Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

.:: Lecture & Ecriture ::.   
Auteur des mois de juin & juillet 2018
Herbert George Wells

   Pour les mois de juin & juillet 2018, notre auteur sera
   
   
H. G. Wells
   
   parce qu'il ne peut y avoir de site littéraire un peu sérieux sans que ses livres y soient au moins évoqués...
   
   Aussi, pour ce bel qui commence, au travail ou en vacances, au fond du lit, du fauteuil, du canapé, sur la plage, à la campagne, au sommet des montagnes, dans les trains, avions ou bus, vous pouvez choisir n'importe quel livre de
   
H. G. Wells
   vous en régaler (ou non) et nous adresser vos commentaires. A

   
   

   
   postmaster@lecture-ecriture.com

   
   Ils seront mis en ligne ici.
   
   N'êtes-vous pas tenté, puisque vous aimez lire?
   
   N'hésitez pas. Participer à nos auteurs du mois rend plus intell cultivé.
   
   Si, intelligent aussi.

Biographie

   Herbert George Wells, plus connu sous la signature H. G. Wells (né le 21 septembre 1866 à Bromley dans le Kent, Royaume-Uni - 13 août 1946 à Londres) est un écrivain britannique surtout connu aujourd'hui pour ses romans de science-fiction. Il fut cependant également l'auteur de nombreux romans de satire sociale, d'œuvres de prospective, de réflexions politiques et sociales ainsi que d'ouvrages de vulgarisation touchant aussi bien à la biologie, à l'histoire qu'aux questions sociales.
   (Wikipedia)
   

Bibliographie ici présente

  L'île du docteur Moreau
  La guerre des mondes
  Les premiers hommes dans la Lune
  La machine à explorer le temps
  L'homme invisible
 

L'île du docteur Moreau - Herbert George Wells

Déroutant
Note :

   Seul survivant d'un naufrage, Edward Prendick trouve refuge sur une étrange île des mers du Sud, recueilli, avec quelques réticences, par un savant des plus singuliers, le docteur Moreau, chassé d'Angleterre pour ses expériences sur les transfusions sanguines. Mais il découvre bientôt avec horreur que l'île est peuplée de créatures monstrueuses, faites d'un ou plusieurs animaux plus ou moins humanisés, vivant sous la domination du docteur Moreau et de son assistant fort porté sur la boisson, le mystérieux Montgomery. Mais une suite d'événements inexplicables pousse peu à peu les créatures à se révolter contre la Loi que leur impose le docteur Moreau...
   
   Un roman déroutant, dénonçant l'emploi abusif et irresponsable des manipulations génétiques, près de 75 ans avant l'heure. Certes, un grand classique de la littérature, mais souvent reçu avec le sourire aujourd'hui, tant les créatures imaginées par Wells nous semblent peu crédibles et ridicules. Mais en replaçant l'oeuvre dans son contexte, on peut y voir les inquiétudes d'un homme concernant les "avancées" de la science. Les personnages restent complexes, les motivations profondes de Moreau et Montgomery n'apparaissent pratiquement que dans les derniers chapitres du roman, mais cela ne gène pas la progression de l'intrigue et contribue, au contraire, à renforcer le suspense. Les créatures sont tour à tour effrayantes, attachantes, plus humaines que les humains avant de retomber dans leur animalité et dans leurs bas instincts.
   
   Une réflexion toujours d'actualité, et menée avec brio, sur les dérives de la science et les relations de domination entre hommes et animaux.

critique par Elizabeth Bennet




* * *




 

La guerre des mondes - Herbert George Wells

Apocalypse …
Note :

   S’il est un archétype concernant la S.F., et notamment l’idée qu’on se fait de la S.F. avec martiens, soucoupes volantes et tutti quanti … c’est bien «la guerre des mondes». Peut-être aussi du fait de son adaptation cinématographique? Néanmoins …
   
   Déjà, remettre en perspective que ce roman fut écrit par Wells en … 1898, à une époque où l’avion n’existait pas encore! Lui, H.G. Wells ne nous parle pas d’avions mais de … d’espèces d’obus dans lesquels les martiens sont propulsés et d’où ils débarquent. Un peu à la façon du Jules Verne de «De la Terre à la Lune». Donc foin de soucoupes volantes. Mais tous les archétypes qu’on retrouvera plus tard dans les romans de cette mouvance sont pratiquement là: des martiens d’une forme et d’une vie très éloignées de la forme terrestre, des sentiments hostiles vis-à-vis des Terriens, une impression d’impuissance vis-à-vis d’eux, … L’inconnu, il n’y a pas à dire, ne porte pas à la confiance et à l’optimisme!
   
   H.G. Wells ne s’attache pas vraiment à expliquer comment les martiens …, pourquoi les martiens …, ni d’une quelconque possibilité scientifique. Tout ceci ne le concerne pas et d’ailleurs il a déjà fait un sacré saut en convoquant des martiens, d’une forme inattendue, débarqués d’un obus gigantesque traversant l’espace à des vitesses inimaginables à l’époque (H.G. Wells venait d’apprendre à tenir sur une bicyclette au moment de l’écriture du roman!). Ce qui l’intéresse et qui fait le cœur du roman, c’est l’apocalypse que déclenche une telle invasion sur une civilisation telle la société anglaise fin du XIXème siècle. C’est bien ainsi qu’il faut lire le roman, de même qu’on ne peut lire «Orgueils et préjugés» de Jane Austen sans prendre en compte les mœurs de l’époque d’écriture dudit roman! Et cette invasion est rude. Face à un adversaire inimaginé – inimaginable, à l’aspect, aux moyens tout aussi hors du commun, H.G. Wells ne nous décrit pas autre chose qu’une boucherie, une «Bérézina», une mort de notre civilisation. C’est certainement cela qui est novateur dans ce roman et qui fera école pour tant d’autres œuvres qui suivront.
   
   «La guerre des mondes» reste très plaisante à lire. Pas pour des descriptions technologiques qui, évidemment, sont largement dépassées maintenant, mais pour l’étude des caractères de ses contemporains confrontés à cet évènement inouï. Allez, un petit bout pour la route:
   « Une grosse masse grisâtre et ronde, de la grosseur à peu près d’un ours, s’élevait lentement et péniblement hors du cylindre. Au moment où elle parut en pleine lumière, elle eut des reflets de cuir mouillé. Deux grands yeux sombres me regardaient fixement. L’ensemble de la masse était rond et possédait pour ainsi dire une face : il y avait sous les yeux une bouche, dont les bords sans lèvres tremblotaient, s’agitaient et laissaient échapper une sorte de salive. Le corps palpitait et haletait convulsivement. Un appendice tentaculaire long et mou agrippa le bord du cylindre et un autre se balança dans l’air.»
   
   Le mythe du martien était né, messieurs-dames!

critique par Tistou




* * *




 

Les premiers hommes dans la Lune - Herbert George Wells

La lune est habitée !
Note :

   Le premier homme dans la Lune ? Adam ! Il a croqué la pomme par inadvertance…
   
   Le comportement étrange d’un individu attifé de façon disparate attire l’attention de Bedford, jeune homme retiré dans le Kent après avoir subi des revers financiers.
   
   Installé à sa fenêtre, bien décidé à écrire une pièce de théâtre, qui pense-t-il devrait le remettre à flot, Bedford est un homme d’affaires qui a mal géré celles-ci, trop pressé d’engranger de l’argent sans véritablement se donner le temps de réfléchir. Les problèmes boursiers sont plus complexes qu’il le supposait, et après les mois de vaches grasses se sont imposés les mois de vaches maigres. Et il se rend compte que l’écriture, comme la bourse, ne se maîtrise pas si facilement que cela.
   
   Donc intrigué par le comportement de cet homme, il décide un jour de l’aborder. Le professeur Cavor est un homme d’habitudes, et cette interruption dans ses déambulations quotidiennes, dans ses pensées, le perturbent. Mais peu à peu, entre Bedford et Cavor, s’établit une relation, sinon amicale, du moins réconfortante pour les deux hommes. Et Cavor peut s’exprimer en toute quiétude sur ses aspirations, ses projets, même si Bedford ne comprend pas tout de ses élucubrations. Il est question d’éther, de tubes de force, de potentiel gravitationnel, d’énergie radiante, exemples à l’appui, ce qui est très confortable aussi bien pour Bedford que pour le lecteur.
   
   Bedford est attiré par le projet de Cavor, et il va même l’aider. Dans son antre Cavor travaille, avec l’aide de trois compagnons aux métiers différents mais complémentaires. L’idée est de construire une sorte de capsule constituée de plaques de verre recouvertes de tôles à base d’hélium. L’hélium est un gaz qui a démontré sa capacité puisqu’il a été utilisé pour remplir les ballons et les dirigeables.
   
   Bedford est attiré par l’appât du gain, car Cavor a dans l’idée de se propulser sur la Lune, à la recherche de matériaux rares. Et les préparatifs terminés, c’est le grand voyage organisé dans l’espace, avec à bord les deux hommes, le scientifique et le financier. Le décollage s’effectue en douceur, le voyage n’est pas perturbé, et l’alunissage est réussi. Un bon point pour la Cavorite, la capsule qui a servi a transporter les deux touristes dans l’espace.
   
   L’atmosphère n’est guère différente que sur Terre, mais il faut s’habituer à la gravitation et les deux hommes avancent parmi les cratères par sauts de puce. Il fait froid car le soleil est de l’autre côté de la Lune et lorsqu’il darde ses rayons à l’endroit où les deux hommes se trouvent, c’est la chaleur étouffante qui prédomine. Et alors, de minuscules plantes pointent le bout de leurs folioles puis prennent de l’extension. C’est le moment pour les Sélénites bergers de faire sortir pâturer des espèces d’animaux qui ressemblent à des veaux sans pattes, un peu comme les veaux marins.
   
   Cavor et Bedford vont se trouver face à des Sélénites qui ont l’aspect de gros insectes, comme des fourmis géantes, et ils connaîtront quelques démêlés, étant entraînés dans les entrailles de la Lune.
   
   Véritable roman de science-fiction, "Les premiers hommes dans la Lune" n’est pas une anticipation, puisque l’auteur place son récit au moment où il l’écrit, ou plutôt au moment où Bedford le rédige lorsqu’il rentre sur Terre.
   
   Mais si la science-fiction est le support de ce roman, deux autres points, au moins, permettent à Herbert-George Wells d’apporter sa vision du monde et de dénoncer certaines pratiques ou énoncer quelques réflexions sur l’avenir.
   
   Ainsi en ce qui concerne la science, Carvor déclare :
   "Les prêtres et les inquisiteurs du Moyen-âge avaient raison, et les modernes ont tort. Vous risquez de petites expériences et l’on vous offre des miracles. Puis, aussitôt que vous y êtes pris, vous êtes bernés et démolis de la façon la plus inattendue. Vieilles passions et nouvelles armes… Tantôt cela bouleverse votre religion, tantôt cela renverse vos idées sociales, ou vous précipite dans la désolation et la misère !"
   

   Un roman tout à fait en prise avec l’actualité, les scientifiques veulent toujours progresser, mais n’est-ce pas au détriment parfois de l’humanité ?
   
   Bedford est parti dans l’intention de se refaire une santé financière. Seulement, il déchante vite dans sa recherche de brevets et de concessions dans les cratères de la Lune. Car il y a de l’or sur la Lune. Mais Carvor idéaliste n’en est pas moins réaliste.
   
   Les gouvernements feront tous leurs efforts pour venir ici. Les nations se battront entre elles pour cette conquête et extermineront ces créatures lunaires. Cela ne fera qu’étendre et multiplier les conflits.
   
   Si Herbert-George Wells anticipe une guerre spatiale, le propos n’est en pas moins d’actualité en ce début de XXe siècle, avec la colonisation de nombreux pays africains, la recherche de matériaux précieux, le découpage des territoires, au détriment des populations qui ne demandaient rien à personne.
   
   La société sélénite n’est pas configurée de la même manière que sur Terre. Elle pourrait se répartir en divers corps de métier, leur organisme n’étant pas formé pour être polyvalent. Or quand l’un des corps de métiers n’est pas sollicité, leurs représentants sont au repos.
   
   Cela ne fait qu’éclairer la façon inconsidérée dont nous acquérons nos habitudes de penser et de sentir. Droguer l’ouvrier dont on n’a pas besoin et le mettre en réserve vaut sûrement beaucoup mieux que de le chasser de son atelier pour qu’il aille mourir de faim dans les rues. Dans chaque communauté sociale complexe, il y a nécessairement des interruptions dans l’emploi de toute énergie spécialisée, et sous ce rapport l’inquiétant problème des chômeurs est absolument aboli par les Sélénites.
   
   Un roman dont le propos est plus actuel que l’on pourrait croire, un roman qui n’a pas vieilli, malgré les soixante-dix ans, ou presque, qui séparent l’écriture de cette histoire et le grand pas pour l’humanité en juillet 1969.
   
   Les premiers hommes dans la Lune est un classique à lire et à relire, pour le plaisir et pour comparer la société actuelle avec celle des Sélénites et celle de l’Angleterre de la fin du XIXe et début XXe siècles. Et qui démonte que sous le couvert de la science et de la fiction, H.G. Wells s’intéressait aux problèmes sociétaux de son époque.
   
   La recherche frénétique de la conquête de la Lune est pour l’instant calmée, mais comme Bedford on peut se demander :
   "Pourquoi étions-nous venus dans la Lune ? Cette question se présenta à moi comme un problème embarrassant. Quel est cet esprit qui incite perpétuellement l’homme à quitter le bonheur et la sécurité, à peiner, à courir au devant du danger, à risquer même une mort à peu près certaine ?"

   
   Titre original: The First men in the Moon – 1901.

critique par Oncle Paul




* * *




 

La machine à explorer le temps - Herbert George Wells

La quatrième dimension
Note :

   Que l'homme puisse trouver un moyen de voyager dans le temps, aussi bien le futur que le passé, est un des concepts de science fiction les plus porteurs. C'est vrai que cela réalise des désirs que l'homme a toujours éprouvés : voir ce qui va arriver ou corriger le passé. Cette trouvaille a fait florès, elle est maintenant dans absolument tous les esprits comme possibilité fictive, et à ce titre, souvent évoquée, même dans les conversations courantes. Mais sait-on que c'est H.G. Wells qui l'a inventée ? Avant lui, il y avait bien eu quelques incursions temporelles par le rêve par exemple , mais il fut le premier à inventer LA Machine qui allait rationaliser et contrôler tout cela.
   
   Il l'avait depuis longtemps, cette idée. Il avait rédigé une première nouvelle d'ailleurs inachevée et publiée dans le journal scolaire, "The chronic Argonauts". Cela tourna donc court, mais Wells tenait à l'idée, aussi la retravailla-t-il à plusieurs reprises durant les années qui suivirent, sans jamais y renoncer... au point d'en rédiger huit versions pour arriver à celle que nous connaissons et qui le projeta tout de suite parmi les maitres de la littérature de SF. Wells démarrait ses "scientific romances".
   
   H.G. Wells était un scientifique. Il a enseigné la biologie et mena une belle carrière de journaliste scientifique. Son apport à la SF a été de lui donner cet air rationnel qui aide l'imagination à presque croire que "c'était possible". Aussi, ici, par exemple, décrit-il sa machine avec une apparence de précision. Nous sommes au 19ème siècle, alors quand il en énumère les matériaux, bois précieux, cristal, ivoire, il augmente la crédibilité par cette nécessité de matériaux rares. Aujourd'hui, on ferait pareil, mais en citant les dernières trouvailles de la science. Il donne à sa description un aspect le plus technique possible, prenant le contrepied des récits précédents où ce voyage dans le temps était lié à la nébulosité floue du trouble de conscience. Ici, au contraire, tout est le plus net possible. Il a une théorie "scientifique" à la disposition de sa fiction : le temps est une quatrième dimension : comme une ligne le long de laquelle nous avançons, mais ne pourrait-on pas modifier notre progression sur cette ligne ? Ici, justement, si. Notre savant-fou, ayant donc mis sa machine au point, n'hésite pas à tenter lui-même l'aventure, pire, lors du premier voyage, il le fait sans rien dire à personne. Et le voilà parti ! Dans le futur. L'année 802 701. Rien que cela ! Wells avait d'abord mis un futur plus proche avant de réaliser, lui le darwiniste, que des modifications importantes de l'humain nécessitait des délais très longs.
   
   C'est là qu'intervient la seconde passion de Wells, et son deuxième talent : son penchant pour les sciences humaines et sociétales. Il va utiliser ce voyage pour donner vie à un monde effroyable ou l'humanité ce sera scindée en deux espèces : les beaux, gentils et terriblement moutonniers et les affreux, intelligents et destructeurs, qui les exploitent comme du gibier. On peut, à son goût, le prendre au sens littéral ou le voir comme si Wells avait poussé à son paroxysme le concept d'exploitation de l'homme par l'homme.
   
   Notre hardi explorateur fera d'autres expéditions, mais le voyage dans le temps n'est pas sans danger, bien au contraire...
   
   Il faut l'avoir lu, au moins une fois.

critique par Sibylline




* * *




 

L'homme invisible - Herbert George Wells

L’anneau de Gygès
Note :

   Se rendre invisible : c’est ce qu’a réussi à faire un jeune chimiste impécunieux, dans ce célèbre roman considéré comme un classique de la science-fiction.
   
   Griffin, comme il l’expliquera à un de ses condisciples retrouvé, dont il espère faire son complice, s’est focalisé sur ce type de recherche, parce qu’il est albinos : cette anomalie le conduit à faire des recherches sur les phénomènes de réflexion et réfraction des rayons lumineux et les mécanismes de ce qu'on appelle perception visuelle. L’absence chez un individu comme lui de mélatonine aurait favorisé son devenir "invisible"!
   
   Au-delà de ses théories loufoques, les albinos étant mis à l’écart, voire persécutés, on sent bien qu’il aspire à l’invisibilité pour ne plus être remarqué. C’est pourtant l’inverse qui se produira. Et l’urgence de tester sa découverte sur lui-même, lui est dictée par le désir d’échapper aux nombreuses dettes qu’il a contractées…
   
   L’homme invisible est d’abord un homme en fuite, et le récit est largement l’histoire de sa cavale. le début de l'intrigue, son séjour à l'auberge d'Iping, petite ville du sud de l'Angleterre, est un mélange de burlesque et d'humour noir, ses agissements, et les réactions des gens vont d'abord amuser le lecteur ; l'effet d'étrangeté qui, peut-être prévalait il y a un siècle, n'est plus guère de mise de nos jours. Cependant, le roman va vite devenir une haletante course-poursuite très bien menée.
   
   L'intérêt est relancé lorsque Griffin se révèle un dangereux délinquant, rêvant de devenir maître du monde !
   
   Etre invisible, voir sans être vu, est un fantasme vieux comme le monde. On ne peut s'empêcher d'évoquer la légende grecque de l’anneau de Gygès : ce berger tombant par hasard sur un anneau qui rend invisible réussit à s’emparer du trône et à en évincer le roi. La destinée de Griffin qu’on relit avec un mélange de peine et de soulagement est bien différente…
   
   Un personnage complexe, des seconds rôles bien campés, de l'action et du suspens, c'est là un classique qui vieillit plutôt bien.
   ↓

critique par Jehanne




* * *



Lutte à mort
Note :

   "L'homme invisible" a été le troisième roman de science-fiction qu'H.G. Wells a écrit, après "La machine à explorer le temps" et "L'ile du Dr Moreau". Et là encore, comme dans La Machine, il a mis le doigt sur un vieux rêve de l’humanité : l'invisibilité – et mieux, il l'a comblé. Un rêve que tous les hommes partagent. Combien de fois avons-nous dit ou songé "J'aimerais être une petite souris (ou invisible) pour savoir ce q...", Etre là où on peut voir, entendre, faire tout ce que l'on veut, sans que personne ne le sache. Dès l'antiquité, l'homme en a rêvé, et en cette fin de 19ème siècle, Wells allait arriver à faire presque croire à ses contemporains que les foudroyants progrès de la science que leur époque connaissait, allaient permettre de le réaliser, voire, l'avaient déjà permis à certains génies... C'est que notre auteur, journaliste de vulgarisation scientifique à cette époque, maîtrise assez bien son sujet pour lui faire prendre au maximum les apparences d'une possibilité scientifique réaliste. Il s'appuie sur de vraies recherches, et glisse juste, le petit bémol fictionnel qui leur permettrait d'avoir pour conséquence l'invisibilité. C'est la base de la science-fiction (comme son nom l'indique) et le lecteur n'en demande pas plus. Cela lui suffit pour embarquer dans la grande aventure et suivre Griffin, l'homme invisible.
   
   Ce qui, à mes yeux, fait l’intérêt du livre, en dehors de cette mine de possibilités qu'est l'invisibilité, c'est la psychologie des personnages. Griffin, notre homme invisible, est un cas ! Si Wells s'était contenté de nous montrer, par l’entremise d'un gentil héros, toutes les aventures qu'un homme invisible pouvait connaître, cela aurait encore été amusant, mais son roman aurait été bien inférieur. Loin de là, il s'est choisi un personnage principal dont le moins qu'on puisse dire est qu'il a une forte personnalité, atypique et malcommode, et il l'a laissé l'exprimer. Du coup, la tension est tout de suite très forte, et loin du ronron d'un conte, on se trouve dans une histoire où tout est possible et où l'on se demande toujours jusqu'où cela ira.
   
   C'est vrai que Griffin est peu sympathique, malhonnête, voire criminel... Il a dès le départ, le chic pour se faire détester de tous, même des chiens. C'est qu'il déteste tout le monde, lui aussi. Le monde l'agace, il ne supporte personne et il est blessant avec tous. Mais la société en a tout autant à son égard. Pour ma part, je vois aussi Griffin comme un surdoué caractériel qui a toujours pâti de sa non conformité à la norme (d'autant qu'il est albinos) et qui maintenant, entend tirer tout le parti possible de sa trouvaille (jusqu'à la pire mégalomanie). Du moins, au départ. La situation difficile dans laquelle il se trouve lui met les nerfs à vif, ce qui n'améliore pas sa patience. Son état physique n'est pas fameux et se détériore. Evidemment, à un moment, d'excès en excès, il dérape dans la folie... (D'ailleurs, n'en fallait-il pas dès le début pour expérimenter sur lui-même son produit ?) Mais, comme on le verra, là encore, le monde ne lui fera pas de cadeau. Il s'estime au dessus des lois, mais de toute façon, il n’avait plus sa place dans le monde (à part comme bête de foire). Il vole, on le trahit, il tue, on le poursuit comme du gibier... Il y a beaucoup de violence dans ce roman, de pression, d'injustice, d'abus. De part et d'autre. Tout le monde abuse de son pouvoir dès qu'il en a un et la vox populi n'est pas plus tendre que lui. Griffin, s'y prend mal, il ne maîtrise rien. Il a un gros QI, mais un petit QE*, on sait maintenant que c'est un mauvais mélange...
   
   Ceux qui croient que Wells est un auteur pour enfant se trompent lourdement.
   
   * Quotient émotionnel

critique par Sibylline




* * *