Lecture / Ecriture
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Auteur des mois de juin & juillet 2011
Winfried Georg Sebald

   W. G. Sebald est de ces auteurs dont on connaît le nom, dont on s'est sans doute dit un jour "Il faut que je le lise"...
   et on ne l'a pas fait.
   C'est exactement pour cette raison que nous l'avons choisi comme auteur du mois, pour que le pas soit franchi et qu'au moins un de ses livres soit lu.
   
   
   

Biographie

   AUTEUR DES MOIS DE JUIN & JUILLET 2011
   
   Winfried Georg Maximilian (qui préférait se faire appeler Max) Sebald est né en Allemagne en 1944 et mort en en 2011 dans un accident de la circulation, en Angleterre où il s'était installé.
   
   Professeur d'université, il a mené parallèlement son travail littéraire dont la valeur fut rapidement remarquée. Dans les années 80-90, son nom avait été évoqué pour le Nobel, mais il ne l'a en fait jamais obtenu.
   
   On trouve actuellement des traductions françaises d'une petite dizaine de ses œuvres.

Bibliographie ici présente

  Campo Santo
  D'après nature – poème élémentaire
  Austerlitz
  Séjours à la campagne
  De la destruction comme élément de l’histoire naturelle
  Les anneaux de Saturne
  Les émigrants
  Vertiges
 

Campo Santo - Winfried Georg Sebald

Le projet corse, etc .
Note :

   Sous une belle illustration de couverture cet ouvrage réunit quelques éléments d'un livre sur la Corse que Sebald projetait, et des essais sur la littérature, pas uniquement allemande.
   
   • Parmi les essais, mention particulière pour celui sur le bombardement des villes du III° Reich selon la littérature de l'immédiat après-guerre. Le bombardement de Hambourg le 21 juillet 1943 reste l'exemple même de l'horreur. Si certains auteurs s'en tiennent à des visions romantiques ou expressionnistes, qui lui semblent désormais dépassées, Sebald apprécie la manière dont Alexander Kluge évoque le raid aérien sur la petite ville de Halberstadt comme une accumulation fatale de mauvais choix des Alliés. Il aurait aussi bien pu prendre le cas de Dresde en 1945. Le survivant développe la honte de ne pas compter au nombre des victimes — syndrome connu.
   Œuvre de Günther Grass, le "Journal d'un escargot” traite de l'implication d'écrivains dans une campagne électorale récente des sociaux-démocrates. Il fait aussi la chronique de l'exode des juifs de Dantzig et Sebald souligne que le personnage de Ott, alias le professeur de lycée Zweifel (c'est-à-dire le doute), est l'épine dorsale du "Journal" et s'inspire de la vie de Marcel Reich-Ranicki. Il reproche à Grass, prolixe sur la social-démocratie d'avant 1914, de faire l'impasse sur un échec qui a permis l'arrivée au pouvoir des nazis. Ainsi présent et passé s'entremêlent inexorablement.
   
   • Sebald a été séduit par la Corse. Au musée Fesch d'Ajaccio, il baigne dans le souvenir napoléonien, ce qui ne doit pas surprendre de la part de l'auteur… d'Austerlitz. La visite du cimetière de Piana, dans le texte appelé "Campo Santo", mène au souvenir des Corses morts au champ d'honneur ou par vendetta à une réflexion très mélancolique sur les morts des métropoles d'aujourd'hui: "À cette époque, tous étaient indispensables, même ceux qui étaient morts. En revanche, dans les conurbations de la fin du XXe siècle, où chacun est remplacé dans l'instant, et en fait superflu dès sa naissance, il importe de jeter sans cesse du lest par-dessus bord, d'oublier sans réserve tout ce dont on pourrait se souvenir, la jeunesse, l'enfance, l'origine, les aïeux, les ancêtres."
   
Suit un texte sur la forêt, qui n'est plus celle des temps anciens, déchue, rabougrie, mais la mélancolie habituelle de Sebald est ici tempérée par un passage humoristique. La forêt d'aujourd'hui est envahie par un type humain particulier; bougon et agressif voici le chasseur corse :
   "Bien que le gibier qui autrefois peuplait en si grande quantité les forêts de l'île soit à présent presque complètement exterminé, aujourd'hui comme hier, tous les ans au mois de septembre, la fièvre de la chasse explose en Corse. Lors de mes excursions à l'intérieur de l'île, j'ai chaque fois eu l'impression que toute la population masculine participait à un rituel de destruction depuis longtemps dépourvu de finalité. Les hommes d'un certain âge, portant en général leur tenue civile, le bleu de travail, sont postés le long des routes jusque tout en haut dans la montagne, les plus jeunes, dans une sorte d'équipement paramilitaire, quadrillent la région en jeep et en 4x4, comme s'ils occupaient le pays ou attendaient une invasion de l'ennemi. Pas rasés, avec de lourds fusils et des gestes menaçants, ils ressemblent aux milices croates et serbes qui ont détruit leur pays avec leur activisme absurde, et comme les cow-boys Marlboro de la guerre en Yougoslavie, les chasseurs corses, quand on s'égare sur leur territoire, ne plaisantent pas."
   
   • Ainsi ce livre inachevé sur la Corse prolonge-t-il le thème sébaldien de la destruction, de la décomposition, voire tout simplement de la détérioration.

critique par Mapero




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D'après nature – poème élémentaire - Winfried Georg Sebald

Trois portraits
Note :

   Premier livre publié par Winfried Georg Sebald - du moins dans sa langue originale -, "D'après nature" est aussi sa seule incursion dans le domaine de la poésie. Et si je ne peux rien trouver à redire à ce choix de trois suites de poèmes en vers libres pour nous conter successivement les destinées de Matthias Grünewald ("Comme la neige sur les Alpes"), Georg Wilhelm Steller ("... et que j'aille tout au bout de la mer") et enfin de l'auteur lui-même ("La sombre nuit fait voile"), force m'est de constater que c'est en prose que W.G. Sebald révélera vraiment la pleine mesure de son talent.
   
   Pourtant, tout ce qui fait le prix de son œuvre si personnelle est déjà bien présent dans ces poèmes "D'après nature". Le goût manifeste de la précision qui ne cède pas ici un pouce de terrain à la scansion ni à la fluidité du texte, et le refus de tout sentimentalisme facile pour laisser l'émotion sourdre lentement, comme surgie de très loin, de profondeurs insoupçonnées. La fascination pour des forces de destruction partout à l’œuvre – qu'elles soient le fait des hommes ou des éléments naturels -, et qui frôlèrent de leurs ailes tout aussi bien le peintre du retable d'Issenhein, que le naturaliste affrontant de violentes tempêtes sur la mer de Bering, ou le jeune garçon né à la fin de la deuxième guerre mondiale, quelques mois après que sa mère ait pu observer dans les lointains Nuremberg en proie aux flammes. Et Saturne, bien sûr, le dieu de la mélancolie dont l'ombre plane d'un bout à l'autre du magnifique récit du voyage de W.G. Sebald par les campagnes du Suffolk, marque aussi ce livre-ci de son empreinte. C'est dire qu'en-deçà - à peine - des merveilles que sont "Les émigrants" ou "Les Anneaux de Saturne", les poèmes de "D'après nature" révèlent déjà toute l'originalité de leur auteur, et sans doute ne voit-on que rarement des débuts littéraires d'emblée si singuliers et si dignes d'intérêt...
   
   
   Extrait:
   
   La sombre nuit fait voile, II
   
   Lorsque le jour de l'Ascension
   De l'an quarante et quatre je vins au monde,
   la procession des Rogations passait justement
   au son de la fanfare des pompiers
   devant notre maison, se dirigeant
   vers les champs fleuris de mai. Ma mère prit cela
   d'abord pour un heureux présage, ne se doutant pas
   que la planète froide Saturne gouvernait
   la constellation de l'heure, et qu'au-dessus des montagnes
   s'accumulait déjà la tempête qui l'instant d'après
   éparpilla les processionnaires et foudroya
   l'un des quatre porteurs du dais.
   Outre l'impression peut-être
   Dévastatrice que cet événement inouï dans l'histoire du village
   a pu faire sur moi au début de ma vie, et outre
   l'incendie qui une nuit fit rage,
   c'était un peu avant mon entrée à l'école,
   engloutissant une scierie du voisinage
   et éclairant toute la vallée, j'ai grandi,
   en dépit de l'époque par ailleurs effroyable,
   au pied du versant nord des Alpes sans avoir, me semble-t-il,
   la moindre idée de la destruction.
   Mais je suis tombé à maintes reprises dans la rue,
   les mains bandées j'ai passé des heures
   à la fenêtre près des pots de fuchsias,
   attendant que les douleurs s'atténuent
   sans rien faire pendant des heures que regarder au dehos,
   et cela m'a amené de bonne heure à me représenter
   une catastrophe silencieuse qui
   simplement se produit devant le spectateur.
   Ce que je me suis imaginé à l'époque
   en regardant le jardin de simples
   où les nonnes en cornettes
   blanches empesées lentement
   se déplaçaient entre les plates-bandes,
   comme si l'instant d'avant elles étaient
   encore des chenilles, tout cela
   je ne l'ai pas encore surmonté.
   Pour moi, le symbole
   de la catastrophe pas davantage identifiée
   est depuis ce temps-là un nain tatar
   avec autour de la tête un bandeau rouge et une plume
   blanche recourbée. En anthropologie
   cette figure souvent associée
   à certaines formes d'automutilation
   est reconnue comme celle de l'adepte qui
   escalade une montagne enneigée et longtemps
   reste au sommet, est-il dit, en larmes.
   Dans un coin de son coeur, à l'abri du vent,
   il porte, comme je l'ai lu récemment,
   un petit cheval d'argile. Il aime à marmonner
   des mots croisés magiques, parle
   d'une silhouette en papier découpé, d'un dé à coudre,
   du chas d'une aiguille, d'un caillou dans sa mémoire,
   d'un lieu de pèlerinage et d'un petit cube
   de glace, teinté d'un iota de bleu de Prusse.
   (...) (pp. 71-72)

   ↓

critique par Fée Carabine




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Le peintre, le botaniste et l’écrivain
Note :

   Ce premier livre publié de W.G. Sebald est un triptyque poétique en vers libres, consacré à trois personnages qui affrontèrent douloureusement la nature ou l'histoire. "Comme la neige sur les Alpes" évoque la vie du peintre rhénan Mathias Grünewald, dont ce n'est sans doute pas le nom exact et qui mourut de l'épidémie de peste en 1528 après avoir été témoin des violences que la Réforme entraîna en Rhénanie. Les principales œuvres du peintre sont mentionnées au long du récit, notamment le rétable d'Issenheim. Ensuite "…et que j'aille tout au bout de la mer" fait le récit de la vie du botaniste Georg Wilhelm Steller qui a participé à l'expédition catastrophique de Vitus Bering sous le règne de Catherine II. Après un naufrage sur la côte de l'Alaska qui coûta le vie à l'amiral russe, Steller réussit avec quelques hommes à atteindre Petropavlovsk, au Kamtchatka, et de là regagner la Sibérie avant de mourir en atteignant le centre de la Russie au terme d'un voyage qui s'étira sur plus d'une dizaine d'années. Le dernier texte, "La sombre nuit fait voile", est un poème autobiographique où Sebald se penche sur les malheurs de son existence, lui qui est né en Allemagne à la veille de la débâcle du IIIe Reich et n'a connu son père qu'à l'âge de trois ans.
   
   La peinture — allemande, rhénane, flamande — revient comme un leitmotiv dans les œuvres de Sebald. Ici en premier avec Grünewald, puis avec Bruegel, et surtout Altdorfer. Sebald se souvient d'un rêve récent: «juste pour voir la Bataille d'Alexandre / je prenais l'avion pour Munich…» où l'œuvre d'Altdorfer est exposée à l'Alte Pinkothek. Dès sa première œuvre l'auteur dévoile ainsi un goût prononcé pour la culture des XVI-XVIIIe siècles: il mentionne la lecture de Paracelse, médecin suisse du siècle de l'humanisme, à la bibliothèque de l'université. Cette culture classique mêlant les lettres et les sciences est contemporaine de l'essor des sciences naturelles auquel participe Steller avec son «catalogue de deux cent onze plantes différentes…» et «son chef d'œuvre zoologique,/ De bestiis marinis,/ programme de voyage pour les chasseurs…» — toutes choses auxquelles pensera le lecteur d' «Austerlitz» en visitant le cabinet d'histoire naturelle d'Andromeda Lodge où le héros est invité par un camarade d'université.
   
   La violence, la guerre, la destruction ou la régression constituent un ensemble de thèmes caractéristiques du "Poème élémentaire" avant de se retrouver dans l'œuvre future. En voici quelques aspects.
   
   Le mariage de Grünewald avec une juive convertie donne prétexte à un rappel des persécutions des Juifs à Francfort en 1240 et après la peste en 1349. « Au milieu du quinzième siècle / est promulgué un édit vestimentaire,/ des cercles jaunes sur le devant de l'habit,/ plus tard un rond gris de la taille / d'une pomme, pour empêcher / entre chrétiens et Juifs / tout commerce charnel,/ qui longtemps resta / passable de mort.» La vie du peintre rhénan croisa la Guerre des Paysans: «la faux aiguisée trancha/ la vie d'une armée de cinq mille hommes / dans l'étrange bataille de Frankenhausen / où il ne tomba guère de cavaliers / mais où les corps des paysans / s'amoncelèrent en hécatombe,/ parce que, comme pris de folie,/ ils ne se défendirent/ ni ne prirent la fuite.» La violence de ces temps anciens est prolongée par celle du XXe siècle. Les parents de l'auteur quittèrent Nuremberg au moment où commençaient les bombardements alliés avec «cinq cent quatre-vingt deux appareils» le 28 août 1943. Sa mère, tout juste enceinte, vit la ville embrasée en s'échappant vers l'Allgäu et la maison familiale. Cette image de la cité en flammes — thème qui se retrouve dans ses essais (in "Campo Santo" et "De la destruction comme élément de l'histoire naturelle") est recouverte par la ville en flammes à l'arrière-plan du tableau d'Altdorfer "Loth et ses filles"(1537, au Kunsthistorisches Museum de Vienne): «…A l'horizon rougeoie / un terrible incendie / qui détruit une grande ville./ La fumée monte de la contrée,/ les flammes frappent le ciel,/et dans le reflet rouge sang / on voit les façades / sombres des maisons.» Autre scène de guerre: le botaniste Steller rejoint l'armée russe durant le siège de Dantzig et, comme Sebald, il fait carrière loin du village où il est venu au monde. Sebald naquit à l'Ascension de 1944. Lors de la procession des Rogations, à sa naissance, un orage se forma brutalement et «l'un des quatre porteurs du dais» mourut foudroyé! L'écrivain y voyait l'influence néfaste de Saturne — ce qui nous fait penser à ces vers de Verlaine dans les Poèmes saturniens: «Or ceux-là qui sont nés sous le signe de SATURNE / Fauve planète, chère aux nécromanciens / Ont entre tous, d'après les grimoires anciens / Bonne part de malheur et bonne part de bile.»
   
   Le thème de l'échec ou du déclin, amplement repris plus tard dans "Les anneaux de Saturne" est déjà bien présent dans ce "Poème élémentaire". Évoquant ses années d'école primaire: «l'un est devenu aubergiste, l'autre / cuisinier, le troisième garçon de café et / le quatrième rien du tout...» sans doute se compte-t-il comme le quatrième… Après sa formation universitaire, W.G. Sebald s'installe à Manchester où il retrouve des émigrés allemands. La ville est depuis longtemps marquée par la révolution industrielle, et sa description de la population autochtone ne manque pas de nous frapper négativement: «En l'espace de trois générations / la classe ouvrière de Manchester / était devenue une race de nains.»
   
   Je n'ai pointé ici qu'un petit nombre des multiples richesses de ces croquis "D'après nature", simples croquis sans doute, mais promesses d'une grande œuvre en gestation, et pour tout dire la naissance d'un auteur culte.

critique par Mapero




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Austerlitz - Winfried Georg Sebald

Batailles de mémoire
Note :

   Attention chef d'œuvre! La plus longue œuvre de Sebald et la plus proche du genre romanesque.
   
   L'énigmatique W.G. Sebald utilise ici un narrateur fort discret, essentiellement porte-paroles du personnage qui est à la base du récit. Il en résulte qu'«Austerlitz» est une biographie originale, ou plutôt une autobiographie, quasiment dictée par Jacques Austerlitz au narrateur sébaldien au cours de plusieurs sessions, à Anvers, à Londres, puis à Paris. Après quoi: «Il me tendit les clés de sa maison de l'Alderney Street: je pouvais y prendre mes quartiers quand je voulais, dit-il, et étudier les photos en noir et blanc qui seraient les seules traces témoignant de son existence.» Le narrateur sébaldien est à l'écoute d'Austerlitz qu'il n'a pas besoin d'interroger sur sa vie: celui-ci reprend son monologue dès qu'il retrouve l'oreille de Sebald. Souvent l'écriture fait penser, sans doute est-ce voulu, aux propos rapportés chez Thomas Bernhardt, grand modèle de notre auteur. Exemple: «Ne peux-tu pas me dire, dit-elle, dit Austerlitz, ce qui te rend à ce point inaccessible?» Tous ces "dit Austerlitz" peuvent être jugés franchement pesants...
   
   À l'originalité de l'écriture s'oppose l'apparente banalité du sujet: la mémoire, la recherche de l'identité, la shoah. À y regarder de près, la vie en Grande-Bretagne de Jacques Austerlitz qui y a enseigné l'histoire de l'architecture, a été selon lui «une fausse vie». Confié à un peu sympathique pasteur gallois à l'âge de quatre ans et demi, le jeune homme qui entre à l'université sous le nom de Dafydd Elias apprend avant un examen que son véritable patronyme est Austerlitz, comme la bataille qu'aime analyser son professeur d'histoire. Mais ce n'est que bien plus tard, bien trop tard pour son équilibre psychique, qu'il cherchera à connaître sa vraie famille, ses origines, suite à une série de vertiges, de crises d'angoisse. «Cette censure que j'exerçais sur ma pensée, le rejet constant de tout souvenir qui pointait à ma conscience, continua Austerlitz, nécessitaient toutefois, de temps en temps, de plus grands efforts, et ils provoquèrent inéluctablement la perte presque complète de ma capacité de m'exprimer, la destruction de toutes mes notes et écrits, mes errances nocturnes dans Londres et les hallucinations qui ma harcelèrent de plus en plus fréquemment, jusqu'à cette date de l'été 1992 où je finis par m'effondrer.»
   
   Divers indices lui permettent de se compter au nombre des enfants venus d'Europe centrale en 1939 pour trouver refuge en Angleterre. La piste le mène à Prague où il retrouve Věra, une parente survivante restée miraculeusement sur place, ce qui l'aide à reconstituer le souvenir de sa mère, Agáta, une comédienne tchèque que l'appartenance à la minorité juive condamna en 1941 à prendre le chemin du ghetto de Terezin (Theresienstadt) avant d'être convoyée vers un camp d'extermination en 1944. Les impressions de "déjà vu" se multiplient alors dans l'esprit d'Austerlitz, notamment lors d'une visite à Marienbad, où un précédent séjour avec son amie Marie de Verneuil l'avait déstabilisé au point de provoquer la fin de cette liaison. Plus tard, la recherche du père — Maximilien Aychenwald — mène Jacques Austerlitz à Paris sur la base d'une dernière adresse connue. Là, une crise le conduit à une nouvelle hospitalisation, à la Salpétrière, où l'on diagnostique une épilepsie hystérique. Poursuivant des recherches à la Bibliothèque Nationale puis à la Très Grande Bibliothèque —qu'il déteste en tant qu'amateur d'architecture de la belle époque— il aboutit à la conclusion que son père dut bien malgré lui prendre le train à la gare d'Austerlitz puisqu'il fut déporté à Gurs. Ensuite, il est possible qu'il ait quitté la France, par un convoi parti de Drancy ou d'ailleurs, comme celui qu'évoque, sur le mur d'un bunker de Kaunas, un graffiti daté du 18 mai 1944: date de naissance de W.G.Sebald. Austerlitz découvre ainsi ce que fut la "solution finale" à travers le cas de ses parents et prend conscience de l'extension de la domination nazie hors d'Allemagne.
   
   Comme ailleurs chez Sebald, marcher est essentiel; le narrateur comme le héros parcourent la ville. Comme dans la plupart des autres ouvrages de Sebald, des photographies servent à la fois d'illustrations et de pièces à conviction. Beaucoup concernent l'architecture — c'est le métier d'Austerliz — et spécialement de métal et de verre propre aux grandes gares: à Anvers, à Paris, à Prague. On peut aller jusqu'à évoquer une obsédante mélancolie pour cette architecture datée, agrémentée de verrières ou de coupoles vertigineuses dominant des halles désertées par les voyageurs, par les clients du "Great Eastern Hotel" à Londres, ou témoignant simplement du passage du temps aux Archives d'État. La visite des cimetières vient aussi renforcer la tristesse du récit tandis que des collections d'objets sont les témoins de la fuite du temps et s'ajoutent aux poussières des bibliothèques et des archives. Par delà les digressions habituelles, par delà le chaos du siècle, les questions que pose Sebald sont essentielles, ce sont celles de la condition humaine.
   
   À lire absolument.
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critique par Mapero




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Hypnotique pouvoir de l'Histoire
Note :

   Fiction ou non?
   
   C'est le style curieux et non séquentiel qui étonne de premier abord chez Sebald. Il écrit comme si il causait avec un ami, en sortant ici et là une photographie pour illustrer son monologue. On s'imagine rapidement un professeur austère allemand célibataire, obsédé par ses élucubrations et son analyse des événements historiques, ici la montée du nazisme.
   
   Difficile de résumer une histoire qui n'en est pas une et qui est truffée de digressions fausses ou peut-être véridiques? Disons qu'il s'agit d'une quête des racines, d'un voyage à travers l'Europe et surtout dans la mémoire.
   
   L'exercice m'a semblé technique, monotone et froid. L'absence de paragraphes pour briser le long souffle de cette narration colossale m'a assommé. Évidemment, je serais de mauvaise foi si je ne reconnaissais pas l'élégance de la prose et l'intelligence du propos. Mais l'opacité du livre ne m'a pas permis de l'apprécier à sa juste valeur.
   
   
   
   (Prix Independent Foreign Fiction, Prix National Book Critics Circle)

critique par Benjamin Aaro




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Séjours à la campagne - Winfried Georg Sebald

6 portraits
Note :

   Curieux ouvrage que ce "Séjours à la campagne". W.G. Sebald nous y livre, via six portraits détaillés, ses sentiments sur cinq écrivains et un peintre. Ce sont successivement: Johann Peter Hebel, Jean-Jacques Rousseau, Eduard Mörike, Gottfried Keller, Robert Walser, ainsi que le peintre Jan Peter Tripp. Celui-ci avec une mention spéciale que nous donne directement W.G. Sebald dans son avant-propos:
   "Il est dans l’ordre des choses que l’on trouve en fin de volume un essai sur un peintre, non seulement parce que Jan Peter Tripp et moi avons fréquenté un bon moment la même école d’Oberstdorf et que nous partageons le même amour pour Keller et Walser, mais aussi parce que ses tableaux m’ont appris que l’art demande du métier et qu’il faut s’attendre à affronter bien des difficultés quand on veut rendre compte du monde qui nous entoure."
   Une relation plus intime donc avec Jan Peter Tripp. Le même Jan Peter Tripp d’ailleurs dont figure l’hommage rendu à W.G. Sebald en toute fin d’ouvrage; "Au royaume des ombres". Il y donne une appréciation intéressante du style et de la manière d’écrire de W.G. Sebald:
   "C’est également du noir qu’est issue l’une des plus belles techniques de gravure profonde sur cuivre, la "manière noire". A la différence de la vénérable taille-douce, de l’eau-forte et de l’élégante pointe sèche, où, sur la plaque de cuivre polie comme un miroir, des traits sont creusés qui s’imprimeront en sombre, la "manière noire" va des ténèbres à la lumière.
   …/…
   L’appropriation du monde et sa description par W.G. Sebald m’ont toujours semblé procéder d’une méthode analogue. Loin du monde expressif de la gravure sur bois, il installe de vastes panoramas d’une densité et d’une intrication presque incroyables. Et comme dans la "manière noire", il dispose d’une palette inépuisable de gris aux dégradés imperceptibles, qui seule est en mesure de mettre en mouvement les contenus subtils qu’il présente."

   
   Attention, il ne s’agit pas de portraits aux sens strict ou biographique du terme. Plus de petites touches sur le rapport de l’écrivain concerné à la vie, à son art, à la Nature. L’essentiel de ces portraits nous parle peu à nous, Français. Johann Peter Hebel, Eduard Mörike, Gottfried Keller, Robert Walser ne sont pas précisément des auteurs qui nous évoquent des titres, une œuvre… Jean-Jacques Rousseau nous offre davantage de résonance et c’est à l’occasion d’une visite de W.G. Sebald à l’île de St-Pierre, sur le lac de Bienne, où Rousseau, chassé de partout, poursuivi même par la vindicte de certains trouva un temps, quelques semaines, un rustique havre de paix, que l’idée d’écrire cet essai consacré à Rousseau ("J’aurais voulu que ce lac ait été océan …") germe.
   
   Ces portraits sont détachés de la réalité, d’une quelconque chronologie. Ce sont en quelque sorte des instantanés qui figent un moment de la vie d’un écrivain et qui, par l’analyse qu’en fait Sebald en disent long sur la personnalité de l’écrivain ainsi épinglé.
   
   Ceci intéressera davantage un public germanophone plus à même de connaître les écrivains dont il est question. Reste que ces essais sont écrits dans une belle langue.

critique par Tistou




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De la destruction comme élément de l’histoire naturelle - Winfried Georg Sebald

Conférences de Zurich, 1997
Note :

   «Les conférences de Zurich intitulées "Guerre aérienne et Littérature" ne paraissent pas exactement dans ce volume sous la forme qu’elles avaient lorsqu’elles furent prononcées à la fin de l’automne 1997. La première avait pour point de départ la description que Carl Seelig fait d’une excursion entreprise au milieu de l’été 1943 avec un pensionnaire d’établissement psychiatrique nommé Robert Walser, à la veille de la nuit où la nuit où le feu ravagea la ville de Hambourg.»
   …/…
   « Mais les insuffisances et les crispations des lettres et écrits divers parvenus à mon domicile ont précisément révélé que l’expérience vécue par des millions de gens dans les dernières années de la guerre, cette humiliation nationale sans précédent, n’a jamais été réellement mise en mots et que ceux qui étaient directement concernés ne l’ont ni partagée ni transmise aux générations suivantes.»
   

   C’est la thèse de Winfried Georg Maximilian Sebald (W.G. Sebald), littéralement obsédé dès sa jeunesse par "l’omerta" de la génération de ses parents (son père fut sous-officier la Wehrmacht au moment de l’invasion de la Pologne), ainsi que de la littérature ou la société allemandes pour la destruction systématique des villes allemandes par les bombardements alliés sur la fin de la guerre.
   Invité à donner des conférences à l’Université de Zurich en 1997, W.G. Sebald proposa le thème "Guerre aérienne et Littérature". "De la destruction …" est né du texte de ces conférences, comme il l’explique plus haut.
   Il s’agit donc plus de développer des thèses – volonté de destruction systématique des villes allemandes alors que la guerre prenait fin, et refoulement de cet état de fait dans l’inconscient collectif allemand, absence de cet épisode particulier de la guerre dans la littérature allemande, que de littérature à proprement parler. Ce sont quand même six cent mille civils qui furent envoyés ad patres à cette occasion, sans compter l’état psychique dans lequel ont dû se trouver les centaines de milliers de survivants. Il semblerait, par exemple, que les bombardements de Dresde furent le plus grand massacre jamais perpétré en un même lieu et dans le même temps …
   
   Un dernier chapitre permet à W.G. Sebald de "tailler un short" à Alfred Andersch, à qui Sebald reproche de n’avoir pas joué son rôle d’intellectuel et de s’être uniquement préoccupé de son confort et de son intérêt.
   "Andersch, au fond, a toujours été un homme de l’arrière. C’est pourquoi, logiquement, il est devenu suisse au début des années soixante-dix, bien que ce ne fût pas vraiment pour lui une nécessité.
   …/…
   "Il apprécie la Suisse" elle n’est pas l’objet de ses préoccupations." Cela nous donne une fois de plus accès à une vie intérieure tourmentée par l’ambition, l’amour-propre, la rancœur et la rancune. L’œuvre littéraire est le manteau qui les recouvre. Mais la méchante doublure fait jour de toutes parts."

critique par Tistou




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Les anneaux de Saturne - Winfried Georg Sebald

Rêveries du promeneur solitaire
Note :

   Aimez-vous marcher? Moi, oui, et de préférence seule ou en silence. L'esprit s'évade alors et se laisse glisser au long des pensées, souvenirs et réflexions qui ne nous viennent pas aussi bien dans les autres circonstances de la vie. La même chose se produit cependant lors d'autres trajets: voiture, train, avion... à croire que notre intelligence est stimulée par les déplacements physiques, qu'elle se déconnecte alors de son corps et améliore d'autant sa puissance par son autonomie. C'est pourquoi j'aime la marche, ou les transports et je sais bien que mon cas est très répandu, songez à Rousseau, ses rêveries de promeneur solitaire ne nous disent rien d’autre, songez à Sebald.
   Et justement, nous allons y songer.
   
   W. G. Sebald, marcheur infatigable, suit seul la côte à l'est de l'Angleterre. Il suit sa trajectoire tout en se laissant guider par le terrain, les rencontres et les circonstances. Les rencontres n'étant pas toutes de chair et d'os, certaines naitront et prendront corps dans son esprit, sa mémoire, sa culture au fil de ses pérégrinations et les marcheurs que nous sommes aussi vous et moi pourront de la sorte se glisser dans son esprit et goûter au plaisir de ses songeries et réflexions et à la richesse de son érudition. Nous vaqueront ainsi portés par ses pensées et comme introduits en son cerveau. J'admire à ce propos la faculté qu'il a eue de passer de ce monde éthéré de la pensée personnelle et introvertie si communément insaisissable à un texte de mots et de papier par lequel il nous permet de nous introduire en sa mouvance intellectuelle et, dans une certaine mesure, de la partager, procurant un plaisir énorme à son lecteur. Nous verrons également de ses yeux les paysages de cette côte est, ses villages et quelques uns de ses habitants.
   
   Ce qui fait l’intérêt particulier de cet ouvrage, je l'ai dit, c'est l' érudition de son auteur. Il aurait pu au gré de ses marches ne nous livrer que souvenirs personnels et réflexions sur la vie, mais il s'attache au contraire à traiter pour nous, de façon savante et en détail, des thèmes tout autres qui se présentent à son esprit. Ainsi revisitons-nous avec lui la leçon d'anatomie de Rembrand (mais il vaut mieux avoir une autre reproduction parce que celle du lire est médiocre), la vie de Chateaubriand ou les grandes batailles navales anglaises. Sebald porte un intérêt particulier à tout ce qui fit la grandeur de l'Angleterre (colonies, contrôle des mers, main mise sur les richesses d'Asie: thé, vers à soie) et qu'elle perd ou a perdu. Je relève cependant, a contrario, une attention particulière portée à ses rêves, qu'il relate avec précision.
   
   Tout ce que nous raconte Sebald n'est d'ailleurs pas d'une pointilleuse exactitude. C'est en cela que l'on pourrait presque parler de roman. Mais tout ce qui a été inventé ne l'a été que pour permettre au lecteur de mieux saisir l'exact et le réel, la fiction améliore la saisie de la réalité, et c'est en ce sens que l'on reste dans le document. C'est pourquoi j'ai décidé (arbitrairement si vous voulez) de classer cet ouvrage dans notre rubrique «voyage» ce qui règle le problème.
   
   Comme beaucoup d'autres livres de W. G. Sebald, celui-ci est illustré de diverses façons: photographies, croquis, cartes. Ces illustrations ancrent la réalité du propos et donnent au texte cet air de journal de bord qui lui est propre. Cependant, elles n'ont pas toujours toute la netteté souhaitable (les photographies en particuliers) sans que cela empêche toutefois d'apprécier leur présence. Et nous lecteurs, sommes-nous donc restés ces enfants qui n'aiment rien tant que les livres d'images? Peut-être, car je dois dire que je raffole de cet effet illustré des livres de W.G. Sebald.
   
   En conclusion : ne vous laissez pas impressionner, ne présumez pas que ce livre est "trop intello" pour vous. Allez-y au contraire, lisez-le et vous serez étonné du plaisir que vous y prendrez.
   
   PS : A charge de l'éditeur, j'aurais bien aimé, en tête d'ouvrage, une carte portant l'itinéraire de notre marcheur.
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critique par Sibylline




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Voyage en mélancolie
Note :

   Winfried et Georg sont les prénoms qu'il n'aimait pas et remplaçait par leurs initiales… Sebald est cet auteur allemand, exilé en Angleterre, dont le seul livre de fiction s'intitule "Austerlitz" et qui donne des titres de roman à ses ouvrages — que certains disent "inclassables" parce qu'ils participent de l'essai, de l'autobiographie, du livre de voyage, de la monographie érudite et de je ne sais quoi encore. Ce livre-ci de W.G. Sebald suscite, comme les autres, des réactions opposées: quelques-uns crient au texte sans queue ni tête, les autres sont totalement séduits. Si les anneaux de la planète Saturne sont des débris de la destruction d'un corps céleste, le titre est une juste métaphore car l'auteur ne trouve que destructions autour de lui dans ce montage issu de ses pérégrinations dans le Suffolk. Le fil conducteur qu'est la contemplation de la chute nous fait accéder tout naturellement à la mélancolie, celle du spleen baudelairien et des poèmes saturniens de Verlaine. La melancholia donc, sans pleurs ni larmes. Car en même temps, en s'en tenant au refus de la fiction, Sebald se fait roi de la digression érudite qui réserve au lecteur des surprises épatantes. Le Suffolk est plein de ressources: un paysage, une personne, une ruine, etc, aboutissent à des recherches, des enquêtes dans les archives qui le cas échéant mènent l'auteur jusqu'au pays natal.
   
   Le lecteur trouvera certains passages directement inspirés par les circuits de l'auteur. Le comté anglais étant bordé par la mer du Nord — «l'océan allemand» pour l'auteur — l'évocation des villes portuaires (Lowestoft, Dunwich) peut paraître banale; pourtant on trouve de l'intérêt à décrypter le déclin dans le cas de la première, ou à évoquer l'engloutissement dans le cas de l'autre, clone légendaire d'Ys ou d'Herbauges. La côte s'ouvre aussi vers le voyage en Hollande, ou vers l'économie lointaine du sucre. Plus loin, la sériciculture nous ramène de la Chine en déconfiture sous l'impératrice Cixi aux tentatives bientôt abandonnées de plantation de mûriers et d'élevage du bombyx dans la Prusse du XVIIIe siècle et l'Allemagne du IIIe Reich. Le traitement des cocons est compris par le lecteur comme une métaphore de la shoah dont pourtant il n'est nulle part fait mention.
   
   L'une des plus saisissantes images de la ruine est donnée par celle d'un vieux manoir anglais: «Bientôt on fut obligé d'abandonner les étages supérieurs voire des ailes entières et de se retirer dans quelques pièces encore praticables au rez-de-chaussée. Les fenêtres des étages condamnés se ternirent derrière les toiles d'araignées, la pourriture sèche gagna du terrain, les insectes transportèrent les spores du champignon jusque dans les angles les plus reculés, des moisissures brunes violacées et noires présentant des formes monstrueuses, parfois grandes comme des têtes de bœufs, apparurent aux murs et aux plafonds. Les planchers commencèrent à céder, les charpentes des toitures à ployer. Boiseries et cages d'escalier, depuis longtemps pourries en dedans, tombaient parfois dans la nuit en poussière jaune soufre…» Y fait écho la progression de la maladie de l'orme atteignant Norfolk en 1975 et détruisant en quelques années tous les ormes du secteur où l'auteur habitait, la ruine du paysage arboré culminant avec la tempête du 16 octobre 1987. Ainsi l'histoire de la destruction, témoignage sur l'impermanence des choses, s'écrit dans la nature comme dans les œuvres humaines.
   
   Sebald parcourt en même temps la planète et le temps disparu. Les photographies qui ornent le livre renforcent son témoignage. Parti à la recherche du crâne d'un scientifique du passé, le narrateur chemine dans le Suffolk, où il est installé, et, chemin faisant se souvient d'un tableau de Rembrandt. Une rencontre dans un château transformé en gîte rural est capable de faire revivre les hésitations du vicomte de Chateaubriand lors de son exil anglais, ou le drame des vieux manoirs reconvertis en rendez-vous de chasse à courre. Le hasard d'une émission de la BBC enclenche le souvenir de l'irlandais Roger Casement, pourfendeur des intérêts et des crimes du roi Léopold au Congo, et finalement exécuté comme dangereux terroriste irlandais. Bien d'autres figures passionnantes, des poètes, des militaires ou des scientifiques inventant le radar, hantent ce livre que je recommande vivement au lecteur soucieux de ne pas se limiter à la fiction habituelle.
   
   On peut sans doute entrer dans "Les Anneaux de Saturne" par la table des matières qui laisse entrevoir un mélange inattendu, mais je suis persuadé que la véritable richesse de ce livre hors du commun se goûte mieux en avançant pas à pas comme le piéton du Suffolk qu'a été W.G. Sebald. Sublime.
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critique par Mapero




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De quelques vagabondages placés sous le signe du dieu de la mélancolie
Note :

   Winfried Georg Sebald se trouve coincé sur un lit d'hôpital lorsqu'il commence à composer –mentalement – "Les Anneaux de Saturne" en suivant le fil d'une longue randonnée pédestre qu'il avait effectuée tout juste un an auparavant à travers les campagnes du Suffolk.
   
   Et c'est sans doute par l'allure tranquille de ce voyage, et par l'attention que W.G. Sebald avait portée alors aux vestiges du passé - passé plus ou moins lointain, vestiges plus ou moins ténus et délabrés – que "Les Anneaux de Saturne" m'a donné le sentiment de me replonger dans l'excellente série documentaire de la BBC qu'est "The Great British Railway Journey". A l'instar de Michael Portillo plaçant ses pas dans ceux du très victorien George Bradshaw, W.G. Sebald débute d'ailleurs son périple par un court trajet en train, dans un paysage désolé, jusqu'à Somerleyton Hall, la résidence campagnarde que l'homme d'affaires et député Morton Peto se fit construire dans les années 1840: "Via Brundall, Brundall Gardens, Buckenham et Cantley, où une raffinerie sucrière surmontée d'une cheminée fumante se dresse au beau milieu d'un champ vert, à l'extrémité d'une route sans issue, comme un vapeur au bout d'un môle, la voie ferrée longe le cours de la rivière Yare jusqu'à Reedham où elle franchit le cours d'eau et s'engage, en décrivant une large courbe, dans une plaine qui s'étend vers le sud-est jusqu'au bord de la mer. Il n'y a rien à voir ici, sauf de loin en loin une maison isolée de garde-champêtre, de l'herbe et des vagues de roseaux, quelques saules affaissés et des cônes de briques délabrés, semblables aux ruines d'une civilisation anéantie, vestiges des innombrables pompes et moulins à vent dont les voiles blanches n'ont cessé de tourner sur les prairies marécageuses de Halvergate et un peu partout à proximité de la côte, jusqu'à ce qu'elles aient été abandonnées une à une dans les décennies qui ont suivi la Première Guerre." (pp. 48-49)
   
   Cependant - et on le comprendra à la lecture de l'extrait précédent si le titre ne nous avait déjà mis la puce à l'oreille -, la tonalité des "Anneaux de Saturne", et de ses stations balnéaires surprises hors de saison, est bien plus mélancolique que celle du programme télévisé de Michael Portillo qui joue lui volontiers de l'humour discret et du détail insolite. Le thème de la destruction - véritable obsession de W.G. Sebald, s'incarnant ici de manière proprement hallucinante dans la ville de Dunwich, port autrefois florissant mais qui n'est plus aujourd'hui que l'ombre de sa splendeur d'antan – est omniprésent, jusque dans la terre que l'auteur foule de ses pas, et où il retrouve le signe du "refoulement et [de] la destruction, poursuivi durant des siècles et même des millénaires, des épaisses forêts qui, après la dernière ère glaciaire, se sont propagées sur la totalité des îles britanniques. Dans le Norfolk et le Suffolk, il s'agissait principalement de chênes et d'ormes qui déferlaient sur les plaines puis, en vagues ininterrompues, à travers les faibles hauteurs et les dépressions, jusqu'au bord de la mer." (p. 219)
   
   A mesure que W.G. Sebald dévide les souvenirs de ce voyage, il se laisse aussi entraîner sur des chemins de traverse au gré des caprices et libres associations de sa mémoire, si librement parfois que le lecteur peut être désarçonné de se voir emporté sans sommation du Suffolk vers le Congo en compagnie de Joseph Conrad qui en ramena la matière de son célèbre roman "Au cœur des ténèbres". Ou encore, sur les traces du médecin et écrivain anglais du XVIIème siècle, Thomas Browne, sur la scène de la leçon d'anatomie du professeur Nicolaas Tulp, immortalisée par un tableau de Rembrandt aujourd'hui conservé au Mauritshuis à La Haye – Thomas Browne dont le style – "des phrases labyrinthiques, se déroulant parfois sur une et même deux pages entières, foisonnantes, semblables à des processions ou à des cortèges funèbres" (p. 33) – semble avoir quelque peu déteint sur la prose de W.G. Sebald dont les phrases et les paragraphes s'étirent eux aussi jusqu'à instiller le trouble dans l'esprit du lecteur. Si pour toutes ces raisons, la séduction des "Anneaux de Saturne" est lente à s'imposer, elle devient une fois installée tout simplement irrésistible. Trouble, obscure peut-être. Mais irrésistible.
   
   
   Extrait:
   
   "Le fait est qu'il arrive parfois, lorsqu'on arpente les pièces de Somerleyton ouvertes au public, que l'on ne sache plus trop bien si l'on se trouve dans une résidence campagnarde, à Suffolk, ou dans un lieu très écarté, pour ainsi dire extra-territorial, sur la côte de la mer du Nord ou au cœur du continent noir. Pas davantage, on ne saurait dire d'emblée en quelle décennie ou en quel siècle l'on se trouve, car nombre d'époques se sont rencontrées ici et continuent d'exister les unes à côté des autres. Cet après-midi-là, en août, comme je déambulais dans Somerleyton Hall et tombais en arrêt ici et là, au gré des fluctuations d'une nuée de visiteurs, je n'ai pu me défendre de penser que j'étais dans un établissement de prêt sur gages ou dans une brocante. Mais c'est précisément le surnombre des choses accumulées au fil des générations, en attente, semblait-il du jour de la vente aux enchères, qui m'a séduit dans ce domaine finalement constitué uniquement d'absurdités. Comme Somerleyton devait être inaccessible du temps du grand entrepreneur et parlementaire Morton Peto, ai-je pensé, lorsque de la cave au toit, de la vaisselle aux cabinets de toilette, toutes choses étaient absolument neuves, accordées entre elles jusque dans les moindres détails et d'un goût sans merci. Et comme cette même demeure me paraissait belle là, maintenant, au bord de la dissolution et de la ruine silencieuse." (pp. 56-57)

critique par Fée Carabine




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Les émigrants - Winfried Georg Sebald

«Voilà donc comment ils reviennent, les morts.»
Note :

   Originaires d'Allemagne dont ils se sont vus éloignés par les nécessités économiques ou par la montée du nazisme, les héros des quatre récits rassemblés ici sont en effet des émigrants. Tous - même Paul Bereyter qui semble n'être revenu dans sa ville natale que pour s'y faire la proie d'un exil intérieur - ont quitté le pays de leur enfance sans plus d'espoir de retour, le docteur Henry Selwyn et le peintre Max Ferber pour se fixer en Angleterre, Ambros Adelwarth - grand-oncle du narrateur unique de ces quatre récits, un narrateur qui pour autant que l'on puisse en juger pourrait fort bien être l'auteur en personne, Allemand lui aussi émigré en Angleterre – s'étant pour sa part installé aux Etats-Unis.
   
   Mais cette parenté thématique évidente est loin d'être le seul point commun des quatre récits des "Emigrants", et le sentiment d'unité que laisse ce recueil doit sans doute plus encore à ce qui fait toute la singularité du style de Winfried Georg Sebald. Son caractère éminemment visuel tout d'abord, et il n'est pas anodin que "Les émigrants" se trouvent sous-titrés "quatre récits illustrés", tant ceux-ci sont réellement tissés d’images, qu'il s'agisse de coupures de presse, de photographies tirées des archives personnelles de l'auteur - "Cet après-midi-là, je tournai et retournai les pages de l'album, d'arrière en avant, et je n'ai depuis cessé de le refeuilleter car à regarder les photographies qu'il renferme, il me semblait effectivement et il me semble encore aujourd'hui que les morts reviennent ou bien que nous sommes sur le point de nous fondre en eux." (p. 60) - ou, d'une façon peut-être plus mystérieuse des images restituées par la mémoire, parfois après une longue éclipse. Et le refus affiché de tout pathos, ensuite, pour ne privilégier que les faits avérés, au terme d'une enquête serrée, dans un souci presque maniaque de l'exactitude: "Pourtant, comme je dus me l'avouer, ces tentatives de faire revivre le passé ne me rapprochaient pas de Paul, si ce n'est pour de fugitifs instants, en des débordements de sentiment qui me paraissent blâmables et contre lesquels j'entreprends de retranscrire ce que je sais réellement et ce que j'ai pu apprendre de Paul Bereyter en menant mon enquête." (p. 42)
   
   La quête de W.G. Sebald sur les traces de ses quatre héros n’amène guère au jour que des fragments, de menus objets, tels ceux retrouvés lorsque le glacier se décida enfin à rejeter le corps de ce guide de montagne, ami du Dr Selwyn - "Voilà donc comment ils reviennent, les morts. Parfois, après plus de sept décennies, ils sortent de la glace et gisent au bord de la moraine, un petit tas d'os polis, une paire de chaussures cloutées." (pp. 34-35). Mais de ces vestiges infimes se dégage une profonde émotion où la mélancolie tient une grande part: une mélancolie qui se nourrit d’une réflexion sur la mémoire - ses pouvoirs, ses caprices, son poids et ses vertiges - et peut-être plus encore d’une obsession pour – thème cher entre tous à l’auteur – des processus de destruction omniprésents, ceux mêlés à la vie-même des rues de Manchester, l’ancienne métropole industrielle tombée en décrépitude où le narrateur fit la connaissance de Max Ferber, ceux aussi qui rendent impossible aux émigrants tout retour dans un pays qui n’existe plus ainsi que le note ce dernier - "L’Allemagne, il faut que vous le sachiez, m’apparaît comme un pays resté en arrière, détruit, en quelque sorte extra-territorial, peuplé de gens dont les visages sont à la fois merveilleux et "mal cuits", ce qui est effrayant." (p. 214)
   
   
   Extrait:
   
   "La dernière [diapositive] présentait le plateau de Lasithi, pris en plongée du haut d'un des cols du Nord. Le cliché avait sans doute été réalisé à l'heure de midi, car les rayons du soleil venaient frapper le spectateur. La montagne de Spathi, qui s'élève à plus de deux mille mètres et domine la plaine du Sud, faisait l'effet d'un mirage derrière, les champs de pommes de terre et de légumes, les vergers, les bosquets d'arbres et les terres non cultivées composaient un camaïeu de verdure ponctué par les centaines de voiles blanches des pompes à eau. Devant cette diapositive aussi, nous restâmes longtemps silencieux, si longtemps même que pour finir le verre se fendit dans son cadre et qu'une fêlure noire courut sur l'écran. Le spectacle si prolongé, maintenu jusqu'à l'éclatement, du haut du plateau de Lasithi s'est à l'époque profondément gravé dans mon esprit; et pourtant je l'avais oublié pendant une longue période." (p. 28)

critique par Fée Carabine




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Vertiges - Winfried Georg Sebald

Souvenirs d’Italie et du pays natal
Note :

   Entrons en Italie avec Stendhal pour cicerone. À dix-sept ans, dans l'armée! Passé le col alpin, il découvre tout à la fois la guerre, l'amour, et l'opéra. Résultat: la syphilis. La mémoire de Stendhal se perd en cherchant à revivre le passé. Comment le général Marmont était-il habillé? Au spectacle de l'opéra de Cimarosa, la prima donna était-elle jolie? Avec qui notre futur Stendhal avait-il perdu sa virginité? Mais aussi, un peu plus tard, en 1813, la visite d'une mine de sel aboutit à la théorie de la cristallisation, sublime invention dont Mme Gherardi «dont la vie remplirait facilement tout un roman» ne semble pas convaincue lors des parties de canotage sur le lac de Garde. Henri Beyle décide pourtant de devenir le plus grand écrivain du monde avant de mourir en 1842, intoxiqué par les produits qu'il ingurgitait contre la maladie. Les "happy few" se souviendront de Matilde Dembowski que le voyageur amoureux poursuit après s'être rééquipé: «Il s'était acheté une nouvelle redingote jaune, des pantalons bleu foncé, des chaussures noires laquées, un chapeau de velours extrêmement haut et une paire de lunettes vertes, et accoutré de la sorte il errait dans Volterra et tentait d'apercevoir Matilde aussi souvent que possible.» Il avait gardé le moulage de sa main gauche!
   
   D'autres pérégrinations suivent. Le narrateur quitte l'Angleterre en octobre 1980 pour Vienne où il entreprend une virée avec un poète qui séjournait à l'hôpital psychiatrique — on se croirait chez Thomas Bernhard — mais W.G. Sebald ne le supporte pas longtemps. Il saute dans un train pour Venise histoire de penser au Casanova qu'il n'est pas avec les femmes et s'en évade plus vite que lui, direction Padoue pour admirer la chapelle des Scrovegni ornée par Giotto, puis direction Vérone où à l'entrée de la chapelle des Pellegrini, sur une fresque de 1435, Pisanello représente San Giorgio combattant pour sauver la princesse. Client de la pizzeria Verona il découvre que le patron s'appelle Cadavero en même temps que la lecture du Gazzettino publié à Venise lui signale des crimes impunis dans la région. Force est de fuir en train vers le Nord, en ce mois de novembre 1980. Quand Sebald revient sept ans plus tard en Italie du Nord c'est pour y perdre son passeport dans une auberge au bord d'un lac. La réception l'a remis par erreur à autre touriste allemand. La partie suivante — nous sommes en 1913 — enchaîne sur le docteur K. C'est l'assureur Kafka en cure thermale au bord d'un beau lac, entre une jolie fille et un vieux général qui préfère se suicider. Onze ans plus tard, Franz Werfel est l'un des derniers à rendre visite à Kafka.
   
   Avec le chant du retour au pays natal, Sebald se fait de nouveau promeneur solitaire, repasse la frontière et gagne en Allgau le village de W. qu'il n'a pas vu depuis trente ans. L'auteur s'est exilé dès la fin de ses études à Fribourg. À l'auberge où il habita enfant, il explore enfin le grenier plein de poussière qu'on lui interdisait jadis en raison de la présence d'un chasseur. De nombreux personnages revivent dans la mémoire sébaldienne: un médecin morave et morphinomane, la blonde Romana et son amoureux, un prêtre et un médecin qui confondirent leur sacoche en partant en "tournée". La seconde et la quatrième parties de "Vertiges" regroupent la plupart des troublants thèmes sébaldiens.
   
   Les récits et les confidences de Sebald procèdent du vrai et du fictif en s'étayant de justificatifs — ces photographies qui parsèment le livre sont censés l'authentifier, telle la photo du passeport qui lui est remis à Milan par le consulat avec la date du 4 août 1987 ou encore la facture de la pizzeria. Pourtant la fiction résiste: dans le compartiment du train qui traverse l'Allemagne, la lectrice qu'il observe dévore un livre, La mer de Bohême — or c'est un titre qui n'existe pas. Elle lui en récite des vers pour le faire réagir: «malgré l'émotion qui s'était emparée de moi, je n'arrivais pas à dire quoi que soit et restais benêt, muet, à contempler ce monde déjà presque englouti par le crépuscule. Je l'ai depuis maintes et maintes fois regretté.» Le narrateur et l'auteur qui se cachent l'un derrière l'autre conservent une forte timidité avec les femmes. Ce n'était semble-t-il pas le cas de Stendhal.
   
   La survenue de ces vertiges a lieu devant les femmes, comme le montre l'exemple de la lectrice du train. Mais le hasard qui sert souvent de lien entre les séquences peut aussi créer un sentiment de vertige ressenti par le narrateur, à la pizzeria par exemple. Surtout, les vertiges ont partie liée au passage du temps, à la mémoire tantôt brouillonne, incertaine ou lacunaire — quand Stendhal se penche sur son passé — et quand le voyageur revient au village de l'enfance et se confie à voisin: «…je lui dis qu'au fil des années je m'étais fait beaucoup d'idées, mais qu'au lieu de se décanter, les choses en étaient devenues encore plus énigmatiques qu'avant. Plus je rassemblais les images d'autrefois, lui dis-je, et plus il devenait invraisemblable que le passé se soit présenté sous cette forme…» Et plus loin: «Oui, me dit-il, c'était vraiment une chose bizarre que le souvenir.»
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critique par Mapero




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Pour sebaldiens
Note :

   Ce recueil regroupe 4 textes de longueurs inégales. Ce sont des sortes de journaux de voyages assez intimes et en partie rêvés, accompagnés d'illustrations (principalement des photos) selon l'habitude de l'auteur, en partie également mêlés d'un travail de biographe sur Stendhal, Casanova ou Kafka...
   
   Ils ont été rédigés alors que W.G. Sebald se déplaçait en Italie ou dans sa Bavière natale. Suivant son habitude, il voyage à pied ou en train avec une nette préférence pour la première solution, loge dans des auberges pas toutes très accueillantes. Ses pensées et souvenirs se déroulent au rythme lent de ces pérégrinations qui le voient retourner par deux fois sur les lieux de son enfance. Il y retrouvera des vestiges plus mélancoliques que chaleureux et comparera les faits aux reflets de sa mémoire. On peut dire que la mémoire est au centre de cet ouvrage.
   
   Le premier texte: "Beyle ou le singulier phénomène de l'amour", voit Sebald suivre les traces du très jeune Stendhal en Italie, évoquer sa carrière militaire et s'intéresser à la logique spécieuse de ses premières démarches amoureuses. Le déplacement, le voyage y avait une grande part et il apparaît que le tout aurait pu être assez simple si l'intéressé n'avait compliqué les choses à plaisir. Mais dans ce cas, aurions nous eu le grand romancier qu'il fut? Le discours de Sebald est très documenté et c'est ce qui le rend très intéressant à lire.
   
   Avec le second texte, nous retrouvons l'auteur à Vienne d'abord, seul, et assez neurasthénique. C'est lui qui souffre des vertiges du titre, il est également sujet à de vraies hallucinations ou des imaginations sans fondement. Il est très anxieux et nourrit des craintes irrationnelles. Ainsi se persuade-t-il qu'il est sans cesse suivi par deux jeunes gens, qui le suivront plus tard quand il changera de ville avant de disparaître quand sa pensée s'en détournera. Et c'est un nouveau voyage en Italie sur les traces de Casanova ou celles du peintre Pisanello. Là encore, l'érudition de l'auteur force l’intérêt mais les très longs passages où il ne parle que de ses errances (aux deux sens du terme) avec un grand luxe de détails (menus, météo, décors des chambres, il relate ses rêves etc.) ne m'ont pas absolument passionnée.
   
   Le troisième texte met nos pas dans ceux de Kafka à Vérone puis à Venise. Le récit insiste particulièrement sur les troubles dont souffrait Kafka et auxquels ceux de Sebald semblent faire écho.
   
   Le quatrième texte, dans la veine du second, suit un périple tout personnel qui voit l'auteur revenir à Wertach, ville de son enfance dont il était resté éloigné et que pour une raison qui m'échappe il ne désigne jamais que comme "W." alors qu'il ne fait pas mystère de son identité. L'ambiance est morose. Là encore, beaucoup, beaucoup de détails personnels (mais vraiment des détails) dont l’intérêt ne m'est pas apparu avec évidence. J'ai trouvé le regard beaucoup trop autocentré. Je me suis ennuyée...
   
   Un ouvrage plutôt destiné aux sebaldiens convaincus.

critique par Sibylline




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