exaspérée par Sir Edward, qui passe son temps à tenter de faire de l'esprit en citant de façon inappropriée les auteurs à la mode. En revanche, à la grande surprise de Miss Heywood, Miss Brereton semble être charmée par Sir Edward et ne pas percevoir sa bêtise.
   
   Mais le plus intéressant pour Charlotte, c'est lorsque les frères et soeurs de Mr Parker viennent à Sanditon. Les deux Miss Parker sont hypocondriaques, et passent leur temps à répéter qu'elles sont à l'article de la mort, ce qui influence leur plus jeune frère, Arthur, qui s'écoute également beaucoup. Si Mr Parker plaint sincèrement ses soeurs et son jeune frère, Sidney Parker,son autre frère, se moque affectueusement de l'attitude quelque peu ridicule des membres de sa famille. Très vite, Charlotte est séduite par ce jeune homme sûr de lui, plein d'audace et d'humour. Cependant, elle pense n'être qu'une personne agréable à ses yeux, et est jalouse de Miss Brereton qui retient particulièrement l'attention de Sidney. Lorsque arrive à Sanditon un ami de Sidney, dont le coeur est brisé par un amour malheureux, c'est à la délicatesse de Miss Brereton que Sidney se fie, certain de ses capacités à le consoler.
   
   Le roman a été achevé par une romancière anonyme, qui s'est servie des notes laissées par Jane Austen ainsi que de ses autres romans. Si l'histoire de Sanditon possède des côtés un peu farfelus qui ne seraient selon moi pas apparus dans un roman de Jane Austen, on retrouve bien l'humour plein de piquant de cette dernière ainsi qu'une histoire d'amour qui fait rêver.
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critique par Lilly




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Roman inachevé
Note :

   Sanditon est le dernier roman de Jane Austen, tellement le dernier qu’il est en fait inachevé. Une version existerait, terminée par une anglaise. En ce qui me concerne, c’est bien de la version inachevée qu’il s’agit, écrit entre janvier 1817 et mi-mars de la même année.
    « Un gentleman et une dame, qui venaient de Tonbridge et se dirigeaient vers cette partie de la côte du Sussex qui s’étend entre Hastings et Eastbourne, avaient été amenés pour affaires à quitter la grand-route et à se risquer sur un chemin très difficile ; leur voiture versa tandis qu’elle en gravissait la longue côte, faite moitié de pierres et moitié de sable. L’accident se produisit juste après la seule maison gentleman qui se trouvât près du chemin – une maison que leur cocher, à qui l’on avait tout d’abord enjoint de prendre cette direction, s’était imaginé être nécessairement le but de leur voyage et qu’il avait, bien à contrecoeur, été contraint de dépasser. »
   
   Ce gentleman et sa dame donc vont faire la connaissance de la famille Heywood à l’occasion de cet accident, et soignés par eux, ils emmèneront à titre de remerciements, Charlotte Heywood dans leur petite ville côtière dont ils sont les acharnés promoteurs. Un ancêtre caché des promoteurs de station balnéaire pour le moins ! Il s’agit de M. et Mme Parker, et la petite ville balnéaire, c’est Sanditon.
   
   Nous découvrirons Sanditon et sa faune pittoresque et réduite par les yeux de Charlotte, jeune fille, Dieu merci, pas irrémédiablement cucul !
   
   Petites misères de relations humaines étriquées, de manoeuvres promotionnelles pitoyables, la gamme est assez large. Il faut se souvenir que ceci fut écrit au tout début du XIXème, par une auteuse et que le monde, la connaissance qu’on en avait, n’était pas ce qu’il est maintenant.
   On ne s’ennuie pas dans la mesure où les petits évènements et les petites mesquineries sont bien sentis par Charlotte. Ca nous évite d’avoir à rentrer dans la peau d’une bécasse !
   L’écriture n’est pas légère-légère et la manière d’amener les évolutions de situation est parfois un peu lourde. Mais ça reste plaisant.
   
   Et le fait qu’il soit inachevé me direz-vous ? Ce n’est pas dramatique, on est en fin d’un chapitre mais il est vrai qu’il est impossible d’imaginer vers quelle fin voulait se diriger Jane Austen. Autant le lire inachevé à mon sens pour ne pas trahir l’oeuvre.
    ↓

critique par Tistou




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Sanditon, un roman achevé par une autre dame
Note :

   Dernière œuvre inachevée de Jane Austen, ce roman a été repris tel quel dans l'édition complète Omnibus, Sanditon s'achevant au chapitre 12.
   
   Mais voilà, les éditeurs anglais demandèrent à une romancière de poursuivre la tâche entreprise par Jane Austen. Cette romancière a préféré garder l'anonymat, et c'est donc la version terminée que l'on trouve dans cette édition de poche.
   
   J'ai fait une petite recherche sur le web, cette anonyme est probablement Juliette Shapiro. Cette auteur a déjà écrit des suites ou variations aux œuvres de Jane Austen, notamment "Orgueil et Préjugés".
   
   Il est certain que le roman tranche un peu sur le reste de l’œuvre, mais il se rapproche néanmoins d'"Orgueil et Préjugés" sur plusieurs points.
   
    L'histoire est relativement mince, une jeune fille sensée, Miss Charlotte Heywood, vient passer l'été dans une station balnéaire, que ses hôtes, la famille Parker, aimeraient mettre à la mode. Elle assistera par la même occasion aux manigances des uns et des autres destinées à favoriser une histoire d'amour contrarié.
   
    Les Parker sont assez originaux. M. Parker a 2 frères et 2 sœurs, perpétuellement occupés à se mêler de la vie d'autrui, et tous sincèrement persuadés que leur santé délicate est une malédiction. En fait d'ennuis de santé, c'est plutôt l'ennui et le désœuvrement qui sont la cause de ces maux imaginaires. Seul le second frère, Sidney, se démarque de sa famille. Il est séduisant, spirituel, intelligent et Miss Charlotte Heywood ne tarde pas à tomber amoureuse.
   
    Une galerie de personnages secondaires, fort réjouissants, vient se mêler à la famille Parker. La tyrannique Lady Denham, que l'on pourrait comparer à Lady Catherine de Burgh*, les demoiselles Beaufort, bavardes et insipides, toujours en quête de galants, et surtout le pompeux Sir Edward, dont les lectures à l'eau de rose ont enflammé l'esprit, qui ne cesse de citer des vers à tout propos, et n'a d'autre but que d'enlever une demoiselle, idée puisée dans les romans à 4 sous qu'il dévore. Il pourrait s'apparenter sans peine au personnage de M. Collins*.
   
    Au niveau de l'écriture et de la narration, on pourra déceler des différences entre Jane Austen et la mystérieuse romancière, surtout au niveau des dialogues, de même que le sujet du roman est sans doute le plus léger de toute son œuvre, mais j'ai pris du plaisir à cette lecture tout simplement parce que c'est très drôle, et que Sanditon n'a pas d'autre but que de divertir. Je reconnais bien volontiers que le personnage de Charlotte Heywood, un peu trop moralisateur, peut agacer. Charlotte n'a ni le piquant, ni la sagesse ou le charme d'Elinore, d'Elisabeth ou d'Anne. Et puis les intrigues amoureuses échafaudées autour de la belle Clara m'ont parues un peu alambiquées et confuses.
   
    Même si l'exercice n'est pas une brillante réussite, on ne peut que se réjouir de cette continuation dans la mesure où "Sanditon" promettait d'être un très bon roman, et que c'est assez frustrant de se contenter de 11 ou 12 chapitres.
   
   * "Orgueil et Préjugés"

critique par Folfaerie




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Emma - Jane Austen

« A heroine whom no one but myself will much like »
Note :

   Alors qu'elle était sur le point de se lancer dans l'écriture d' "Emma", Jane Austen avait confié à l'un de ses proches: "I am going to take a heroine whom no one but myself will much like"*. Et ma foi, je ne peux pas tout à fait lui donner tort. C'est que cette chère Emma, en dépit de son charme très réel, est par moments si terriblement agaçante!... Si terriblement sûre d'elle et du bien fondé de ses manigances matrimoniales. Ce n'est qu'au moment où elle essuie ses premiers revers qu'elle nous apparaît enfin plus humaine et que l'on commence à éprouver pour elle un peu de sympathie.
   
   Miss Emma Woodhouse, donc, jeune demoiselle d'excellente famille, se pique d'arranger d\'heureuses unions pour ses consoeurs du voisinage. Lorsque Jane Austen commence à nous raconter son histoire, elle vient, s'il faut l'en croire, de marier son ancienne gouvernante. Et sitôt engrangé ce premier succès, elle n'a de cesse de récidiver au gré de ses sympathies et surtout de son idée d'une alliance conforme à un ordre social que rien ne devrait venir bousculer.
   
   C'est finalement le portrait très ironique que Jane Austen dresse des préjugés de la société anglaise du début du XIXème siècle qui constitue le principal intérêt de ce roman, un portrait animé par les deux extraordinaires personnages, plantés avec une rare finesse, que sont Mr Woodhouse - le père d'Emma, vieil homme égoïste et hypocondriaque, sous ses dehors bon enfant - et de Mrs Elton, l'épouse du vicaire, au sans-gêne invraisemblable.
   Entre les mésaventures d'Emma et les apparitions de Mr Woodhouse et Mrs Elton, et malgré quelques longueurs, on sourit souvent à la lecture de ce roman qui nous offre un agréable moment de lecture, s'il n'est peut-être par le meilleur de son auteur.
   
   * Je suis en train de concevoir une héroïne que personne n'aimera beaucoup, à part moi.
   
   PS: Alexander McCall Smith a proposé une version moderne de ce roman.
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critique par Fée Carabine




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Un très très bon moment
Note :

    «Orpheline de mère, seule auprès d'un père en mauvaise santé, Emma Woodhouse, désormais la maîtresse de maison, s'est mis en tête de marier Harriet Smith, une jeune fille qu'elle a recueillie chez elle. Ce faisant, ne s'est-elle pas attribué un rôle qui n'est pas (ou pas encore) pour elle ? Son inexpérience des coeurs et des êtres, ses propres émotions amoureuses, qu'elle ne sait guère interpréter ou traduire, lui vaudront bien des déconvenues et des découvertes.»
   
   Encore un excellent Jane Austen, qui, s'il n'est toujours pas en tête de mon hit-parade, m'a fait passer un très très bon moment.
   
   L'héroïne n'est pas très attachante au début du roman: un peu trop sûre d'elle, têtue, mais au fil du roman elle m'est devenue plus attachante et finalement, je l'aime bien cette Emma.
   
   Bien que moins présent que dans Northanger Abbey ou Orgueil & préjugés, l'humour est quand même saupoudré avec délicatesse. Quant au style, c'est toujours un véritable plaisir.
   
   Bref un livre que tout bon adorateur de Jane Austen, de littérature anglaise, de peinture de moeurs teintées d'ironie se doit de lire !
   ↓

critique par Morwenna




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Des dangers de l'imagination
Note :

    Emma Woodhouse est jeune, belle, intelligente et riche. Elle vit avec son père, l'hypocondriaque Mr Woodhouse, dans le petit village de Highsbury où elle règne avec gentillesse. Le seul problème d'Emma est qu'elle se trouve des talents de marieuse, qu'elle décide de mettre à profit pour organiser des unions entre les gens qu'elle connaît. Hélas, tout ne se passe pas comme elle l'espérait...
   
   Figurez-vous, chers happy few, qu'en ces temps ensoleillés, j'ai eu envie d'une lecture-doudou, une lecture qui ne me bouscule pas et qui m'enchante (c'est la version plus kulturelle de la lecture-thérapeutique, qui me voit dans ces cas-là ouvrir une saga ou un Stephanie Plum). Et quoi de mieux dans ces cas-là qu'un Jane Austen ? Et en plus je me suis rendue compte que celui-ci, je ne l'avais jamais lu! J'ignore comment une telle chose a pu se produire : un moment d'égarement provoqué par un enlèvement alienesque, je ne vois que ça, chers happy few!
   
   Bref. Et ? Eh bien, c'est un roman très intéressant, même si je lui ai trouvé un défaut (oui, je sais, c'est mal, attendez avant de me frapper à coup d'Orgueil et Préjugés que je vous expliquasse le pourquoi du comment, chers happy few) : il est un peu trop bavard à mon goût, il y a pléthore de dialogues et finalement peu de récit. Du coup, on se perd un peu dans les redites, mais, aussi étrange que cela paraisse, il y a un aspect très positif à cette construction : l'abondance de dialogues permet aussi de dessiner très finement les caractères des personnages qui appartiennent à ce microcosme anglais. L'histoire en elle-même tient sur un timbre-poste et ce qui est le plus intéressant, c'est finalement l'évolution d'Emma, qui va apprendre à ses dépens que la réalité ne peut pas se plier à sa vision de la vie. Elle voudrait qu'Harriet Smith fasse un beau mariage, sans tenir compte du fait qu'elle est une enfant illégitime abandonnée à la naissance et que la société ne lui permet pas de se marier en dehors de son milieu social supposé. Emma imagine qu'Harriet est la fille d'un noble, sans tenir compte des indices lui prouvant le contraire. Elle tire des plans sur la comète pour tout un chacun et ne voit pas ce qui crève les yeux de tout le monde (lecteur y compris) : la fatuité de Mr Elton, la noblesse de caractère de Robert Martin, l'idylle entre Frank Churchill et Jane Fairfax ou encore l'amour que lui porte Knightley.
   
   Si elle apprend au cours du roman à se méfier de son imagination débridée et à contrôler ses élans, il n'en demeure pas moins que la vision de la société proposée par Jane Austen est pleine de préjugés qu'il est impossible d'abolir : la noblesse de coeur d'Harriet n'est rien sans fortune et la nouvelle Mrs Elton, certes fortunée, est un comble de vulgarité, la pauvre Jane est contrainte de cacher son amour pour Frank faute de fortune appropriée et Emma épousera finalement le seul qui soit digne de son rang et de ses rentes... On est là bien loin d'Orgueil et Préjugés (20 ans séparent les deux romans), Emma mettant en scène des personnages prisonniers de leur rang dans une société figée où les codes sociaux apparaissent comme immuables. Le style, quant à lui, est toujours vif et ironique et les personnages sont fort bien campés (mention spéciale à Miss Bates, la vieille fille bavarde et à Mrs Elton, dont la vulgarité tape-à-l'oeil se révèle réjouissante).
   
   Un fort bon roman, donc, chers happy few, mais je n'en attendais pas moins de cette chère Jane!
   ↓

critique par Fashion Victim




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Emma est-elle un personnage sympathique ou antipathique?
Note :

   Emma Woodhouse est une jeune fille riche, intelligente, séduisante qui vit seule avec son père depuis le mariage de sa gouvernante, Mlle Taylor. Cette dernière avait remplacé la mère d’Emma, morte quand celle-ci était une enfant. Sa sœur aînée habite à Londres avec son mari et ses enfants. Emma est entourée d’un petit noyau d’amis que son père reçoit volontiers chez lui, de son beau frère M. Knightley, plus âgé qu’elle et qui la critique souvent sans qu’elle s’en laisse remontrer.
   Car la grande distraction d’Emma qui se pique d’être une fine analyste des sentiments amoureux est de faire des mariages. Pour l’heure, Emma pense que le pasteur, M. Elton, est amoureux de sa meilleure amie, une jeune fille de dix sept ans, Harriet Smith, enfant naturelle, donc déclassée dans la société. Elle décide de tout mettre en œuvre pour les amener au mariage. Inutile de dire qu’elle se trompe et que cette erreur ne sera pas la seule!
   
   Emma, en effet, comme toutes les autres héroïnes de Jane Austen, Elizabeth de "Pride and Prejudice", Marianne de "Sense and sensibility", Catherine de "Northanger abbey" … est dans l’erreur. Menée par l’orgueil, par la passion ou par un idéal romantique suranné, et toujours par l’ignorance, l’héroïne de Jane Austen ne peut faire l’économie d’une expérience parfois désagréable pour parvenir à y voir clair dans son cœur comme dirait la Sylvia de Marivaux.
   En ce sens, les romans de Jane Austen sont tous des romans d’apprentissage où l’héroïne apprend, souvent à ses dépens, à mieux connaître la société, à être plus lucide sur ceux qui l’entourent et au terme de son histoire à découvrir la sagesse!
   
   Cependant, et c’est ce qui ne rend pas Emma très sympathique, c’est toujours au dépens des autres et non d’elle-même que notre héroïne se trompe et elle sort toujours indemne de ses erreurs. Quant elle détourne Harriet du seul homme qui l’aime vraiment, le fermier M. Martin, pour la pousser dans les bras du pasteur Elton qui n’en veut pas, la seule à en souffrir est Harriet! Le fait que cette dernière soit d’une condition inférieure, manque d’intelligence, semblable à une poupée de cire malléable, n’est pas une excuse. Le lecteur a l’impression qu’Emma manipule sa jeune amie comme une marionnette sans âme. Et les remords qu’elle en éprouve ne la rendent pas plus lucide puisqu’elle est prête à récidiver. Elle se trompera de même à propos de Jane Fairfax et de Frank Churchill. Il lui en faudra plus pour admettre ses erreurs, à croire que l’intelligente Emma a l’esprit brouillé par la bonne opinion qu’elle a d’elle-même, par une certaine vanité et par des préjugés sociaux si fortement ancrés qu’ils l’empêchent de voir l’homme véritable sous l’appartenance sociale, les qualités d’un M. Martin, fermier, et les bassesses d’un M. Elton, pasteur, par exemple.
   
   Jamais, d’ailleurs, Jane Austen n’avait souligné avec autant d’amertume le pouvoir de l’argent et de la hiérarchie sociale qu’elle décrit pourtant dans tous ces romans. Il n’y a pas dans "Emma", l’humour piquant, caustique toujours présent qui fait le charme de "Pride and prejudice", le regard amusé et attendri qu’elle porte sur la Catherine de "Northanger abbey" ou la compréhension attentive envers la souffrance de Marianne dans "Sense and sensibility". Certes l’ironie austenienne est là. Les portraits des différents personnages tournent à la caricature comme celui de la bavarde et futile Melle Bates, de l'insupportable Mme Elton, épouse du pasteur, infatuée d’elle-même, snob, commère difficilement supportable qui cherche à régir la vie de tous. L’on pourrait rire aussi de M. Woodhouse, un charmant vieillard, pour qui un mariage est toujours un évènement malheureux car il lui enlève les gens qu’il aime si cela ne soulignait un égoïsme forcené qui le pousse à sacrifier sa fille cadette. Bref! rien ne semble atténuer le pessimisme de l’écrivain dans ce roman.
   
   En effet, quand Jane Austen se décide à remettre de l’ordre dans l’imbroglio sentimental créé par Emma, elle redonne à chacun la place qu’il mérite: la jeune fille bâtarde avec le fermier, le pasteur avec une femme qui a 200 mille livres de rente (une bonne affaire pour Elton mais moins que ce qu’il visait, la fortune colossale d’Emma!), Jane Fairfax modeste- mais éduquée par une famille riche- avec Frank, et Emma elle même avec M. Knightley, entre pairs, bien sûr!
   
   Dans la société de Jane Austen, et dans ses romans, pas de miracle! On ne mélange pas les torchons avec les serviettes!
   
   Quant à l’amour entre Emma et George Knigthley, on peut dire qu’il est bien cérébral et que la passion n’a pas l’air d’être de mise!
   
   Qui a dit que Jane Austen était romantique?
   ↓

critique par Claudialucia




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Roman de mœurs
Note :

   Deux siècles que Jane Austen disparaissait... fêtons-là, relisons-là!
   
   j'ai opté pour " Emma " car, les autres " Austen" disponibles, et pas encore lus, étaient des romans épistolaires, une forme de narration que je ne goûte guère.
   
   1ere publication, 1816.
   
   Dans le Surrey, à quelque 30 kms de Londres, le domaine d’Hartfield, la jeune Emma s’ennuie à mourir, avec son vieux papa hypocondriaque. Sa gouvernante et amie vient de se marier, et se consacre désormais à sa vie d’épouse, tout en espérant un bébé. Cela a créé un vide dans l’existence routinière d’Emma… bien qu’elle soit persuadée d’avoir été l’instigatrice du mariage de miss Taylor !
   
   Emma se fait une nouvelle amie, Harriet Smith, une toute jeune fille, orpheline, fille naturelle "de quelqu’un", qui habite chez son institutrice, jusqu’à ce qu’elle trouve un mari.
   
   D’après Emma qui adore les intrigues, Harriet peut et doit prétendre à un mariage très avantageux ; elle le mérite, et si ça se trouve son père est quelqu’un de prestigieux qui n’attend qu’une occasion pour la doter.
   
   Harriet est très influençable, et davantage une victime qu’une amie pour Emma ; elle la persuade que le pasteur est amoureux d’elle, et tente de manœuvrer pour que ce mariage se fasse. Ses manigances échouent, elle jette alors son dévolu sur un autre prétendant, Pour la satisfaire, la gentille Harriet a dû renoncer à un candidat qu’Emma ne jugeait pas assez bien pour elle !
   
   En suivant les intrigues fomentées par Emma, nous croisons une multitude de personnages dont les plus intéressants sont l’arrogante vulgaire et stupide Mrs Elton, que le pasteur a finalement épousée, le frivole et galant Frank, la belle et discrète Jane Fairfax, de noble origine et éducation, mais sans fortune, sa nièce Mrs Bates, une grande bavarde qui passe d’un sujet à un autre sans continuité, et le pauvre père d’Emma qui vit dans la crainte continuelle d’un refroidissement, ou d’un empoisonnement par la nourriture. N’oublions pas George Knightley le beau-frère d’Emma, réaliste, très critique à son égard "qui passe le temps à lire ou faire sa comptabilité" et rechigne à danser lorsqu’il ne peut se soustraire à un réception… un personnage plutôt sévère mais son patronyme (Knight) laisse entrevoir plus de romantisme que prévu…
   
   Il ne se passe pas grand-chose dans le récit, pourtant, lorsque Frank arrive chez Mr Weston, son attitude en fait un personnage énigmatique dont on ignore les intentions réelles. De même la belle Jane, que va-t-elle devenir, et ce piano qui lui est livré, de quel correspondant mystérieux ? Pour le reste, on sait à quoi s’en tenir des mariages qui se feront, classiquement, à la fin du livre.
   
   Emma est avant tout un roman de mœurs, agréable à lire, un peu long dans sa dernière partie.

critique par Jehanne




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Mansfield Park - Jane Austen

Vive l’odieuse tante Norris !
Note :

   Edité en 1814, ce livre est le troisième roman publié de Jane Austen bien que, pour ce qui est de l’écriture, il est difficile de dire s’il ne fut pas au moins en partie écrit en même temps que Orgueil et préjugés.
   
   Je vais essayer de vous situer l’action de «Mansfield Park» à gros traits :
   Fanny, née dans une famille «dans la gêne» du fait du malencontreux mariage de sa mère est quasi adoptée par sa tante et son oncle alors qu’elle est encore enfant et c’est donc dans un milieu aisé et même «en vue» qu’elle grandira et recevra une éducation qui surpassera même celle des véritables filles du couple Bertram.
   Nous trouvons également dans cette famille l’excellent personnage de Mme Norris, autre sœur de Mme Bertram, elle aussi assez pauvre du fait d’un mariage médiocre suivi de veuvage et qui s’est établie auprès de sa fortunée sœur comme dame de compagnie. Elle se charge volontiers de veiller sur la bonne marche de la maison si tant est que l’on juge que la marche qu’elle impose soit bonne. Cette tante Norris est peut-être le personnage le plus réussi du roman et l’on ne peut qu’admirer la rapacité féroce de cette femme qui est trop proche des classes inférieures pour ne pas tenir absolument à s’en démarquer par une attitude hautaine et impitoyable. Le personnage a une réelle épaisseur. On sait ce qui a fait d’elle ce qu’elle est et on peut comprendre que cette attitude la défend d’être un parasite comme les autres, comme l’est Fanny d’ailleurs, d’une certaine façon. Tout autant, on essaie de comprendre pourquoi les Bertram l’entretiennent dans leur entourage proche sans jamais lui reprocher, même entre eux, les petites ponctions qu’elle s’autorise sans cesse sur leur bien et d’ailleurs sur tout bien passant à sa portée. Elle doit donc bien avoir son rôle social et l’on réalise vite que c’est celui de «zone tampon». Elle est le chien de garde, le dogue servile avec ses maîtres et qui, moyennant pitance les protègera eux et leurs possessions, leur position, de la moindre attaque du moindre danger. Elle affirmera grossièrement haut et fort ce que leur propre rapacité policée et muette exige. Elle est le personnage outrancier, elle est avare, mesquine, elle est haïssable et elle est ridicule. On la déteste et on la moque. Le lecteur souhaite sa perte, bref, elle est parfaite.
   
   Dans ce roman d’ailleurs, j’ai trouvé que Jane Austen, bien involontairement sans doute, avait donné bien plus de vie à ses «méchants» qu’à ses gentils. Car à côté d’eux, nous avons des «gentils» qui sont tout de même d’une énorme fadeur. L’héroïne Fanny est un parangon de vertu et ne se trouvant elle-même jamais assez conventionnelle, regarde avec horreur la moindre percée d’autrui en dehors des sentiers battus. Pour vous donner une idée de sa folle exubérance, je cite, alors qu’elle va à son premier bal : « Jamais de sa vie elle n’avait été dans un état qui fut si proche de la gaieté. » No comment.
    Cette sainte nitouche est amoureuse du tiède et médiocre Edmond qui est bien exactement son pendant masculin et lorsque leur deux petites auréoles s’entrechoquent, ça ne fait même pas d’étincelle.
   Après des centaines de pages, J.Austen constatant qu’il lui en faudrait encore bien trop si elle continue sur ce rythme, nous expédie la happy end en quelques dizaines de pages qui laissent le lecteur qui s’est habitué au train de sénateur, un peu désemparé.
    Bref, pas mon roman préféré.Je l’ai bien moins aimé qu’Orgueil et Préjugés.
   ↓

critique par Sibylline




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Thés et petits fours
Note :

   "Voici une trentaine d'années, mademoiselle Maria Ward de Huntington fut assez heureuse pour captiver avec sept mille livres de rente comme seule fortune, le coeur de Sir Thomas Bertram de Mansfield Park, dans le comté de Northampton, et se hausser ainsi jusqu'au rang de femme de baronnet, acquérant de surcroît tout le bien-être et les avantages matériels qu'offrent une belle maison et un revenu considérable." Mais ses soeurs ne purent faire d'aussi beaux mariages. Mademoiselle Ward épousa le pasteur Norris, et la plus jeune, Frances épousa pour désobliger sa famille un officier de marine, rompant tout lien avec ses soeurs et sombrant dans la misère avec ses nombreux enfants dont elle était bien incapable de s'occuper. Une bonne dizaine d'années plus tard, la famille Bertram et la tante Norris décident dans leur infinie bonté d'accueillir la fille aînée de Frances, Fanny, à Mansfield Park pour l'éduquer et l'entretenir. C'est le début de la fin de la tranquillité et le vrai début de folles aventures.
   
   Du Jane et du bon! Je ne suis certes pas très objective tant j'aime cette grande dame et ses oeuvres, mais c'est quand même du grand art! On retrouve dans ce gros roman les répliques assassines, les portraits au vitriol, la méchanceté soigneusement dissimulée des uns envers les autres, les multiples rebondissements, les thés et les bals. Il faut "voir" la Norris, confite de bêtise et d'orgueil, lady Bertram et son indolence, les Crawford et leur ambition! Et la pauvre et douce Fanny au milieu de tout cela, avec son sens moral sans faille et sa profonde gentillesse, coincée par les attentions importunes de son soupirant au point de se mettre en colère. J'ai beaucoup fait rire ma colocataire avec mes exclamations ("l'enfoirée de tante Norris", "mais crétin, elle est amoureuse de toi, ouvre les yeux"), puis je me suis tue. Ca faisait mauvais genre dans l'avion! Bon, il est vrai que Fanny est un peu plus cruche que la moyenne des héroïnes de Jane Austen, le fils de la famille un peu benêt, mais le plaisir reste intact.
   
   Reste l'infini talent de cette plume et le bonheur de s'enfoncer dans cet univers comme dans un bon oreiller de plume, le tout avec une bonne tasse de thé.
   ↓

critique par Chiffonnette




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Sombre et réaliste
Note :

   Mansfield Park ( = MP pour la suite) est loin de faire l'unanimité chez les aficionados de Jane Austen. En le lisant, j'ai compris pourquoi... sans pour autant rejeter ce roman, qui m'a beaucoup plu quand même.
   
   En fait, MP est un roman beaucoup plus sombre, plus réaliste que les autres. Il est très dense, touffu, il fourmille de détails et est empreint d'une certaine mélancolie, loin de l'humour léger, pétillant d'"Orgeuil et préjugés".
   
   Oh, attention, l'humour est quand même présent, mais moins fréquent. Il est également plus implicite, et repose souvent sur une description, un personnage, une situation. En effet, Jane Austen se lâche, et personne n'est épargné, pas même l'héroïne. Loin d'être une simple histoire d'amour, comme pourrait le laisser entendre le résumé, ce livre est aussi une vraie satire sociale...comme toujours chez l'auteur!
   
   Quant aux protagonistes, c'est sûrement là que le bât blesse la plupart des lecteurs. Les personnages principaux sont moins "vivants" que dans d'autres oeuvres. L'héroïne n'a pas la vivacité d'une Lizzie, ni franchement un esprit spirituel; c'est une jeune fille douce et sensible, délicate, presque effacée. Le héros, lui, peut déranger par son côté un peu moralisateur et son aveuglement. Cependant, la tendre Fanny a réussi à m'émouvoir et à me toucher.
   
   Enfin, MP m'a tenue en haleine jusqu'au bout: l'issue demeure incertaine et le fin mot de l'histoire n'est dévoilé que dans les dernières pages... Chose rare chez Jane Austen, où l'on devine en général aisément la fin, l'essentiel n'étant pas le dénouement pas la façon dont elle nous y amène.
   
   Au final, un très bon roman, malgré un début un peu long et une fin, elle, que j'ai trouvée quelque peu expédiée. MP n'est pas mon Austen préféré mais il m'a assurément fait passer un excellent moment.
    ↓

critique par Morwenna




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Séduite!
Note :

    Résumé
   
   Fanny Price a été accueillie à Mansfield Park par son oncle et sa tante alors qu'elle avait 10 ans, ceux-ci souhaitant rendre service à sa mère qui, ayant fait un imprudent mariage, avait de la difficulté à faire vivre sa nombreuse famille. Elle grandit donc auprès de ses deux cousines - Maria et Julia - et ses deux cousins - Tom et Edmund - tout en étant toujours traitée comme une parente inférieure par tous à l'exception d'Edmund. La très vertueuse Fanny voit bientôt ses sentiments pour Edmund passer de la simple affection à l'amour mais l'arrivée à Mansfield de Miss Crawford - de laquelle s'éprendra Edmund - et de son frère viendra causer beaucoup d'émois aux habitants de Mansfield Park.
   
   
   Commentaire

   
   Je dois préciser au départ que j'ai beaucoup apprécié ma lecture, principalement parce que j'accroche toujours au style de Jane Austen. Je le placerais en fait juste un peu en dessous de "Raison et sentiments" dans mon échelle d'appréciation des œuvres d'Austen. J'ai aimé la narration, la façon dont la société anglaise de l'époque est dépeinte, les jeux de pouvoir et les situations impossibles dans lesquelles les personnages se trouvent, étant prisonniers de leurs relations ou encore de leur fortune et statut social. C'est une autre époque, d'autre mœurs et, chaque fois, je suis immédiatement transportée au beau milieu de cette époque révolue et désuète.
   
   J'ai aussi particulièrement apprécié le fait que les mauvais aient aussi des qualités et soient, en quelque sorte, presque récupérables malgré leur travers et leurs défauts. Je ne suis pas capable de détester Mr. Crawford - en fait, je l'aime bien... je sais, des fois, je suis étrange! - et même Miss Crawford ne m'est pas complètement hostile. Pour cette dernière, le fait qu'elle souhaite presque le décès du frère aîné pour qu'Edmund soit ainsi en possession du titre ne plaide pas en sa faveur, j'avoue!!! Mais je ne peux la trouver vraiment détestable.
   
   L'héroïne, Fanny Price, aurait pu me déplaire par son excès de bonté et de perfection, si ce n'avait été des passages où elle empire - selon moi - les torts de Miss Crawford. Comme ces sentiments ressemblent presque à de la jalousie, elle devient moins parfaite à mes yeux et donc, moins antipathique!!! (Oups, à me relire, je réalise que j'ai de la difficulté avec les personnages trop parfaits!!! ) J'avoue que j'ai parfois eu le goût de la secouer et que j'ai vraiment eu de la difficulté à comprendre son aversion pour le théâtre par contre (ok, je sais, faut se remettre dans l'esprit de l'époque et se rappeler tous les usages et les inconvenances possibles). Quant à Edmund, il manque définitivement de sexytude!!!! Mais que voulez-vous, ils ne peuvent pas tous être aussi bien que Darcy, n'est-ce pas!!!
   
   Sans trop en dire, je vais toutefois mentionner que la fin n'est pas celle que j'aurais souhaitée et que je suis bien contente des quelques petites phrases qu'Austen a glissées en précisant ce qui aurait aussi pu arriver. Somme toutes, une bien jolie lecture, que j'ai appréciée et qui m'a tenue éveillée une bonne partie de la nuit!!! Ce doit bien être parce que ça m'intéressait un peu, n'est-ce pas!
    ↓

critique par Karine




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En poussant les grilles de Mansfield Park
Note :

   "Mansfield Park" est un roman un peu particulier pour moi qui apprécie énormément Jane Austen. C'est le seul que j'aie jamais abandonné en cours de route : peu après avoir dévoré "Northanger Abbey", mon tout premier Austen, j'ai eu envie de poursuivre avec un roman plus dense et me suis plongée avec empressement dans "Mansfield Park", que j'ai ensuite abandonné au bout d'une centaine de pages. Malgré mes coups de cœur successifs pour tous les autres textes d'Austen lus depuis, je craignais d'apprécier un peu moins ce roman réputé difficile et qui est loin de faire l'unanimité. Et lorsque je l'ai laissé de côté arrivée à la moitié il y a bien six mois, j'ai fini par me dire que j'étais partie pour un nouvel abandon. J'ai finalement eu envie de reprendre ma lecture il y a deux semaines, alors que j'ai enfin retrouvé un peu de temps libre, et bien m'en a pris, car j'ai dévoré les quelques 200 pages qu'il me restait à lire.
   
   Fanny Price est issue d'un milieu plutôt modeste. Sa mère a fait un mariage d'amour dont elle se repent peut-être, sa situation matérielle étant loin d'être confortable. C'est alors que la famille maternelle propose d'élever la petite Fanny. Si sa tante Mrs Norris semble avoir une idée bien arrêtée sur la question et décide de tout, ce sont finalement les Bertram qui accueilleront la petite sous leur toit, Mrs Norris étant bien plus apte à prodiguer des conseils qu'à se rendre elle-même d'une quelconque utilité (tout effort de sa part relevant à ses yeux du sacrifice le plus absolu, le don de chaque objet miteux étant pour elle une preuve de son immense générosité, à étaler devant toute la galerie sans modération).
   
   La petite Fanny est sans surprise un peu perdue : loin de sa famille et, surtout, de son frère William, l'enfant se retrouve dans une immense propriété bien différente de tout ce qu'elle a connu jusque-là. Ses cousines et le plus âgé des cousins sont informés de leur différence de statut social et ne deviennent pas ses compagnons de jeu, Sir Bertram est beaucoup trop sévère pour susciter son affection, Lady Bertram vit dans un monde bien à elle et ne s'occupe que de son propre confort, tandis que Mrs Norris passe son temps à rappeler à Fanny combien elle doit à son oncle et ses tantes pour leur immense générosité, tout en la rabrouant constamment de manière à ne pas lui faire oublier son statut social. Heureusement, Fanny trouve un ami en la personne de son cousin Edmund.
   La situation change peu lorsque Fanny grandit. On lui a appris à considérer ses jolies cousines comme ses supérieures ; elle craint Sir Bertram et passe son temps à assister Lady Bertram pour qui la moindre activité est une source de fatigue inimaginable. Le temps ayant fait son œuvre, Fanny est tombée amoureuse d'Edmund, son allié de longue date à Mansfield Park.
   
   Une petite tornade vient bouleverser leur univers lorsque, en l'absence de Sir Thomas parti à Antigua pour la gestion de ses affaires, Henry Crawford et sa sœur Mary viennent rendre visite à leur famille au presbytère adjacent. Henry courtise les cousines de Fanny, en particulier l'aînée, déjà fiancée, tandis qu'Edmund tombe sous le charme de la pétillante et légère Mary. En retrait du petit groupe, Fanny observe les nouveaux venus avec un œil critique : elle est la seule à voir en ces deux jeunes gens des arrivistes à la morale douteuse.
   
   Ce roman est passionnant, c'est pourtant à mon avis roman exigeant, qui se mérite, dans le sens où il n'est pas facile de l'apprivoiser et de le faire sien. Plus austère que les pétillants "Pride and Prejudice" ou "Northanger Abbey", habité de héros un peu ternes, Mansfield Park est quelque peu moralisateur : les Crawford, hauts en couleur, sont peu recommandables (alors que par certains aspects, Mary n'est pas sans rappeler Elizabeth Bennet) ; la ville est néfaste, laide, vicieuse, et s'oppose à la pureté et à la beauté de la campagne ; Fanny est plus intègre, plus respectueuse de certaines valeurs car elle a été élevée plus sévèrement, dans un constant rappel de sa basse extraction ; de nombreuses discussions se multiplient au sujet de la profession de pasteur, Edmund voulant porter l'habit et étant appuyé en ce sens par ses proches, tandis que la fougueuse Mary traite avec légèreté et condescendance la profession.
   
   La galerie de personnages est, comme toujours chez Austen, très réussie. Bien entendu on s'attache facilement au cousin Edmund et, pour ma part, j'ai beaucoup apprécié Fanny, certes extrêmement raisonnable, douce, docile (à peu près mon contraire!) mais dont le comportement m'a paru cohérent avec sa situation : vivant dans un petit cercle qui lui a toujours rappelé qu'elle n'était là qu'une invitée et guidée par son cousin Edmund qui a partagé avec elle des principes religieux et moraux stricts, elle réagit en conformité avec ses convictions, avec la liberté qui lui est laissée ou dont elle pense pouvoir profiter. Les Crawford sont bien saisis et parviennent à se rendre attachants en dépit de leurs innombrables faiblesses. Seule la tante Norris est insupportable du début à la fin, mais sa mesquinerie est si bien rendue à l'aide de remarques acerbes que l'on finit par apprécier ses apparitions, qui personnellement savaient m'irriter au plus haut point. Citons encore Sir Bertram, qui éduque ses enfants comme il administre ses biens, finançant puis revenant au bout d'un certain temps pour faire le tour des performances des uns et des autres. Sans être mauvais, Sir Bertram ne parvient pas à voir que ce qui a manqué à ses enfants, c'est l'affection, et non seulement l'absence de principes moraux comme il le pense. Au final, son investissement au départ désintéressé lui rapporte, puisque Fanny devient une fille aimante et attentionnée.
   
   Je ne recommanderais pas ce livre pour découvrir Jane Austen, mais à tous ceux qui l'apprécient déjà, il serait vraiment dommage de ne pas pousser les portes de Mansfield Park.

critique par Lou




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Chaque détail compte
Note :

   Mansfield Park débute par la revisite du conte de Cendrillon. Le couple Bertram fortuné et doté de quatre enfants pas tous subtils se décide à un acte charitable, en assurant l'éducation d'une nièce désargentée et surtout aînée d'une fratrie conséquente, Fanny Price, en la recueillant dans leur âtre manquant singulièrement de chaleur -humaine-. Subissant à son arrivée les quolibets de ses deux cousines germaines et d'une autre tante maternelle, Fanny fait preuve de retenue et même d'effacement. Seul, Edmond, le cadet des Bertram, semble s'attacher à son bien-être dans ce nouveau lieu de vie. L'arrivée de voisins dissipés et peu regardants sur les principes, les Crawford, va modifier la donne et les comportements jusqu'alors bienséants, en apparence seulement.
   
   J'ai moins accroché à cette histoire. Théoriquement, elle est parfaite, d'une logique implacable. L'écrit épouse magnifiquement le comportement des protagonistes : chaque scène décrit la confusion et la versatilité des esprits, leur instabilité affective aussi. J'ai apprécié que Jane Austen sorte de ses personnages nourris d'une grandeur d'âme (Monsieur Darcy dans Orgueil et Préjugés, Frederick Wentworth dans Persuasion ou bien le colonel Brandon dans Raison et sentiments). Elle casse les codes, ne s'appesantit pas sur un type d’œuvre, défigure ce qui a fait son succès. "Mansfield Park" est profondément sombre : les deux héros -Edmond et Fanny- ne sont pas super engageants (ils ne montrent pas un fort caractère, s'affirment peu), les autres personnages (le couple fraternel Crawford - Mary et Henry- , les demoiselles Bertram - Maria et Julia-, Monsieur Rushworth) m'ont paru insipides. Même Madame Norris, censée relever l'intrigue par ses saillies verbales aussi creuses et humiliantes que dissimulant difficilement sa radinerie, ne m'a guère enthousiasmée.
   
   Reste que n'est pas Jane Austen qui veut. Chaque détail compte, chaque moment qui paraît perturbé et inachevé rebondit plus loin. Et le fameux coup de théâtre est spectaculaire, bien que préparé longtemps à l'avance. Mansfield Park vaut la lecture pour cette mise en scène d'orfèvre. Alors, oui, l'écrivaine ne fait pas rêver ici. Pas de décor somptueux, pas de prince charmant charmant (la redondance est voulue), pas de palais qui déchire, pas de froufrous. C'est un roman extrêmement lucide que nous renvoie l'auteure : le mode des marins version matelot, la disgrâce après l'audace, l'éclosion d'un splendide papillon dont le cocon a connu quelques fêlures. Fanny Price est plus proche de Catherine Morland (Northanger Abbey) et d'Elinor Dashwood (Raison et sentiments) que d'Elizabeth Benneth (Orgueil et préjugés) : sincère, trop raisonnable et parfois terne. Mais voilà, il y a des bouquins que j'arrête par leurs défauts évidents et insurmontables et il y a celui-ci qui se mérite. Oui, j'ai sauté certaines descriptions, oui j'ai soupiré jusqu'au premier tiers de l'histoire en me demandant où Jane m'emmenait, mais je n'ai jamais regretté de lui avoir fait confiance. Jane Austen est assurément une écrivaine majeure que j'ai tardé à découvrir. Je suis ravie d'avoir récupéré mon retard !
   
   L'éditions Omnibus propose une étude super intéressante du roman par Vladimir Nabokov : à déguster comme il se doit !

critique par Philisine Cave




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Northanger Abbey - Jane Austen

Tendance les 4 filles Dr March
Note :

   Tendance : Les quatre filles du Dr March. Ce qui n’est pas chez moi marque de … haute estime. Relativisons toutefois. Jane Austen, ça ne date pas d’hier. Ni même d’avant-hier. Northanger Abbey a été écrit en 1803 et est en réalité le premier roman de la dame Austen bien qu’il n’ait été publié qu’en 1818, à titre posthume.
   
   Si l’on veut bien inscrire ce cadre (auteuse, tout début du XIX ème, société puritaine anglaise) autour de la lecture de Northanger Abbey, ça en change tout de même l’appréciation. Car quand même, je me suis demandé à plusieurs reprises ce que je fichais avec ce roman !
   
   Héroïne cucul de chez cucul, sentiments périmés (pas étonnant, début XIXème !), personnages rigides et ringards, histoire tressée de cordages propres à arrimer le « Charles de Gaulle » (porte-avion à propulsion problématique pour ceux qui ne connaîtraient pas), pas de quoi hurler ma ferveur dans mon lit de lecture !
   
   Mais donc, on se souvient du cadre. Et là, on est davantage dans le témoignage du fonctionnement de la société d’une époque donnée. Ca n’était pas vraiment débridé le XIX ème !
   
   Reste à reconnaître qu’à l’issue de la lecture, et ça c’est un signe, il reste quelque chose qui clignote dans le noir et qui vous dit ; finalement … il y avait quelque chose. Oui, il y a quelque chose qui ressort de l’ensemble à l’issue de la lecture. Mais à l’issue seulement ! Et donc il faut aller jusqu’au bout !
   
   Disons pour situer le roman tout de même que Catherine Morland va découvrir la vie (oh pas trop agitée quand même !) hors de la maison familiale, en villégiature à Bath, ville de bains, qu’elle va se lier à Isabelle Thorpe, jeune femme de son âge aussi garce que Catherine est une oie blanche de compétition et, que de minauderies en marivaudages, il finira bien par se passer des choses. Mais la naïveté, la crédulité et l’inaptitude à la jungle de la société de Catherine Morland est par moments insupportable. Carrément !
   
   Reste le document. C’est plus ainsi qu’il faut le voir. L’écriture étant par moments bien ampoulée, à moins que la traduction … ?
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critique par Tistou




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Humour...
Note :

   Le seul roman de Jane Austen que je n'avais pas encore lu... et encore une fois elle a réussi à me surprendre.
   
   Ce livre est considéré comme une oeuvre de jeunesse... mais il n'en a que le nom. C'est un roman bluffant, une sorte de manifeste austenien, où l'on retrouve les thèmes qu'elle développera par la suite: critique de l'orgueil de la noblesse/bourgeoisie, premiers émois amoureux, trahison, mariage...le tout copieusement assaisonné de son humour incomparable.
   
   En effet, ce roman est l'un de ses plus drôle. L'auteur ne se contente pas ici de raconter l'histoire d'une héroïne et les péripéties la conduisant jusqu'au mariage. Elle ne fait pas non plus une simple dénonciation des hypocrisies de l'époque. Non, c'est également un roman "intellectuel", qui parodie allégrement les romans gothiques alors à la mode: à l'heure où Austen rédige «Nothanger Abbey» , Mrs Radcliffe (auteur des Mystères d'Udolphe, roman qui revient souvent dans le récit) est à son apogée. Sans rejeter cette littérature, Jane en déplore les excès et propose une autre forme de littérature, plus proche de la réalité. A noter que c'est l'un des rares récits où Jane Austen prend le lecteur à parti, où elle s'adresse directement à lui.
   
   Niveau personnage, l'héroïne est donc très romanesque, naïve, son imagination galopante lui cause bien des tours. Cette candeur, parfois un peu agaçante, ne m'a pas empêchée de l'apprécier. Le héros, quant à lui, est l'un de mes gentlemen austenien préféré, car il possède un grand sens de l'humour.
   
   Bref, une excellente lecture...Je vous conseille quand même de lire "Les Mystères d'Udolphe" avant, bien que ce ne soit pas indispensable...
   ↓

critique par Morwenna




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Encore loin de la fin du sexisme
Note :

   (1803, révisé en 1815)
   
   Chez 10/18, 275 pages, suivies d’une notice biographique courte mais précise de Jacques Roubaud, grand admirateur des romancières anglaises.
   
   Catherine Morland 18 ans vivant à Fullerton, près de Salisbury, a maintenant 18 ans, et ses parents la trouvent "presque jolie". Ils l’envoient passer quelques semaines à Bath avec un couple d’amis les Allen, pour qu’elle puisse aller au bal et se trouver un mari.
   
   Là-bas, Catherine commence par s’ennuyer copieusement avec Mrs Allen qui ne sait parler que chiffons. D’autres rencontres vont faire évoluer l’action, d’abord celle des jeunes gens Thorpe : Isabelle, jeune femme complètement allumée, aussi à la chasse au mari, sauf que chez elle, cette démarche est consciente, sinon cohérente… les deux jeunes filles adorent les romans gothiques tels que les Mystères d’Udolphe et s’exaltent à propos d’énigmes, chambres secrètes, trésors enfouis, héros chevaleresques et criminels assoiffés de sang. Hélas le frère d’Isabelle John, un vrai goujat, doublé d’un parfait crétin, poursuit Catherine de ses assiduités.
   Enfin, elle fait connaissance d’Henry, aimable, ironique, cultivé et qui sait même parler des toilettes féminines, chose vraiment rare! Catherine s’en éprend bien vite.
   
   La première partie du roman est amusante : Catherine s’évertue à éviter ce malotru de John Thorpe et à tenter de tomber sur Henry Tilney. Ce dernier se révèle très spirituel, voire un assez singulier personnage. La première rencontre est très réussie. La satire sociale s’exerce, en particulier aux dépens des Allen et des Thorpe. Les dialogues sont enlevés et savoureux.
   
   En revanche, dès que Catherine arrive à Northanger Abbaye, on sent davantage que les jeux sont faits, on sait parfaitement comment va tourner l’intrigue. Henry devient sérieux et banal et ne tient plus ses promesses d’individu hors norme. Sa sœur Eleanor, sert l’intrigue, mais ne s’épanouit pas comme vrai personnage. On aime le moment où Catherine suspecte le maître de maison de crimes ou séquestration, et furète partout à la recherche de faits horrifiques. Dommage que tout cela retombe bien vite. J’aurais préféré d’ailleurs que Catherine soit en mesure de suspecter son bien- aimé, cela aurait eu plus de sel.
   
   L’auteur se révèle moraliste "lorsque l’on désire plaire à quelqu’un, il faudrait toujours être ignorant. Trop d’instruction équivaut à une incapacité totale à flatter la vanité des autres, ce qu’une personne intelligente souhaitera toujours éviter. Une femme surtout, si elle a le malheur de savoir quoi que ce soit, devra le dissimuler aussi bien que possible"
   
   Catherine est très ignorante, mais avide de s’instruire auprès de son bien-aimé, ce qui plaît à Henry, qui représente le modèle masculin raffiné. Eût-elle été cultivée autant que lui, elle n’avait aucune chance. Son autre prétendant ,John Thorpe, est prêt à épouser n’importe quelle jeune femme qu’il suppose riche.
   
   Mais la plupart des hommes sont bien plus simples : ce qu’ils cherchent en se mettant en ménage, c’est la garantie d’avoir un service sexuel gratuit, fonctionnant autant de fois qu’ils le désirent. De nos jours, avoir une femme qui a de bons revenus n’est pas forcément apprécié par les hommes : plus une femme a de l’argent, moins elle sera soumise. La plupart du temps, si elle a de l'argent, c'est qu'elle le gagne. Même dans les autres cas, elle n'est pas souvent dans un tel état de dépendance.
   
   Pour l’instruction, ce que dit Jane Austen est encore vrai de nos jours, et le restera.
   
   En fin de compte, un récit d’intérêt inégal, les événements y deviennent vite trop prévisibles. Il ne se passe pas grand-chose!
   ↓

critique par Jehanne




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Northanger Abbey ou l'anti-romantisme
Note :

   On ne peut pas visiter Bath sans relire Northanger Abbey de Jane Austen. C'est donc ce que j'ai fait et en anglais, qui plus est! Jugez de l'exploit... enfin pour moi!
   
    "Northanger Abbey " est l'histoire de Catherine Morland, dix sept ans, fille de pasteur, jamais sortie de sa campagne natale, que des amis, monsieur et madame Allen, amènent à Bath. Pour la jeune fille naïve et ignorante, Bath est la ville des Merveilles. Les bals, le théâtre, les salons de thé, les rues bondées qui offrent la richesse de leurs beaux magasins, une société aisée et brillante, tout éblouit la jeune campagnarde. Et puis il y a les rencontres, celle de l'adorable Isabella Thorpe qui aime tant sa "sweetest Catherine" et de son frère John, lourdaud et importun. Il y a aussi le beau Henry Tilney qui fait battre son cœur et Eleonor, sa sœur, réservée et discrète. Et enfin, pour couronner le tout, l'invitation miraculeuse du Général Tilney, père de Henry et d'Eleonor, dans son domaine de Northanger Abbey. C'en est trop pour Catherine! Voilà qui lui fait tourner la tête. Une abbaye! Un vieil édifice mystérieux, rempli de secrets, de portes dérobées, de squelettes cachés, comme dans les romans d'Ann Radcliffe, par exemple, qu'elle dévore avec avidité. Quelle aventure! Mais ce qu'elle va vivre dans ce lieu la délivrera de ses rêveries gothiques et lui ôtera ses illusions romantiques!
   
   Quand on lit Jane Austen, c'est d'abord l'humour que l'on retient car l'on s'amuse beaucoup à la lecture de ce roman, on en savoure l'ironie toute en nuances, les traits d'esprit, les portraits subtilement acides qui révèlent par un détail le ridicule ou les faiblesses d'un personnage.
   
    "Northanger Abbey " est d'abord un pastiche du roman gothique et Jane Austen feint d'adopter les codes du genre pour mieux en démontrer les excès. Lorsque Catherine, dans la solitude de sa chambre, au milieu de la nuit, dans la sombre abbaye battue par la tempête, découvre, comme le lui avait prédit malicieusement Henry Tilney, un mystérieux manuscrit, ce n'est que pour mieux s'apercevoir qu'il s'agit d'une facture de blanchisserie! De même que le jeune homme, Jane Austen rit de son héroïne et de sa vive et fertile imagination, tout en nous faisant partager la tendresse qu'elle éprouve pour elle. Ce personnage, en effet, est profondément attachant malgré ses défauts ou peut-être aussi à cause d'eux.
   
   Car "Northanger Abbey " est aussi un roman d'apprentissage : naïve, inculte, ignorante, romantique, d'une sensibilité extrême, la jeune fille a une vision simpliste de la vie. Sa franchise, sa droiture, le respect de la parole donnée, son incapacité à mentir, l'empêchent de percevoir chez les autres ce qui ressemble à de la duplicité. Et c'est pourquoi elle tombera de bien haut en découvrant le monde tel qu'il est et nul doute qu'elle aura appris beaucoup lors de cette visite à Bath! Sa vision du monde en sera radicalement transformée.
   
   En effet, sous des dehors d'apparente légèreté, les romans de Jane Austen sont souvent très pessimistes quant à la nature humaine et la société.
   
   Les personnages de Jane Austen sont complexes. Derrière un extérieur gracieux et plaisant, se cachent parfois les plus sordides motivations. Les paroles élégantes et policées sont souvent en désaccord avec les actes. C'est toujours avec étonnement que la sincère Catherine constate que celui qui parle pense le contraire de ce qu'il dit. Elle l'apprend à ses dépens lorsque sa chère et jolie Isabella, malgré l'amour qu'elle affiche pour James, le frère de Catherine, trahit son engagement pour courir après la fortune du frère aîné de Henry. Elle le découvre avec le Général Tilney, si charmant en public, qui se révèle un véritable tyran domestique exigeant et autoritaire envers ses propres enfants.
   
   Quant à la loi qui régit cette société hypocrite, elle peut se résumer en un mot : l'argent qui détermine la position sociale; le respect se mesure à l'aune de la fortune que l'on possède. Aussi la première préoccupation des uns et des autres dans cette ville où l'on fait beaucoup de rencontres, est de s'enquérir des biens de ses nouvelles connaissances. Là encore, Catherine en fait les frais. Très courtoisement reçue par Le Général tant qu'il la croit riche, elle est chassée ignominieusement quand il la sait sans le sou.
   
   Cette expérience bien amère la prive de sa joie de vivre et pourrait lui donner définitivement une opinion négative de l'humanité. Heureusement, la bonté et l'amour de sa famille et de ses vrais amis la réconfortent. Il y a donc des gens capables de sentiments vrais. Et puis, Henry vient la rejoindre et la demande en mariage, bravant l'interdiction de son père. Tout est bien qui finit bien, donc? Oui, mais que l'on ne me parle pas du romantisme de Jane Austen si l'on sait que Henry ne s'est intéressé à Catherine que par gratitude :
    "I must confess that thus affection originated in nothing than gratitude; or, in another words, that a persuasion of her partiality for him had been cause of giving her a serious thought "
   et qu'il se sent lié à Catherine autant par sens de l'honneur que par amour. Voilà des sentiments sincères mais très (trop) raisonnables! Anti-gothique, anti-romantique, Jane Austen affiche ainsi son refus :
    "It is a new circumstance in romance, I acknowledge, and dreadfully dérogatory of an heroine's dignity; but if it be as new in common life, the credit of a wild imagination will at least be all my own. "
   Enfin, Jane Austen n'oublie pas de nous faire rire en décochant un dernier trait acéré au Général Tilney
    "I leave it to be settled by whomsœver it may concern, wether the tendency of this work be altogether to recommend parental tyranny or reward filial disobedience. "

critique par Claudialucia




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Les Watson - Jane Austen

Pas fini...
Note :

   S’il était une vieille fille capable de faire s’attendrir des milliers d’adolescentes, ce serait bien celle-là. Un auteur qui compte aujourd’hui d’innombrables admirateurs au point qu’un roman parlant d’un de ses fan clubs a récemment vu le jour : ce serait encore celui-là. Parce que le seul nom de Jane Austen suffit à faire surgir des sourires émus et à tisser des liens entre lecteurs, parler d’une de ses œuvres est un exercice délicat, voire fort périlleux.
   
   C’est d’autant plus le cas lorsque le texte en question n’est pas le meilleur. J’interdirais même à tout lecteur encore vierge de toute lecture austenienne de commencer par ce récit, de peine de conforter son opinion toute faite : oui Jane Austen est une vieille demoiselle aux textes bien ennuyeux pour de jeunes filles bien naïves rêvant au prince charmant, en dépit de tous les signes qui leur indiquent depuis longtemps combien le sujet est démodé.
   
   «The Watsons» est un récit inachevé. Honnêtement, cela m’allait très bien comme ça. La fin prévue par Jane Austen et indiquée en quelques lignes à la fin du livre n’étonnera pas ses lecteurs habituels. Si les dénouements d’Austen suivent souvent une même logique, le récit que voici n’a cependant pas le charme d’autres histoires plus abouties.
   
   Je ne veux pas dire par là que ce texte est une infâme nullité que la famille Austen aurait dû supprimer à temps afin d’éviter que le superbe héritage de la demoiselle en question ne soit entaché par un livre de moindre qualité. Non, «The Watsons» est intéressant à d’autres égards.
   Comme le souligne bien Kate Atkinson dans sa préface, c’est une vision manichéenne de la société qui se joue ici. La jeune Emma Watson revient dans sa famille sans le sou après avoir été privée de l’héritage qui lui était dû par une tante qui jusqu’ici l’avait élevée comme sa propre fille. Malgré la situation dramatique dans laquelle elle se trouve, Emma a pourtant de plus hautes aspirations. Trop hautes ? Est-elle trop éduquée, trop raffinée pour le sort qui l’attend ? Devrait-elle se réjouir de tout mariage et chercher à tout prix un parti (à peu près) satisfaisant ? A quoi lui servent ses théories, devrait-elle continuer à tendre vers un idéal et affirmer son droit de choisir son époux ? Car si elle en a le droit, dans une famille où le père et le frère sont pour le moins négligents, est-ce là son intérêt ? Voilà qui donne déjà de quoi réfléchir, surtout lorsqu’on songe au constat plat et direct que fait son frère en remarquant que cela doit être bien dur pour elle de revenir sans héritage et comme un poids dans sa famille.
   
   «The Watsons» est aussi un texte intéressant car il met en scène une héroïne peut-être un peu trop formatée, certes, mais d’une psychologie bien différente de celle d’autres héroïnes de Jane Austen. Ici Emma Watson ne se construit pas. Elle arrive avec un vécu dont nous savons peu, qui l’a amenée à avoir des manières et une philosophie très différentes de celles de ses sœurs. D’où le peu de flexibilité et le côté peut-être plus plat du personnage. C’est en même temps une autre Austen que l’on découvre, une Austen qui ne cherche pas à retracer le chemin intérieur d’une héroïne trop innocente, mais qui pose une femme d’une autre maturité dans un contexte en revanche similaire, faisant par là ressortir le drame de ces femmes qui ne se marient pas et la difficulté de la situation dans laquelle se trouve d’emblée Emma Watson.
   
   En résumé, un livre agréable et un apport intéressant pour tous ceux qui aiment déjà Jane Austen. Pour les autres, mieux vaut commencer par les classiques ou mon tout premier, moins connu, «Northanger Abbey», où vous découvrirez tout le mordant et l’ironie d’une femme écrivain capable de dénoncer avec humour la triste condition féminine qu’elle observait au quotidien – bien que toujours célibataire.

critique par Lou




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Du fond de mon cœur - Lettres à ses nièces - Jane Austen

Un inédit !!!
Note :

   Traduit et présenté par Marie Dupin
   
    La vraie fan de Jane Austen se reconnaît à ce qu'elle a tout lu d'elle, romans achevés ou non, y compris en VO, œuvres de jeunesse, et quelques biographies, livres autour de, études sur. Et surtout à sa façon de sauter sur toute parution d'inédits. Dont acte.
   
    La vraie fan de Jane Austen est de même dans la déploration quand elle se remémore le sort cruel de sa correspondance avec sa sœur bien aimée Cassandra (brûlée ou découpée par icelle). Alors elle se réjouit lorsqu'elle apprend la parution de ces Lettres à ses nièces.
   
    Mis à part Cassandra, restée célibataire, Jane avait six frères, donc une énorme potentialité de neveux et nièces. A l'époque les familles nombreuses étaient vraiment nombreuses! Apprenant l'arrivée d'un dix-huitième enfant chez les D., elle écrit carrément à sa nièce Fanny "ensuite je leur recommanderai, à elle & Mr D., de pratiquer ce régime assez simple que nous appelons faire chambre à part."
   
   A sa nièce Fanny, Jane donne surtout des conseils quant à ses amours. Fanny semble avoir enchaîné les prétendants, et suivi les conseils de sa tante. "Tu l'apprécies suffisamment pour l'épouser mais trop peu pour l'attendre." "Rien ne peut se comparer à la souffrance d'être liée sans amour, si ce n'est de se retrouver liée à une personne et d'en préférer une autre."
    Au sujet d'un prétendant "Je ne doute pas qu'il souffre beaucoup pendant un temps, et même terriblement, lorsqu'il comprendra qu'il doit renoncer à toi ; cependant il n'est pas dans mes idées, comme tu dois sans doute le savoir, de penser que ce genre de déception puisse tuer qui que ce soit." (Les pieds sur terre et pas romantique pour deux sous, la tante Jane! )
    Fanny se maria finalement, bien plus tard, un 'bon' mariage selon les critères du temps, un mariage d'amour, pas si sûr, et a-t-elle regretté d'avoir écouté sa tante? On l'ignore.
   
   Les deux autres correspondantes, Anna et Caroline, ont des préoccupations plus littéraires, car elles écrivent et demandent conseil à leur tante, déjà auteur de ses premiers romans. Caroline est encore toute jeune, l'écriture de Jane, même à travers la traduction, se ressent comme adaptée à une enfant de 9 ou 10 ans, mais l'on sent l'amour et le respect de la tante à l'égard des premiers pas de Caroline.
    Avec Anna, c'est du plus sérieux, Jane lit les manuscrits, les commente, les approuve, conseille, suggère, corrige. Au travers de ses lettres c'est la façon de travailler de Jane elle-même que l'on peut voir et c'est passionnant! Attentive aux détails (se cantonner aux endroits connus, inutile de risquer des erreurs), respecter les habitudes de bienséance usitées dans son milieu (rendre certaines visites et pas d'autres) et la cohérence dans les distances entre villes. Vraiment elle n'hésite pas à donner des idées concrètes et précises pour rendre le roman vivant et agréable à lire.
    "3 ou 4 familles dans un Village de Campagne, voilà la meilleure matière à travailler."
N'a-t-on pas là en fait un bon résumé de l'arrière plan de ses propres intrigues?
   
    Hélas Anna, mariée, bientôt mère, laissera tomber l'écriture et nous n'aurons jamais l'occasion de découvrir cette œuvre en gestation...
   
   Les dernières lettres, tout en restant enjouées, laissent entrevoir des problèmes de santé (Jane est morte à quarante-deux ans). La seconde partie du livre présente alors des écrits de ces fameuses nièces, leurs souvenirs de cette célèbre tante -flous après un demi-siècle! mais aimants, même si Caroline se révèle amère et critique.
   
    J'ai forcément aimé cette plongée dans l'univers de Jane Austen. Comme dans ses romans, l'humour n'est pas absent:
   
    "Walter Scott n'a pas à écrire de romans, surtout s'ils sont bons. c'est injuste. Il bénéficie déjà de suffisamment de renommée & de revenus en tant que poète, et ne devrait donc pas ôter le pain de la bouche des autres."
   

    Une dernière qui a fait ma joie!
    "Cette dernière m'écrit que Miss Blackford est bel et bien mariée, cependant, je n'ai rien lu à ce propos dans les journaux. Autant être célibataire si votre mariage n'est pas annoncé dans la presse."

critique par Keisha




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