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Auteur des mois d'octobre & novembre 2017
Jorge Amado

   Pour les mois d' octobre & novembre 2017, notre auteur sera
   
   
Jorge Amado
   
   parce qu'il ne peut y avoir de site littéraire un peu sérieux sans que ses livres y soient au moins évoqués...
   
   Aussi, pour ce bel automne roux, au travail ou en vacances, au fond du lit, du fauteuil, du canapé, dans le train de banlieue ou de grande ligne, vers le bureau ou en route vers le soleil, vous pouvez choisir n'importe quel livre de
   
   
Jorge Amado
   
   vous en régaler (ou non) et nous adresser vos commentaires. A

   
   

   
   postmaster@lecture-ecriture.com

   
   Ils seront mis en ligne ici le 30 novembre 2017.
   
   N'êtes-vous pas tenté, puisque vous aimez lire?
   
   N'hésitez pas. Participer à nos auteurs du mois rend plus intell cultivé.
   
   Si, intelligent aussi.

Biographie

   Jorge Amado est le nom de plume de Jorge Amado de Faria, écrivain brésilien né en 1912 dans l'État de Bahia, et décédé en 2001.

Bibliographie ici présente

  Les deux morts de Quinquin la Flotte
  Cacao
  Tocaia Grande
 

Les deux morts de Quinquin la Flotte - Jorge Amado

Pochade brésilienne
Note :

   Quinquin la Flotte n’a pas toujours été ce clochard joyeux qui anime les rues des bas-fonds de Bahia. Il a mené il y a quelques années de cela encore l’existence bourgeoise d’un fonctionnaire reconnu et respecté. Mais un jour, il a craqué devant l’attitude de sa femme et de sa fille vis à vis du futur mari de celle-ci. Il y a reconnu la situation misérable à laquelle il s’était soumis sa vie maritale durant et il est parti. Pour ne plus revenir, et donc errer dans les bas-fonds.
   
   C’est d’ailleurs en buvant un verre d’eau, croyant boire du rhum, suite au scandale qui s’ensuivit que l’appellation de Quinquin la Flotte fût labellisée.
   
   Il s’est recréé là les liens affectifs qu’il n’avait jamais eus, avec ses compagnons de rhum, la belle métisse sa maîtresse, … Bref il a découvert une existence qui lui était inconnue.
   
   Sa famille a fait comme si Quinquin la Flotte avait disparu, honteuse de l’élément reproche vivant.
   
   Et puis voilà, (c’est le début du roman), que sa maîtresse découvre Quinquin mort sur son lit, pendant son sommeil.
   
   On perd alors tout repère puisque Jorge Amado = Brésil = Amérique du Sud = onirisme débridé = … les deux morts de Quinquin la Flotte, puisque décidément rien ne peut se passer simplement dans un roman sud-américain.
   
   C’est flamboyant, dans l’emphase et l’exagération en permanence. La vie bourgeoise et maritale en prend un vieux coup entre les oreilles. La femme bourgeoise aussi !

critique par Tistou




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Cacao - Jorge Amado

De la misère en milieu paysan
Note :

   Sergipano est un jeune paysan qui a quitté sa terre natale, le Sergipe (région du Brésil qui lui donne son nom), pour devenir ouvrier (ou plutôt esclave dans une cacaoyère). Fils d’un entrepreneur qui a tout perdu à cause d’un oncle ambitieux et sans scrupules, il se confronte à la vie en communauté dans les plantations de Mané-la-Peste, découvre la pauvreté de tous les travailleurs qui comme lui n’arrivent pas à économiser un peu d’argent pour quitter ce poste. Sergipano connaît un maigre répit lorsque la fille du propriétaire décide de faire de lui son esclave particulier lors des quelques jours qu’elle passe dans la plantation.
   
   Jorge Amado, auteur brésilien, décrit dans ce court roman la vie de ses ouvriers agricoles écrasés par le travail, par la cupidité de ce propriétaire terrien prêt à écraser un de ses employés lorsqu’il détruit la moindre cabosse de cacao. On suit les aventures de Sergipano et de ses compères d’infortune, affamés, comme Colodino, Joao Grilho ou Honorio l’homme de main qui réussit à manipuler le propriétaire car il a des informations compromettantes le concernant. On rencontre aussi des femmes qui font «la vie», c'est-à-dire qu’elles vendent leurs corps aux hommes qui trouvent à leurs cotés le peu de distraction de leur vie de labeur. Et l’existence de Magnolia, de Mariette ou d’autres filles très jeunes n’a rien à envier à celles de leurs compagnons d’infortune.
   
   Ce court roman, le second de l’auteur qui veut plus en faire un documentaire sur la vie de ces ouvriers qu’une fiction, est également l’occasion de décrire les mœurs immorales et déviantes des propriétaires. Outre Mané-la-Peste, le propriétaire, on découvre la figure de Joao Vermelho, le tenancier des cordons de la bourse qui considère l’argent comme si c’était le sien. L’être le plus exécrable de cette famille est sans conteste le fils, homme de bonne famille qui poursuit des études en ville, et qui viole les jeunes filles du village lorsqu’il revient auprès de ses parents. Et puis il y a Maria, la fille du propriétaire qui fait tout son possible pour que Sergipano quitte son statut d’ouvrier pour qu’il vienne vivre auprès des riches. Mais Sergipano, écœuré par les inégalités qu’il observe, et tenu au courant des nouvelles théories ouvrières concernant les grèves et le communisme, refuse cette vie confortable pour défendre ceux qui souffrent.
   
   Jorge Amado signe là un roman intense, qui plonge le lecteur au sein du Brésil des années 1930, au milieu de la moiteur des cacaoyères et de la violence sociale de ce pays. Un roman qui peut avoir des résonances particulières en cette période…
   
   
   Extrait :
   
   « Jaque! Jaque! Les gamins grimpaient aux arbres comme des singes. Le fruit tombait - boum – et eux se jetaient dessus. En peu de temps, il ne restait plus que l’écorce et les déchets, que les porcs dévoraient gloutonnement.
   Les pieds écartés semblaient des pieds d’adultes, le ventre était énorme, gonflé par les jaques et la terre qu’ils mangeaient. Le visage jaune, d’une pâleur terreuse, accusait l’héritage de maladies terribles. Pauvres enfants blafards, qui couraient au milieu de l’or des cacaoyers, en haillons, les yeux éteints, à demi idiots. La plupart d’entre eux travaillaient à la mise en tas dès l’âge de cinq ans. Ils restaient ainsi, petits et rachitiques, jusqu’à dix ou douze ans. Puis soudain apparaissaient des hommes trapus et bronzés. Ils cessaient de manger de la terre, mais continuaient à manger des jaques.»

critique par Yohan




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Tocaia Grande - Jorge Amado

La grande embuscade
Note :

   "Tocaia Grande" signifie "la grande embuscade". C’est par cet acte fondateur militaire qui marqua un tournant dans la guerre que les colonels brésiliens se livraient pour la conquête des terres cacaoyères, qu’allait être baptisée la collection presque hasardeuse de quelques masures qui, avec le temps, allaient donner naissance à une nouvelle métropole régionale.
   
   Dans son style flamboyant et lyrique, Jorge Amado donne vie à une galerie de personnages aussi pittoresques que bigarrés. C’est l’amour de la liberté, la capacité à prendre les terres offertes et non encore défrichées qui, petit à petit, attirera les pauvres, les petits et les exclus et les portera dans un élan fondateur et colonisateur.
   
   A grand coups de tafia, n’hésitant pas à régler leurs comptes revolver au poing, vivant au jour le jour dans la bonne humeur, la joie et adeptes de l’amour libre, les membres de cette petite collectivité vont construire une structure de plus en plus riche, de plus en plus forte, jusqu’à provoquer la jalousie et la violence de leurs voisins.
   
   Comme presque toujours chez Amado, les putes y jouent un grand rôle. Non seulement celui classique qui leur est dévolu, mais surtout celui de souder l’embryon de collectivité autour d’un même lieu et d’attirer toute une population nomade qui colportera la bonne nouvelle de la nouvelle bourgade au loin dans le sertao.
   
   Elles y sont mères et amantes, accoucheuses apprenant sur le tas, confidentes et commères dans les griffes desquelles il ne fait pas bon tomber! Elles sont le lien social et le ciment des couples officiels.
   
   La richesse d’Amado est aussi celle du Brésil. C’est de savoir rassembler des hommes et des femmes de toutes races, de toutes couleurs, de toutes religions. On y trouve Castor, le nègre débonnaire et farceur, fétichiste et amoureux des belles femmes, forgeron habile et poète à ses heures.
   
   Il y a Fadul, le Libanais maronite, dit "Le Turc", force de la nature, marchand ambulant dont la sédentarisation à Tocaia Grande donnera le la d’un processus plus générique. Fadul est à la fois un sage, un visionnaire, un sanguin et un homme à femmes, dont les imprécations en arabe agressent le dieu des maronites à chaque nouvelle injustice.
   
   Il y a aussi Natario le Capitaine, le métis, garde du corps du Colonel, tueur redouté et redoutable, infatigable, dévoué et juste. C’est lui qui saura voir en ce lieu grandiose et vierge le siège de la future petite ville et lui qui en lancera la fondation lorsque le colonel lui donnera des terres en signe de reconnaissance pour lui avoir sauvé la vie.
   
   Il y a des dizaines d’autres personnages délurés et féroces, joueurs et espiègles, vivant innocemment dans le péché et dont les aventures, la vie et la mort, rarement douce, rythment la construction de Tocaia Grande. La grandeur d’âme et la générosité en sont un dénominateur souvent commun.
   
   Pourtant, il manque le grain de folie, le délire absolu, la faconde qui nous avaient enchanté dans "Dona Flor et ses deux maris". Tocaia Grande finit alors par traîner un peu en longueur, manquant parfois de rythme et d’inventivité. On s’y ennuie un peu, par moments.
   
   Un beau roman, mais pas le meilleur roman de ce grand auteur brésilien que fut Jorge Amado.

critique par Cetalir




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