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Auteur du mois d'avril & mai 2010
Mohammed Dib

   La littérature algérienne était déjà représentée sur ce site par plusieurs auteurs dont Boualem Sansalou, Assia Djebar etc. ou plus abondamment, Yasmina Khadra, mais il y manquait la base historique, l’auteur qui marqua l’éclosion d’une littérature de ce pays et fit en sorte de lui donner corps, en particulier avec sa Trilogie Algérienne qui témoignait d’une réalité et d’un monde qui n’était pas que ce que les Européens en disaient.
   Et c’est ainsi que Mohammed Dib devint "auteur du mois".

Biographie

   Mohammed Dib, né en 1920 à Tlemcen, en Algérie, et mort le 2 mai 2003 à La-Celle-Saint-Cloud, est un des grands écrivains de langue française. Poète - Prix Stéphane Mallarmé -, romancier - Grand prix du Roman de la Ville de Paris -, essayiste, auteur de nouvelles, de contes et de pièces de théâtre, son œuvre, vaste et intense, a été couronnée par le Grand prix de la Francophonie de l'Académie française.
   
   
   
* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Bibliographie ici présente

  La grande maison
  Le métier à tisser
  Au Café
  Un été africain
  Le Talisman
  Mille hourras pour une gueuse
  Les Terrasses d’Orsol
  Le Sommeil d’Eve
  Neiges de marbre
  L'infante maure
  La nuit sauvage
  Si Diable veut
  L'enfant-jazz
  Comme un bruit d’abeilles
  Le cœur insulaire
  Laëzza
  L'incendie
 

La grande maison - Mohammed Dib

Misère…
Note :

   Premier roman publié par Mohammed Dib (1920-2003), "La grande maison" forme avec "L'incendie" et "Le métier à tisser" une trilogie algérienne qui commence en 1939.
   «Grande et vieille, elle était destinée à des locataires qu'un souci majeur d'économie dominait ; après une façade disproportionnée, donnant sur la ruelle, c'était la galerie d'entrée, large et sombre : elle s'enfonçait plus bas que la chaussée, et, faisant un coude qui préservait les femmes de la vue des passants, débouchait ensuite dans une cour à l'antique dont le centre était occupé par un bassin. A l'intérieur, on distinguait des ornements de grande taille sur les murs : des céramiques bleues à fond blanc. Une colonnade de pierre grise supportait, sur un côté de la cour, les larges galeries du premier étage.»
    Cette maison, Dar Sbitar, dans un quartier ancien de Tlemcen, c'est celle où habite Omar, un petit garçon de dix ans. Le thème de la grande maison est souvent utilisé comme une coupe significative d'une société donnée depuis les romans réalistes du XIXe siècle jusqu'à "La Ruche" de Camilo Jose Cela ou "La Vie. Mode d'emploi" de Georges Perec. Ici, c'est dans le but de montrer l'extrême misère de cette société algérienne et provinciale à travers la famille d'une veuve, Aïni, de ses enfants, Omar et ses deux sœurs, et d'une grand-mère grabataire. L'auteur explore le non-dit et les fissures psychologiques de ce monde clos et sans espoir. Mais à la fin la sirène qui annonce la guerre remue ce petit monde et le sort de sa routine: Omar en oubliera d'aller chercher le pain alors qu'Attyka «une pauvre possédée» prédit la fin du monde dans quarante jours, s'effondre au milieu de la cour: «Le quatorzième siècle! Satan! Satan!» La misère extrême se traduit par l'omniprésence de la faim qui exerce sa dictature sur leur quotidien. Attyka chante aussi «Donnez-moi de l'eau fraîche / Du miel et du pain d'orge» et plus loin Aouïcha et Mériem les deux sœurs d'Omar rêveront de couscous royal. Et quand ce n'est pas la faim c'est la chaleur estivale qui, jour et nuit, pèse sur ce petit monde, en plus de l'exploitation coloniale. La situation coloniale est aussi un thème présent dès le premier chapitre quand, à la surprise d'Omar, s'ouvre la parenthèse en arabe dans la leçon de morale de l'instituteur, M. Hassan, sur la patrie. C'est aussi l'arrestation d'Hamid qui tente d'organiser les ouvriers agricoles. L'origine espagnole d'une partie des colons, tel Gonzales le petit patron qui emploie Aïni à coudre des empeignes d'espadrilles, fait que les gamins des rues savent comment interpeller le menuisier ivrogne dans la langue de Cervantès : "borracho"! Mais toute "lingua franca" est exclue. Dans ce premier roman, que couronna le prix Fénéon, l'écriture de Mohammed Dib est d'une langue absolument classique empruntant beaucoup moins de termes arabes (ou berbères) qu'on pourrait s'y attendre vu le sujet. Surtout on ne peut ignorer cet indéniable humanisme avec lequel il nous montre ses personnages.
   
   
   
   Trilogie algérienne
   
   1 - La grande maison

   2 - L'incendie
   3 - Le métier à tisser
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critique par Mapero




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Les prémices
Note :

   Premier tome de la trilogie algérienne, ce roman a largement contribué au "lancement" de la carrière littéraire de Mohammed Dib. Saluée par le prix Fénéon, cette saga démarrait ainsi sous les projecteurs.
   
   La grande maison a un nom: Dar-Sbitar, c’est un gros immeuble misérable barré d’une grande porte monumentale mais branlante, et entourant une cour où le puits est "bien trop près des toilettes". Le bâtiment abrite des familles misérables luttant toutes de leur mieux mais sans jamais vaincre, contre la misère et la famine.
   
   Nous nous attachons ici aux pas d’Omar que nous suivrons tout au long des trois volumes. Dans ce premier tome, Omar a 11 ans, c’est un gamin qui essaie d’aller encore à l’école, lieu de tous les rackets où s’affrontent des gamins qui tous crèvent de faim. Son père est mort et sa mère livre une lutte impitoyable contre la misère, lutte qui ne lui a laissé ni douceur, ni tendresse. Elle traite rudement ses trois enfants (Omar a 2 sœurs) même si elle s’épuise à les nourrir comme elle peut. Son amour pour eux ne peut plus s’exprimer que dans cette survie qu’elle leur permet à grand peine.
   
   Et Omar grandit, découvre le monde autour de lui, le grand dénuement de la plupart, la relative ou plus assurée richesse d’autres, plus éloignés, l’inaccessibilité des Français et la révolte, cruellement matée, de quelques uns; et son esprit se forme dans ce contexte.
   
   Je crois qu’on ne peut qu’être convaincu par le tableau objectif et juste que nous dresse M. Dib. Je découvre le monde qu’il met sous mes yeux. Je ne l’avais jamais vu de cette façon. C’est de l’Algérie du début du 20ème siècle, juste avant la 2ème guerre mondiale, qu’il nous parle. En France métropolitaine non plus la vie n’était pas facile avant le Front Populaire, et Dib nous montre l’Algérie, un monde vraiment impitoyable, une révolte qui couve, inévitable. Il fallait être fou ou surtout stupide, pour penser pouvoir la museler toujours. Il aurait fallu réformer là-bas aussi, au lieu de cela, la police matait impitoyablement. Elle était la seule loi. Un peuple souffrait et luttait désespérément pour sa survie, les enfants qui survivaient grandissaient avec Omar.
   
   
   Extraits :
   
   - "C’était le commissaire. Tu as remarqué? Il avait des yeux dont les bêtes n’auraient pas voulu."
   
   Plus tard, Omar se trouve par hasard dans une salle où quelques rebelles parlent aux fellahs, il écoute
   "Un grand calme se forme en lui. Omar ne sait plus à partir de quel moment il s’est mis à écouter. Et il retrouve ou reconnaît en lui ce qui est dit.
   « A moins de mourir de faim, disent les colons, les indigènes ne veulent pas travailler. Quand ils ont gagné de quoi manger un seul jour, leur paresse les pousse à abandonner le travail. En attendant, ce sont les fellahs qui travaillent pour eux. De plus ils les volent. Ils volent les travailleurs. Et cette vie ne peut plus durer.»
   C’est ça, pense Omar (…)
   Ces paroles qui expliquent ce qui est, ce que le monde connaît et voit, c’est étrange à la vérité, qu’il se soit trouvé quelqu’un des nôtres pour les dire: de cette façon calme, nette, sans aucune hésitation.
   Notre malheur est si grand qu’on le prend pour la condition naturelle de notre peuple. Il n’y avait personne pour en témoigner, personne pour s’élever contre. C’est du moins ce que nous croyions. Et il se trouve des hommes qui en discutent devant nous, qui le désignent du doigt: «Le mal est là» Nous ne pouvons faire moins que de répondre: oui." (p. 117)

   
    Et plus tard encore:
   "Mais Omar songeait :
   On a des idées, c’est sûr. Mais elles ne sont en rien bizarres. Des id��es qu’on a assez de cette faim, que c’en est trop. On veut savoir le comment et le pourquoi des choses. C’est des idées, ça?
   C’était peut-être des idées. Là, seulement, il y avait six personnes de qui la faim rongeait la chair. On ne comptait pas les autres, les milliers et les milliers du dehors, de la ville, du pays tout entier. Forcément on avait des idées.
   - Ce n’est pas compliqué quand six personnes ont faim. La faim, c’est simple: c’est la faim, ni plus ni moins.
   Alors? Alors il voulait savoir le comment et le pourquoi de cette faim. C’était simple, en effet. Il voulait savoir le pourquoi et le comment de ceux qui mangent et de ceux qui ne mangent pas." (p. 163)

critique par Sibylline




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Le métier à tisser - Mohammed Dib

Fin d’études pour Omar
Note :

   C’est avec plaisir que j’ai retrouvé avec ce troisième opus de la trilogie algérienne, le ton du premier: "L’incendie", du moins au début. Ensuite, il m’a semblé que le récit s’enlisait un peu dans trop de longues discussions et que le doute, l’hésitation et le mal-être qu’elles exprimaient finissaient par déteindre sur le lecteur.
   
   Mais reprenons notre histoire. Ce dernier volet de la trilogie se terminera en même temps que la guerre qui, depuis sa déclaration sert de toile de fond, et l’arrivée des Américains.
   
   Omar a 13-14 ans. Il a dû renoncer aux études, la survie –la sienne et celle de sa famille- exige qu’il parvienne à gagner un peu d’argent. Comme dans les 2 volumes précédents, la misère la plus noire règne partout autour de lui. Elle empire même encore. Sous l’influence de la guerre, la misère s’accroît dans les campagnes, poussant vers les villes des hordes de mendiants mourant de faim et qu’elles ne peuvent intégrer. La mère du garçon finit par lui trouver un emploi d’aide dans un atelier de tisserands. C’est là dorénavant que nous allons le voir. Et ici encore, comme dans les précédents romans, en échange d’un travail qui leur prend tout leur temps, les ouvriers ne gagnent que de quoi survivre, engraissant un patron arabe qui ne travaille jamais et est lui-même totalement soumis aux colons. C’est le monde du travail adulte qui est ici découvert par notre Omar adolescent. Il se sépare de mère et sœurs pour se confronter à un monde d’hommes durs et assez impitoyables, d’autant plus durs qu’ils se méprisent eux-mêmes pour leur soumission à ces conditions de vie dégradantes.
   
   L’atelier des tisserands est situé dans une espèce d’entresol où les aides doivent dévider le plus rapidement possible les fils dont les liciers ont besoin. Pendant que les bras de ces derniers travaillent sans relâche, travaillent aussi leurs langues et l’atelier est rarement silencieux. En permanence s’y tiennent de longues discussions qui sont autant de lamentations sur leurs sorts et de tentatives d’expliquer le monde et leurs vies. Les tisseurs ont pleinement conscience de leur misère et ne sont pas satisfaits de leur existence, pas plus qu’ils ne sont satisfaits de l’obséquiosité qu’ils sont constamment obligés de manifester tant au patron au travail, qu’aux autorités à l’extérieur. Ils se sentent constamment humiliés de la vie qu’ils mènent et qui n’ira encore qu’en se dégradant (avec la vieillesse et l’incapacité de travailler). Les discussions reprennent sans relâche entre les velléités de révolte sans épaisseur et la soumission totale, réconfortées chez certains par du sadisme sur les aides, chez d’autres par un "C’est Dieu qui nous a ordonné de vivre ainsi." qui sous tous les climats et toutes les déités a toujours eu le même usage lénifiant.
   
   J’ai eu parfois du mal à me retrouver dans ces discussions des tisserands. Il m’a semblé que les portraits des différents protagonistes, assez nombreux quand même, n’avaient pas été campés de façon suffisamment marquante dès le début pour que le lecteur puisse ensuite identifier facilement les caractéristiques de celui qui prenait la parole en dehors des 2-3 principaux. Je m’y suis parfois un peu perdue. Vous me direz peut-être que cela tient à l’insuffisance de la lectrice et c’est vrai, n’en doutons pas, mais pas uniquement sûrement. On manque de clarté dans cet atelier-cave. A cela s’est ajoutée l’impression de ressasser – ce que font les exploités justement- même si l’auteur nous donne à voir les évolutions de quelques uns, cela se fait dans trop de verbiage à mon avis.
   C’est de tout cela qu’Omar est témoin (et victime) et c’est là qu’il fera ses Humanités.
   
   Bilan : un livre intéressant et qui se lit assez facilement, mais pas un vrai coup de cœur.
   
   
   
   Trilogie algérienne
   
   1 - La grande maison
   2 - L'incendie
   3 - Le métier à tisser

critique par Sibylline




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Au Café - Mohammed Dib

Terres rudes
Note :

   Un chômeur qui hésite à rentrer chez lui parce que totalement désargenté rencontre dans un café un homme qui sort de prison après avoir commis un crime et lui offre le thé («Au Café»). Des fellahs font l’apprentissage de la campagne électorale et des tensions qu’elle peut entraîner tandis que l’un d’eux devient père («Terres interdites»). Une indigente est jetée à la rue après avoir été soignée sans succès à l’hôpital («La petite cousine»). Des femmes invitées à un mariage papotent tandis que leurs gamins jouent et vident les plats et que la jolie mariée est condamnée par la tradition à demeurer immobile durant la réception («Un beau mariage»). Un homme est arrêté dans une rafle, en même temps qu’un travailleur émigré revenu de France; ce dernier meurt sous les coups des geôliers («Un compagnon»). Des enfants affamés attendent le retour de leur mère («L’attente»). Un riche personnage abandonne ses amis lors d’une halte dans une auberge et décide de rentrer à pied à travers la forêt qui s’avère “enchantée”; une fois chez lui il n’est plus qu’une ombre, un fantôme, un mort enfin que pleurent sa femme et ses voisins («L’héritier enchanté»). Cette septième nouvelle se démarque du réalisme des précédentes puisque le fantastique y débarque dans les dernières pages.
   
   En lisant l’édition Sindbad de 1984, — qui ne se présente pas comme une réédition — j’ai eu la surprise de retrouver des personnages d’ouvrages précédents. En rentrant dans la «cuadra» — des écuries transformées en habitations précaires — la vieille petite cousine croise Paméla, qui figure dans la nouvelle «La cuadra» du recueil «Le Talisman». Toujours malade et perdant l’espoir de la guérison, elle se dit: «Il faut que j’aille à Dar Sbitar, voir Aïni et ses enfants… » Cette femme est précisément au cœur du roman «La Grande Maison», le premier publié de l’œuvre du maître. Dans la nouvelle «L’attente» c’est elle qui tarde à revenir d’Oujda à Tlemcen où ses mômes meurent de faim en l’attendant. Aïni la pauvresse et ses trois enfants sont aussi invités au beau mariage… On est toujours heureux de retrouver les personnages d’un autre livre: c’est ainsi que j’ai découvert que l’édition de 1984 n’était pas la première… La vérité c’est que «La Grande Maison», «Le Talisman» et «Au Café» appartiennent au tout début de la carrière de Mohammed Dib, caractérisé par son écriture limpide, classique et très efficace.

critique par Mapero




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Un été africain - Mohammed Dib

Pendant les « les événements »
Note :

   Ce roman assez court (moins de 200 pages) a tout d’une pièce de théâtre. Il m’a constamment semblé y voir percer le Mohammed Dib qui s’intéressera aux planches. Les chapitres sont comme des scènes et tous les 6-7 chapitres on a bien le sentiment de changer d’acte.
   C’est la forme que M. Dib a choisie pour nous parler de ce que nous désignons tous sous le doux euphémisme d’ "Evènements", tentant d’amortir le choc de ce qui s’est passé là.
   
   Nous suivons d’une part la vie de la famille de Moukhtar Raï (père, mère, fille, grand-mère, cousin et futur époux, beau-frère) qui représente la tradition "heureuse", mais qui s’effondre. J’ai mis heureuse entre guillemets, car s’il semble que Dib nous montre que le respect des formes familiales traditionnelles assuraient un sens à la vie et le bonheur, il faut de toute façon admettre que ce temps est passé et que plus rien n’est assuré en ce domaine. Les archétypes des rôles du père, de la femme, sont en train de s’effondrer insensiblement sans que l’on n’y puisse rien. Une page se tourne dans ce milieu bourgeois qui tente de reproduire les gestes qui de tout temps jusqu’alors ont permis la reproduction de ce monde.
   
   Tandis qu’autour, et tout particulièrement dans la campagne, les "évènements" deviennent de plus en plus difficiles à ignorer. L’armée française se crispe sur ses positions coloniales et révèle la brutalité fondamentale du système tandis qu’ «insensiblement, sans combat, les insurgés (y) ont substitué leur contrôle à celui des autorités françaises, faisant tache d’huile. Un accord profond, tacite, s’est établi entre eux et la population des campagnes.»(165)
   L’on sent parfaitement, avec l’auteur que le déroulement et l’issue sont inéluctables. Une vie de misère et de soumission à l’arbitraire d’une part et une logique de domination, de ségrégation et d’exploitation de l’autre ne donne à personne le choix des rôles ni celui de l’issue. Ainsi quand des rebelles se manifestent:
   «l’armée française vint ratisser quelques jours après. Tout ce qui restait de jeunesse prit alors la montagne» (24) logique de ces Algériens qui de toute façon ne seraient jamais traités à l’égal des européens par les colons.
   
   Aujourd’hui, l’ "Algérie française" n’existe plus, mais je voudrais bien savoir ce qu’il reste du monde de Moukhtar Raï, peut-être pas grand-chose non plus, en tout cas pour ce qui est de la grandeur et du gant de velours qui couvrait la main de fer des règles traditionnelles.
   "- Nous autre femmes, nous sommes sottes par nature, et lorsque nous sommes jeunes, c’est pis que tout" (106) et c’est la grand-mère qui parle. Le servage des femmes transmis par les femmes, la vieille dame étant présentée comme digne de tous les respects, symbole de la sagesse de l’âge venant sur une vie bien menée alors qu’elle ne fait que transmettre l’asservissement qu’elle a elle-même intégré et dont cette parodie de respect n’est que le salaire.
   La famille traditionnelle n’était pas plus capable de s’adapter à la libération des femmes que les colons à la libération des Algériens.
   
   Comme le montrait ici Mohammed Dib : tout était en train de basculer.
   
   
   Une curiosité: page 138 «Il est parvenu à un âge où les livres n’ont plus de place dans les préoccupations d’un homme» et c’est le narrateur off, (l’auteur?) qui parle. Dib était encore jeune quand il a écrit cela, peut-être ignorait-il encore que cet âge n’existe pas.

critique par Sibylline




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Le Talisman - Mohammed Dib

Un bijou!
Note :

   Karmoni, un riche commerçant qui rentre ivre à la maison, a pris l’habitude de glisser des billets dans la vieille horloge murale. Un jour celle-ci est bloquée, sa femme le lui fait remarquer. D’un coup de pied il ouvre le meuble et les billets pleuvent. «Toutes ces richesses? Dieu nous ait en sa sainte garde… Ce sont ces gens-là [les esprits] qui sont passés chez nous!» dit l’épouse. Les épisodes humoristiques de ce genre ne sont pas le pain quotidien dont se nourrit Mohammed Dib témoin des temps difficiles qu’a vécus l’Algérie où il est né en 1920 et dont il a été expulsé en 1959.
   
   Ces textes brefs peignent, comme des aquarelles rapides, des scènes graves et souvent douloureuses, relativement détachées de la durée historique. Un artisan tisserand se lève en pleine nuit pour aller brûler ses ateliers, peut-être à cause d’une rumeur qui circule en ville sur un projet de partage des biens («Tandis que les oiseaux»). Dans la cour d’un bidonville, des enfants pauvres se chamaillent («La cuadra»). Un passant tente en vain de déchiffrer une pierre tombale («La dalle écrite»).
   
   Mais la majorité des nouvelles illustre les années de la guerre d’Algérie, y compris «Le Talisman» qui clôt le recueil et lui donne son nom. Un paysan rentre de nuit au village: portes et fenêtres ont été murées («La destination»). Un mari pleure sa femme arrêtée et peut-être morte sous la torture («Naëma disparue»). Un riche commerçant est retrouvé assassiné («Celui qui accorde tous les biens»). Un colon européen voit ses ouvriers agricoles l’abandonner («La Fin»). Un tueur à gages discute avec un cafetier («Le voyageur»). Un homme songe à ses talismans tandis que ses voisins sont torturés ou abattus et que son tour arrive («Le Talisman»).
   
   «Je suis revenu chez moi. Ce n’est pas un rêve, j’ai retrouvé mes montagnes. Tournant le dos au bas-pays, la dechra se découvre soudain, tapie dans une crevasse, après un méandre du chemin. Il faut quitter la route et s’en remettre au sentier de chèvres qui grimpe du fond de la vallée. Au bout, on est accueilli par cette espèce d’anse. Aussitôt on s’y sent plus isolé qu’en haute mer. Les habitations : quelques cabanes de glaise et, creusées à même la roche, des grottes qu’aveugle un mur, ce sont celles-là mêmes qui m’ont vu naître, et courir, enfant. Tout est à la fois vide, abandonné, et hanté par de muettes ombres…»
   
   Une écriture rude et sèche, comme certains textes de Giono sur la Haute Provence, telle est l’impression que donnent de nombreux passages de ces nouvelles qui ne sont généralement pas construites comme celles d’un Maupassant soucieux d’ironie et de réussir une chute, mais de communiquer une tension, la peur d’un abîme qui s’ouvrirait sous nos pas. On peut préférer cette face de l’œuvre de Mohammed Dib à d’autres plus proches du fantastique — quand il a choisi de ne plus être le témoin d’un instant. Du moins est-ce mon choix.

critique par Mapero




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Mille hourras pour une gueuse - Mohammed Dib

Applaudissements polis
Note :

   Cette pièce a été créée au festival d'Avignon en 1977. On y retrouve les personnages de son roman de 1968 «La danse du roi». Autour d'une femme, Arfia, se retrouvent plusieurs personnages masculins qu'on ne sait trop identifier à des rôles précis… L'action évoque les maquis et l'après-guerre. Une nuit, Slim, blessé, a été abandonné par Arfia à qui d'autres actions peuvent être reprochées par la suite, comme de voler Wassem, devenu écrivain public, devant la porte close de la demeure d'un riche. Quand cette porte s'ouvre on ne découvre pas une villa mais une décharge où Slim et d'anciens maquisards sont semble-t-il mourants. Arfia est arrêtée par les miliciens. Cette pièce ambiguë, divisée en cinq séquences, me fait au mieux penser à du sous-Beckett. Si la gueuse est Arfia, la seule femme de la pièce, on ne voit pas pourquoi on pousserait pour elle tous ces hourras… En 4e de couverture de l'édition du Seuil de 1980, Mohammed Dib a voulu préciser ses intentions:
   
   «Schéhérazade des bas-fonds, selon l'heureuse expression d'un critique, Arfia donne la comédie à de pauvres diables en recréant des épisodes de sa vie au maquis (algérien). Quelle est la part de l'invention et celle du réellement vécu dans ses évocations burlesques et terribles? Difficile à savoir. Le problème n'est pas là.
   A ce passé répond le présent. Arfia partage la méchante existence des miséreux qui se rassasient chaque soir de son spectacle. Mais un soir, tout se confond tragiquement, présent et passé, affabulation et réalité. Qu'est-il arrivé? Difficile à savoir. Le problème est là.
   On peut présenter ainsi cette pièce.
   On pourrait y voir aussi une tentative de théâtre différent par le fait que la parole y produit les personnages, les événements, qu'elle est le lieu de l'action et de l'Histoire, et non l'inverse comme cela se passe d'habitude. Ce qui importe alors, c'est d'observer comment cette parole se met elle-même en scène en vue d'un sens — pas toujours sûr.»

critique par Mapero




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Les Terrasses d’Orsol - Mohammed Dib

Un exilé en perdition
Note :

   Poussé par l’épreuve de la maladie et la dissolution de son mariage, le narrateur de ce premier roman nordique de Mohammed Dib s’est résolu à quitter Orsol, sa ville natale, "la grandeur de ces nuits lessivées de lune sur [ses] blanches et tranquilles terrasses! Et les effluves de jasmin, ces effluves qui les hantent comme un secret lancinant jusqu’à ce que déferle avec l’aube l’odeur nue, aérée du large. Souffles et parfums, ainsi que la violente risée de bonheur qu’ils vident sur la terre (…)" (pp. 87-88) , et son poste d’enseignant à l’université – son récit ne se départit d’ailleurs jamais d’une pointe de préciosité et même de pédanterie, trace sans doute de son ancien emploi -, pour une mission de longue durée dans la ville lointaine de Jarbher. Sa nouvelle vie s’y était d’ailleurs ouverte sous le signe d’un enthousiasme sans faille pour la gravité bienveillante de ses nouveaux concitoyens, et pour l’atmosphère sereine de leur cité, au point que notre héros se laisse emporter à constater: "En fait hors de cet endroit, personne ne connaît la vie dans sa vérité, ni dans cette vie la joie de vivre." (p. 37)
   
   Et pourtant… Quelque soit l’enthousiasme de notre guide, Jarbher ne semble pas pouvoir faire exception au proverbe selon lequel toute médaille doit avoir son revers. L’envers de la ville si ordonnée se révèle en l’occurrence un véritable gouffre poussant son dédale sous ses rues, ouvrant sur la mer et ses flots grondants et peuplé de créatures étranges. Et à mesure que le temps passe et que les premiers mois d’apprentissage et de découverte cèdent le pas à une période de stagnation, à ce moment où le visiteur comprenant qu’il ne peut pas pénétrer plus avant l’esprit du lieu et de ses habitants, achoppe sur le caillou de l’incommunicabilité, cette face cachée s’impose comme une véritable obsession pour notre héros, et comme le révélateur des métamorphoses que subit sa personnalité, à chaque jour plus incertaine, sous les effets conjugués de l’exil et de la solitude.
   
   L’argument des "Terrasses d’Orsol" est au fond aussi simple que cela. C’est le récit, sous une forme extrêmement élaborée et poétique, et que des commentaires de l’auteur - que seul distingue l’usage de l’italique - viennent encore régulièrement recadrer, de la transformation d’un homme déraciné qui perd insensiblement ses repères, sa mémoire et, enfin, jusqu’à ce qui fait le cœur de son identité. Un récit allégorique où le lecteur finit, il faut bien l’avouer, par se perdre à son tour à mesure que ses fondements-mêmes - les émotions du héros et son expérience de l’exil - se trouvent dissimulés sous les voiles d’une songerie de plus en plus fluctuante, noyée de métaphores et de symboles au sens de plus en plus incertain. C’est un récit, enfin, dont la conclusion, brutale et hallucinée, laisse penser que l’auteur lui aussi en a quelque peu perdu le fil, nous livrant, plutôt qu’un roman dans les règles de l’art – et qu’y a-t-il d’étonnant à cela puisque Mohammed Dib était aussi poète, et peut-être même était-il poète avant d’être romancier? -, un long, un très long poème, reflet d’une expérience si personnelle, intime et incommunicable qu’elle ne cesse de lui échapper en dépit de tous ses efforts pour la fixer sur le papier.
   
   Extrait:
   
   "Je touche le parapet de pierre blanche, je m’y tiens. Il m’arrive à la taille. Je me plonge dans la contemplation de l’océan. A croire que je suis venu pour ça. Mais c’est que toute la lumière est là, liquéfiée. Un infini de lumière et il déroule ses lourds plis brillants, ne cesse de se mouvoir, de se rapprocher sans jamais arriver. Médusé par ce spectacle Il était partagé entre ce qu’il voyait dehors, cette lumière, cette malédiction, et ce qu’il voyait en dedans, le même lumière, la même malédiction, je reste là. Malgré moi pourtant mes yeux se mettent à chercher, à fureter, vont d’un coin à un autre, entreprennent ce pour quoi je suis de retour en ces lieux. Et que fait l’océan pendant ce temps, il joue. Je le considère, intrigué mais à moitié seulement, étonné mais seulement à moitié : à quel jeu joue-t-il?Il appelle, dirait-on, n’en finit pas d’appeler. Qui pourrait-il appeler, ou quoi?Attirer l’attention, c’est ce qu’il veut? Il fixe sur moi des yeux presque humains, des yeux par milliers, il en est couvert, je ne me vois pas scruté par cette folle quantité d’yeux épars. Ou il essaye de calmer, d’endormir en lui quelque chose qui le travaille et il laisse aller ses regards dans tous les sens, c’est ça, une chose qui demeurera toujours inconnue de nous." (pp. 13-14)

   
   Trilogie nordique
   
   1 - "Les Terrasses d’Orsol"

   2 - Le Sommeil d’Eve
   3 - Neiges de marbre
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critique par Fée Carabine




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Fascination, envoûtement, frustration
Note :

    «A la dernière page de ce roman, Eid, le héros a tout oublié. Et d'abord il a oublié son nom. Il a été envoyé à l'étranger, en mission par son gouvernement. Il l'a oublié aussi. Et oublié pourquoi. Il a, dans l'opulente ville, nommée Jarbher, où il est chargé d'exercer ses activités, surpris un secret, un terrible secret. Il l'a oublié. Et oublié qu'on le paie, et qu'il a chèrement payé pour cela. Oublié qu'il a dans cette même ville rencontré une femme extraordinaire et oublié toute l'aventure, extraordinaire, elle aussi. Il a tout oublié. Oublié jusqu'à l'exil où désormais il vit sans mémoire. Lui-même, son pays semble l'avoir oublié, là. Il se souvient juste d'un titre de film et d'un prénom féminin. Tout à la fin. Qu'est-il arrivé à cet homme.» ( Quatrième de couverture d'une édition antérieure)”
   
   Dès les premières lignes, je suis rassurée par l'écriture simple et fluide, mon assurance est éphémère; je découvre presque du même coup un propos obscur, abstrait, tout à fait mystérieux... Je persiste; le lyrisme de l'auteur de par sa qualité est tour à tour fascinant, envoûtant, même s'il ne dévoile que très peu où il nous entraîne... et tout à fait à mon insu je suis entièrement happée dans une forme de suspense, le même en fait que le narrateur, je désire autant que lui connaître la nature de cette fosse d'horreurs dont il fait la découverte et qui l'obsède... et ce, à mi-lecture du livre, que soit dit en passant, j'ai lu tout d'une traite en une après-midi... L'entreprise d'Eïd n'est pas tant de découvrir le secret, puisque la fosse est une évidence incontournable et non cachée, mais de lui donner un nom. De ses interlocuteurs jarbherois qui évitent de lui répondre, Eïd ne cherche pas tant à apprendre la chose, qu'il connaît, qu'à les amener à lui donner un nom en l'identifiant. L'identification elle-même n'est qu'un prétexte, puisqu'on verra qu'Eïd a compris comme nous, dès le début, que ce sont des hommes qui se meuvent lentement dans cette fosse...
   
   Lorsque je reprends ma lecture, la narration s'égare complètement de tout propos rationnel, celle-ci, jusqu'à la fin du livre, nage en plein surréalisme qui me devient dès lors totalement inaccessible. Par delà le réalisme auquel je semble désirer vouloir réduire l'écriture de l'auteur, j'aimerais au moins être capable de communier, fut-ce minimalement, au sens de cette écriture, si belle soit-elle...
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critique par Françoise




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Kafka maghrébin?
Note :

   Comment dit-on "nuit et brouillard" en algérien? Comment dit-on mauvais rêve et perdition? S’il y avait des clés pour interpréter ces «Terrasses d’Orsol», je les cherche encore désespérément! Des clés – ou une au moins – il doit bien en avoir, sinon …? On nage dans ce roman en plein onirisme brouillardeux, ou cauchemar comateux, comme on voudra. Pas de début, pas de fin, rien pour se repérer ou à quoi se raccrocher.
   «Je venais à peine de faire quelques pas là-dedans, je n’avais accompli que ces quelques pas, et il m’a sauté dessus avec une force et une soudaineté à en demeurer étourdi, le silence qui y plane, y règne. Je l’avais oublié, ce silence. Il émerge de terre comme émergerait une source au beau milieu d’un salon si une incongruité de ce genre avait jamais la chance de se produire. Et j’ai marché dans cet écheveau de couloirs entortillés, j’en ai sondé, exploré les profondeurs, je ne pourrais pas dire combien de rues, de défilés, j’avançais dans un sens et aussitôt j’avais l’impression de me tromper, j’allais dans l’autre, et j’avais encore l’impression de me tromper. Des impasses, des impasses, partout. J’avais le sentiment en fait de me perdre, de sombrer surtout dans leur silence qui allait s’enflant, augmentant et occulte hissait autour de moi ses nappes secrètes, unies. Ses nappes à l’équilibre parfait.»

   
   Soit un individu, Ed, Eid ( ?), de Orsol – ville, pays? – envoyé par son pays comme en mission d’information à Jarbher, pour en faire remonter des rapports sur – la ville, le pays? Ce Ed est obsédé tout au long du roman, qui décrit un laps de temps qu’on ne saurait estimer, par un spectacle qui le laisse coi et en état de sidération. En bord de mer, du haut d’une terrasse, au bord de ce qui est décrit comme une fosse et qui pourrait n’être que des rochers à marée basse, il voit, ou croit voir, des êtres à la quasi-immobilité hypnotisante, monstrueux, décrits alternativement comme des reptiles, des pachydermes, qu’on pourrait imaginer comme morses ou iguanes.
   
   Lui seul – mais il n’en est pas sûr, semblerait les voir, être conscient de leur présence. Et ceci constitue comme un secret, un secret d’état, l’obsession de ses jours et ses nuits. Il semble avoir conscience que se joue là, le concernant, sa vie ou au moins sa liberté.
   
   Restera à la fin une femme, qui ne semble être ni sa femme ni sa fille, restées au pays (décidément chez Dib, les hommes quittent fréquemment femmes et filles, cf «L’infante maure»!), (mais Jarbher et Orsol ne sont-ils pas en fait le même pays?), et qui semblera son seul lien avec la vie, avec la raison. Une raison dont on peut légitimement douter au final.
   
   Les amateurs d’onirisme y trouveront peut-être leur compte. Pour ma part, j’ai besoin d’un minimum de points d’accroche qui m’ont singulièrement manqué. L’impression d’avoir traversé ce roman comme on traverserait une ville inconnue plongée dans un brouillard et sans but ni raison.

critique par Tistou




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Le Sommeil d’Eve - Mohammed Dib

Deux hommes et une femme, entre France et Finlande
Note :

   Récit à deux voix d’une passion amoureuse – et d’ailleurs adultère - aux prises avec les obligations de la maternité et avec les lois implacables de la géographie et des différences culturelles, "Le Sommeil d’Eve" donne la parole tour à tour à chacun des deux amants: Faïna la Finlandaise et Solh l’Algérien. Ce deuxième volet de sa trilogie nordique offre donc à Mohammed Dib la possibilité de revenir, sur un mode sans doute plus facile d’accès, et certainement plus concret, sur quelques uns des thèmes abordés dans le premier volume de cette trilogie, "Les Terrasses d’Orsol": le déracinement bien sûr, dont nos héros installés en France font tous deux l’expérience, mais aussi l’incommunicabilité qui se manifeste à travers leurs deux récits, et leurs perceptions parfois contradictoires d’un même événement.
   Mais parce qu’il est contraire à l’ordre, l’amour de Faïna et de Solh est aussi pour eux le temps d’une exploration de la part la plus sombre, animale, la part la plus sauvage de leur être: une exploration tout à la fois douloureuse et dangereuse, menant aux confins de la mélancolie la plus noire et de la dépression, et qui ouvre peut-être bien sur une voie sans issue, mais que Mohammed Dib pare ici de toute la poésie, tout le merveilleux inquiétant des rêves. Une exploration dont le seul fruit durable n’est peut-être rien d’autre que l’éclat d’une beauté inattendue, dans le sommeil de Faïna sous le regard de Solh: "Dans le sommeil, la beauté revient le mieux, le plus à soi, se montre le mieux, le plus à nu. L’état de veille lui est invariablement une torture. Ce n’est que dormant du sommeil d’Eve qu’elle s’abandonne aux mains de la joie. De sa joie." (p. 172)
   
   Extrait:
   "Jamais je n’ai eu plus l’impression d’être étrangère en ce monde, - inutile aussi, mal tombée. J’avais escompté que la naissance du bébé y changerait quelque chose. Rien de tel ne s’est produit. Au fur et à mesure qu’il grandit, je me prends à oublier qu’il est de ma chair. Je l’aime comme on aime un tendre petit animal sans protection, vulnérable. Mais sentir nos deux existences fondues comme au début, non, c’est fini. Nous formions alors une même pâte, nous n’étions que cette pâte. Une situation neuve pour moi, à l’époque, et qui me plongeait dans des abîmes d’étonnement, de trouble. L’arrivée d’Oleg, mes occupations à l’extérieur, le temps qui passe et ne se rattrape pas, ont accompli leur œuvre d’usure. Le fait sans doute aussi que Lex commence à manifester son indépendance, notamment par des cris aigus, tout à coup péremptoires. Il devient quelqu’un d’autre." (pp. 47-48)

   
   
   Trilogie nordique
   
   1 - "Les Terrasses d’Orsol"
   2 - Le Sommeil d’Eve
   3 - Neiges de marbre
   ↓

critique par Fée Carabine




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Se perdre dans ses rêves...
Note :

   «Le sommeil d'Eve, c'est la nuit de Loup qui viendra prendre possession de Faïna, l'héroïne de ce roman. Elle croit aimer Solh. Mais c'est ce loup qu'elle aime, car Solh n'a rien de commun avec un loup. (Sait-on jamais ce qu'on est? Mais le loup, sait-il qu'il est un loup?) Et Faïna rencontre la folie. Ils parlent chacun, elle ou lui, pour soi et en l'absence de l'autre. Parfois ils se perdent dans le labyrinthe de leur parole. Parfois sa parole à elle fait de loin écho à sa parole à lui, ou vice versa. Ils se sont parlé aussi, à des moments, mais non pas au moment où ils disent leur histoire. Le sommeil d'Eve, c'est le roman d'une possédée.»
   
   
   Ce texte de quatrième de couverture fait référence à une édition épuisée ou non disponible de ce titre. Aussi obscure et hermétique cette description puisse-t-elle être, elle ne l'est pas plus ou moins que l'oeuvre qu'elle dépeint...
   
   J'ai aussi lu parmi les recherches que j'ai effectuées dans le but de trouver une formulation exprimant tant soit peu les impressions retenues de cette lecture, une analyse exhaustive d'Aguicha Hilliard intitulée: "Le Sommeil d'Ève de Mohammed Dib: Une anatomie de l'amour", de laquelle je cite:
   "Certains critiques ont lu «Le Sommeil d'Ève» comme un roman d'amour-passion, qui va jusqu'à l'obsession destructrice. D'autres, soulignant l'aspect mystique de cet amour, considèrent le roman comme une forme d'initiation mystique dans la tradition soufie, où la femme joue un rôle décisif dans le salut de l'homme."

   
   Je cite ce passage car j'acquiesce avec le fait qu'il s'agisse du récit minimal et tragique d'un amour-passion; l'histoire banale en somme, d'une femme finnoise, mariée, enceinte et qui vit donc parallèlement à cette obsession proche de l'envoûtement, les jouissances et les affres d'une première maternité et qui sombre finalement dans la folie...; et d'un homme, mathématicien travaillant à l'étranger, ostracisé de par ses origines arabes ou musulmanes, de par ses yeux sombres... et qui fume le cigare. J'acquiesce aussi avec l'impression, pour moi, agaçante, souvent déplaisante d'un propos soutenu, même si sous-entendu, teinté de mysticisme religieux..., sauf une ou deux allusions littéralement directes à la religion.
   
   "Le Sommeil d'Ève", un livre en prose très poétique, d'une grande intensité..., la rencontre d’une femme avec son destin.
   
   Une héroïne qui se perd dans ses rêves, abandonnant progressivement la réalité et une humble lectrice qui se heurte encore une fois, à un propos trop obscur, trop énigmatique pour être véritablement accessible et apprécié.

critique par Françoise




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Neiges de marbre - Mohammed Dib

La petite fille venue du froid
Note :

   Dernier volet de la trilogie nordique, ce roman a comme décor le climat neigeux des pays d’Europe du Nord. Le narrateur est un traducteur exilé de son pays du Sud et marié avec une femme russe. Sa relation avec sa petite fille Lyyl est particulière. Père et fille parlent leur propre langage, mais sont capables de se comprendre et alimenter une conversation significative.
   
   «Et les discours qu’elle me tient en même temps. Pour ne pas les comprendre il faudrait être bête à manger du foin. Je n’ai même pas à savoir les mots. Je lis simplement sur son visage. Et son visage se multiplie: amusé, surpris, dubitatif, concentré, heureux, malheureux, excité…»
   
   Le texte intimiste est d’ailleurs traversé par des méditations sur le langage et la quête de communiquer la subtilité des émotions humaines. Au même moment que le père développe son habileté à communiquer avec sa fille, sa relation avec sa femme s’étiole, les deux époux se retranchent dans le mutisme et il devient impossible de trouver les mots pour rescaper le couple.
   
    «Et le temps s’occupe de nous vivre. Le temps que je me suis adjoint comme complice pour qu’il achève notre amour, lui donne le coup de grâce.»
   
   Les thèmes des différences culturelles, du matriarcat et de l’aliénation sont abordés en sourdine. La majorité du roman est consacrée à l’admiration contemplative de cette petite fille précoce. Elle est la vedette. Elle est tout simplement charmante avec ses questions naïves et son ami imaginaire Nikki. C’est une fillette adorée et divinisée. Cette dévotion aurait pu être agaçante. Elle ne l’est pas car Dib arrive à traduire de manière juste toute la tendresse du père.
   
   Je retiens surtout de ce roman, la finesse dans le traitement d’un sujet qui se prête souvent au voyeurisme; la déchirure du couple. Rares sont les auteurs qui lui accordent autant de pudeur et d’élégance.
   
   
   Trilogie nordique
   
   1 - "Les Terrasses d’Orsol"
   2 - Le Sommeil d’Eve
   3 - Neiges de marbre
   ↓

critique par Benjamin Aaro




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«Il était une fois une petite fille…»
Note :

   Histoire d’un couple mixte - elle est du Nord, lui vient du Sud - qui se déchire après s’être aimé, renvoyant un homme à son exil et sa solitude, "Neiges de marbre" referme la boucle tracée par Mohammed Dib dans les deux premiers volets de sa trilogie nordique: le long poème du déracinement et de la lente dissolution d’une identité dans "Les Terrasses d’Orsol" et le récit d’une passion amoureuse nouée par-delà l’ordre social et les distances géographiques et culturelles dans "Le Sommeil d’Eve".
   
   Mais plus encore que le récit de la fin d’un amour entre un homme et une femme, "Neiges de marbre" est le récit d’un amour entre un homme et sa fille - une toute petite fille encore et déjà un redoutable petit bout de femme -, qu’il ne voit que trop rarement: l’enfant est élevée par sa mère et sa grand-mère dans leur pays, la Finlande, où le père, étranger, ne peut séjourner, à chacune de ses visites, que pour un temps limité. Par-delà les barrières imposées par la différence de langue et les longues séparations, ce troisième volume de la trilogie nordique est donc avant tout une plongée dans l’intimité complice d’un père et de sa petite Lyyl (prononcez Lûûl) aux yeux d’ambre, les jeux qu’ils partagent, les fous rires, les contes qu’il lui lit ou ceux qu’il invente pour elle.
   
   C’est un bijou de poésie, de fantaisie et d’inventivité, où même le cabas de la grand-mère se métamorphose en chapeau de prestidigitateur, "Du même cabas, à présent, la vieille dame extirpe trois livres, trois albums dont Lyyl ne se sépare jamais. Impossible de garantir ce qu’on peut voir apparaître de ce cabas: deux douzaines d’œufs, sait-on, un bouquet de roses, sait-on, un dragon crachant des flammes, la lune peut-être; une chose à la suite de l’autre ou toutes ensemble à tout moment et toutes aussi impossibles." (p. 13), laissant penser que Mohammed Dib a pu être, aussi, un merveilleux auteur de livres pour enfants. Et surtout, c’est un livre tout de pudeur et de tendresse retenue, sans la plus petite trace de mièvrerie: magnifique et bouleversant, tout simplement.
   
   
   Extrait:
   
   "Mais ce qu’on dit, ce qu’on fait, c’est toujours une histoire, ce qu’on voit, ce qu’on est, une histoire qui n’en finit pas de se raconter elle-même. Dans leurs va-et-vient, les hirondelles se font aiguilles et elles cousent toutes seules l’histoire, je veux dire sans aucune main pour les tenir. C’est comme ça. Elles cousent, elles cousent. Si bien qu’on ne sait pas quand elles vont s’arrêter. Peut-être pas avant des heures, une heure après l’autre pour faire un jour. Et peut-être qu’avec leur fil invisible elles cousent les feuilles aux arbres, les maisons aux maisons, les nuages au ciel, elles cousent le monde, elles en raccommodent les trous, c’est leur dentelle. En attendant, elles cousent et rient entre elles." (p. 38)

critique par Fée Carabine




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L'infante maure - Mohammed Dib

Identité perdue, identité multiple
Note :

   Lyyli Belle est la petite fille d’une maman … nordique, et d’un papa maghrébin. Elle vit en … pays nordique, au bord d’une forêt, et se sent écartelée entre deux cultures qu’elle constate différentes. Ses problèmes de repérage sont d’autant plus difficiles à résoudre que son papa présente la fâcheuse habitude de partir – pour son pays? pourquoi?, ce n’est pas dit dans la chanson – et de revenir. Mais de partir, surtout. Surtout, aux yeux de Lyyli.
   
   Lyyli Belle grimpe donc dans les arbres où elle trouve refuge et semble attirée par la danse, comme sa maman. On n’en saura pas beaucoup sur un plan concret. Se mêle après beaucoup d’onirisme à tout ceci, qui n’éclaire pas vraiment. Mohamed Dib parvient tout de même à nous faire toucher du doigt le malaise de Lyyli Belle, à cheval sur ces deux cultures: la culture de la neige du Nord de l’Europe et celle du sable du désert infini (encore que le désert, ce soit plutôt le reg; des cailloux et encore des cailloux …).
   
   Le style est agréable. Mohamed peut raconter une histoire et certainement nous emmener très loin. Il préfère entamer l’histoire et la lâcher pour donner libre cours à du fantasme, de l’onirique, qui me paraissent à moi un peu philosophie facile, du genre à n’engager que ceux qui lui apportent leur foi. Dommage! J’aurais préféré en savoir davantage sur Lyyli Belle et ce père qui, tout perclus d’amour qu’il semble être pour sa fille – et sa femme – quitte tout ce beau monde.
   
   «Les visages: des lampes qu’on allume d’un simple regard jeté sur eux. Sinon ils s’éteignent. Celui de maman brille de tout son éclat pour l’instant.
   Tu as assez roucoulé, assez brillé, maman. N’exagère pas. Je dis du coup:
   - Papa, si tu pars chaque fois comme tu le fais, alors pars une bonne fois pour toutes ou reste une bonne fois pour toutes.
   Le visage de maman cesse d’éclairer. Il n’est qu’un point d’interrogation qui nous interroge.
   Papa m’observe en pleins yeux, en plein moi. Je l’observe pareil. A ce qu’il semble, il n’est pas mal de sa personne. Mais comment il est, de grâce ne me le demandez pas, je ne saurai pas le dire. Maman reporte sur moi sa faculté d’attention retrouvée, puis sur papa, puis sur moi, puis de nouveau sur papa.
   Elle n’a toujours pas l’air de comprendre. Elle doit penser: ce qui se montre cache toujours quelque chose, ce qui se dit aussi.
   Et papa déclare, lui :
   - Le moment où je ne peux plus rester quelque part, je le vois arriver, et je ne réponds plus de moi.
   Son regard déjà se fixe là où il ira. Il ne me voit plus.»

   
   Plutôt pessimiste dans l’ensemble, et semblant condamner par avance les situations de double culture.

critique par Tistou




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La nuit sauvage - Mohammed Dib

13 nouvelles
Note :

   Treize nouvelles frappées le plus souvent au sceau de la terre nourricière: l’Algérie. Quelques moments qu’on pressent d’une sincérité absolue pour cet auteur à coup sûr déchiré par l’Histoire.
   Aux fins souvent tragiques, comme celle, éponyme, en relation avec un acte de terrorisme dans un pays qui s’appelait encore l’Algérie Française. Mohamed Dib me donne l’impression d’être plus à l’aise avec le format de la nouvelle qu’avec celui du roman – opinion toute personnelle (!).
   On retrouve dans ce recueil dans deux nouvelles, les prémices, les ébauches, les «retours sur écriture» (?) d’au moins deux romans de Dib:
   - «La petite fille dans les arbres» est en relation très claire avec «L’infante maure». Personnage similaire dans le même cadre et à la même problématique. «La nuit sauvage» fut éditée en 1995. «L’infante maure» en 1994. Reste la possibilité que ces treize nouvelles aient été écrites sur un long laps de temps, et notamment «La petite fille dans les arbres» en ébauche de «L’infante maure». C’est ce que je croirais plutôt.
   - Idem pour «Talilo est mort» où, curieusement, au détour d’une ligne on peut lire:
   « Les destinataires ne varient jamais: ce sont des bureaux ministériels, là-bas, dans une ville appelée Orsol.»

   Orsol, un clin d’œil, une allusion très claire au roman «Les terrasses d’Orsol». Même genre d’ambiance et d’atmosphère d’ailleurs, dans le flou aux limites de la folie douce … «Les terrasses d’Orsol» datent de 1985. Dans ce cas je pencherais plutôt pour le clin d’œil plutôt que l’ébauche, et pas qu’à cause de la date…
   Certaines nouvelles sont plus fortes que d’autres, évidemment il y a toujours des points plus faibles dans ce genre de recueil. Ressortent:
   - « L’œil du chasseur », une histoire d’amour et de mort, en Algérie, plus proche là-aussi de la folie, ou du moins de l’acte fou.
   - « La déviation », en Algérie toujours, bizarre cauchemar qui m’a évoqué «Cul de sac» (ou «Piège nuptial») de Douglas Kennedy, dans l’atmosphère et le décalage sociétal qui est évoqué.
   - « La nuit sauvage », terrorisme et engrenage de la violence, terrorisme ou «comment faire autrement?».
   - «Le Français d’Amria», curieuse évocation de l’après-indépendance algérienne et du drame de tous les déchirements …
   - «Paquita ou le regard ravi», horrible histoire et drame de la pauvreté et de son exploitation. Aux confins du trafic d’organes, de l’esclavagisme. Histoire d’une décision terrible et irrévocable qui condamne ceux qui l’ont prise aux remords éternels.
   - « Une partie de dés », qui dans la description du patio où va se dérouler cette partie tragique m’a fait irrésistiblement penser aux «Trois dames de la Kasbah» de Pierre Loti. Même finesse dans l’évocation de l’habitat qui vous l’imprime dans la mémoire parce que «Les trois dames de la Kasbah» … ce n’était pas hier!
   
   Un très beau recueil qui en dit long sur l’homme Dib et sa complexité.

critique par Tistou




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Si Diable veut - Mohammed Dib

…et le Diable peut!
Note :

   Grand prix de l'Académie Française, Mohammed Dib sait associer le réalisme le plus cruel à l'onirisme poétique. Sa phrase, tantôt incisive, tantôt lyrique, investit diverses formes narratives dont le romancier varie la typographie. L'intrigue est simple, surtout psychologique; la richesse de la construction romanesque tient aux descriptions du milieu vu par les yeux des personnages, à leurs comportements et à leurs représentations mentales.
   
   Né en Algérie, Ymran a émigré enfant avec sa famille vers "un univers maudit", une banlieue parisienne de "tours délabrées": "le fracas des chasses d'eau, les clabaudages des radios", "le pays d'accueil n'avait à leur offrir que cela". Mais, afin d'accomplir l'ultime voeu de sa mère mourante, — "tu retourneras chez nous pour moi" —, Ymran revient chez son oncle et sa tante à Tadart, son village de l'Algérie profonde. Les traditions et les croyances y restent vivaces mais le jeune homme en ignore tout et ne sait se comporter selon les codes et les rituels. Il bouleverse malgré lui la vie des villageois qui voient en lui "l'impie porteur de malédiction", l'incarnation du Diable. Depuis son arrivée, tout se dérègle: "un mal est à l'oeuvre". Quand le printemps et la pluie tardent à venir au pied de ces montagnes "dans leur haïk de neige", les vieux ont coutume de rendre un chien à la vie sauvage pour faire pleuvoir: aucun jamais n'est revenu. Or, attirés cette année-là par le sang de la fête du mouton, ils sont de retour et, semblables à des loups, agressent deux villageois... Finalement Ymran repartira-t-il? Vers "le pays auquel il appartient; là bas où il se doit d'être" selon son oncle.
   
   Mohammed Dib donne à réfléchir sur l'impossible retour d'un jeune émigré dans son pays d'origine si ses parents ne lui en ont pas transmis la culture et les valeurs: "il n'a pas pris racine dans le pays. Ça ne va pas de soi". L'auteur incite également à méditer sur la condition humaine. Ces vieux villageois, taiseux et solitaires, attendent "dans la main de Dieu": on ne choisit pas sa vie, "elle vous mène plus que vous ne la menez"; dans la main du diable aussi, car le mal est en l'homme: Ymran lui-même a conscience de ce qui "noir en (lui), cherche qui dévorer". Les Invisibles, les esprits des morts, dont les voix sans cesse parlent aux vivants, leur rappellent que la liberté reste une illusion. Ymran est encore plein de "la rage qui (le) fait vouloir être ailleurs": il apprendra que nul ne peut lutter contre son destin .
   
   En confrontant ce jeune émigré aux vieux villageois algériens, Mohammed Dib décentre le regard du lecteur pour mieux le recentrer sur les questions humaines essentielles: "Peut-être l'homme est-il le seul animal à savoir qu'il y a la mort. Mais aucunement plus que l'animal il ne sait ce qu'est la mort".

critique par Kate




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L'enfant-jazz - Mohammed Dib

Quelques notes de poésie
Note :

   En trois parties, «Ici», «Ailleurs» et «La Guerre», Mohammed Dib nous donne à lire un recueil de poèmes qui ont en commun d’être brefs: des vers courts, octosyllabes tout au plus, majoritairement terminés par un point, et formant des strophes de trois ou quatre vers.
   
   Comme le titre le laisse prévoir, le thème de l’enfance caractérise l’ensemble du recueil. On y trouve des historiettes isolées, plus souvent des esquisses, avec force répétitions comme dans les comptines. Le poème «Le ballon» illustre assez bien sa manière:
   
   Il dessina un ballon.
   Du doigt il le creva.
   Quel plouf cela fit !
   
   Il en dessina un autre.
   Il le chercha du regard.
   Le ballon s’était envolé.
   
   Il en dessina un autre.
   Il le chercha du regard.
   Chercha encore. Rien.
   
   Il leva les yeux.
   Il vit un trou béant.
   Il ferma les yeux.

   
   
   Par contre, «La Guerre» enchaîne ouvertement des poèmes numérotés. L'auteur a vécu en Algérie les premières années de la guerre d'indépendance. Ce poème comporte quelques images fortes:
   
   La nuit compta les balles.
    Le jour compta les morts.

   
   
   Quant à trouver ce recueil inoubliable, je n'irai pas jusque-là. Mais je ne suis pas non plus fan de poésie…

critique par Mapero




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Comme un bruit d’abeilles - Mohammed Dib

Bourdonnement
Note :

   Ce livre appartient à la catégorie de tous les ouvrages dont je considère la lecture intéressante plutôt une fois achevé que pendant la lecture. A l’inverse de ceux que j’ai aimé lire pendant mais pour lesquels, le lendemain, tout est oublié. D’où la note mitigée… Je pense cependant qu’il m’en restera quelque chose.
   
   C’est un ensemble de nouvelles encadrées par «le sourire de l’icône», une des nouvelles découpée en quatre parties. Six autres nouvelles complètent l’ensemble. L’analyse fine et intellectuelle permettrait, j’imagine, de relier ces parties entre elles mais j’avoue qu’à chaud, je n’ai pas l’impression qu’il y ait autre chose de commun que le «raconter le monde» annoncé en quatrième de couverture.
   
   Pour les amateurs de roman avec personnages et intrigue, ne lisez que la partie appelée «Néa», très étonnante…
   
   Pour les autres, que la curiosité pousse, il y a la variété des styles et la capacité de nous lancer dans un univers différent à chaque fois et ceci en quelques mots.
   
   «La figure sous le voile noir» raconte la rencontre cauchemardesque d’un avocat avec une femme ayant perdu son fils. «Le ciel sur la tête» dans un commerce algérien, nous met dans la discussion entre Bab’Ammar et Fodeïl.
   Petit extrait : « - Que fait Dieu quand il veut perdre la fourmi?
   - Il lui donne des ailes.
   - Et quand Dieu veut perdre l’homme?
   - Il lui donne des armes.»

   
   Puis, «Le prophète» nous emmène en banlieue au sein d’une jeunesse émeutière qui n’a d’oreilles que pour le prophète-béquillard qui leur parle véritablement. Enfin, «Karma» nous envoie illico dans le désert ou plus exactement dans une oasis qui s’ensable (métaphore de la mort) gardée et regardée par Abed.
   
   Quatre fois, nous retrouvons Nina et Rassek qui sont en fin de vie. Qui sont on ne sait où. Qui ont vécu on ne sait quoi. Jusqu’à la quatrième fin…
   
   Plus j’en parle et plus j’apprécie le livre et plus je me rends compte de tout ce qu’il contient et plus j’ai envie de faire monter la note. Même si pendant la lecture, j’ai parfois souffert d’être ballotté sans repère, de gauche à droite. Et puis il y a le style, rythmé, plein d’un vocabulaire et d’un phrasé artistique, stylé, travaillé, déroutant…
   
   On dit que chaque livre est une petite graine…
   ↓

critique par OB1




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Du drame russe au drame algérien
Note :

   Entre les quatre parties d’une longue nouvelle intitulée «Le sourire de l’icône» des nouvelles sont insérées. Il est bien délicat de rendre compte de ce livre qui tient plus du recueil de nouvelles que du roman quoiqu’en dise l’éditeur. Essayons…
   
   «Le sourire de l’icône» tient dans la confrontation de deux personnes, le narrateur, Rassek qui jadis avait récupéré une icône, et sa femme Nina qui ne dit pas grand’chose et n’a pas très envie de sortir. L’âge sans doute. Mais il y a autre chose. Rassek revient du goulag où il a séjourné pendant quinze ans et quelques mois. Dans le quartier résidentiel, d’autres personnes, d’autres familles avaient aussi disparu.
   
   «Nina était une responsable, et on sait ce qu’il arrivait aux familiers des responsables: ils trinquaient en priorité. Elle a gagné sa place dans le régime en l’acquittant avec la vie des Karamzine et de biens d’autres.»

   
   Les condamnations du régime soviétique défunt ( «nous avons bercé le monde de contes à dormir debout…», «la plus grande catastrophe advenue à l’humanité…») font place plus loin… à Thèbes et à Œdipe. Le titre du recueil reprend les derniers mots de ce texte: comme un essaim d’abeilles. Comprenne qui pourra… Les abeilles comme métaphore des mouvements hésitants de l’âme humaine?
   
   Les récits intercalaires sont heureusement plus lisibles.
   
   «La figure sous le voile noir» se présente comme une allusion au drame algérien de la fin du siècle. Une femme voilée s’est postée là où l’attentat aveugle a tué son fils. Cela forme le cauchemar d’un avocat puis devient réalité le lendemain, sur le chemin de son bureau.
   «Néa» forme une mystérieuse et kafkaïenne histoire dans la Prague d’aujourd’hui. Un journaliste surnommé Rod Runner y est parti pour enquêter. Pourquoi tarde-t-il tant à donner de ses nouvelles? Retrouve-t-il Néa ou son sosie?
   Avec «Le ciel sur la tête» c’est de nouveau l’Algérie. Dans un souk, Bab’Ammar se fait traiter de “vieux bâtard de fellagha“ par les barbus qui l’agressent. Il est sauvé par le courage d’un jeune boutiquier.
   «Rosée de sang» montre comment une jeune fille se venge de sanguinaire façon d’un bandit barbu suite à un atroce massacre dont des femmes furent les victimes.
   «Le prophète» met en scène une émeute dans un quartier défavorisé, Bellevue, où des jeunes paumés pillent un supermarché, mettent le feu aux voitures et affrontent la police; Ticlou est l’un de ces gamins éblouis par les propos d’un aîné estropié. Ce qui permet à Mohammed Dib de s’essayer à la langue des banlieues.
   Dans «Karma» une oasis est soudainement attaquée par les sables du désert, plusieurs nuits de suite. Crescendo. Abed évacue femme et enfants dans la ville voisine, mais lui reste. Bientôt seul à résister face au désert qui envahit tout.
   
   Il faut en convenir, les histoires de ce recueil de 2001 n’apportent pas beaucoup à la notoriété, depuis longtemps établie, de l’auteur. Leur style, enfin, n’est pas toujours du meilleur Dib.

critique par Mapero




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Le cœur insulaire - Mohammed Dib

La trace de l’oiseau dans l’air
Note :

   Les deux grandes sections de ce recueil m’ont laissé des impressions si différentes qu’il m’est bien difficile d’en parler. L’ensemble témoigne pourtant d’une même volonté d’économie. Et ce n’est certainement pas un hasard si Mohammed Dib a choisi de dédier "Le cœur insulaire" à celui qui fut le complice de ses expériences finlandaises, le poète breton Eugène Guillevic, adepte lui aussi de l’économie et de la concision. Mais voilà… Des moyens très semblables m’ont pour une partie plutôt ennuyée, et pour l’autre vraiment séduite.
   Brefs et d’un minimalisme poussé à l’extrême, les poèmes de la première section du "Cœur insulaire" - "Le chant du sable" – semblent tendre tout entier à fixer le plus impalpable, le plus évanescent, l’empreinte d’un pas sur la plage, que la marée est sur le point de venir effacer, "la trace de l’oiseau dans l’air" chère à Marcel Schwob qu’Hugo von Hofmannsthal avait à son tour si joliment couchée sur le papier dans une nouvelle intitulée "Chemins et rencontres". Cette première partie du recueil est décidément si dépouillée - décharnée même -, si minimaliste et si évanescente que je n’ai pu me défendre d’une impression de ressassement, d’une pointe d’ennui aussi, face à ces textes devenus, à force de dépouillement, si semblables les uns aux autres. Et il me semble finalement que la meilleure façon de les aborder est encore de venir les picorer, un à un, au hasard et dans le désordre, et surtout pas par une lecture séquentielle, fut-elle très lente et menée à tout petits pas.
   
   Tout à l’inverse, les poèmes de la seconde partie du "Cœur insulaire" – intitulée "O ombra del morir", en référence à un sonnet de Michel-Ange – organisés selon sept suites bien distinctes, demandent vraiment à être lus dans le bon ordre. Explorant pas à pas une image primordiale – un marcheur dans la forêt, le grondement d’un torrent… -, chacune de ces suites est d’une grande richesse et Mohammed Dib s’y révèle, par-delà l’économie des moyens mis en œuvre, comme un véritable maître de la variation.
   
   
   Extraits:
   
   Feu instant
   Révélation si matin
   au sortir du désastre.
   
   Preuve dans le sable
   qu'un oiseau a marché.
   
   L’insolation délicate
   l'envol d’un fou de bassan.
   
   L’empreinte sans bruit
   la sérénité sans lieu.
   
   ("Le chant du sable", p. 30)
   
   
   Qui a marcheur pour nom
   
   1
   Qui ordonne et laisse
   ton sang crier?
   N’interroge pas.
   
   Dans le dos
   les couteaux frapper,
   tuer derrière.
   
   La forêt là-bas.
   Tu t’y rends toi
   les yeux fermés.
   
   2
   Les arbres opposent
   leur grille serrée
   à la même lueur rouge.
   
   Tous pourtant
   sont étrangers
   l’un à l’autre.
   
   Arbres remués
   arbres immobiles
   déportant le regard.
   
   3
   Qui sait
   qui saigne?
   
   Qui va devant
   qui va tomber?
   
   Et verra la forêt
   sur pied marcher?
   
   Se fermer au détour?
   N’interroge pas.
   
   ("O ombra del morir", pp. 85-87)

critique par Fée Carabine




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Laëzza - Mohammed Dib

Quatre nouvelles
Note :

   Quatre nouvelles? Non, en fait deux nouvelles: «Laëzza» et «El condor pasa» puis un catalogue de considérations, de pensées de l’auteur; «Autoportrait», qui remplit parfaitement ce rôle d’autoportrait d’ailleurs et un petit chapitre de révélations sur des étapes importantes, «Rencontres», les rencontres que Mohamed Dib estime avoir été importantes pour le modelage de l’homme qu’il est devenu. Les deux dernières parties; «Autoportrait» et «Rencontres» pouvant être prises comme un testament, d’autant qu’il s’agit de la dernière œuvre écrite par Mohamed Dib.
   
   Ce sont ces deux parties que me paraissent les plus passionnantes du recueil.
   Sur «Laëzza», la nouvelle éponyme, Mohamed Dib s’exprime en postface via Claire Delannoy:
   «Deux jours avant sa mort Dib m’a téléphoné pour me parler de "Laëzza", manuscrit qu’il venait de terminer mais dont il ne pouvait encore se déposséder. Vous allez être surprise par mon héroïne, me disait-il en riant, un top model qui porte des piercings et qui drague les hommes … »

   De fait, on est surpris par cette histoire de jeune femme très libérée dans une relation éphémère avec un jeune homme. Relation aussi fusionnelle que fulgurante que Mohamed Dib nous raconte du début à la fin. Ca m’a paru, en effet, fort différent du registre usuel de Dib.
   
   «El condor pasa», elle, a été retrouvée après sa mort et a été ajouté aux trois autres. Une étrange nouvelle qui parle de l’Algérie, qui parle de relations d’homme, de folie ou de ce qui pourrait l’être. C’est effectivement très étrange.
   
   Plus essentiels m’ont paru «Autoportraits» et «Rencontres».
   «Autoportraits» fait penser à des pensées «à la Cioran», empilées les unes sur les autres, mais pas absconses à l’image de la comparaison effectuée, assez explicites et très révélatrices de l’homme Dib et de sa pensée profonde. Probablement beaucoup plus complexe que ce que sa lecture pouvait laisser entrevoir, à mon sens au moins. Un extrait, la n°10:
   «Chez les Arabes, l’habitude est, depuis trop longtemps, prise de se prosterner, le front dans la poussière, pour qu’ils perçoivent l’état du monde autour d’eux et réalisent que la caravane est en train de passer, qu’elle est déjà passée – on aurait bien voulu dire, le dernier métro, mais quel métro? – et qu’eux sont toujours là, le front toujours dans la poussière.
   Cela n’est plus tout à fait vrai pour les musulmans non arabes.»

   Et elles sont nombreuses et variées, sur maints sujets. Je ne résiste pas à citer également la n°28 (il y en a 90):
   «Le spectacle de ces intellectuels d’Europe auxquels on fait un enfant dans le dos et qui continuent de disputer du sexe des anges, pensant être ainsi dans, sans doute, la filiation directe des grands Grecs, dont ils croient reprendre et poursuivre les joutes oratoires, sans se rappeler que ces Grecs occupaient des fonctions, avaient des responsabilités dans la cité.»

   
   «Rencontres» enfin nous plonge dans son enfance, dans cette Algérie, à Tlemcen, encore française avant que ne commencent les tragédies à venir. Elles concernent pour l’essentiel quelques rares français qui s’intéressaient aux «indigènes», des instituteurs pour la plupart. Un éclairage intéressant sur ce que pouvait être la réalité de la présence française en Algérie, «avant», et vu par un autochtone.
   
   Un éclairage particulièrement intéressant de l’homme Dib.
   ↓

critique par Tistou




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Disparate
Note :

   En postface, on nous explique comment a été construit ce recueil. Ce sont quatre textes qui ont été mis ensemble par souci de contrepoint. Le résultat manque de cohérence. La nouvelle qui ouvre le livre, ‘Laëzza’ est une folle histoire d’amour menée par une jeune femme moderne et dévergondée, « …un top model qui porte des piercings et qui drague les hommes… »
   
   Il s’agit d’une petite fiction d’une plume mature mais dont le sujet est convenu. La seconde nouvelle ‘El condor Pasa’ change de point de vue constamment et j’avoue n’avoir rien compris. En troisième partie, ‘Autoportrait’ collige quatre-vingt-dix réflexions de l’auteur. Pour moi, c’est la portion la plus intéressante du livre puisque l’on apprend beaucoup de l’homme.
   
   Enfin, ‘Rencontres’ est un portrait de quelques figures anodines qui ont croisé le chemin de Dib et qui vraisemblablement ont eu une importance pour lui, bien que cela ne soit pas clair…
   
   Dans l’ensemble, j’ai été confus et irrité par ce regroupement bâclé, qui a l’apparence d’une entreprise mercantile pour profiter du décès d’un grand écrivain.

critique par Benjamin Aaro




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L'incendie - Mohammed Dib

Le maillon faible
Note :

   Oui, je trouve (toutes proportions gardées)que cet «Incendie» est vraiment le maillon faible de cette excellente trilogie algérienne. Je me suis parfois un peu ennuyée en le lisant.
   Avec «La grande maison», nous faisions connaissance de Omar et de sa famille ainsi que de Dar Sbitar, leur immeuble misérable. Avec «Le métier à tisser», nous les retrouverons d’abord, puis nous suivrons Omar qui quitte peu à peu le nid et nous verrons comment les choses évoluent, tant pour le petit peuple algérien que pour leur environnement socio-historique. Mais avec «L’incendie»… comment dire?
   
   Nous retrouvons sans préambule Omar à la campagne, séparé de sa mère et de ses sœurs. Ce seraient ses grandes vacances à Bni Boublen et l’occasion pour Mohammed Dib, après nous avoir montré la face urbaine, de nous montrer ce qui se passe dans les campagnes au même moment. Ceci admis, ce n’est pas du tout une mauvaise idée. C’est bien intéressant même; cela aurait juste gagné à s’enchaîner de façon moins abrupte.
   
    La seconde guerre mondiale vient d’être déclarée, les coloniaux sont nerveux, tatillons, prompts à mater violemment tout ce qui de près ou de loin pourrait ressembler à une révolte -que dis-je une révolte?- à une revendication. Parallèlement, leur appétit ne faisant que croître dans son propre mouvement exponentiel, l’exploitation (on peut même dire) le «pressurage» du pays atteint la limite où le fellah qui travaille (ce qu’ils ne peuvent pas toujours faire, leur nombre s’augmentant sans cesse des anciens petits propriétaires ruinés, expropriés) ne gagne même plus assez pour se nourrir… Acculé, il tente de montrer l’impasse où il se trouve en cessant le travail, se heurtant alors à une répression très brutale. Pendant ce temps, les Algériens enrôlés partent à la guerre ils ne savent trop bien où, ni pourquoi. Parallèlement, le sort des femmes est montré, de même que se tend une intrigue de trahison, imprécise.
   
   Et ce, jusqu’au chapitre 27 où tout à coup, nous voilà de retour à Dar Sbitar où nous retrouvons les personnages du volume 1 et où Omar reprend sa vie difficile. Et on ne reparlera plus guère de la campagne ni de ce qui y advint des paysans suivis jusqu’alors. Cela donne une impression bizarre, comme si l’auteur avait tenté de réunir deux textes qui existaient séparément (je ne sais pas du tout si c’est les cas) pour en faire ce second volume de sa trilogie, mais que cela ait donné un assemblage sensiblement artificiel et déséquilibré. D’où ma conclusion que ce que dit Dib dans cet «Incendie» est intéressant, je ne regrette pas de l’avoir lu mais que la forme est… étrange; et à mon avis pas très heureuse.
   
   C’est bien raconté, sauf la scène du délire que j’ai trouvée trop longue, compliquée, artificielle et peu évocatrice, ratant ainsi son but d’émouvoir et d’éclairer. Mais j’ai trouvé qu’il manquait le regard d’Omar que nous perdons trop souvent de vue après l’avoir montré au début dans ses relations avec les paysans. C’est sa présence plus forte qui aurait donné vie et charisme à ce second tome. Ainsi j’aime quand il découvre l’évidence de la vie:"Omar s’étonnait que la vie fut belle avec cette facilité. A Bni Boublen-le-haut, chaque matin, le même émerveillement le surprenait"(21). Nous découvrons avec lui la profusion de contes, de chants, une culture partout diffuse où une poésie luxuriante se mêle à la superstition. Mohammed Dib y donne à voir cette culture maghrébine le plus souvent méprisée voire niée, il lui fait une place dans la littérature. Et à cette poésie populaire, celle de Mohammed Dib fait écho:"L’après-midi d’août s’aiguisait sur les côtes blanchâtres de la falaise" ou :"Quand le soleil fut au dessus de leur tête (…) les moissonneurs durent s’arrêter. Une fois debout, leur ombre retomba à leurs pieds."
   
   Je suis prête à admirer encore des choses très bien observées, des passages qui n’hésitent pas à aborder des questions existentielles sur ce qui fait qu’une vie est satisfaisante ou non. Mais par contre, ce que je n’ai pas non plus aimé, c’est la fin que j’ai trouvée faible et décevante, mais je ne veux pas la divulguer ici.
   
   
   Trilogie algérienne
   
   1 - La grande maison
   2 - L'incendie
   3 - Le métier à tisser

critique par Sibylline




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