Lecture / Ecriture
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Auteur des mois d'août et septembre 2007
John Irving

    Après l’Amérique latine, nos pas de voyageurs par les livres nous ont menés en Amérique du nord et nous sommes passés de Mario Vargas Llosa à John Irving.
    Soulignant une des multiples richesses de la lecture : découvrir des mondes, des pensées dont nous nous enrichirons et qui nous apprendront la multiplicité des vérités.
   

Biographie

    AUTEUR DES MOIS D'AOUT & SEPTEMBRE 2007
   
   John Irving est né en 1942 dans le New Hampshire. C’est un enfant naturel à qui sa mère a refusé de parler de son père. Toute son œuvre porte la trace de ce traumatisme. Pourtant, il adora son beau-père qui l’adopta, dont il prit le nom et qui le traita toujours comme son fils.

   
    Après des études assez médiocres, il devint pourtant professeur lui-même, activité qu’il cessa dès que le succès du « Monde selon Garp » le lui permit.
   
   John Irving a toujours été passionné de lutte, sport qu’il a ardemment pratiqué et enseigné.
   
    Depuis les années 80, Irving est un auteur à succès qui vit de son œuvre, qui a été adaptée au cinéma, généralement avec sa participation.
   
   Actuellement, il vit dans le Vermont, à Toronto et à New York.
   
    PS : John Irving semble ne guère priser les Français. Cela transparaît dans certains de ses romans. C’est pure ingratitude de sa part car nous, on l’aime bien. ;-)
   
    * Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"
   
   

Bibliographie ici présente

  Liberté pour les ours !
  L'épopée du buveur d’eau
  Un mariage poids moyen
  Le monde selon Garp
  Hôtel New Hampshire
  L'oeuvre de Dieu, la part du Diable
  Une prière pour Owen
  Les rêves des autres
  Un enfant de la balle
  La petite amie imaginaire
  Une veuve de papier
  La quatrième main
  Mon cinéma
  Je te retrouverai
  Dernière nuit à Twisted River
  A moi seul bien des personnages
  Avenue des mystères
 

Liberté pour les ours ! - John Irving

Roman foutraque !
Note :

   «Liberté pour les ours !» est le premier roman de John Irving. Ecrit après un séjour en Europe, en Autriche à Vienne plus précisément, où il vint passer un an avec une bourse d’études à l’Institut d’Etudes Européennes.
   
   Le roman est fortement inspiré de cette époque puisqu’il se déroule à Vienne, à Kaprun (où Irving allait skier en hiver), et rend compte sans peur de l’imbroglio de ce qui deviendra la Yougoslavie (l’ex-Yougoslavie faut-il dire maintenant !) pendant la seconde guerre mondiale.
   
   Car «Liberté pour les ours !» est un roman foutraque, qui se déroule à plusieurs niveaux en même temps, déja représentatif de ce que fera Irving plus tard ; des histoires faussement légères, remplies de détours imaginatifs et merveilleux, avec une vision toujours généreuse et optimiste. Il a fait l’objet de plusieurs tentatives de mise à l’écran … en vain. John Irving doute même qu’aujourd’hui son roman serait encore publié. Dans «La petite amie imaginaire», cette considération d’Irving :
   « Lors d’une autre conversation, j’ai demandé à Mr Fox (son éditeur) s’il publierait encore « Liberté pour les ours ! » aujourd’hui, à supposer que le manuscrit arrive sur son bureau, chez Random House. Il a hésité une seconde de trop avant de me répondre : « Mais, oui, enfin, c’est-à-dire … » Vous voulez mon avis ? Je crois qu’il voulait dire non. »
   
   Trois parties ;
   Dans la première, deux étudiants, Graff et Siggy, se rencontrent plutôt par hasard, autour d’une moto qui aura un des premiers rôles du roman. Projets d’étudiants idéalistes, ils veulent tout larguer pour aller voir l’Italie. Mais un autre projet a germé dans la tête de Siggy à l’occasion d’une visite au zoo de Vienne ; il veut libérer les animaux (et pas que les ours !). Départ de nos deux compères en moto à travers l’Autriche profonde, apparition de Gallen, la belle petite autrichienne aux tresses blondes, accident grave de moto et d’abeilles. Fin du premier acte (intitulé Siggy).
   
   Dans la seconde (les carnets) ; Graff qui se remet des piqûres d’abeille qui ont failli le laisser pour mort, en profite pour lire les carnets de Siggy qui entremêlent deux époques, la seconde guerre mondiale pour ce qui concerne les parents de Siggy, et la reconnaissance qu’a mené Siggy au zoo de Vienne en vue de la libération des … animaux.
   
   Dans la troisième enfin (Liberté !), Graff enfin remis sur pied et Gallen s’enfuient ensemble en moto et Graff va irrésistiblement tenter de donner vie au projet qui avait obsédé Siggy. Ce troisième acte est en clair-obscur et laisse un petit goût amer, par contraste avec la verve débridée des deux autres actes où même les tragédies de la guerre parviennent à passer … joyeusement (je dois être trop romantique !). Il unifie les deux autres, leur donne cohérence et justification.
   
   La construction est, on le voit compliquée, mais la facilité d’écriture d’Irving permet de passer d’une petite saynète à l’autre sans lourdeurs. C’est folingue, finit tristement, mais il y a du fond.
   A mon avis, durant son séjour en Autriche, John Irving a dû fantasmer sur les «Mädchen» aux tresses blondes ! Dommage qu’il les traite aussi mal.

critique par Tistou




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L'épopée du buveur d’eau - John Irving

Urologie
Note :

   John Irving est américain. Il connait l’Europe pour avoir séjourné à Londres, en Autriche, en Grèce. Mais que diable a-t-il contre la France, ou du moins les urologues français ?
   Car c’est par un morceau d’anthologie que s’ouvre cette épopée :
   « Elle avait parlé de moi à son gynécologue ; il m’avait recommandé ce confrère. O ironie ! Le meilleur urologue de New York est français. « Dr Jean-Claude Vigneron, uniquement sur rendez-vous. » J’avais pris rendez-vous.
   - Vous préférez New York à Paris ? lui ai-je demandé.
   - A Paris, j’osais circuler en voiture.
   - Mon père est urologue, lui aussi.
   - Et il n’a pas vu ce que vous aviez ? C’est un urologue de deuxième classe !
   - J’ai un truc pas banal.
   … …
   Plus tard, alors que je suivais scrupuleusement la méthode aqueuse, je me remémorai les quatre possibilités, et en découvris une cinquième : “les urologues français sont des charlatans, demande d’autres opinions, des tas d’autres opinions, et parmi elles …”
   Ma main reposait sur un sein véritable quand j’appelai Vigneron pour lui exposer cette cinquième éventualité qu’il devrait offrir à ses patients.
   - Remarquable ! s’écria-t-il.
   - Ne me dites rien. Encore dix sur dix ?
   - Dix sur dix ! Et toujours après trois jours d’examen. Vous êtes dans les temps !
   A mon extrémité du téléphone, je me sentais tranquille. Sous ma main, le sein ressemblait à du plastique, mais ça ne dura qu’un instant ; ma compagne reprit vie en entendant Vigneron crier :
   - Consultez qui vous voudrez, mais ne vous leurrez pas : la topographie de votre canal urinaire est une réalité. Je pourrais vous en dresser le plan exact, à l’échelle …
   Je raccrochai et dis à ma compagne :
   - Je n’ai jamais encaissé les Français ! Ton gynécologue devait m’avoir dans le nez pour m’avoir recommandé ce sadique. Parole, il déteste les Américains. Je suis sûr que c’est pour ça qu’il s’est installé ici, avec ses saloperies de sondes et de canules … »

   
   Car «l’épopée du buveur d’eau» nous conte les bobos de Bogus (Trumper), bobos urinaires, bobos à l’âme. Américain lambda, velléitaire irrémédiable,en train de rater sa vie sentimentale, sa vie professionnelle, sa vie sociale, … bref sa vie quoi. John Irving se saisit de cette «pâte humaine» pour la pétrir, la modeler, pour nous narrer une épopée américaine, au ras du quotidien.
   
   Comme d’habitude avec Irving, c’est bourré d’inventions, d’intentions secondaires, de détours hilarants. Il y a dans cette épopée la matière pour au moins plusieurs romans. C’est foisonnant, restituant de la sorte une véritable impression de la vie, la vie qui mélange tous les épisodes, les sentiments, les issues et qui ne vous laisse pas les choisir en définitive.
   
   Cette “épopée d’un buveur d’eau” date de 1972 et c’était le second roman de John Irving. Il lui faudra attendre le quatrième : “Le monde selon Garp” pour atteindre une notoriété mondiale. N’empêche, cette épopée vaut bien le détour. Urologue français ou pas !
   ↓

critique par Tistou




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Boire ou...
Note :

   Ce que j'avais déjà lu de cet auteur m'avait laissé un sentiment de loufoquerie gentille.
   J'oserais dire qu'ici, nous passons à la vitesse supérieure,
   
    D'abord le sujet : un pauvre bonhomme Bogus-Trump, n'en finit pas de régler ses comptes avec un urètre trop étroit qui lui cause des torts dans sa vie sexuelle et par conséquent dans sa vie tout court, alors qu'il n'a déjà pas une vie si facile que ça.
   
   Ensuite, la façon d'écrire sur deux époques différentes, chacune étant attachée à une des deux femmes importantes pour Bogus.
   
   Enfin, des passages d'un burlesque inénarrable et des envolées lyriques dignes des plus belles plumes.
   
   En fait, nous suivons les tribulations d'un raté entouré d'autres amis ou relations pas plus doués, Relaté comme ça, on pourrait se dire qu'on a à faire à un roman ennuyeux, Pas du tout, ce «pavé» de quelques 400 pages nous retient avec ses drôleries, ses inventions, ses faux héros, ses contes à dormir debout!
   
   Je ne citerai que ses nombreuses lettres - d'une mauvaise foi évidente- à ses créanciers,et la traduction de «Achtel et Gunnel» qui sont comme des fils rouges dans ce récit par ailleurs assez décousu.
   
   Le sous titre « un modèle d'échec et pourtant,,,» est tout à fait significatif: malgré un héros brouillon, fantasque, parfois même veule, Irving parvient sans mal à nous le faire aimer et à nous donner envie de ne plus le quitter jusqu'à l'issue de ses aventures.

critique par Jaqlin




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Un mariage poids moyen - John Irving

Ménage à quatre
Note :

   Dans la bibliographie de John Irving, cet ouvrage est le quatrième roman, écrit en 1974. À cette époque, l’auteur n’est encore pas en mesure de prétendre vivre de sa plume et je confirme que ce n’est certainement pas avec la publication de celui-ci qu’il aurait pu le faire.
   
   Pour avoir déjà lu, certes il y a quelques années déjà, plusieurs autres livres de l’auteur, il est certain que la découverte de celui-ci me laisse un tout autre sentiment quant à ses narrations. J’ai des souvenirs, notamment du très célèbre «le monde selon Garp», bien plus enthousiastes et plus réjouissants.
   Donc, pour qui voudrait commencer l’œuvre de l’auteur, je ne conseillerais peut-être pas de démarrer par celui-ci.
   
   Les connaisseurs sauront toutefois y retrouver les nombreuses allusions au propre parcours de l’auteur qui alimente bon nombre de ses romans, à savoir sa passion pour la lutte, ses affinités avec l’Autriche et Vienne tout particulièrement, ses relations avec le monde de l’art, ses liens étroits avec la création littéraire…
   Puis, comme dans la plupart de ses fictions, l’auteur décortique ici l’ensemble de l’existence (ou presque) de chacun de ses personnages. Le lecteur finit donc par les connaître assez intimement, ce qui est le propre de l’écriture de John Irving.
   
   L’histoire, ici, réunit deux couples qui tout à fait naturellement échangent leur partenaire (liberté sexuelle très en vogue dans ces années 70 où le livre a été écrit) dans une forme de ménage à quatre. Mais cette liberté conjugale, après des débuts bien ordinaires et d’une candeur ostensible, va lentement péricliter vers des sentiments bien plus vils des uns pour les autres. Les échanges tant physiques que verbaux se transforment en de réels sentiments de jalousie, voire de haine. Comme une descente aux enfers de la personnalité de chacun qui lentement se dévoile. L’auteur d’ailleurs, dans certaines scènes de plaisirs partagés, n’y va vraiment pas par quatre chemins : au moins c’est clair ! La désillusion s’installe, répandant au passage quelques tentacules de la trivialité.
   
   Ah ! On ne peut pas dire qu’il est question ici d’une histoire banale. Les personnages s’engluent dans leurs propres dénégations faisant émerger de bien bas sentiments.
   Mais j’avoue que j’ai trouvé l’intérêt de la narration assez inégal. Il est des passages que j’ai littéralement dévorés (comme ces retours sur la jeunesse des personnages, surtout en Autriche) mais il en est d’autres, assez nombreux d’ailleurs à mon goût, où je traînais un certain désintérêt (allez, j’ose dire, un certain ennui).

critique par Véro




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Le monde selon Garp - John Irving

Une vision des choses
Note :

   Le monde selon Garp est le livre par lequel le succès est arrivé à John Irving.
   Il avait déjà publié trois livres depuis dix ans : Liberté pour les ours, L'épopée d'un buveur d'eau et Un mariage poids moyen avec chaque fois un succès d’estime, mais c’est avec Garp que la célébrité est venue et avec elle, l’aisance et l’assurance.
   
   Ce roman est l’histoire de S.T. Garp, depuis avant sa naissance jusqu’après sa mort, en passant par toutes les étapes de son existence.
   Alors que son père pouvait difficilement exister moins, Garp d’abord projet de sa mère, puis gamin indépendant et équilibré, devient un écrivain américain en passant par la case épanouissement par le sport : la lutte.
   
    Ces relations avec les femmes ne sont généralement pas simples, comme n’étaient pas simples les relations de sa mère avec les hommes, mais d’une toute autre façon ; et l’on retrouve dans ce roman comme dans d’autres du même auteur, le thème des organisations féministes et de défense des femmes violées ainsi que celui de la famille unie.
   L’autre thème majeur de ce livre est la paternité qui est pour Garp immense joie et tout aussi immense source d’angoisse.
   
   Les rebondissements ne manquent pas, tant cocasses que dramatiques et la mort est plus d’une fois présente dans le parcours, comme lorsque l’on voit le phobique des accidents dus à l’imprudence automobile être responsable d’un accident terrible dû à son imprudence automobile…
   
   Ce roman fait la part belle aux «seconds rôles» auxquels on pourrait sans doute même reprocher d’être un peu… exagérés. L’ailier de football américain transsexuel, le groupe de féministes muettes par automutilation, les différentes tares des enfants Percy… Vous me direz, ça a au moins le mérite d’être clair. Oui... Clair, ça l’est.
   
   Avec le séjour à Vienne, la lutte et nombre d’autre éléments autobiographiques, le cousinage entre Grap et Irving est inextricable et la «pension Grillparzer» n’est pas sans évoquer l’ «Hôtel New Hampshire» qui verra le jour 3 ans plus tard
   
   Je veux dire encore que j’ai beaucoup aimé le long épilogue qui, partant du principe qu’un roman est fini lorsque ses personnages sont morts, nous donne des nouvelles de la suite de la vie de tous les personnages, même de ceux que l’on a suivis peu de temps. J’ai vraiment bien apprécié cette fin même si je ne suis pas d’accord avec Irving qui dit que l’intérêt des épilogues est qu’ils permettent d’ouvrir une histoire sur l’avenir, alors que je pense plutôt qu’ils permettent de donner un sens au passé.
   
   En conclusion, c’est un livre qui se lit facilement et sans déplaisir, mais c’est aussi un monde romanesque qui, selon moi, manque un peu de finesse et de profondeur.
   Je crains que la façon totalement négative, colérique et méprisante dont l’auteur Garp reçoit les critiques sur ses productions, représente celle dont Irving les reçoit lui-même et c’est bien dommage car cela l’a peut-être empêché de franchir la distance, pas si grande, qui le séparait du vraiment bon livre. Il est sûr que certaines critiques faites à un livre sont infondées et qu’il ne faut pas s’y arrêter, mais elles ne peuvent pas l’être toutes. Il n’est pas bon non plus de ne prêter l’oreille qu’aux louanges et croire que les réserves ne sont émises que par des imbéciles ou des jaloux. Il manque bel et bien quelque chose aux romans de John Irving. S’il l’admettait, il pourrait peut-être trouver quoi.
   
   Alors, pour contrebalancer, je dois souligner aussi que j’avais déjà lu ce livre il y a de nombreuses années et que plusieurs scènes m’étaient nettement restées en mémoire, alors même que je ne me souvenais plus de quel livre elles provenaient. Et cela, tout de même, cette capacité à donner un tel impact à des scènes de son roman, ce n’est pas rien dire du talent d’un écrivain.
   Il manque quelque chose à John Irving, mais il a quelque chose aussi. C’est tout aussi certain.
   ↓

critique par Sibylline




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«Nous sommes tous des Incurables»
Note :

   Dans la bibliographie de John Irving, ce livre est sans aucun doute celui qui a marqué un réel tournant dans son style littéraire et par lequel en tout cas l’auteur va asseoir une notoriété internationale.
   
   Ici, comme dans beaucoup de ses romans, John Irving jalonne sa narration de bon nombre d’éléments qu’il puise dans sa propre biographie et que le lecteur aguerri reconnaît aisément. Et l’auteur en fait un pastiche de vie au sein de notre société qui s’avère absolument vraisemblable, et c’est là toute la force de son écriture. Pourtant derrière cette loufoquerie d’apparat, se dissimulent bien des thèmes (certes récurrents) de société comme la sexualité, l’adultère, l’individualisme, la violence, la cupidité…qui glissent tout seuls sans accrocs.
   
   Pour l’histoire, Garp est tout d’abord le fruit d’une conception pour le moins singulière. Sa mère, Jenny, est infirmière dans un hôpital militaire et parce qu’elle désire un enfant sans homme saisit l’opportunité des derniers soubresauts d’un soldat agonisant pour engendrer en catimini. Voilà, d’emblée le ton est donné et c’est tout l’univers caractéristique de John Irving. Les événements, pour certains d’une ostensible extravagance, se succèdent avec un tel naturel que le lecteur se laisse enrôler sans aucune résistance. La narration déroule les destins croisés de Jenny (la mère) et de Garp (son fils) dans un rythme entraînant et une énergie enivrante pour appréhender un monde oscillant entre bonheur et drame, rires et larmes.
   Le lecteur, qui accompagne l’ensemble de la vie de Garp du tout début à sa fin, ne peut qu’établir avec lui des liens plutôt intimes qui ne le lâchent pas même longtemps après avoir refermé le livre.
   
   Par contre, s’il est un point qui me dérange dans bien des ouvrages de John Irving, ce sont ces livres à l’intérieur du livre. Je m’explique : dans la bibliographie de l’auteur, très souvent ses héros sont écrivains et outre la complexité de la création littéraire largement exploitée et plutôt intéressante, la narration reprend quelques fragments (parfois très, trop longs à mon goût) de l’œuvre qu’ils sont en train d’écrire. Et là, je m’y perds et j’avoue qu’il m’est arrivé de lire souvent en diagonale ces passages surtout qu’ici, Garp est plutôt productif et s’étale, s’étale…
   
   En tout cas, «le monde selon Garp» est assurément pour moi un livre agréablement bien orchestré et dont le héros restera un compagnon très attachant. Je l’avais lu il y a quelques années, et pour l’occasion de l’auteur du mois je m’y suis replongée avec peut-être davantage d’avidité. Il semblerait qu’une deuxième lecture de l’histoire soit plus riche encore. Il me faudrait peut-être à présent visionner son adaptation cinématographique réalisée par George Roy Hill en 1982 avec Robin Williams, Glenn Close et Mary Beth Hurt pour asseoir encore plus mon tour d’horizon du personnage.
   ↓

critique par Véro




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En passant dans les cimetières...
Note :

    Quand j'étais adolescente et ... (choisissez le meilleur qualificatif à accoler), que je fréquentais des soirées (très exceptionnellement), j'ai découvert les cercueils ou tombeaux. Sous ces deux délicieux noms se cachent une pratique pas des plus raffinée qui consiste à mélanger tous les alcools présents dans la maison pour confectionner des cocktails un poil corsé.
   
   Et "Le monde selon Garp" de John Irving m'a fait le même effet que ces mélanges (qui ose suggérer que le compliment est douteux?). Il faut dire que Irving y a mis du sien. Cet homme, doté d'un cerveau en ébullition, produit un nombre impressionnant de bouts d'histoires avec des styles très différents d'où un passage délicat à la phase 2 de la rédaction de toute note de blog littéraire qui se respecte: le résumé de l'histoire.
   Pour faire simple, disons que l'ingrédient principal du "Monde selon Garp" est la vie de Garp (d'accord c'est facile...) de sa conception au début des années 50 (qui n'allait pas de soi puisque sa mère, Jenny, réfractaire à tout contact avec la gente masculine, tenait à distance à coups de scalpel les soldats qui venaient plus chercher dans les cinémas la chaleur humaine (de préférence provenant d'un corps féminin) qu'une heure et demi de septième art) à sa mort. A cette base principale ajoutons les autres ingrédients: le parcours d'un écrivain (Garp veut être auteur), des extraits des nouvelles et des romans écrits par Garp, la description du milieu des écoles privées américaines dans les années 60, une analyse et une critique du féminisme radical et extrémiste, le récit de la découverte de la vieille Europe et le roman de formation d'un adolescent, la vie rangée d'américains moyens.
   
   Et puis, alors que l'on pense que le roman roule sur des rails, que Garp transformé en père protecteur et homme au foyer mène une vie plutôt tranquille, Irving décide d'introduire une louche d'horreur et de tragédie qui laisse le lecteur partagé entre perplexité et effroi.
   
   Au final, "Le monde de Garp" m'a laissé l'impression étrange d'avoir lu une multitude de petits récits, plus ou moins réussis, qui auraient été mélangés et secoués pour donner un résultat dont la recette m'échappe un peu.
    ↓

critique par Cécile




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Le plaisir de raconter
Note :

   On sent un pied immense pris par l’auteur de ce monde. Bonheur d’inventer et de raconter des histoires. Le chapitre 10 «le chien dans la ruelle, l’enfant dans le ciel» le montre bien. Le père raconte une histoire à son jeune fils, puis quand ce dernier s’endort continue de modifier l’histoire pour sa femme. Chaque personnage a son avant, son après «apparition» dans le livre. Le dernier chapitre est consacré au récit, en rapide, des vies des personnages qui ont traversé le roman. Et c’est appréciable. Grâce à ce temps pris pour les présenter, on s’attache aux habitants souvent farfelus de cette histoire.
   
   C’est un livre sur la famille. La mère, Jenny Fields, libre penseuse et indépendante jusqu’à ne vouloir aucun homme à ses côtés, est infirmière. Elle conçoit son fils Garp d’une façon non résumable, il faut la lire! Garp, lui se construit sans père et adopte la manière libre de vivre de sa mère, ne s’embarrassant que très peu des conventions et choisissant dès son jeune âge le métier d’écrivain. On suit sa quête difficile vers le livre rêvé. On lit même quelques extraits de sa production (procédé original bien que parfois longuet). Puis il devient père de famille stressé ce qu’il y a de plus normal et père au foyer, n’écrivant qu’épisodiquement. Parallèlement, on suit la vie de Jenny devenue malgré elle icône du mouvement féministe après avoir expliqué dans une autobiographie ses choix de femme libre. Des enfants, des maitresses et des amants, des féministes extrémistes, un transsexuel constitue le monde de Garp et de sa mère. Ces deux-là font leur vie et on les suit. Malheur et bonheur se succèdent.
   
   L’histoire est dense, pleine de rythme avec des accélérations et des ralentissements. La maitrise est réelle. Cependant, à la manière d’un musicien qui jouerait admirablement bien d’un instrument mais qui s’écouterait parfois jouer, je trouve qu’Irving s’écoute par moment écrire. Notamment quand il évoque les difficultés d’être écrivain. Parfois aussi, j’ai repéré quelques répétitions inutiles de contexte ou de descriptions de personnages. Voilà pour le bémol. Dans l’ensemble, c’est une lecture pour laquelle j’ai pris beaucoup de plaisir, riche et originale, parfois inattendue et surprenante. Et donc qui vaut le coup.
   
   Un petit avant goût :
   «Comme il l’affirmait toujours, l’art du romancier est la capacité d’imaginer de façon vraie – c’est comme dans toute forme d’art, un processus de sélection. Les expériences et les souvenirs personnels – "les relents de tous les traumatismes de nos banales existences" - étaient pour le romancier, des modèles suspects, soutenait Garp. "Il faut que la fiction soit mieux faite que la vie", écrivit Garp»

   ↓

critique par OB1




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Le genre burlesque
Note :

   En 1942 Jenny Fields fille unique du roi de la Chaussure est envoyée à l’université Wellersley, non pour y faire des études mais pour y trouver un mari. Outrée, elle quitte l’établissement et suit une formation d’infirmière pour gagner sa vie. Elle aime ce métier : la guerre lui amène toute sorte d’hommes blessés, estropiés, dont elle s’occupe avec zèle. Les hommes valides, elle les tient à distance, car elle ne veut pas se mettre au service de l’un d’entre eux. Jenny n’a pas lu le
   "Deuxième sexe" de Simone de Beauvoir, non encore paru en librairie, mais elle en approuve les principaux arguments…
   
   Jenny voudrait avoir un enfant mais sans en payer le prix ( "partager son corps et sa vie") un prix qu’elle juge très élevé. Elle se fait mettre enceinte par un soldat mourant, Garp. Son fils s’appellera Garp TS ( un nom, et deux initiales pour un prénom). Elle va tenir l’infirmerie de Steering une école de garçon très bien, où Garp pourra faire ses études plus tard.
   
   C’est un roman-fleuve qui prend sa source aux circonstances de la conception de Garp et progresse vers l’ultime rejeton de sa descendance. A coups de péripéties loufoques, tragiques aussi, mais que l’on ne prend pas vraiment au sérieux, car les personnages sont plus ou moins des caricatures ou des parodies . Irving exploite une veine comique (geste, situation, langage) pour raconter une histoire empreinte d’un fort potentiel de dérision. Les personnages ont moins d’importance que les événements et si au début, je me suis intéressée à Jenny, par la suite, je me suis sentie assez loin d’elle et des péripéties engendrées par l’auteur, tout en admirant la maîtrise dont il fait preuve dans le genre burlesque.
   
   La narration, dans ce roman est par trop explicite. Je n’y ai pas trouvé d’ambigüité, de zones d’ombre, de subtilité.
    ↓

critique par Jehanne




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Troisième marche du podium
Note :

   Enfin, mon troisième Irving, que je me suis d'ailleurs décidée à lire après avoir visionné le film que j'ai bien aimé même s'il était grandement incomplet, n'a pas soulevé mon enthousiasme comme les deux précédents.
   
   "Le monde selon Garp" est le roman culte d’une génération. Pourtant, quelques longueurs dans la première partie (leur vie à Vienne notamment), et des personnages secondaires qui ne m'intéressaient pas vraiment, comme Helen, la femme de Garp, m’ont gâché le plaisir. J'ai trouvé certains passages un brin excessif aussi, entre autres l'accident de voiture, et j'ai véritablement aimé le roman dans sa seconde partie seulement. En revanche, j’ai particulièrement apprécié les histoires intercalées, œuvres de Garp : la pension Grillparzer ou encore Vigilance.
   
   Ce livre traite d'obsessions (cette fameuse concupiscence, l'obsession de Garp envers les chauffards et plus généralement sa crainte obsessionnelle de perdre des êtres chers), de création littéraire, du mouvement féministe et scrute une certaine société dans une certaine époque, disséquée et commentée par Garp qui tente avec plus ou moins de bonheur de trouver sa place en ce monde et d'y être heureux.
   
   Alors certes l'histoire est originale (la conception de Garp restera dans les annales...), tout à la fois pathétique, grotesque ou drôle, et la plupart des personnages sont incroyables et inoubliables, Garp en tête, sa mère Jenny, Roberta l'amie fidèle, mais, en plus des longueurs, quelques passages assez sordides m’ont un peu rebutée.
   
   Même si c'est un excellent roman, et je le reconnais bien volontiers, il gardera la troisième place dans mon classement (après "L'œuvre de Dieu, la part du Diable" et "Une prière pour Owen".

critique par Folfaerie




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Hôtel New Hampshire - John Irving

La vie de palace?
Note :

   Ce roman suit le narrateur (dont Irving aime à dire qu’il n’est pas le personnage principal de cette histoire, mais là de plus, on peut discuter un moment de qui est le personnage principal ) de son enfance à ce qu’il atteigne la quarantaine.
   Cette période verra la famille vivre dans trois hôtels successifs dont ils seront propriétaires et tous baptisés «Hôtel New Hampshire». Il y aura celui du Maine, puis celui de Vienne, puis retour au Maine. Le roman manifeste une connaissance réelle de ces lieux. Et Irving connaît bien Vienne puisqu’il y a vécu un moment, au cours de ses études.
   
   Nous suivrons ainsi le grand-père, le père, la mère et les cinq enfants (souvent accompagnés d’un ours…) pendant plus de trente ans, tout au long de diverses aventures dans la lignée de celles que John Irving aime raconter. Car s’il y a encore ici un talent auquel on peut rendre hommage, c’est celui qu’il a pour raconter les histoires sans laisser échapper son lecteur. Irving a un don de conteur, c’est indéniable.
   
   Le narrateur, enfant du milieu d’une fratrie de 5, manifeste assez tôt un goût pour les exercices de musculation et particulièrement l’haltérophilie à laquelle son grand-père «Coach Bob» l’initie très tôt et qui l’aidera à prendre de l’assurance dans une vie pas si facile que ça.
   Il nous présente son frère aîné, Frank, qui manifeste, lui aussi assez tôt, des penchants homosexuels et des dons d’organisateur. Les tendances du héros sont, elles, nettement hétéro, peut-être un peu trop même, en ce qui concerne sa sœur Franny si belle… qu’un amour incestueux s’est immédiatement installé. Il y a encore la petite sœur Lilly qui ne grandit pas. Et le petit frère Egg (qui ne grandit pas non plus, mais pour d’autres raisons).
   
   C’est la partie qui se passe à Vienne qui est la plus agitée, me semble-t-il, mais il faut avouer qu’aucune période n’est très calme. L’auteur aime l’action et tient à nous en offrir. Le langage est vert, parfois cru, Irving a une façon étrangement directe de dire les choses qui désarçonne un peu et oblige sans arrêt le lecteur à se positionner vis-à-vis de cette vision de la vie qui nous est mise sous les yeux. Il a également tenu à faire planer sur ce roman, l’ombre de Gatsby le Magnifique qui se laissera apercevoir plusieurs fois.
   La psychologie des personnages est montrée en détail, même si elle convainc plus ou moins, mais pour chacun, il semble que l’éclairage ne porte que sur une face de cette personnalité et non sur la totalité.
   
   J’ai regretté la scène de la vengeance que j’ai trouvée grotesque, mais dans l’ensemble, c’était assez intéressant. Cependant, vers la page 400 (sur 578), j’ai ressenti une certaine lassitude et pourtant le récit ne faiblissait pas. Quoi alors ? Peut-être parce que ses personnages ne vont jamais au-delà d’une philosophie pragmatique. C’est une façon de vivre qui existe, je le sais, intéressante à découvrir et qui ne réussit pas plus mal qu’une autre à ses pratiquants, mais ce n’est pas la mienne. C’est la caractéristique de John Irving et, à mes yeux, malgré l’intérêt de ce qu’il écrit, son point faible.
   Un extrait qui résume cette vision : « …la théorie de Iowa Bob : nous étions tous embarqués sur un grand bateau – pour une grande croisière tout autour du monde-. Et, en dépit du danger d’être emportés par les vagues, peut-être même à cause de ce danger, nous n’avions pas le droit d’être déprimés ni malheureux. La façon dont fonctionnait le monde n’était pas un alibi pour céder à une sorte de cynisme universel ou à un désespoir juvénile ; selon mon père et Iowa Bob, la façon dont fonctionnait le monde –certes, bien imparfaite- n’était rien d’autre qu’un puissant stimulant, une raison supplémentaire pour assigner un but à la vie, et se montrer résolu à bien vivre ».
   Ce qui, à mon avis, sans être faux, est une vision trop incomplète des choses.
   ↓

critique par Sibylline




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Irvingnien
Note :

    Ouvrir un roman de John Irving, c’est toujours l’assurance de plonger dans un monde fourmillant, tragi-comique, où le burlesque côtoie le drame, où les sentiments des personnages ne seront jamais sordides et mesquins, où se croiseront des personnalités polymorphes mises en scène habilement. John Irving possède le talent de dresser un portrait caustique de la société américaine au mitan du vingtième siècle, et de retourner la violence de la satire par de soudaines pirouettes, versant au registre clownesque les frasques et les humeurs de ses protagonistes et nous régalant de diverses facéties. Bref, écrit en 1980, l’"hôtel New Hampshire" s’inscrit bien dans la veine du "Monde selon Garp", pour les lecteurs qui ont déjà fréquenté l’univers d’Irving.
   
   Le narrateur de ce présent ouvrage s’appelle John, comme l’auteur. Il est le troisième d’une fratrie de cinq enfants, conçus par le couple de Winslow Berry, fils de Robert Berry dit Coach Bob, et Mary Bates, tous deux enracinés à Dairy, petite ville sans avenir du fin fond du New Hampshire. Le ton particulier de cette saga familiale nous réjouit d’entrée :
   "Notre histoire favorite concernait l’idylle entre mon père et ma mère : comment notre père avait fait l’acquisition de l’ours, comment notre père et notre mère s’étaient retrouvés amoureux, et, coup sur coup, avaient engendré Franck, Franny et moi-même ("Pan, Pan, Pan", disait Franny) ; puis, après un bref intermède, Lilly et Egg (Paf et Pschitt!" disait Franny). ( Page 10 de l’édition Points)

   
   L’histoire de l’Hôtel New Hampshire se décline en trois grands épisodes, trois états différents du même rêve, l’utopie de Win Berry qui embarque sa famille dans l’hôtel conçu comme une arche de Noé. Et comme toute navigation est hasardeuse, la famille Berry traverse son lot de catastrophes, surmontées vaille que vaille grâce à une curieuse solidarité familiale, stimulée par la force morale de Franny, qui exerce un rôle de leader incontesté. Car s’il y a deux filles pour trois garçons dans cette fratrie, ce sont les femmes ici qui incarnent le réalisme et la volonté d’avancer, Franny d’abord, puis la petite Lilly qui essaie toujours de grandir. De fait, chaque personnage cherche sa place et son identité, ce qui confère au roman une dimension attachante qui dépasse les aspects brillants du récit.
   
   Et cette histoire d’ours, me direz-vous? Les ours et le chien Sorrow sont membres à part entière de cet échantillon d’humanité. Curieuse métaphore que file l’auteur, tout au long du roman : D’abord State O’ Maine, transmis par l’ami Freud, (un homonyme du fondateur de la psychanalyse), ours un peu psychotique quand même, dont les frasques provoquent maintes aventures… Et prédispose le chien à s’appeler Sorrow, le chagrin. On ne s’étonne même plus alors de l’aphorisme résultant : le chagrin flotte, vous verrez pourquoi… Mais quand l’Ourse Susie entre en scène, nul ne peut prévenir la suite des catastrophes qui s’enchaînent. La famille émigre à Vienne, en Autriche, pour recommencer un nouvel hôtel New Hampshire, entendez un nouvel état des choses. À la manière d’un nouveau Candide, le narrateur souligne l’abîme infranchissable qui s’étend entre le monde réel et la micro-société familiale ancrée dans son image. "Tu sais, me disait parfois Fehlgeburt, l’unique ingrédient, qui distingue la littérature américaine des autres littératures de notre époque est une sorte d’optimisme béat et illogique. Quelque chose de techniquement très sophistiqué sans cesser pour autant d’être idéologiquement naïf…"(Pages 394-395)
   
    Retrouver l’Amérique, c’est se prouver que l’on a évolué, grandi comme Lilly, en intégrant ses deuils. Au cours d’une grande scène typiquement "Irvingnienne", Franny affronte son violeur, comme chaque membre de la famille règle son destin. Dans le dernier Hôtel New Hampshire, Win Berry, à l’abri de sa cécité, poursuit son rêve de bonheur, ses enfants ont pris l’avenir en main.

critique par Gouttesdo




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L'oeuvre de Dieu, la part du Diable - John Irving

Orphelins ou avortement ?
Note :

   «L’oeuvre de Dieu, la part du Diable» est certainement avec «Le monde selon Garp» le roman le plus emblématique de John Irving. Il s’attaque, mine de rien, sous couvert d’histoires de bon docteur, de gentils orphelins, de vergers prolifiques, à rien moins que le débat sur l’avortement. Débat qui traverse les relations entre le bon Docteur Larch, responsable de l’orphelinat, et Homer, l’orphelin-fils prodigue. Il causera leur séparation puis leurs retrouvailles au-delà de la mort de Larch.
   
   Lu au premier degré, «L’oeuvre de Dieu, la part du Diable», n’est pas aussi didactique. Ce sont des séries d’anecdotes qui font avancer l’histoire globale, qui peut être triste (un orphelinat !), mais qui, traitée par Irving, passe merveilleusement.
   John Irving a quand même un don pour traiter avec énormément d’humanité, humour et tendresse ses personnages.
   
   Au-delà du premier degré, et il nous l’explique dans «Mon cinéma», c’est aussi un hommage rendu à son grand-père, le docteur Frederick C. Irving, médecin-chef de la Maternité de Boston et qui enseignait l’obstétrique. De «Mon cinéma», à propos de «L’oeuvre de Dieu, …» :
   « Sur le problème de l’avortement, Grand-Père avait la sagesse de remarquer que, tant qu’il y aurait des grossesses indésirées, les femmes chercheraient à s’en débarasser. J’avais quatorze ans quand j’ai lu ces considérations, en 1956, et quarante-trois quand mon roman «L’oeuvre de Dieu, la part du Diable» est sorti, en 1985. J’aime à croire qu’il aurait plu à mon grand-père. Je doute que l’histoire du bon docteur Larch devenu avorteur l’aurait choqué, au contraire, elle m’aurait probablement valu son approbation.»
   
   Je ne me sens pas le courage de détailler l’intrigue dans la mesure où ce thème de la légitimité ou non de l’avortement n’est pas leseul à être traité. Apparaîtront également ceux de l’émancipation du fils vis à vis du père, de la toxicomanie, des relations incestueuses, des amours interdites, … Foisonnant est le meilleur adjectif à accoler à ce roman !
   
   Sous couvert de légèreté de plume, John Irving n’hésite pas à traiter les sujets les plus délicats, sans nous imposer ses vues ou des solutions. Il braque le projecteur sur LE problème et il tourne autour, le décortique, fait apparaître les différentes sensibilités, et tout ceci dans le cadre d’une histoire qui reste … ludique ?
   
   «L’oeuvre de Dieu, …» est un de ses romans qui a été porté à l’écran après bien des tentatives infructueuses et des réécritures du scénario. Il y joue d’ailleurs le rôle du chef de gare réprobateur.
   
   A noter que l’emphase du titre français ne reproduit pas le titre original (dont Irving dit qu’il est son titre préféré) : «The Cider House Rules» (Le règlement de la cidrerie). Pas pareil, non ?
    ↓

critique par Tistou




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Portée par l'émotion
Note :

   J'aurais perdu, peut-être, quelques longues années avant de découvrir Irving si je n'avais pas vu l'adaptation cinématographique de « L’œuvre de dieu la part du diable », film que j'avais adoré (Ah, Michaël Caine...).
   
   Le roman est un chef-d’œuvre, bien au-dessus du film.
   
    Difficile de résumer un bouquin de John Irving, alors j'indiquerai seulement que cela raconte la destinée d'un orphelin, Homer Wells, qui ne parvient pas à être adopté, de ses relations avec son mentor, qui dirige l'orphelinat, Wilbur Larch, gynécologue flanqué d'une double mission : mettre au monde des enfants non désirés, donc futurs orphelins, et interrompre illégalement des grossesses de pauvres filles perdues et déboussolées. Homer finit donc pas quitter l’orphelinat pour se frotter au vaste monde et se trouver une famille. Tandis que Wilbur Larch attend le retour d’Homer, décidé à en faire un médecin, et se bagarre avec l’administration, Homer tombe amoureux d’une jeune fille fiancée. Un étrange et subtil trio amoureux, un enfant aimé et désiré, une orpheline désabusée et hantée par Jane Eyre… des personnages dont les vies s’entrecroisent, s’imbriquent les unes dans les autres, dans ce morceau d’Amérique illuminé par la présence d’Homer Wells, dont l’amour, la bonté et la foi en l’espèce humaine ne se démentent jamais.
   
   J’ai lu ce gros pavé d’une traite, la gorge serrée par l’émotion.

critique par Folfaerie




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Une prière pour Owen - John Irving

Un grand roman américain
Note :

   Nous sommes à l'été 1987. Le soutien accordé aux contras nicaraguayens par le gouvernement Reagan, en toute illégalité et en violation complète des décisions du Congrès, fait la une des journaux, tant au Canada qu'aux Etats-Unis. Et John Wheelwright, professeur de Lettres dans une école privée de Toronto mais américain de naissance, n'est pas en manque de motifs frais pour critiquer la politique étrangère de son pays natal, au grand agacement de ses amis et collègues canadiens.
   
   Mais à vrai dire, l'affaire de l'aide apportée par le gouvernement Reagan aux contras ne fait que fournir à John Wheelwright un prétexte pour laisser libre cours à une colère bien plus ancienne, la colère qui lui est restée de la guerre du Vietnam, de sa jeunesse dans le New Hampshire et de la perte de son meilleur ami, Owen Meany. Un personnage vraiment extraordinaire que cet Owen Meany. Un de ces personnages aux traits exagérés que l'on s'attendrait par exemple à croiser entre les pages d'un roman de Dickens. Un de ces personnages auxquels, en dépit même de sa très petite taille (dépassant à peine le mètre cinquante) et de sa voix restée perpétuellement bloquée en un cri d'enfant, s'applique si bien l'expression anglaise: "bigger than life". Un personnage tout aussi extraordinaire que l'influence qu'il exerça sur la vie de ses proches et en particulier sur celle de John.
   
   "Une prière pour Owen" présente en alternance le récit des années de jeunesse de John Wheelwright au côté d'Owen - récit riche en rebondissements en tous genres, mais dont je préfère ne pas trop parler afin de vous laisser le plaisir de la découverte -, et celui de la vie de John à Toronto aujourd'hui (enfin, comprenez en 1987) qui offre un commentaire en profondeur du premier et une réflexion concernant les questions, surtout politiques et religieuses, qui s'y voient posées.
    A cet égard, "Une prière pour Owen" m'apparaît comme un roman fondamentalement américain. Pas du tout parce qu'il est d'un accès difficile aux lecteurs européens: que du contraire, John Irving a réussi à fournir à ses lecteurs toutes les informations nécessaires pour entrer dans son univers et cela sans même avoir l'air d'y toucher. Mais parce qu'une telle histoire serait totalement inimaginable ailleurs qu'aux Etats-Unis (et c'est que même en plaçant le cadre de ce livre aux Etats-Unis, il fallait déjà une sacrée dose d'imagination!). Et parce que ce roman traite de questions qui sont encore d'une actualité brûlante dans l'Amérique d'aujourd'hui, telles que la pratique religieuse selon une foultitude d'églises de sensibilités très différentes, ou encore le problème d'une politique étrangère "va-t-en guerre".
   
   Mais si "Une prière pour Owen" est au fond un livre très sérieux, grave et par moment tragique, c'est aussi un grand roman satirique - genre littéraire pour lequel John Wheelwright ne cache pas sa prédilection au fil des cours qu'il dispense à ses jeunes étudiantes torontoniennes - où l'humour et l'ironie sont omniprésents. L'écriture de John Irving est prodigieuse d'inventivité. Il se passe sans arrêt quelque chose de nouveau ou d'inattendu. C'est parfois très drôle, et c'est toujours très agréable à lire même lorsqu'on est tout près de tomber dans le cabotinage (auquel je suis personnellement et très subjectivement fort peu sensible...).
   
   Ma précédente tentative pour approcher l'oeuvre de John Irving m'avait laissée, et c'est le moins que je puisse dire, très réservée. Mais il n'est plus question de réserves avec "Une prière pour Owen": voilà un grand roman, et un livre incontournable des Lettres américaines contemporaines.
   ↓

critique par Fée Carabine




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Un petit héros
Note :

    Peu d’écrivains ont le courage de placer au centre de leur roman le thème de la spiritualité. Irving le fait et s’en tire indemne. Il réussit même à infuser la possibilité du divin. Son personnage de nain difforme à la voix éraillée (illustrée en majuscule dans le texte) aurait pu être exploité comme une attraction de foire afin de susciter la compassion. Ce n’est pas le cas. Owen Meany est une forte personnalité, capable de commander le respect.
   
   Par la narration de Johnny Wheelright, - dont la mère est tuée par une balle de baseball lancée par Owen – on plonge dans l’enfance, l’adolescence et la vie adulte des deux amis inséparables évoluant dans une communauté cossue du New Hampshire. Que ce soit dans un décor de petite école, ou sur fond de guerre du Viet-Nam, c’est Owen qui prend toute la place alors que Johnny croupit dans son engourdissement avant de devenir un éventuel déserteur au Canada.
   
   Malgré sa condition, il livre un témoignage lucide du passage de son ami sur la planète.
   Car dès le départ, on sait que ce dernier disparaîtra. Owen Meany a vu en rêve sa pierre tombale. Il connaît le moment précis de sa mort sans savoir la manière. Tout n’est que préparation pour cet événement qui s’avérera, évidemment, hors de l’ordinaire.
   
   C’est avec beaucoup de plaisir que j’avançais dans cet univers foisonnant composé de vignettes introduisant petits et grands mystères, ultimement résolus dans les chapitres subséquents. De même pour la découverte des dadas de l’auteur : personnages excentriques, scènes cocasses et obsessions bizarres, par exemple pour les membres absents/perdus. Pourrez-vous remarquer tous les endroits où cela se manifeste ? Le mannequin de couture sans bras, la tante à la jambe amputée, la statue etc.
   
   Bien sûr, certains auront de la difficulté avec l’envergure de la saga intimiste, la périlleuse hésitation sur la frontière séparant le mélo du tragi-comique, la naïveté de l’analyse politique et surtout le discours chrétien déclamé comme un évangile. Il faut aller au-delà de l’enrobage. On y découvre une démonstration magistrale prouvant que tout dans notre monde est inter-relié. Une leçon presque métaphysique ! Mais il n’est pas nécessaire d’aiguiser nos capacités d’analyse pour ce qui est, tout simplement, une histoire drôle, bouleversante et inoubliable.
   ↓

critique par Benjamin Aaro




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Owen the saint ♪♫
Note :

   Comme pour «le monde selon Garp», du même auteur, je suis en admiration devant le plaisir que prend cet auteur à raconter. Qu’est-ce qui fait que j’ai accroché sur cette histoire qui a tout pour être repoussante, à mes yeux, au départ? Y’a du religieux, y’a du politique, y’a du personnage farfelu presque inimaginable, y’a du chapitre qui s’étire, qui semble divaguer… Enfin bref un ensemble d’éléments qui pourrait repousser.
   
   Tout est dans le style. Pas de chichis, pas de grande phrase, pas de pathos. De l’originalité, de la folie joyeuse, de l’intimité réaliste et maitrisée.
   
   John nous raconte de longues années après la mort d’Owen la si particulière amitié qu’ils nouaient. Passant du présent du narrateur, professeur de littérature au Canada, au passé de leur amitié, John narre soigneusement l’univers de cette amitié. Les familles respectives, les églises et les traditions auxquelles participaient les deux amis, l’école puis le collège puis l’université.
   
   Le sujet principal reste Owen. Il a tué involontairement la mère de John, d’une balle frappée lors d’un match minime de baseball. De très petite taille, s’exprimant avec une voix agaçante voire insupportable (retranscrite en majuscule dans le livre), Owen fait preuve d’une personnalité remarquable. Il est bien plus intelligent et cultivé que la moyenne. Ceci lui valant une aura, un charisme auprès de ses camarades mais aussi de ses professeurs. Il réussit malgré ses handicaps apparents à se faire respecter et aimer. Son indépendance d’esprit le rend plus qu’attachant.
   Et pourtant, il se dit «instrument de Dieu» dès l’âge de 11 ans. Et pourtant, il veut s’engager dans l’armée pour la guerre du Vietnam. Et pourtant, il critique acerbement toute une réalité insupportable (la télé, la politique…). Il suit sa voie, sa voix, une voie qu’il semble avoir choisie sans l’avoir véritablement choisie…
   « Quand meurt, de façon inattendue, une personne aimée, on ne la perd pas tout en bloc; on la perd par petits morceaux, et ça peut durer très longtemps. Ses lettres qui n’arrivent plus, son parfum qui s’efface sur les oreillers et les vêtements. Progressivement, on additionne les pièces manquantes. Puis vient le jour où l’un de ces petits manques, fait déborder la coupe du souvenir; on comprend qu’on l’a perdue pour toujours… Puis vient un autre jour, et une nouvelle petite pièce manquante.» P 161

   
   Dans cette histoire, j’ai été pris par le suspense des évènements, j’ai été surpris par la crédibilité du personnage d’Owen mais aussi celui d’Hester ou encore celui de Dan. Le choix minimaliste des titres de chapitre est chouette: "la Voix", "le rêve", "le doigt", "le tir"… Ils participent de la maitrise formelle du livre. Un très bon livre.
   ↓

critique par OB1




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Tiercé gagnant
Note :

   Après "L’œuvre de Dieu, la part du Diable", ayant pris goût à Irving, j'ai lu "Une prière pour Owen". J'ai pris une seconde claque avec ce livre. Qui me hante encore.
   
   J’ai été émerveillée et touchée par ce foisonnant roman et ce personnage extraordinaire, Owen Meany, étrange lutin au charisme indéniable. Owen et sa drôle de voix restera longtemps dans ma mémoire, comme est toujours présent Homer Wells*. Quel autre auteur qu’Irving peut bâtir une histoire, une destinée en fait, sur une robe rouge habillant un mannequin, une balle de base-ball, et des entraînements de basket?
   
   Comment la statue d’une Vierge Marie, le rôle d’un spectre dans une pièce de Noël et la reconstitution d’une crèche vivante vont-ils pouvoir influencer la vie de deux amis, Owen et le narrateur, John Wheelwright?
   
   On peut considérer "Une prière pour Owen" est à la fois l’une des plus belles histoires d’amitié, le roman de la foi, ou encore une diatribe contre le gouvernement américain.
   
   Burlesque et dramatique, ce roman nous permet de faire connaissance avec une galerie de personnages hauts en couleurs, comme toujours, des hommes et des femmes admirables ou grotesques, originaux ou lamentablement médiocres, de la grand-mère Wheelwright, délicieusement tyrannique et sa cohorte de domestiques, en passant par les parents d’Owen, plus que bizarres, les brutaux cousins de John, le proviseur imbuvable à qui Owen rendra la vie infernale (ah, la scène de la voiture montée dans une salle de classe…), la cousine Esther, amoureuse d’Owen et future star du rock. Dès les premières pages, Irving donne le ton, et nous livre, mine de rien, la clé du destin d’Owen que l’on s’efforcera de déchiffrer tout au long du roman en redoutant naturellement les dernières pages qui infligent fatalement un choc au pauvre lecteur.
   
   Plusieurs inconditionnels de cet écrivain m'ont affirmé que ces trois titres** étaient les meilleurs. Maintenant, je me sens prête pour un quatrième Irving. Je n’ai pas encore choisi. Je me souviens, adolescente, d’avoir vu des adaptations d’Irving, qui m’avaient paru étranges, et que je n’ai pas aimées. "L’épopée du buveur d’eau" et "l’Hôtel du New Hampshire". Peut-être des romans à tenter aujourd’hui… Je verrai bien si la magie opère toujours.
   
   
   * "L’œuvre de Dieu, la part du Diable"
   ** "L’œuvre de Dieu, la part du Diable", "Le monde selon Garp" et "Une prière pour Owen"

critique par Folfaerie




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Les rêves des autres - John Irving

Sept nouvelles
Note :

   «Les rêves des autres» réunit sept nouvelles de John Irving écrites entre 1968 et 1993.
   
   D’intérêt et préoccupations variées, elles sont néanmoins toutes en liaison avec l’essence de l’être humain, de «l’homus americanus», qui inévitablement en vient un jour à se poser des questions existentialistes ; «pourquoi en suis-je là ?, vers quoi mon destin me pousse-t-il ?».
   
   Que ce soit pour celui qui acquiert un jour la faculté de rentrer dans les rêves des autres en dormant dans leurs lieux de sommeil («les rêves des autres»),
   
   Ou celui qui se laisse un peu cahoter par la vie comme elle vient, urologue de profession (tiens, ne serait-ce pas un recyclage des données collectées pour «l’épopée d’un buveur d’eau» ?). Qui a du mal à trancher entre ses obligations à l’hôpital, la volonté opiniâtre de son voisin à vouloir abattre son noyer qui provoque un raffût de tous les diables lors de la chute des noix sur leurs toits respectifs, et l’envie de sa jeune femme d’avoir un enfant. Le tout sur fond désabusé («l’espace intérieur»).
   
   Ou encore celui qui pour quitter sa femme prend la route avec sa Volvo chérie pour aligner les kilomètres comme on peut les aligner aux USA et se retrouver aux portes de l’Iowa pour mal finir («dans un état proche de l’Iowa»).
   
   Ou encore, plus étrange, Minna Barrett, surveillante de pensionnat vieille fille de cinquante-cinq ans, dont le seul horizon se borne à planifier la retraite chez son frère pour partager leurs maigres ressources, qui nous raconte ses sentiments feutrés et desséchés et qui se trouve confrontée, l’espace d’un été, à la tornade constituée par Clémence, femme pulpeuse et pleine de vie qui chambardera le bel ordonnancement du pensionnat («un royaume de lassitude»).
   
   Dans «mon dîner à la Maison Blanche», il nous livre quelques clef permettant de cerner le John Irving homme public.
   
   Mais c’est dans «faut-il sauver Piggy Sneed» qu’il présente sa conception de l’écrivain et de la démarche de l’écrivain :
   « Ce qui va suivre est autobiographique, mais, entendons-nous bien, pour l’écrivain non dépourvu d’imagination, toutes les autobiographies sont truquées. La mémoire d’un auteur de fiction ne saurait lui fournir que des détails peu satisfaisants ; il nous est toujours possible d’en imaginer de meilleurs, de plus adéquats. Le détail juste est rarement ce qui s’est produit sans retouches ; le détail vrai, c’est ce qui aurait pu, ou qui aurait dû, se produire. Je passe la moitié de ma vie à me relire et, sur cette moitié, la moitié du temps à introduire de menus changements. La condition de l’écrivain exige qu’il sache allier l’observation minutieuse à l’imagination non moins minutieuse de ce qui ne lui a pas été donné d’observer. Quant au reste, il consiste à se colleter proprement avec le langage ; pour moi, en l’occurrence, travailler et retravailler les phrases jusqu’à ce qu’elles sonnent avec la spontanéité d’une conversation de niveau agréable.»
   
   Puisse-t-il continuer à converser encore longtemps !

critique par Tistou




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Rêves éveillés ou réalités cauchemardesques ?
Note :

   En fait, le titre de cet ouvrage n’est que celui de la première des sept nouvelles qui le composent.
   
   Les autres ont des titres tout aussi inspirés de l’imaginaire et du burlesque, deux spécialités dans lesquelles John Irving règne en maître !
   
   Récits pleins d’humour, fantasques, anticonformistes ; de cette teinte propre à l’auteur.
   
   L’écriture est aisée, et si les thèmes sont, à mon goût, souvent trop « méandreux», cette écriture fluide et maîtrisée fait que le plaisir de lire reste entier.
   
   Son imagination débridée lui permet la plupart du temps d’insérer un récit dans le récit, même dans une courte nouvelle comme ici…
   
   Il n’oublie pas non plus le petit clin d’œil au dur métier d’écrivain, qui figure dans plusieurs de ses romans.
   
   Si j’avais dû choisir un extrait, j’aurais gardé le même que Tistou…

critique par Jaqlin




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Un enfant de la balle - John Irving

Irving en Inde.
Note :

   John Irving nous prouve qu’il possède de nombreuses cordes à son arc. Il nous avait déja abondamment, et avec pertinence, parlé des Etats-Unis, de l’Allemagne et le l’Autriche. Là c’est carrément d’Inde qu’il nous entretient. Pas le pays et la population les plus immédiats à saisir ! Enfin d’Inde ? De Bombay plus précisément, ce qui réduit le champ tout de même !
   
   Comme toutes les histoires d’Irving, car Irving est un raconteur d’histoires, elle est complexe, entrecroisée, entrelardée. Ce sont sans cesse des retours en arrière puis de subites accélérations. De nombreux thèmes, ou obsessions d’Irving interviennent. C’est foisonnant et passionnant. C’est John Irving !
   
   L’humour est présent, la finesse d’analyse idem, et cette capacité imaginative qui fait rebondir tant de situations vers des sommets toujours moins prévisibles.
   Quand on dira qu’il est question d’un chirurgien orthopédiste indien, le Docteur Farrokh Daruwalla, partageant sa vie entre le Canada et son pays natal ; l’Inde, Bombay, où, outre sa profession, il assouvit une curieuse obsession ; prélever le sang de nains afin de mettre en évidence un gêne engendrant le nanisme !
   Quand on dira qu’il retrouve à Bombay son fils adoptif, héros emblématique d’une série policière indienne, connu sous son nom de héros ; Inspecteur Dhar.
   Que les scénarios de cette série policière sont écrits par Daruwalla himself, sous pseudo évidemment. Et qu’un frère jumeau de « l’Inspecteur Dhar », à l’existence cachée débarque au beau milieu de tout ceci, un frère jumeau missionnaire jésuite … tant qu’à faire !
   
   Eh bien quand on aura dit tout ceci on aura à peine effleuré la substance d’ « Un enfant de la balle », les habitués de John Irving n’en seront pas surpris, connaissant la créativité et l’imagination de l’individu. Foisonnant est bien l’adjectif adapté.
   
   C’est toujours aussi agréable à lire. Sophistiqué, mais dans le narratif, dans l’intention de nourrir l’histoire de détails toujours plus pertinents les uns que les autres. Pas de considérations qui se voudraient philosophiques ou à clef. Chez Irving si intention il y a, elle est directe, mais bien habillée.
   Elégance

critique par Tistou




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La petite amie imaginaire - John Irving

Pas très intéressant
Note :

   J’étais prête à apprendre plein de choses sur John Irving.
   Je n’aurais pas dû. C’est sans doute pour cela que j’ai été déçue.
   
   «La petite amie imaginaire» est l’idée que John Irving se fait d’une autobiographie. Il n’a pas dû réaliser que lorsque les gens s’intéressent à la vie d’un écrivain, c’est généralement qu’ils l’ont remarqué en tant qu’homme de lettres et qu’ils désirent mieux comprendre son œuvre ; et c’était bien mon cas.
   
   Si j’avais été à la recherche des résultats d’anciens championnats de lutte de quelques états des USA, ou du palmarès de ses fils dans cette discipline, ou de l’éclaircissement de quelques règles litigieuses de ce noble art (martial), j’aurais sûrement été plus satisfaite de ma lecture car je crois bien que tout y est, date, nom, lieu et déroulement, anecdotes comprises. Passionnant. Aahh !... (bâillement)
   
   Hélas, la lutte m’intéresse peu, je dois l’avouer. Je pourrais d’ailleurs en dire autant de la plupart des sports et c’est pourquoi j’évite généralement d’en lire les manuels…
   
   Bon, reprenons. Irving se lance ici dans le récit de sa vie. Il ne le mène pas de façon absolument chronologique, mais tout autant par thème : lutte, études, lutte, lectures, lutte etc. Il ne nous dit presque rien sur sa famille, de ses parents nous ne connaîtrons pratiquement que leur profession, quant à la fratrie, le fait qu’il n’évoque absolument pas le sujet nous laisse juges de deviner si cela signifie qu’il n’y en a pas. Ces épouses ? euh, oui, deux. Non, pas plus de renseignements non plus.
   Nous apprenons qu’il a passé une année à Vienne lors de ses études (ce que tout le monde savait), qu’il ne l’a pas particulièrement appréciée et qu’il déteste les Viennois (ce que j’ai enfin été intéressée d’apprendre).
   Il nous confie également un curriculum vitae professionnel clair et précis tant comme professeur de lettres que comme entraîneur d’équipe de lutte. Bon.
   
   Mais j’ai rarement lu autobiographie d’écrivain qui soit si peu littéraire. C’en est étonnant. Il nous annonce bien une grosse estime pour Dickens et Graham Greene, ainsi qu’une nette antipathie pour Oscar Wilde (frimeur superficiel), il évoque bien quelques amis écrivains, parfois ses professeurs ou voisins comme Kurt Vonnegut, mais il me semble qu’on attend tout de même autre chose comme considérations littéraires de l’autobiographie d’un écrivain de renom.
   
   Autre sujet de déception, le style ! On croirait lire des notes, un article de magazine ou une lettre à un copain. Ce n’est pas avec cet ouvrage qu’Irving nous régalera de son écriture, pas plus que de son art du récit.
   
   Quant au titre, il n’a à l’évidence été retenu que pour son caractère accrocheur. On le justifie plus ou moins par le fait qu’ayant un jour besoin d’une excuse pour un déplacement il prétexta que son amie le réclamait = début et fin de l’histoire (encore une fois passionnante et profonde) qui nous valut ce titre aguicheur.
   
   Bonus ! Un cahier central de 26 photos en présente au moins 5, soyons juste, qui n’ont pas de rapport avec la lutte. Enfin du moins pas direct, direct… Je ne vous dirai rien de la photo de couverture, je parie que vous avez votre petite idée.
   
   Conclusion : bof…

critique par Sibylline




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Autobiographie.
Note :

   Autobiographie écrite en 1996. John Irving nous y raconte davantage l’homme Irving que l’écrivain. D’ailleurs ses rapports avec la lutte (le sport « lutte ») tiennent autant de place que ceux avec l’écriture. John Irving a la lutte en passion. Pratiquée jeune et poursuivie assidûment en tant qu’entraineur et arbitre.
   
   Dans «la petite amie imaginaire», il s’en tient plus à une énumération de ceux qui auront compté ; compagnons lutteurs, entraineurs, professeurs de littérature, qui auront contribué à façonner l’homme et l’écrivain qu’il est devenu, qu’à des envolées lyriques ou ésotériques.
   
   Avec John Irving, les choses restent simples, au ras du quotidien :
   « L’amateur rebat les oreilles de tout le monde à vouloir expliquer le pourquoi de sa prédilection – et dans le fond, quelle importance ? La lutte, comme la boxe, est un sport où l’on est divisé en catégories selon son poids. Autrement dit, on s’affronte à des gens de son gabarit. Le choc est parfois très rude, mais la surface où l’on atterrit est raisonnablement molle. Et puis, les sports de combat comportent des aspects tout à fait civilisés ; ainsi cette règle que j’ai toujours admirée et qui veut que l’on soit responsable de son adversaire : quand on le soulève du tapis, on s’assure qu’il y retombe intact. Mais quant à dire pourquoi j’aime la lutte, j’avancerais que c’est sans doute la première discipline où j’aie valu quelque chose.»
   
   Si l’on comptait sur «la petite amie imaginaire» pour découvrir un monstre, une destinée extraordinaire, c’est raté. Qu’on se le dise, John Irving n’est qu’un homme, rien qu’un homme, qui aime la lutte et coucher des mots sur le papier.
   
   Passage obligé dans ce genre d’exercice, John Irving s’épanche sur les auteurs qui l’ont influencé, qui l’ont marqué. On y apprend ainsi :
   « Lire Proust ou Henry James est au-dessus de mes forces ; Conrad m’effondre. »
   
   Non, pour Irving, c’est Dickens qui semble la référence absolue.
   « Parmi les auteurs encore vivants, ce sont Grass, Garcia Marquez et Robertson Davies mes préférés. Si l’on songe que tous trois écrivent des romans «comiques», avec pour modèles les grands conteurs du dix-neuvième siècle, qui privilégient le souffle narratif et les personnages complexes, on peut se dire que je ne me suis guère écarté de la sphère d’influence dickensienne. »
   
   Mais, mais … une exception quand même : Graham Greene.
   « C’est bien simple, les personnages de Graham Greene, j’ai l’impression de les connaître mieux que les gens que j’ai croisés dans ma vie – et ce n’est pourtant pas que j’aurais aimé ou aimerais les connaître. Je ne peux pas m’asseoir sur un siège de dentiste sans penser au terrible Mr. Tench, ce dentiste en exil témoin de l’exécution du prêtre alcoolique.
   …
   « On dirait que la haine passe par les mêmes glandes que l’amour, a écrit Graham Greene. D’ailleurs, elle produit les mêmes actes. » J’avais tapé cette phrase sur un papier qui finissait par jaunir, scotché à ma lampe de bureau, bien longtemps avant d’être en mesure d’en sonder la vérité. J’ai compris plus vite, dès que je me suis mis à écrire moi-même, cet extrait de La fin d’une liaison : « Dans le travail de l’écrivain, une bonne part vient de l’inconscient ; c’est dans ces profondeurs que le dernier mot est écrit bien avant que le premier n’apparaisse sur la feuille. Les détails de notre histoire, nous ne les inventons pas, nous nous les rappelons. » »
   …
   « Graham Greene m’apprit dès le lycée que des personnages subtils et complexes, et des histoires déchirantes étaient des impératifs catégoriques pour tout roman digne de la postérité. Mais il m’apprit aussi à détester la critique littéraire ; faute de lui avoir rendu justice, elle s’était disqualifiée à mes yeux. Jusqu’à sa mort, en 1991, Graham Greene a été l’écrivain de langue anglaise le plus accompli, et, toutes langues confondues, le plus perfectionniste. »

   
   Et John Irving déroule sa vie ; ses études laborieuses, son passage à Vienne, «dans la peau d’un écrivain». Passage qui le marquera sans aucun doute tant la culture germanique ou des références autrichiennes interviennent dans ses romans.
   Premier roman, «Liberté pour les ours», en 1968 pour lequel on lui verse un acompte de 7500 dollars, ce qui ne le dissuade pas de mener une vie simple.
   « En 1968, avec une femme et un enfant, on pouvait tenir presque un an sur cette somme ; mais j’aurais alors subi l’urgence d’écrire un deuxième roman, et c’est ce que je voulais éviter. J’ai préféré garder mon boulot de prof et mon boulot d’entraineur, et écrire mon deuxième roman – ainsi que mon troisième et mon quatrième – à mon rythme de croisière. »
   
   Et puis le succès rencontré pour son troisième roman, dix ans plus tard, «Le monde selon Garp», qui le propulse dans le gotha des auteurs qui comptent et qui le libère des contraintes financières.
   
   Un homme simple, qui place l’art de la lutte au niveau de l’art de l’écriture, pour qui les relations inter-personnelles semblent essentielles.

critique par Tistou




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Une veuve de papier - John Irving

Roman inégal
Note :

   Le contenu de l’ouvrage s’articule en deux parties assez distinctes qui auraient bien pu, à mon sens, faire deux ouvrages différents car la deuxième n’est pas de la même veine la première (enfin je trouve).
   
   Première partie :
   À la fin des années 50, Eddie, jeune étudiant de 16 ans, est engagé par Ted Cole pour lui venir en aide dans ses travaux de littérature. Écrivain renommé de contes pour la jeunesse, il n’en est pas moins frivole, distrait et volage. Marion, son épouse, va de son côté faire endosser à Eddie le rôle d’inhibiteur en l’invitant dans son lit et assouvir sans retenue ses pulsions libératrices espérant sans doute retrouver en lui la jeunesse de ses fils disparus tragiquement il y a quelques années dans un accident. Eddie pénètre ainsi petit à petit son univers blessé, torturé, rongé par la souffrance d’un deuil inachevé. Ainsi, au cœur de cette douleur tempétueuse liée à la mort de leurs enfants qui affecte plus ouvertement Marion, le jeune Eddie assiste à la désintégration du couple qui toutefois couvait depuis bien longtemps. Quant à Ruth, leur petite fille de quatre ans, elle n’a de cesse de tenter de se construire autour des souvenirs envahissants de ses frères défunts qu’elle n’a pourtant pas connus.
   Une première partie tout en émotions où la personnalité de chaque protagoniste est approchée avec minutie. Du Grand Irving, riche et subtil, à l’humour grinçant aussi parfois comme il sait si bien l’utiliser.
   
   Deuxième partie :
   Là, l’auteur nous entraîne dans une cavalcade d’événements qui demande au lecteur une certaine assiduité.
   Dans les années 90, Ruth, en grandissant, a suivi les traces littéraires de son père, devenant elle aussi écrivain. Sa vie est à l’image des tourments qu’elle a connus dans son enfance. Envahie par des démons qui ne la lâchent pas à l’instar des figures des contes écrits par son père et qui la poursuivent jusque dans son quotidien, Ruth ne parvient pas à aborder sa vie sereinement d’autant qu’elle rencontre des personnages qui s’avèrent assez proches symboliquement de ceux qui la hantent (plutôt caricaturaux). Et c’est là que j’ai commencé à moins apprécier, d’autant que l’auteur réutilise ce procédé d’histoires dans l’histoire comme il le fait dans bon nombre de ses ouvrages où ses protagonistes sont écrivains et comme je l’ai déjà dit pour «Le Monde selon Garp», je n’accroche pas vraiment à tous ces fragments insérés dans le texte. Certains passages m’ont semblés à ce moment plutôt longs, voire superflus et éloignés pour beaucoup des sensations et des émotions pénétrantes de la première partie. De plus la fin est vraiment sans surprises et un peu facile à mon goût.
   
   Il me plaît à penser que je ne suis pas la seule à percevoir ce roman comme assez inégal car j’ai découvert que seule sa première partie avait été adaptée en 2003 pour le cinéma par Tod Williams (« the door in the floor » traduit « lignes de vie ») avec Kim Basinger (Marion), Jeff Bridges (Ted) et Jon Foster (Eddie). Alors, pourquoi s’être arrêté là ?
   ↓

critique par Véro




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Un drame à travers le temps
Note :

   Eté 1958.
    Eddie O’Hare se retrouve engagé pour un petit boulot d’été hors du commun, celui d’assistant d’un écrivain pour enfants renommé, Ted Cole…Ce travail dont il ne peut trouver de description réelle s’avèrera plus intéressant et troublant que prévu par notre jeune homme. En effet, la femme de Ted Cole, Marion, de vingt-trois ans son aînée finira dans ses bras, mais pas forcément par hasard comme on pourrait le croire …
   Si Eddie découvrira l’amour lors de ce séjour chez les Cole, il y découvrira également une histoire et un passé tragiques…Ce couple a perdu quelques années auparavant ses deux fils lors d’un accident, et même le troisième enfant qu’ils ont eu par après, Ruth, âgée de quatre ans, ne suffit pas à étouffer e chagrin de cette mère… Leur résidence est remplie de photos des deux garçons et la petite fille est élevée avec le fantôme de ses deux frères qu’elle n’a jamais connus…ils prennent tellement de place aussi bien dans la maison que dans l’esprit de leur mère que Ruth ne fera pas le poids…
   
   Automne 1990.
   Ruth est devenue une romancière célèbre. Eddie, lui, a publié quelques romans avec peu de conviction, et après s’être perdus de vue pendant toutes ces années ils vont de rencontrer à nouveau… Ruth, bien que riche et célèbre ne cesse de se chercher suite à ce passé tragique et elle attend de cette rencontre avec Eddie, qu’il lui apporte des réponses et ce pour pouvoir vivre sa vie pleinement sans se poser sans cesse des questions sur le fait d’être une bonne mère ou non… Eddie quant à lui n’a cessé d’aimer Marion et lui voue une admiration sans tâche…de sa liaison avec elle, il a d’ailleurs gardé l’attrait pour les femmes plus âgées que lui. S’ils ne vont pas forcément trouver les réponses à leurs questions, Eddie et Ruth vont du moins trouver chacun à leur manière un apaisement à se rencontrer et ne vont plus se quitter.
   
   Automne 1995.
   Nous faisons la connaissance plus approfondie de Harry Hoekstra, qui vous l’apprendrez en le lisant est très proche de nos protagonistes et surtout de Ruth. Harry est policier et proche de la retraite…une de ses enquêtes dont il veut absolument retrouver le témoin depuis cinq ans le laisse toutefois sur sa faim et par une suite d’évènements inopinés il réussira à obtenir ce qu’il cherche depuis si longtemps…
   
   Ce roman est mon premier de John Irving et si je l’ai abordé par simple curiosité pour cet auteur connu, je n’ai pas du tout été déçue…Quelques passages de ce «pavé» de 650 pages m’ont bien paru un peu longuets par tous les détails précis de nom de rue, de stations de trains, mais le sujet est tellement captivant et tellement varié que l’on ne peut que se laisser emporter par ce livre… J’ai beaucoup aimé la transposition dans le temps des personnages, qui commence lorsque Ruth a quatre ans et qui finit quand elle en a quarante et un…cela nous permet de voir les conséquences d’actes qui peuvent paraître anodins ou sans importance, mis qui ne le sont jamais en vérité…
   
   J’ai également beaucoup apprécié le style de John Irving, son humour, sa façon d’écrire, de faire de tout petits chapitres avec un titre à chaque fois évocateur de ce qui va se dérouler…bref, je pense que vous avez bien compris que je vous recommande vivement cette lecture si vous ne connaissez pas encore l’auteur…
   ↓

critique par Mme Patch




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Recommandé!
Note :

   Eté 1958. Eddy, un jeune homme de seize ans, devient l'assistant de Ted Cole, auteur à succès de livres pour enfants. Il loge de ce fait chez Ted et sa femme Marion, qui l'attire énormément. Il en devient vite l'amant. De son côté, Ted, coureur de jupons invétéré, trompe sa femme avec des filles plus jeunes.
   
   Plongé ainsi au coeur de la vie de cette famille, Eddy va en découvrir le drame. En effet, ce couple a perdu quelques années auparavant ses deux garçons dans un accident de voiture. Bien qu'ils aient eu depuis une autre enfant, une petite fille Ruth âgée de quatre ans, Marion n'arrive pas à faire le deuil de ces deux décès et le souvenir de ses deux fils tient plus de place dans sa vie que sa petite fille.
   
   Ce livre est le premier que j'ai lu de John Irving et je l'ai dévoré. A partir d'un sujet difficile et douloureux la perte d'un enfant, l'auteur juxtapose le destin de plusieurs personnes avec des descriptions comme si on y était, des personnages attachants que nous allons suivre jusque dans les années 1990 et dont les histoires vont se croiser : celle d'un jeune homme marqué à jamais par son amour pour une femme mariée et plus âgée, celle d'une enfant mal aimée devenue romancière et qui aura du mal à aimer à son tour et enfin celle d'une mère broyée par le destin.
   
   Cette histoire d'amour rendue impossible par le chagrin de cette femme est racontée de façon sublime par John Irving.
   
   Je vous recommande vraiment ce livre, il est riche, dense et paradoxalement drôle malgré le sujet
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critique par Clochette




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La vie est un roman
Note :

   Je n'avais plus lu de roman de John Irving depuis des années: j'ai du m'arrêter après la lecture de «Une prière pour Owen»!
   Il a fallu me réhabituer au style Irving, à sa truculence, à son imagination débordante, à ses histoires décousues, enfin d'apparence décousue, à rebondissements multiples et inattendus. Bref, une fois cet univers retrouvé, à nouveau humé, la lecture est devenue jubilatoire, hilarante et émouvante. Du grand Irving, celui qui me rappelle «Le monde selon Garp» ou «L'hôtel New Hampshire ».
   Comme c'est un roman d'Irving, autant dire d'emblée qu'il est difficile, voire impensable, d'en faire un résumé exhaustif alors que la quatrième de couverture est relativement bien menée:
   
   Le roman est conçu comme une saga, une fresque couvrant une très longue période temporelle: de l' été 1958 à 1995, plus d'une génération.
   
   L'été 1958 est la partie qui met en place les personnages, leur devenir, leur interaction. C'est l'enfance de Ruth, fillette de quatre ans qui bientôt perdra sa mère. Ruth qui vit entre la mésentente de ses parents et les photos de ses frères disparus. Elle connaît l'histoire de chaque photo, elle connaît ses frères comme s'ils étaient toujours là. Elle imagine, elle recrée leur vie inconnue, elle baigne dans la fiction dès son plus jeune âge. La présence omnipotente de ses frères, Thomas et Timothy, est relatée par les photos jalonnant les pièces de la maison: pas une à en être dépourvue! Mais c'est écrasant et leur absence revêt une importance sans égal: ils sont plus présents que s'ils étaient encore vivants!
   
   Cet été 1958 est celui durant lequel Eddie O'Hare découvrira l'amour dans les bras de Marion Cole. Il en deviendra éperdument amoureux et n'aimera qu'elle! Et Irving de décrire, avec délectation mais tact et sans vulgarité, les moments inhérents à une adolescence masculine où les rêveries, les fantasmes sur les femmes plus âgées, sont ravageuses. La sensualité naissante, l'apprentissage de la tendresse et de l'amour sont empreints d'émotion et de délicatesse, même si certaines scènes sont particulièrement drôles et crues.
   
   L'été 1958 est celui qui verra un couple se déliter et se quitter: Ted Cole, auteur-illustrateur jeunesse, est un homme à femmes, attiré par les jeunes mères qu'il séduit en réalisant leur portrait en compagnie de leur enfant, puis seules habillées et enfin nues. Mais la nudité n'est pas celle du nu artistique mais possède plutôt l'impudeur et la cruauté du nu pornographique: Ted ne magnifie pas la féminité mais la rend honteuse, laide et malheureuse. C'est la honte, la déchéance du corps qu'il transcrit, aussi ses oeuvres mettent-elles mal à l'aise et le modèle et celui qui y pose son regard par inadvertance. Du coup, Ted est un personnage que l'on n'a guère envie d'apprécier et encore moins d'aimer. Il apparaît comme un être égoïste, sans coeur vis à vis des femmes qu'il séduit. Cependant, une fois la première impression dépassée, le lecteur s'aperçoit que Ted est un homme brisé par la mort de ses deux fils.
   
   Marion Cole est une mère qui ne peut aimer sa fille car elle a peur de la perdre brutalement comme elle a perdu un soir d'hiver ses deux fils dans un accident de voiture. Elle ne veut pas voir son coeur se briser une deuxième fois. Elle sait qu'elle abandonnera sa fille à Ted lors de l'inévitable séparation du couple. Elle ne veut pas être une mauvaise mère pour Ruth qu'elle n'a jamais voulue... on ne remplace jamais par un autre, les enfants trop tôt disparus. Elle fuit pour ne pas faire subir son désarroi et sa douleur indicible et inconsolable à sa fille: elle l'aime trop pour cela. Aussi, part-elle un jour, en emportant toutes les photos, et leurs négatifs, de Thomas et Timothy: à Ted et Ruth il ne reste que le souvenir de ces photos, de leur histoire et les crochets aux murs.
   
   L'Automne 1990 verra les routes de Ruth et d'Eddie se croiser: une amitié se noue autour du souvenir d'une mère et d'une amante. Nostalgie et rancoeur, amour inoubliable et haine du désespoir se racontent et tentent de se cicatriser. Ruth est devenue une grande romancière collectionnant les petits amis en-dessous de tout, attirée par le mariage et la maternité tout en en ayant une peur immense. L'absence inexpliquée et inexplicable de sa mère est une ombre omniprésente. Comme plane cette absence sur l'oeuvre d'Eddie qui raconte sans cesse la même histoire: son expérience amoureuse avec Marion!
   
   1995, dénouement de cette histoire au long cours: tout s'assemble pour former un ultime tableau. Ruth, jeune mère et épouse comblée, est devenue veuve. Elle ressent dans sa chair ce qu'elle avait décrit, avec justesse, dans un de ses romans. Lentement, elle revient dans le monde des vivants et part à Amsterdam faire la promotion de son dernier roman. Roman dans lequel est transcrit une expérience terrible qui la mit dans la situation d'un des albums écrits par son père. Ruth portera ce poids pendant longtemps jusqu'à ce qu'elle rencontre celui qui lui fera tout oublier.
   
   1995, année où Marion sortira de son silence. Marion et Ruth reconquerront leur statut de mère et de fille dans une scène bouleversante d'émotion.
   
   
   Un roman où la mélancolie, la nostalgie donnent une tonalité douce-amère émouvante et belle à l'atmosphère du récit. Facette mise en valeur par les révélations sur l'avenir des personnages faites par Irving. Ce dernier offre des instantanés du futur avant de revenir au présent du récit. Ce parti pris narratif donne une dynamique particulière à l'histoire: on a l'impression de se trouver devant un écran divisé en deux sur lequel passent deux scènes simultanées, l'une appartenant au présent, l'autre au futur ou au passé. Ce va et vient peut perturber la lecture au début mais on s'y fait très vite et on aime être ballotté par l'auteur facétieux et inventif qu'est Irving.
   Une histoire où les héros nous ressemblent comme ils peuvent être à des années lumières de nous... ce qui est souvent le cas chez Irving: il transfigure le banal en récit au souffle épique!
   ↓

critique par Chatperlipopette




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Irving, le grand
Note :

   "Une nuit, alors qu’elle avait quatre ans et dormait sur la couchette inférieure de son lit gigogne, Ruth Cole fut réveillée par le bruit d’un couple en train de faire l’amour, bruit qui provenait de la chambre de ses parents et qui lui parut tout à fait insolite. Elle relevait d’une grippe intestinale; à entendre sa mère faire l’amour, elle crut tout d’abord qu’elle était en train de vomir."
   
   Ainsi commence ce récit qui finit 650 pages plus tard dans mon édition de poche. Il est divisé en trois grandes parties, lues tour à tour comme si chacune était un livre à part.
   
   La première, intitulée "Été 1958", raconte l’événement majeur de la vie de Ruth Cole, l’héroïne, qui, à 4 ans, avait déjà perdu ses deux frères plus âgés dans un accident de voiture dont sa mère, Marion, ne réussit jamais à se remettre et qui l’abandonna cet été-là, la laissant seule avec son père Ted, un écrivain d’ouvrages pour enfants, coureur de jupons, bien décidé à se séparer de sa femme au point de la pousser dans les bras du jeune Eddie, un étudiant de seize ans qui en tomba fou amoureux d’où la scène d’ouverture du livre. Marion, cet été-là est surtout intéressée par les photos de ses frères, très nombreuses, agrandies et placées sur tous les murs de la maison. Elle connaît par cœur l’histoire de chacune tant on lui en a parlé constamment depuis l’accident. Au départ de sa mère, seuls restent les crochets sur les murs vides et c’est ce qui la trouble le plus.
   
   La seconde partie, "Automne 1990", prouve combien toutes ces disparitions ont eu de l’importance dans la vie de Ruth, devenue écrivain en grande partie pour retrouver le souvenir de ses frères et à force de repenser aux crochets et aux photos correspondantes. Elle a 36 ans et refuse l’idée de se marier et d’avoir des enfants. Eddie aussi est devenu écrivain. Il a 48 ans quand ils se retrouvent à l’occasion d’une lecture publique. Il est toujours amoureux de Marion qui se serait aussi mise à écrire!
   
    Ruth, elle, a une vie agitée, entre une amie, Hannah, agaçante et dévergondée , un amoureux, Allan et des amants de passage mais c’est à Amsterdam, en suivant une prostituée pour les besoins de son futur roman qu’elle vit une nouvel épisode des plus traumatisants.
   
   La dernière partie, "Automne 1995" , commence comme une enquête policière et la fin m’a surprise, comme toute bonne fin de récit qui se respecte! A lire et à relire!
   
   John Irving est mon auteur fétiche depuis ma lecture du Monde selon Garp, lu et relu avant le blog
   Coups de cœur assurés ensuite avec Une prière pour Owen, L'hôtel Newhampshire Dernière nuit à Twisted River et maintenant, plus que jamais avec celui-ci. Heureusement j'ai encore bien d'autres lectures d'Irving qui m'attendent dont un gros pavé à nouveau, déjà dans ma Pal: "A moi seul, bien des personnages"

critique par Mango




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La quatrième main - John Irving

Abracadabrantesque.
Note :

   John Irving a ce don inimitable de nous faire toucher du doigt comment des petites choses, des petits faits de la vie quotidienne, font évoluer la perception qu’on a des choses, et partant, de la vie. Il y a une grosse histoire, plutôt abracadabrante, même si dans la limite du plausible, comme très souvent avec Irving, mais une fois le cadre posé, il ne s’intéresse plus qu’aux petits détails qui font évoluer l’histoire.
   
   Du mal un peu jusqu’à la moitié, j’avais du mal à retrouver tout mon Irving, mais il se rattrape dans la seconde moitié.
   
   Soit Patrick Willingford, journaliste américain de télévision de son état, qui, lors d’un reportage sur un cirque en Inde se fait dévorer la main gauche par un lion (pas commun déjà, non ?). Il acquiert une célébrité certaine, cet évènement ayant été filmé. Enfin, une célébrité ? En tant que «le type au lion». Un quart d’heure de gloire chèrement acquis mais qui dure plus d’un quart d’heure ! D’autant qu’il est chargé de présenter des infos sur une chaîne de télévision !
   
   Toujours est-il que, abracadabrance supplémentaire, une Doris, femme assez particulière de son état, émue de sa situation, a fait écrire à son mari son souhait de lui léguer pour greffe sa main gauche si d’aventure malheur il lui arrivait (le genre de legs qui n’arrive pas tous les jours, vous en conviendrez !).
   
   Et comme on est dans un roman d’Irving, que croyez-vous qu’il advint ? Bingo !
   
   Cela dit les conditions du legs sont particulières (invraisemblance quand tu nous tiens !) : Doris doit être mise enceinte des oeuvres de Patrick Willingford (no comment !) et elle aura un droit de visite de la main ainsi greffée (re-no comment !).
   Tout ceci étant posé, John Irving peut lâcher la bride aux petits moteurs de son imagination, à coup de petits faits, de détails qui font progresser l’histoire.
   
   D’où vient qu’on s’attache néanmoins à cette histoire sans queue ni tête (ou si peu ?) ? serait-ce qu’elle écrite et racontée par John Irving ? !

critique par Tistou




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Mon cinéma - John Irving

Littérature et adaptations cinématographiques.
Note :

   A mi-chemin entre l’autobiographie et le bilan des mises à l’écran, ou des tentatives de mises à l’écran, des oeuvres de John Irving.
   
   On est loin de la verve débordante d’imagination d’Irving, même si le constat qu’il tire est régulièrement frappé du coin d’un bon sens mâtiné de rouerie auquel il nous habitue régulièrement.
   
   Où l’on apprend l’existence du docteur Frederick C. Irving, grand-père de John Irving, qui manifesta en son temps une verve hilarante et acquit une notoriété certaine de la création d’une chanson, dite de «carabin», et qui n’est pas pour rien, d’une part dans la vocation d’écriture de John, et d’autre part dans le personnage du docteur Larch, l’un des héros de «L’oeuvre de Dieu, la part du Diable».
   
   Où l’on suit les diverses péripéties qui auraient dû donner naissance à un film adapté de son premier roman «Liberté pour les ours», et qui en resteront au stade des péripéties.
   
   Où l’on assiste aux efforts pour l’accouchement de «Un enfant de la balle», le travail sur un scénario jusqu’à l’écriture du roman qui paraîtra finalement alors que le film restera à l’état de limbes.
   
   « Bien qu’il m’ait fallu cinq ans et demi pour écrire le roman «Un enfant de la balle», une fois fini, le livre a été publié comme prévu, en 1994. Le scénario, lui, avait été programmé pour être produit en 1997, mais ça n’a pas marché. Puis on est passé à une programmation pour l’hiver 1999. Les deux fois, c’est Jeff Bridges qui devait prendre le rôle du missionnaire. Et dans les deux cas, il a manqué au film la même somme, un million et demi de dollars. La seconde production s’est effondrée tout comme la première.»
   
   Où l’on suivra de près également les incessantes tractations, discussions, compromissions, sacrifices, recréations, … à mettre en oeuvre pour faire d’un roman un scénario, formaté en temps, coût et intérêt. C’est assez épuisant, il faut bien dire et la sortie de «L’oeuvre de Dieu, la part du Diable» s’étale sur quelques années.
   
   C’est d’ailleurs dans ces explications qu’Irving nous donne que réside l’intérêt de ce livre. Il nous donne à voir, à toucher, l’énorme travail de redécoupage, de disparitions de personnages, de création d’autres, avec ce que cela représente sur le plan affectif et l’ego de l’auteur. Il nous livre là des confidences qui nous permettent de toucher du doigt la réalité de la création (vue par le filtre Irving). On est un peu Irving, il est notre confident.
   
   La lecture de «Mon cinéma» est à recommander aux fans d’Irving. Et il est souhaitable d’avoir lu les trois romans cités ; « Liberté … », « Un enfant de la balle » et « L’oeuvre de Dieu, … », pour parfaitement appréhender les doutes et soucis que lui occasionnent les mises sur pied de ces différents scénarios.
   
   Un passionné de scénario, ou de conception des films, y trouvera aussi son intérêt.

critique par Tistou




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Je te retrouverai - John Irving

Trop, trop long…
Note :

   Bon en gros, c’est l’histoire d’un type qui est toujours habillé en femme, mais qui n’a aucune tendance homosexuelle.
   Nooonn, je plaisante ! Quoique…
   Bon, bref, un peu de sérieux.
   
   A ceux qui ne connaissent pas John Irving, je déconseillerais fortement de commencer par cet ouvrage qui est assez indigeste, peu susceptible de séduire un nouveau lecteur et qui, à mon avis, ne trouvera au contraire grâce qu’auprès de ceux qui connaîtront suffisamment l’auteur pour y retrouver quelques repères.
   
   Si j’en crois la table des matières, cette brique de 850 pages serait divisée en 5 parties. Pour moi, il semble plus simple et juste de dire qu’elle est répartie en 3 temps. Tout d’abord, l’enfance du personnage principal, Jack Burns, lancé avec sa mère, la très talentueuse tatoueuse Alice, à travers l’Europe du Nord, sur les traces de son père en fuite.
   Ensuite l’adolescence et le début de l’âge adulte : la pension, les études, l’éveil de la sexualité, la mise en place de sa carrière.
   Enfin, l’âge d’homme, la mort de la mère, un changement total d’optique et la découverte du père.
   
   Pour résumer, je n’ai pas beaucoup aimé ce livre. Il est certain que si je ne m’étais pas engagée à le faire, jamais je ne l’aurais lu en totalité. L’histoire dans son premier tiers me semblait encore assez bonne et prometteuse, mais dès ce que moi j’appelle la seconde partie, on voit se dégager un personnage principal dont la personnalité est beaucoup moins intéressante ou attachante qu’Irving ne semble le supposer. Et cela va en s’aggravant. Pour ma part, je l’ai trouvé très égoïste et froid (à ce titre, ses réactions aux deux principaux deuils qu’il doit affronter sont assez navrantes).
   
    L’histoire quant à elle, se traîne un peu, il y a des rebondissements parfois, mais pas ceux qu’on aimerait. On voit assez vite qu’ont n’ira nulle part aussi bien qu’on s’est pas mal désintéressé du sort de Jack. Il est beau, il plait trop aux femmes, il ne peut pas dire non, il est haut comme trois pommes assises mais il est capable de mettre n’importe quel colosse au tapis grâce à sa maîtrise de la lutte (tiens, la lutte, quelle surprise !), il est riche à millions mais ne s’en soucie guère… Eh oui… (soupir)
   
   Tout d’abord, d’après ce que j’ai pu lire dans la presse, John Irving a axé la promo de ce livre sur son côté auto biographique alors qu’il ne me semble pas être plus pointu que ses autres livres, dans ce domaine. Par certains côtés si, puisqu’il voulait parler de certaines choses qu’il n’avait pas encore dites, sur l’absence du père ou le fait qu’il ait été abusé sexuellement très jeune, mais d’autre part, le tout est ici attribué à un personnage qui me semble bien éloigné de lui et situé dans une action à la fois proche et éloignée de sa réalité, comme dans ses autres romans.
   
   L’art de narrateur d’Irving permet malgré tout d’aller jusqu’au bout de son livre mais je pense que rares seront ceux qui le feront sans regretter qu’il n’ait pas su faire plus court. Vraiment, je crois que le lecteur n’est pas sincèrement intéressé jusqu’au bout ni à cette histoire, ni à ces personnages, «trop bizarres?» dirait Jack Burns, non, pas trop bizarres, trop faibles plutôt.
   
   Pour tout arranger, vers la fin, sa marque de voiture préférée est citée avec une telle régularité et une telle insistance qu’on s’en étonne. Forcément.
   
   PS, petite nuance : Le titre original est "Until I find you", ce qui en français se traduirait exactement par "jusqu'à ce que je te trouve". Je me rends parfaitement compte que ce titre français aurait des consonances qui le rendraient désagréable à la bouche et à l’oreille et que c’est sans doute la raison pour laquelle il n’a pas été retenu. N’empêche qu’on a perdu quelque chose à la simple traduction de ces 4 premiers mots. On a perdu cette idée d’état qui durera jusqu’à ce que… Et puis aussi, «Je te retrouverai» a des implications excessivement volontaristes, presque agressives qui ne se trouvaient pas dans le titre original et pire, qui sont un contresens vis-à-vis du contenu du livre. Ah, nous n’allons pas revenir sur les difficultés de la traduction, Nabokov lui-même s’y est perdu. Alors, c’était juste pour dire…

critique par Sibylline




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OUF !!!
Note :

   Je ne surenchérirai pas sur le commentaire de Sibylline que je partage entièrement.
   
   Je suis sortie de ce roman- je me suis longtemps demandée si j’allais m’en sortir !- en me disant que j’aurais pu en sauter la moitié sans que cela ne change rien à sa compréhension globale.
   
   Plus de huit cents pages pour nous faire partager les tribulations d’une tatoueuse, abusée par un organiste «cavaleur», flanquée d’un fils en mal de père (le cavaleur), Monsieur Irving ne recule devant rien !
   
   Heureusement, j’ai retrouvé cette écriture rapide, maîtrisée que je reconnais à cet auteur, ce style aisé qui nous aide à sauter par dessus les obstacles : détails et personnages multiples et peu nécessaires à la bonne intelligence du récit, récits dans le récit…
   Je me plais à croire que la complexité du sujet – la quête du père- justifie cette construction pleine de détours…
   
   Encore là, d’accord avec Sibylline, si vous n’avez encore rien lu d’Irving, ne commencez pas par «Je te retrouverai» ; vous allez vous y perdre !

critique par Jaqlin




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Dernière nuit à Twisted River - John Irving

Oui, il y a des ours
Note :

   Parmi les bonnes surprises de la rentrée 2011 figure le dernier roman de John Irving. C’est peu de dire qu’il était attendu par de nombreux lecteurs de cet écrivain singulier, créateur d’univers originaux et de personnages denses, aux destinées marquantes. Cette fois, John Irving nous promène des forêts profondes du Nord des USA aux quartiers populaires de Boston, ou dans l’Amérique des petites cités sages du Vermont jusqu’au Canada qu’il habite lui-même désormais à mi-temps. Mais bien plus qu’à un périple dépaysant dans l’espace et dans le temps, l’auteur de "Dernière nuit à Twisted River" nous entraîne sur les traces de personnages extraordinaires, construits dans le bois des mythes et mystères qui fondent les légendes du pays.
   
   Adeptes de grand air et de saga, sautez donc en marche sur les trains de bois qui descendent le long des rapides, les fleuves des états du Nord. Première étape: le comté de Coos, dans le New Hampshire. Mais attention, sachez danser sur les grumes qui dévalent le courant, ou tenez-vous sur la rive… Car la vie des «dravers» est rude et toute maladresse est mortelle. C’est ainsi que nous sommes cueillis par un premier drame, dès les premières lignes du roman. La disparition du jeune Angel prend d’entrée de jeu le lecteur aux tripes. Mais elle n’est que l’accident qui cache mal d’autres drames, passés et à venir. Nous sommes en 1954, et suivons les événements qui rythment la vie de ce camp de bûcherons convoyeurs à travers les yeux du cuisinier du camp, Dominic Baciagalupo et de son fils Daniel douze ans, dit Danny. Père et fils vivent en osmose dans ce village rustique, où le cuistot exerce son métier comme une vocation, un sacerdoce qui lui permet d’offrir une nourriture abondante et goûteuse à ces hommes rompus aux travaux durs et dangereux. L’art de John Irving permet de dresser rapidement un tableau vif et criant de cette communauté soumise à tant de rudesse.
   
    C’est ainsi que nous rencontrons bien vite Ketchum, bûcheron convoyeur, draver d’expérience, force de la nature et personnage haut en couleurs. Et puis Jane l’Indienne, rare figure féminine qui aide Dominic à élever Danny. D’autres silhouettes pittoresques complètent le tableau d’une société rompue aux difficultés saisonnières sur un territoire défini: L’inoubliable Pam pack de six ou la pulpeuse Carmella dressent des remparts sécurisants et sensuels, toutes femmes étrangement dotées de silhouettes d’ogresse, à l’ampleur protectrice. Les légendes s’y forment vite et Danny grandit en se construisant une réalité qui intègre les mythes locaux aux événements du présent.
   
   Vous en dire davantage sur la suite d’événements qui jetteront Danny et son père sur les routes en une longue suite de fuites desservirait votre plaisir de lire. Les fidèles de John Irving savent depuis longtemps (pour moi depuis "le monde selon Garp") comment cet écrivain excelle à mêler le tragique et le loufoque, comment ses personnages obéissent à leur logique inconséquente en toute bonne foi, emportant l’adhésion des lecteurs sidérés. John Irving ne s’embarrasse pas de style, son écriture est directe et efficace. Ce sont les enchaînements d’événements qui constituent le tourbillon qui aspire le lecteur. Il n’empêche qu’à chaque roman, il advient toujours un moment où la lectrice que je suis se sens impliquée, touchée, on se dit: «tiens, voilà quelque chose qui me parle»…
   
   Voici par exemple quelques confidences disséminées ça et là au sujet du personnage de Danny, devenu écrivain… Daniel s’inspire largement de ses diverses expériences pour établir la trame de ses récits, John Irving n’a jamais fait mystère d’avoir nourri ses intrigues des troubles de son enfance. Là encore l’auteur distille un humour subtil pour se moquer gentiment d’un personnage qui finalement porte une grande part de lui-même, ce que nous comprenons en toute fin de roman: l’écrivain de papier s’est réfugié dans une île du Nord canadien, sur un lac gelé, où il mène une vie d’ermite au service de la rédaction de son roman… Nous venons de partager tant de péripéties avec lui au fil de presque 600 pages et nous redoutons ces quelques derniers feuillets qui glissent si vite vers la fin de l’ouvrage comme vers une rupture qu’on voudrait retarder encore un peu… Quand le livre nous tombe des mains à la lecture des trois derniers paragraphes… Et l’on se prend à retourner de toute urgence au début du roman. Quelle jolie pirouette!
   ↓

critique par Gouttesdo




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Sain comme Irving
Note :

   Ce gros roman nous conte sur 560 pages la vie de trois générations d'hommes en commençant par Tony, "Le Cuistot" qui tient la cantine dans un camp de bûcherons dans le Comté de Coos. La vie y est rude et Tony y élève seul son jeune fils, Danny après le décès accidentel de sa femme adorée. Il est aidé en cette tâche par son ami Ketchum, un bûcheron particulièrement rude et costaud et les choses ne se passent ma foi pas trop mal pour eux jusqu'à ce qu’un "accident" que je vous laisse découvrir les amène, à la suite d'une décision discutable de Tony, à partir refaire leur vie ailleurs. Leurs vies, elles seront celles de cuisinier-restaurateur pour Tony et d'écrivain pour Danny bientôt devenu lui-même homme et père. Ketchum, reste au camp mais maintient avec eux les liens d'amitié.
   
   Je ne vous en dirai pas plus sur l'histoire elle-même que vous découvrirez quand vous lirez ce roman, ce que vous ferez un jour, je n'en doute pas. Je vais plutôt parler des personnages et des bonnes vieilles "constantes" chères à John Irving. Ah, ces constantes!... les lecteurs se plaisent maintenant à les guetter dans chaque roman d'Irving... et les trouver, car elles y sont bien sûr: les ours, la lutte, l'écrivain, le parent isolé, la Nouvelle-Angleterre (élargie ici au Canada) et d'autres encore, on ne peut les citer toutes, comme le combat avec un chien méchant (Garp pas loin) et d'ailleurs le développement ici donné aux rôles des chiens a fait partie pour moi des qualités de cet ouvrage.
   
   Un autre point fort : le rôle de l'écrivain. Il m'a semblé qu'Irving se lâchait un peu et s'expliquait pas mal à travers les positions de Danny qu'il explicite. Tant pour sa façon d'écrire (commencer les romans par la fin et remonter au 1er chapitre etc.) que sur ses positions politiques ce qui est assez nouveau. Un sommet est atteint lorsque Danny répond aux journalistes: "… j'écris de la fiction, ce qui veut dire que je n'écrirai jamais sur les attentats du 11 septembre; je les inclurai peut-être un jour quand ils seront sortis de l'actualité immédiate, et encore, seulement dans le contexte d'une histoire de ma composition." et que nous lisons ceci dans un roman écrit presque 10 ans après et où l'attentat surgit dans le décor à un moment crucial des aventures de nos héros. A cette occasion d'ailleurs, mieux que d'autres écrivains, il a su me faire sentir ce que ce cataclysme a pu entrainer chez l’Américain moyen, non branché, non new-yorkais, voire carrément "bouseux".
   
   Autre chose qui frappe ici, c'est que Irving vieillissant, ses personnages vieillissent aussi mais sont parfaitement indestructibles (et pas seulement Ketchum). Ils ont 60, 70, 80 ans et ils ne souffrent guère d'affaiblissement ni de ces petites misères si invalidantes dues à l'âge. Pack-de-Six a bien un peu mal à la hanche, mais c'est plutôt à la suite d'une blessure. Quel que soit leur âge, on ne les voit guère partir autrement que de mort violente, suicide compris, ils ne sont pas du genre à mourir "de vieillesse" - qu'est-ce a quo? Ce reflet démultiplié de la "forme" de l'auteur, est plaisant à constater, surtout lorsque l'on n'est plus soi-même de la première jeunesse. On en rêve, on aimerait tant y croire! En tout cas, cela montre que le fond de la mentalité ne change pas, quel que soit l'âge ou l'état, chose que les jeunes écrivains ne savent pas encore. Quand ils essaient d'aborder le sujet ils nous font des vieux qui tiennent encore malgré les dégradations plus ou moins importantes. Irving, non. Dégradation connait pas. C'est réconfortant.
   
   Conclusion : Je n'avais guère aimé "Je te retrouverai" et je suis bien contente d'avoir renoué ici avec le père de Garp.
   
   
   
   PS : et le petit arbre tordu de la jaquette, c'est Tony. Pour une fois qu'une couv. colle parfaitement au roman, signalons-le.
    ↓

critique par Sibylline




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Le souffle frais des forêts nord-américaines
Note :

   On est entre Etats-Unis et Canada dans cette "saga" qui relate l’aboutissement d’une vengeance recuite via le récit de la vie d’un américain, enfant du côté de Twisted River, genre trou paumé de bûcherons en pleine forêt au Nord des Etats-Unis, où l’on pratique encore le convoyage sur l’eau. Et je dois dire qu’en effet on y est, qu’on ressent ce souffle vital de la nature nord-américaine, si puissante et impressionnante. Oui, John Irving n’a pas perdu la main. Il sait construire une histoire complexe, la secouer dans tous les sens pour nous la raconter en désynchronisé, à coups de flash-backs et d’avancées fulgurantes – on va passer en revue trois générations de la famille de même. Mais il sait aussi faire passer ce sentiment de petitesse que l’on ressent, confronté à cette magnifique nature.
   
   Alors on ne va pas y rester dans ces forêts sauvages, à Twisted River. On va aussi évoluer en milieu urbain, vers Boston, dans le Vermont, l’Iowa et au Canada, à Toronto. Et John Irving parle en connaissance de cause puisque, outre le Canada où il passe une partie de sa vie, il y est question d’un écrivain.
   
   Danny, jeune, est élevé par son père, cuisinier, au fin fond des forêts parmi les bûcherons, les "dravers" (ceux qui convoient les trains de troncs au fil de l’eau), à Twisted River. La vie là-bas est peuplée de personnages inénarrables – ou peut-être est-ce le cerveau de John Irving qui est particulièrement fécond? – et Danny doit fuir tout à coup ce qu’il considérait comme son monde, en compagnie de son père, Dominic Baciagalupo. Il s’est passé quelque chose et le père a choisi, contre toute raison, la fuite. Exit Twisted River, ses troncs, ses ours et ses eaux, bonjour la clandestinité, la fuite toujours plus loin, les changements d’identité. Un ami leur est resté fidèle à Twisted River, Ketchum, un draver comme on n’en fait plus – et plus précisément un personnage comme on est incapable d’en imaginer en Europe, simplement parce que ça n’existe pas chez nous des individus de cette nature! – qui va les renseigner sur le danger resté à Twisted River et veiller de loin sur eux.
   
   Après… c’est beaucoup, beaucoup plus complexe, et ceux qui connaissent et apprécient le style Irving comprendront ce que je veux dire. Les rétifs aussi, probablement. On marche ou ne marche pas mais l’intelligence du propos fondu dans une histoire au si long cours est proprement jouissive pour qui rentre dans le jeu. Le petit Danny devient écrivain – et on assiste ainsi à la naissance d’un… John Irving? – il devient vieux et l’histoire court, court… Et moi avec!

critique par Tistou




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A moi seul bien des personnages - John Irving

Très réussi, très maitrisé
Note :

   Le narrateur, William (dit Bill) Dean, est un vieil homme qui reprend ses souvenirs depuis son enfance, si bien que j'aurais aussi bien pu dire que le narrateur était un jeune homme. Celui qui dit "Je" commence par nous parler de l'adolescent qu'il fut et auquel le hasard fit découvrir en même temps la littérature et la sexualité. Bill, qui n'a jusqu'à présent guère été un lecteur, constate avec perplexité et gène, qu'il est amoureux du beau-père que sa mère vient de lui donner. Billy n'a jamais connu son père et sa mère, qui est souffleuse dans un petit théâtre, vient de se marier avec Richard, professeur de littérature, acteur, puis metteur en scène de théâtre amateur. C'est ce Richard qui amènera Bill à la bibliothèque municipale car il estime que tout adolescent doit avoir sa carte de bibliothèque. Il lui y présentera Melle Frost, la bibliothécaire (aux USA, les bibliothécaires semblent avoir un rôle beaucoup plus dirigiste qu'ici vis à vis des jeunes) qui saura lui faire lire les romans qui le transformeront en lecteur passionné. Et Bill tombe aussitôt amoureux de Melle Frost aussi, ce qui lui paraît d'ailleurs moins saugrenu que de son beau-père, (mais reste la différence d'âge, et pas seulement).
   
   Nous suivons Bill qui grandit, qui poursuit sa scolarité dans un internat de garçons, et dont le gros problème est que, plus ses pulsions sexuelles se manifestent, moins elles lui semblent aller dans le sens qu'elles devraient avoir. Bill se met à se tracasser beaucoup pour ses "erreurs d'aiguillage amoureux" qui l'étonnent, l’embarrassent et ne lui offrent qu'un avenir d'autant plus bouché que le sujet est tabou, autant chez lui qu'au collège.
   
   Et pourtant ! Pourtant, sa famille n'est pas particulièrement stricte et le théâtre shakespearien auquel ils vouent leurs loisirs, multiplie les ambivalences sexuelles (belles pages sur les pièces de Shakespeare, très vivantes et captivantes à l'occasion des répétitions). Pourtant encore, son grand-père (patron d'une scierie, travail viril s'il en est), ne joue que des rôles de femmes, toujours déguisé. Alors que Miss Frost (à nouveau belles pages sur ses lectures conseillées par elle) continue à le fasciner. Et notre Bill, qui ne se sent pas plus homo qu'hétéro, grandit en se considérant "de sexe indécis" et en se tracassant pour "son orientation sexuelle déroutante".
   
   Nous le verrons ainsi grandir, devenir un homme, puis un homme âgé, sous les deux focales de sa sexualité particulière et de la littérature qu'il ne quittera plus car il va devenir écrivain. A travers les lectures du jeune Bill et les pièces du répertoire des troupes de théâtre, ce roman se donne une vraie dimension littéraire.
   
   Comme le dit l'auteur, c'est un livre sur la tolérance sexuelle. Ne se contentant pas de dynamiter, les classes homme-femme, en particulier avec les transsexuels (on dit "transgenre" maintenant parait-il, mais je n'aime guère les mots qui cachent au lieu de désigner), il va poursuivre de même l'intolérance des homosexuels qui méprisent les bisexuels etc. montrant par là que même ceux qui souffrent de l'ostracisme sont capables très facilement de le reproduire.
   
   Après nous avoir fait entrer dans ce milieu particulier et y avoir pris place, Bill nous fera traverser les années Sida à New York dans toute leur horreur mais sans jamais aucun larmoiement. C'est remarquablement documenté et rendu. Le drame n'est plus individuel, il prend une dimension sociale universelle. Face aux milliers de morts, le non-dit explose.
   
   Si vous avez des problèmes avec les catégorisations sexuelles, vous allez vous sentir très mal à l'aise en lisant ce roman, mais en échange, peut-être serez-vous débarrassé de vos barrières mentales une fois la dernière page tournée (on peut rêver). Si vous êtes plus tolérant que cela, vous allez le devenir encore davantage.
   
   C'est un des tout-bons romans de John Irving, un hétéro qui arrive à nous y faire croire complètement et nous montre, en creux, où est le moyen-âge.
    ↓

critique par Sibylline




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Différences
Note :

   "Je rentrais de l’École en courant pour lire ; je lisais à toute vitesse, au mépris du conseil de miss Frost"
   

   C’est Richard, le beau père de William (dit Bill) alors jeune adolescent, qui lui fait découvrir la bibliothèque de la ville. Il s’y rendra souvent car il est très attiré par Mrs Frost, la bibliothécaire. Cette dernière est d’une aide précieuse car elle lui conseille des lectures qui tiennent compte de ses demandes. Grâce à elle, il découvrira Dickens, les sœurs Brönte, Flaubert et pourra alimenter son amour des livres et de la littérature.
   
   Ce beau père qu’il adore, professeur de lettres dans la petite ville où ils habitent, fait aussi partie du club théâtre où sa mère est souffleuse. C’est d’ailleurs ainsi qu’ils se sont rencontrés. Ils y répètent une pièce de Shakespeare, quasiment en famille puisque le grand-père de William y joue aussi, affectionnant particulièrement les rôles de femmes.
   
   Mais ce qui préoccupe le plus notre jeune héros, outre le fait qu’il veut devenir écrivain (et qu’il deviendra un écrivain réputé) ce sont ses "penchants contre nature".A la fois attiré par des femmes, de préférence avec des petits seins, mais aussi par des garçons, notamment dans le lycée où il étudie, il va nous raconter son enfance, mais aussi son adolescence et son entrée dans la vie et la difficulté d’y cultiver sa "différence" .
   
   Du grand John Irving qui a décidément un formidable talent de conteur pour raconter des histoires à la fois banales et hors du commun. Avec un récit brillamment construit du début à la fin. Son livre est un beau roman sur la difficulté d’être soi, un formidable traité sur la tolérance et le respect de l’intimité de chacun.
   
   John Irving donne toujours une grande place à la sexualité dans ses romans, il le fait ici encore sans tabou, sans pudeur, sans retenue mais aussi sans vulgarité. Le sujet qu’il traite est difficile, il le fait avec intelligence, y mêlant de magnifiques portraits d’êtres humains. J’aime la façon dont il met en scène les relations entre les gens, que ce soit des relations d’amitié, de solidarité, d’amour ou de haine.
   
    Il offre enfin de magnifiques pages sur la littérature et une dernière partie plus qu’émouvante sur le drame qu’ont constitué les milliers de personnes mortes du sida dans les années 1980.
   
   A la lecture de ce roman, on comprend pourquoi les critiques sont si élogieuses.
   ↓

critique par Éléonore W.




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Une prose saisissante
Note :

   A près de 70 ans, John Irving signe un long roman sur l'identité sexuelle, la tolérance face à toutes les différences et rend un très bel hommage à la littérature (Flaubert, Dickens, Ibsen) et au théâtre. Mais c'est aussi un plaidoyer très dur sur une Amérique très puritaine et hypocrite.
   
   Son héros et personnage principal, Bill est le narrateur. Devenu un écrivain célèbre, il raconte son enfance dans une petite ville du Vermont, entre ses grands parents, sa mère, sa tante et son oncle. Une famille des années 70, peu incline à l'ouverture, qui se trouve confrontée à un problème devant l'ambiguïté sexuelle de Bill.
   Bill grandit perturbé par ses "béguins" qu'il éprouve pour des hommes, comme son beau-père Richard, mais aussi pour des femmes. Étudiant à New-York, il assumera sa bisexualité et son attirance particulière pour les transsexuelles.
   
   Irving nous entraîne dans une quête douloureuse de plus de quarante ans, pour expliquer et dire avec humour, drôlerie et intelligence le comportement sexuel. Il parvient à écrire le sexe d'une façon très crue en dressant le portrait de plein de personnages très troubles et ambigus.
   
   La première partie du livre est remplie de scènes cocasses, Irving décrit à merveille cette ambiance familiale pleine de non-dits où le théâtre occupe une place importante. Les héros de Shakespeare joués par une troupe de collégiens ou par le grand-père, grandiose sur scène en femme entrent en résonance avec l'histoire d'une manière subtile. Irving en fait un lien très fort.
   
   La seconde moitié du livre raconte les années 80, celles que l'on a appelées tristement les années Sida. L'auteur décrit la maladie, la souffrance, la fin de vie, la mort de toute une partie des personnages de son roman, la découverte de l'homosexualité que l'on ne soupçonnait pas.
   
   C'est un roman très percutant et très dur à lire qui nous emporte dans le tourbillon d'une vie chaotique.
   
   Mais avant tout, il ressort de ce roman, comme dans l’œuvre de John Irving, en dehors de l'identité et des genres, la quête d'amour. Celui que l'on donne et qu'on ne reçoit pas, celui que l'on attend toujours. Comme Bill, petit enfant, avide d'amour et d'attention maternels.
   
   C'est toujours l'enfance bousculée et souvent maltraitée par les actes d'adultes égoïstes que nous raconte l'auteur avec une prose saisissante.
    ↓

critique par Marie de La page déchirée




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A lui seul de bien beaux personnages
Note :

   Il n'y a pas meilleur écrivain qui puisse rendre toute leur normalité à des êtres humains que la nature a voulu fabriquer un poil plus différents que les autres. Irving, par sa prose, par sa finesse de propos, par sa manière de raconter efface à tout jamais un regard étonné voire choqué sur des personnes qui doivent vivre leurs différences. A chacun de ses livres, j'en ressors enchanté. Et à chaque lecture d'un de ses romans, me demander comment le charme opère.
   
   Le narrateur d'abord partage sans fard son intimité avec nous, il raconte strictement sans pathos ce qu'il vit, découvre, expérimente... Il émane de ce récit une douceur d'être humain. Et même si à l'intérieur de l'histoire, la violence est présente, elle ne rend pas la lecture pénible. Pour autant, la vraisemblance est totale. Irving fait raconter à un monsieur expérimenté, écrivain de plus de 70 années, son vécu. Rien n'est alors linéaire, on passe de moments d'adolescence à des passages à l'âge adulte. Les expériences s'enchaînent et l'on a l'impression de suivre le déroulé d'une pensée qui saute habilement d'un événement marquant à un autre.
   "Notre problème, à nous romanciers, c'est que, plus encore que le commun des mortels, quand nous suivons le fil d'une idée, même si nous n'en disons rien, nous n'arrivons pas à nous interrompre." P 160

   
   C'est là le talent de conteur d'Irving, livrer une situation ayant toutes les raisons d'être compliquée à vivre, ayant une facture qui nous la rend merveilleuse. Par ce biais, et il avoue son intention en fin de livre, il augmente notre tolérance vis à vis de personnages tel que Bill.
   
   Pour résumer, on pourrait dire que William, l'écrivain en fin de carrière, raconte la découverte de la bisexualité de Bill, ce lui-même d'il y a un moment. Pour une bonne partie du livre, nous sommes donc dans les années lycée et université de sa vie. Nous faisons connaissance d'une famille nombreuse, passionnée de théâtre puisque mère, beau père, grand père, tante et oncle participent aux représentations d'une troupe de théâtre qui accueille au gré des besoins des camarades scolaires de Bill. Commence alors une galerie de portraits tous autant attachants les uns que les autres. Je parlerai du grand-père bûcheron, aimant se travestir pour jouer des rôles de femmes, allant comme un gant au théâtre Shakespearien. Il faut citer Miss Frost, personnage à l'allure "glaçante", pivot de cette histoire, bibliothécaire amenant Bill vers la lecture salvatrice et vers d'autres horizons moins conventionnels. Et puis il y a Elaine, et l'on a l'histoire d'une amour-amitié réjouissante. Le catalogue pourrait être plus fourni mais je m'arrête là et je précise que comme à chaque roman d'Irving, chaque personnage aura sa part de roman et une part suffisante pour que l'on s'attache à eux.
   
   Le thème central est celui de la sexualité, et j'ai pensé à "Middlesex" d'Eugenides. Mais on y trouve aussi beaucoup de réflexions sur la littérature et le théâtre... On réinvestit l'univers de la lutte, déjà bien présent dans "le monde selon Garp". La fin du livre évoque la période difficile et meurtrière du Sida. Pour finir, l'évolution des mœurs vis à vis des sexualités compliquées est très bien dépeinte.
   
   "- Pas grave, nous autres écrivains, on fabule." P 331

   
   Chaque livre d'Irving est un petit trésor...
   ↓

critique par OB1




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Sexualité et tolérance
Note :

   Titre original : In One Person
   
   
   Un vieux monsieur – William Abbott (Billy) a environ 70 ans lorsqu’il se retourne sur son passé – raconte comment il a vécu sa bisexualité depuis sa prime adolescence jusqu’au moment de la narration, 2011.
   
   Le roman commence par un défi que le personnage-narrateur se lance : il deviendra écrivain et couchera avec la bibliothécaire, Miss Frost. Il vit dans une petite ville du Vermont (décor cher aux romans de John Irving) First Sister avec sa mère qui a un nouveau compagnon – professeur à l’académie de Favorite River dont il tombe amoureux. Dès lors son destin va être marqué par la lecture (compulsive de Dickens et des fameuses "Grandes Espérances") et le théâtre par les pièces – et notamment de Shakespeare - que son beau-père met en scène avec la troupe locale. Donc petit-à-petit, au fur et à mesure de ses expériences sexuelles, le narrateur se définit comme "bi".
   Bien sûr ce choix ne va pas sans heurter la sensibilité de son entourage, notamment sa mère et sa tante alors que son grand-père Harry, qui s’habille en femme pour des rôles au théâtre est plus tolérant. Car l’homosexualité est considérée comme une maladie dans l’Amérique des années 50. Il suffit, pour s’en convaincre de lire les témoignages de Lou Reed qui a subi des électrochocs pour se "guérir".
   
    Billy consulte donc les spécialistes locaux : le Dr Harlow, vieille birbe intolérante qui ne conçoit le "droit chemin" que dans l’hétérosexualité et la mère de sa meilleure amie, sorte d’orthophoniste-psychologue, Martha Hadley car Billy a des problèmes pour prononcer certains mots comme "pénis". Le personnage construit sa personnalité à travers la lecture (De Grandes Espérances, Tom Jones, Madame Bovary,et un roman de James Baldwin, Giovanni’s Room (la chambre de Giovanni) où l’auteur aborde l’homosexualité. Il se construit aussi à travers les pièces de Shakespeare que monte son beau-père où il se reconnaît dans tel ou tel personnage et où il voit son grand-père grimé en femme. Mise en abyme du travail d’écrivain (problème de langage au départ, influence d’autres écrivains, recherche du père…) le titre français explique bien ce qu’est Billy alors que l’anglais reste dans le non-dit, le fameux "understatement".
   
   Les rebuffades que Billy va rencontrer seront bien sûr du côté "conservateur" mais aussi chez les femmes et les gays. En se situant comme "bi", le personnage n’est finalement accepté nulle part. Les gays aimeraient qu’il soit totalement de leur côté, les femmes veulent "construire quelque chose" qu’il n’est pas prêt à assumer.
   
   "On this bitter-cold night in New York, in February of 1978, when I was almost thirty-six, I had already decided that my bisexuality meant I would be categorized as more unreliable than usual by straight women, while at the same time (and for the same reasons) I would never be entirely trusted by gay men."
   (Dans le froid mordant de ce soir de février 1978, lorsque j’avais trente-six ans, j’avais déjà une petite idée de ce que signifiait qu’être bisexuel, je serais considéré parmi les moins fiables par les femmes hétéro, alors qu’en même temps (et pour les mêmes raisons) je n’aurais pas tout-à-fait la confiance des homos.)

   
   Jusqu’aux années 80 où apparaît le SIDA, Billy aura encore moults problèmes de conscience- et le narrateur montrera bien qu’il vivra sa vie de "bi" contre vents et marées – puisqu’il se reproche, en voyant tous ses meilleurs amis et amants sombrer dans la maladie et mourir, de ne pas être infecté :
   ‘I wasn’t afraid of dying; I was afraid of feeling guilty, forever, because I wasn’t dying.’
   (Je n’avais pas peur de mourir ; j’avais peur de me sentir coupable à jamais puisque je ne mourais pas!)

   
   Et puis il y a le personnage de Kittredge, extrêmement complexe puisqu’il représente l’archétype du lutteur macho, le grand frère protecteur, le jeune adulte cynique. Kittredge, en tant que protagoniste, je l’avoue, m’agaçait – et là John Irving parvient à nous le rendre bien antipathique à tel point qu’on ne comprend pas l’attirance de Billy pour ce beauf. L’évolution du personnage qu’en propose l’auteur est un tour de force romanesque, notamment par les côtés obscurs qu’il révèle.
   
   Quant au style du roman lui-même, là aussi on assiste à une évolution du langage qui passe par exemple de "transsexuel" à "transgenre" de nos jours en même temps qu’une évolution de la société, Billy se retrouvant de l’autre côté de la barrière puisque c’est lui qui initie les autres non seulement à l’écriture mais aussi à devenir une personne. Là encore, plus rares sont les conservatismes mais aussi plus violents. On a l’impression tout au long du roman de lire à la fois un journal intime pris dans l’histoire des Etats-Unis représentés par la province.
   
   Un roman assez long mais d’une longueur justifiée pour faire tout aboutir. Un bon livre, à mon sens est celui dont la fin est réussie. Et c’est le cas.

critique par Mouton Noir




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Avenue des mystères - John Irving

Ce sera mieux la prochaine fois
Note :

   Le narrateur, Juan Diego Guerrero est un écrivain américain célèbre qui, l'âge venant, commence à se retirer un peu et vient de se faire offrir un long voyage aux Philippines par son meilleur élève-admirateur-collègue. Juan Diego est né au Mexique et, pauvre parmi les pauvres, il a été élevé sur une décharge dont sa famille et lui tiraient de quoi survivre jusqu'à ce qu'un accident le laisse handicapé à vie et que lui et son étonnante sœur (elle lit dans les pensées) soient adoptés par des Jésuites (pour simplifier).
   
   Bétabloquant est le mot que vous lirez le plus dans ce livre si l'on excepte les articles et les noms propres. Ces petits comprimés, certes pas anodins, mais néanmoins courants, semblent avoir fait une terrible impression sur John Irving. Est-il pharmacophobe ? Leurs effets indésirables ainsi que les multiples dangers d'un suivi irrégulier des prescriptions occupent en tout cas un grand nombre de pages. Doit-il lui-même en prendre ? Son personnage en tout cas, oui. Et, déstabilisé par le voyage, il ne le fait pas bien. D'autant qu'un autre mot de multiples fois rencontré dans ce livre est Viagra. Lui aussi ayant des effets primaires et secondaires notables, lui aussi nécessitant un usage au moins raisonné. Et, selon Irving, un usage erratique des deux ouvre la porte à toutes les aventures, mésaventures, hallucinations etc. Le lecteur s'en laissera convaincre ou non.
   
   Deux des autres mots le plus souvent rencontrés sont Vierge (sens religieux) et Religion. Et là... mais quelle idée d'aller se lancer dans ce grand examen de la religion ! J. Irving, s'armant -ce qui est dans sa nature- de la plus totale tolérance, discute à perte de vue sur ce que l'on peut reprocher à la religion, tout en montrant qu'elle est aussi aux mains de gens de bonne volonté et n'ayant donc pas du tout eux-même ces défauts... Ben voyons. Son pauvre Juan Diego non croyant, passera donc sa vie à discuter de foi et de clergé avec des croyants -sans qu'aucun des deux camps ne bouge de ses positions, comme on s'en doute- sans jamais pouvoir accéder à la suite de son évolution personnelle : à savoir penser autrement, voir ce qu'on peut faire avec une pensée libre. Il va sans dire qu'on est beaucoup dans le lieu commun et que la réflexion ne progresse pas d'un poil.
    Mais que diable Irving allait-il faire dans cette galère !
   
   A côté de cela, et parce que c'est Irving, quand même, son talent, son savoir-faire, son don pour les belles scènes et ses histoires si riches etc. Et parce qu'on veut savoir si cela ne s'arrange pas avant la fin, on reste à le lire jusqu'au bout, mais il faut quand même bien se forcer et, si ce n'avait pas été lui, je n'aurais sans doute pas dépassé la page 150. Et il y en a 515 !... et pour les moins consciencieux, je peux le dire, tout est du même tonneau.
   
   Je me dis que ce sera mieux la prochaine fois, les grands auteurs peuvent eux aussi se planter.
    ↓

critique par Sibylline




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Fabuleux Irving !
Note :

   Juan Diego a grandi en vivant sur une décharge au Mexique, avec sa petite sœur qui était capable de lire dans les pensées des autres, et dont il était le seul à comprendre le langage. Il a appris à lire en récupérant les livres mis au feu dans cette déchetterie. Il revisite cette enfance à la fois fabuleuse et misérable, dans les rêves récurrents qu’il fait alors qu’il est devenu écrivain. Sa mère était une prostituée et c’est grâce à ses parents adoptifs, des missionnaires jésuites, qu’il a pu s’installer aux Etats Unis, où il est devenu célèbre. Resté infirme suite à un accident, cet homme vieillissant a le cœur fragile et il prend des médicaments –des bétabloquants- qui sont sensés le protéger des émotions.
   
   Le décor est planté ! Chez Irving, vous tombez toujours sur de fabuleuses histoires qui vous emportent sans que vous ayez eu le temps de vous installer confortablement dans votre fauteuil. Il est le spécialiste des personnages cabossés par la vie et pourtant c’est toujours ragaillardi et plein d’espérance qu’on ressort de ses romans. Ce récit baroque, à l’écriture puissante, à la fois grave et drôle, où foisonnent des anecdotes et des personnages au destin pour le moins extraordinaire, ne fait pas exception à la règle.
   
   J’ai ouvert ce roman sur la pointe des pieds car après le talentueux "A moi seul bien des personnages" que j’avais adoré, j’avais été refroidie par les quelques critiques tièdes de ce nouvel opus. Mais j’ai été totalement subjuguée par cette histoire hors du commun, et je me dis que décidément John Irving est un merveilleux conteur, qui sait nous arracher du quotidien grâce à des personnages attachants, au cœur d’univers décalés qu’on quitte à regret. Un très grand moment de lecture.
   ↓

critique par Éléonore W.




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Ce n'est pas lui qui m'intéresse !
Note :

   "Le jour où les femmes cesseront de lire, alors, oui, ce sera la mort du roman !"
   

   Voilà longtemps que je n'avais réussi à terminer un roman de John Irving. Après l’émerveillement, l'enthousiasme, suscité par ses premiers romans, je l'avais un peu perdu de vue, échaudée par les tentatives, avortées, de pavés indigestes.
   
   Pourtant, les thèmes évoqués, les prises de position de l'auteur dans ses textes, ses propos, lors des interviews, son bureau même entrevu lors d'un reportage télévisé, tout cela me plaisait mais rien n'y faisait. Quand ça veut pas, ça veut pas.
   
   J'aimerais écrire que ça y est, j'ai renoué avec Irving, mais non. Si j'ai réussi à lire en entier ce pavé, c'est de manière fractionnée, en alternant avec d'autres romans (mauvais signe) car tout au long des pages, je me disais : "Mais pourquoi s'est-il trompé de narrateur ?" Ce n'est pas le gamin estropié qui survivait sur une décharge publique mexicaine qui est devenu romancier après une série de rebondissements dont Irving a le secret, le personnage intéressant, c'est sa sœur !
   
   On se fiche pas mal que Juan Diego Guerrero, au fil de rêveries, revive son passé, tout en jonglant dangereusement entre bêtabloquants et petites pilules bleues (qui lui permettent d'assurer auprès d'une mère et sa fille), c'est Lupe qui éclaire véritablement ce roman ! Lupe qui parle une langue incompréhensible à tous (sauf à son frère qui lui sert ainsi de traducteur, édulcorant souvent ses propos car Lupe lit dans les pensées), Lupe qui lit dans le passé, moins bien dans le futur dont la mort est annoncée très rapidement.
   
   Alors oui, il y a quelques scènes réussies (je pense ainsi au repas final troublé par un gros lézard, ou à la scène dans laquelle Juan Diego retrouve un de ses anciens harceleurs) mais au final on se demande bien quel était l'objectif de ce roman et on reste sur sa faim. Ce qui est quand même paradoxal quand on a "avalé" 528 pages.

critique par Cathulu




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