Lecture / Ecriture
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Auteur des mois d'avril et de mai 2019
Heinrich Böll

   L'historien Leo Perutz s'en est allé, laissant son trône d'auteur du mois à son cousin germain (germanique, du moins) Heinrich Böll
   
   Nadine Gordimer a succédé à Iris Murdoch par la magie de notre goût des sauts littéraires de part et d'autres du globe, et nous nous en sommes régalés.

Biographie

   AUTEUR DES MOIS D' AVRIL & MAI 2019
   
   Heinrich Böll est né à Cologne en 1917 dans une famille nombreuse catholique. Son père était ébéniste et sculpteur sur bois. La famille aurait pu être aisée mais la période était aux restrictions et même à la disette (crise économique). Politiquement aussi, l'époque était agitée et brutale. Böll, adolescent, assiste à la montée du nazisme et à sa prise de pouvoir. Il fut de tout temps réfractaire à ces idées et ne fit jamais partie des Jeunesses Hitlériennes.
   
   Après son bac, il s'inscrit à l'université de Cologne pour y faire ses humanités. Il écrit son premier roman : Am Rande der Kirche, en 1939. Mais il est incorporé dans la Wehrmacht. Comme on s'en doute, il déteste l'armée, la guerre, le nazisme... il ira en Pologne, en France, en Roumanie, en Hongrie puis en URSS. Il sera blessé plusieurs fois. ll se marie en 1942. En 1944, sa mère meurt dans un bombardement. Il est capturé par les troupes américaines en avril 1945; envoyé dans un camp de prisonniers et libéré le 15 septembre.
   
   Après la guerre, il mène de front travail dans l'atelier de menuiserie de son frère et études universitaires. En 1947, Böll envoie ses premières nouvelles à différents journaux et périodiques et interrompt ses études, et commencent les vaches maigres car il mettra plusieurs années à pouvoir vivre de sa plume. Mais il remportera ensuite de nombreux prix dont le Prix Nobel de littérature en 1972 .
   
   Heinrich Böll est un écrivain engagé. Il écrit de plus en plus d'essais, de discours et de textes polémiques. Lorsque l'écrivain russe Alexandre Soljenitsyne sera expulsé, il l'accueillera. Plus tard, il recevra la médaille Carl von Ossietzky de la Ligue internationale des droits de l'homme pour L'Honneur perdu de Katharina Blum. De même, il soutiendra de nombreuses causes dans le monde entier comme en Allemagne, au nom de la défense de la liberté, du pacifisme et de l'écologie.
   
   Mais sa santé se dégrade. Malade du cœur, il doit subir plusieurs interventions et restera faible. Il finira par en mourir en 1985, il avait 68 ans.

Bibliographie ici présente

  L'honneur perdu de Katharina Blum
  La Grimace
  Journal irlandais
  Où étais-tu Adam ?
  Le destin d'une tasse sans anse
  Mais que va-t-il devenir, ce garçon ?
  Chien blême
  Femmes devant un paysage fluvial
  Une mémoire allemande
  B comme: La leçon de pêche
  Le Train était à l’heure
  Le silence de l’ange
 

L'honneur perdu de Katharina Blum - Heinrich Böll

Quand la Presse tue…
Note :

   Ce roman est l’histoire malheureuse d’une jeune femme courageuse, Katharina Blum, peu gâtée par son ascendance et qui s’en sort à coup de volonté et de travail mais dont la vie est anéantie brutalement par les agissements d’une certaine presse ; («Le Journal» dans le roman), presse à sensation qui par ses révélations tronquées pour être plus «croustillantes» ruinera son honneur et l’amènera à commetttre un meurtre.
   En cela ce roman est aussi le procès de ce genre de presse dont Heinrich Böll, prix Nobel de Littérature, eût à souffrir. Nous parlons du «Bild» en l’occurrence.
   Publié en 1974, ce roman apporte aussi des échos de la période de terrorisme qui régna en Allemagne à cette époque (les années de plomb) : Bande à Baader alias «Fraction Armée Rouge».
   
   La forme fut, parait-il, reprochée à Böll, lourde du fait que l’histoire se développe via la relation des interrogatoires que subit Katharina Blum après être allé déclarer son crime à la police, dès le début du roman. Ca ne me parait pas rédhibitoire et ça donne à Böll l’occasion de varier à plusieurs reprises l’angle d’attaque de la genèse du crime pour mieux mettre en évidence l’ignominie de Werner Tötges, le journaliste qui «perdra» l’honneur de Katharina Blum par son approche sensationnaliste de l’information, tronquée et manipulée.
   
   L’atmosphère est globalement étouffante. Celle d’un monde petit-bourgeois poussiéreux qu’était apparemment celui de l’Allemagne début des années 1970. De la mesquinerie, de l’étroitesse d’esprit, Heinrich Böll nous démonte tout ceci avec une fiction qui tient du reportage.
   
    Très agréable à lire, loin de tout manichéisme.
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critique par Tistou




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Un roman qui compte
Note :

   Le pourquoi du comment
   Ce roman, publié en 1974, était dans ma pile à lire tentaculaire et auto-reproductive. Depuis une éternité. En fait, je pense qu’il était dans la bibliothèque de l’une de mes grandes-tantes dont j’ai hérité. Je l’ai pigé dans la "book jar virtuelle" (comprendre générateur de chiffre automatique sur le net)… et voilà. Même que je vais vous en parler.
   
   C’est quoi, cette histoire?
   Nous sommes donc en Allemagne, dans les années 70. Katharina Blum est une jeune femme sans histoire, jusqu’à ce qu’un jour, elle soit questionnée par la police au sujet d’un homme mystérieux avec qui elle semble avoir des liens. C’est donc sous la forme de résumé d’interrogatoires que se présente cette histoire car nous savons, dès le début, que le tout va se finir par le meurtre d’un journaliste et que Katharina se rendra elle-même aux autorités…
   
   Et moi, j’en pense quoi?
   Ce roman doit être lu avec en tête le contexte et l’époque de sa publication. Ce sont les années 70 et le thème principal, les dérives journalistiques (notamment celles du journal BILD), était (du moins, je l’imagine), plus nouveau et moins connu. Parce que c’est surtout de ça dont il est question. Comment une telle histoire a pu prendre de telles proportions? Comment des propos ont-ils pu être déformés à ce point? Comment, au nom de la liberté journalistique, peut-on briser la réputation et la vie en jouant volontairement avec les faits et la réalité? Ce roman m’a fait enrager à de nombreuses occasions. Les conventions et la "morale" étaient différentes et les jugements portés sur la femme, parce que, justement, elle est une femme, nous font enrager encore aujourd’hui. D’autant plus que cet aspect est loin d’être "passé date", avec le grand n’importe quoi partisan auquel nous sommes exposés partout.
   
   Le format du texte – des faits rapportés, purement et simplement, avec parfois quelques questionnements – contraste avec les articles journalistiques à sensation dont il est question dans le récit. C’est selon moi ce qui fait l’intérêt de ce court roman, bien davantage que les questionnements qu’il suscite sur l’amour et les décisions (pas toujours judicieuses) qu’il nous incite à prendre. Katharina est dépeinte comme une femme forte malgré tout et le questionnement sur les enquêtes policières est également soulevé.
   
   Pour le lecteur actuel, qui en a lu d’autres sur ce thème, ça peut sembler bien peu. On a vu pire, on a vu plus palpitant, plus sensationnel. Par contre, quant on s’attarde à la forme, c’est un roman dérangeant qui mérite d’être lu, même si ce n’a pas été pour moi un page turner. Il m’a manqué quelque chose pour être complètement chamboulée. Il faut dire que cette réflexion, à l’aide de Trump et de ses semi-vérités et des fake news à gogo, est sacrément déjà amorcée chez moi. Toutefois, j’y repense encore, plusieurs jours après la fin de ma lecture. C’est un signe, non?
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critique par Karine




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Livre-audio
Note :

   Je vais surtout parler du livre-audio plutôt que du livre lui-même parce que je compte le relire en version papier.
   La voix de Philippe Lejour et surtout le ton adopté par l’acteur est très bien adapté à cette histoire. En effet, Philippe Lejour ne met pas d’émotion dans sa lecture. Il raconte froidement les faits. Il me semble que c’est un peu ce qu’a voulu l’auteur car l’idée est de décrire froidement comment une jeune femme bien sous tout rapport peut en arriver au meurtre et surtout comment, du jour au lendemain, une société calme et paisible devient violente et décrépite.
   
   Après, je dirais que c’est un livre dur à suivre en audio pour deux raisons. Premièrement, les noms allemands ne peuvent pas être retenus par quelqu’un qui n’est pas accoutumé aux consonances de cette langue. La seconde chose est que le roman est un flash-back. On commence par le meurtre du journaliste, puis on revient à pourquoi elle a assassiné ce journaliste. Entre temps, on est passé par des interrogatoires de police et on ne sait pas pour quelle raison, si c’est avant ou après le meurtre (cela vient encore des noms).
   
   Je ne sais pas si cela vous fait la même chose. Pour les romans étrangers, à la lecture, je visualise les noms plus que je ne les prononce (je ne lis pas vite car j’ai tendance à bouger les lèvres quand je lis ; il paraît que cela vient du fait que je n’ai jamais dépassé la lecture à haute voix mais cela ne me dérange pas)(je lis beaucoup par contre).
   
   C’est ce qui me fait dire qu’à la lecture en version papier, je serais moins perdue car j’aurais les noms en visuel mais aussi une structure visible au roman, qui n’est ici pas mise en valeur car Philippe Lejour ne fait pas de pause dans son interprétation.
   
   Le cinéaste Volker Schlöndorff en a fait une célèbre adaptation cinématographique.
   
   J’avais peur d’Heinrich Böll, un peu d’ailleurs comme de tous les prix Nobel. Maintenant, ce n’est plus le cas donc le pari du livre audio est gagné.
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critique par Céba




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Une victime de la presse de caniveau
Note :

   Tout s'est joué en moins d'une semaine. Le mercredi soir 20 février 1974 Katharina Blum, une femme au-dessus de tout soupçon, se rend à un bal de carnaval chez sa marraine. Le dimanche suivant elle tue le journaliste qui l'a traînée dans la boue. Le lecteur est au courant dès la page 7 de l'édition Points.
   
   Heinrich Böll a sous-titré son roman : Comment peut naître la violence et où elle peut conduire. Il a donc écrit son livre dans un but précis : il s'agissait pour lui de dénoncer le scandale du journalisme tel que le pratique le tabloïd Bild (qu'on reconnaît dans le roman sous le simple titre Le Journal). Il est nécessaire aussi de rappeler le contexte de la République fédérale dans les années soixante-dix. La Bande à Baader était pourchassée par la police et par les médias ; la police avait même stupidement perquisitionné le domicile d' Heinrich Böll. L'écrivain était indigné par les débordements de la presse à sensation, dite aussi presse de caniveau. Dans le roman, un homme très pondéré tel Me Blorna est tellement choqué par l'agissement du journal envers sa gouvernante que sa femme l'arrête sur le point de lancer un cocktail Molotov contre ses locaux du journal.
   
   Mais on peut aussi bien lire ce court roman policier sans prendre en considération l'hystérie collective qui a secoué l'Allemagne à la poursuite des communistes Andreas Baader et Ulrike Meinhof, en se limitant à suivre ce récit très factuel qui montre comment l'irréprochable Katharina est victime du soupçon concernant ses relations et de l'inquisition journalistique sur sa mère et sa famille. Elle a reçu chez elle un inconnu dont elle est tombée amoureuse et il se trouve que c'est un voleur et un déserteur que la police vient arrêter au petit matin : mais l'oiseau s'est envolé. Est-elle de ce fait la complice d'un dangereux terroriste comme le martèle la presse à sensation ? Puis l'irruption du journaliste Werner Tötges dans la clinique où sa mère vient de subir une délicate intervention chirurgicale constitue la provocation de trop pour Katharina Blum qui décide de se faire justice elle-même.
   
   Plus largement, on lira ce roman comme une mécanique parfaite où la réputation des uns et des autres est questionnée par le duo infernal de l'enquête policière et de la presse à sensation. Il offre un beau plaidoyer pour maintenir la règle du secret de l'instruction car ici sa violation entraîne un double drame, Katharina devient une meurtrière, et le couple Blorna est éclaboussé par cette tragédie. C'est aussi un beau sujet pour discuter de la liberté de la presse, présentée comme un totem des démocraties, et qui profite en fait dans le roman à l'actionnaire du journal également responsable d'un parti politique. Pour toutes ces raisons, ce roman est probablement le plus connu d'Heinrich Böll et l'adaptation pour le cinéma par Volker Schlöndorff et Margarethe von Trotta n'a fait qu'entériner son statut de chef-d'œuvre.

critique par Mapero




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La Grimace - Heinrich Böll

Clown triste
Note :

    Fils d'un magnat de l'industrie, Hans Schnier, 20 ans, s'est fait clown pour se révolter contre son milieu, et le tourner en dérision. Il vit avec Marie qui est catholique. Les représentants de son groupe socioculturel manifestent leur hostilité à son égard et commencent à l'exclure. Elle décide de quitter Hans pour Küpfner, premier dignitaire de l'église catholique allemande.
   A Bonn, Hans, qui ne veut pas d'une autre femme, la cherche. Il s'est blessé au genou, s'alcoolise dans sa chambre d'hôtel, téléphone à tous ceux qui ont connu Marie… Ne recueillant qu'hostilité, pitié ou mépris. Grimé, il s'installe sur le quai de la gare...
   
    Le roman est un long monologue et un mono dialogue téléphonique. Hans se souvient de l'époque nazie, de l'engagement de ses parents au troisième Reich, du sacrifice de sa sœur Henrietta, vendue à la DCA allemande en 1945. En même temps qu'il évoque le passé, il fustige les industriels, pour qui seul le point de vue économique compte, Adenauer, les catholiques sclérosés par l'amour et la miséricorde, et les protestants avec leurs problèmes de conscience.
   
   Sa vision du mariage et des rôles homme femme, reste traditionnelle.
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critique par Jehanne




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Un clown amer
Note :

   Paru en 1963, ce roman de H. Böll s’intitulait en version originale, "Les réflexions d’un clown""Ansichten eines Clowns". Le titre français "la Grimace" semble quelque peu réducteur. En effet, si Hans Schnier est bien un clown amer, abandonné par la femme de sa vie, il incarne surtout la révolte de certains intellectuels allemands dans les années 1960. Bien plus que grimaçants, ses propos dénoncent avec virulence l’hypocrisie d’une société qui évite de se souvenir des crimes commis par le passé. L’auteur s’en prend aux groupes catholiques, aux bourgeois conformistes, à sa lignée des "Schnier-lignite" milliardaires qu’il a décidé de fuir.
   
   À vingt et un ans, après une scolarité chaotique, Hans Schnier avait choisi de devenir clown, "entreprise extrêmement sérieuse" quoi qu’en pensent "ces gens-là — sa famille —", qui ne comprennent rien à rien. Sans doute savent-ils que pour faire un bon clown il faut être mélancolique, mais que pour un clown la mélancolie soit une affaire extrêmement sérieuse, voilà qui ne leur vient pas même à l’esprit". En effet, "artiste comique selon la désignation professionnelle", tout authentique clown rappelle l’ancien bouffon : en marge de la société, détaché du présent, mémoire du passé, il dissèque et stigmatise ses contemporains à travers les numéros qu’il crée. Pendant six ans Hans fut un clown apprécié, heureux avec Marie Derkum, "la créature catholique dont il avait tellement besoin". Ils se sont brouillés à propos des formalités de mariage et Marie lui a préféré Heribert Züpfner, petit-bourgeois membre d’une organisation catholique. Mais Hans considérait Marie comme son épouse et ce faux adultère le hante. Il tombe peu à peu dans la déchéance psychologique, or "il n’existe rien de plus déprimant pour le public qu’un clown qui éveille la pitié".
    En outre, "(il) entre en scène tout à fait ivre. "Je ne suis pas un poivrot" assure-t-il, "mais l’alcool me fait du bien depuis que Marie m’a quitté". Ses cachets d’artiste se réduisent à peau de chagrin et Hans liste les noms de ceux auxquels il pourrait emprunter un peu d’argent : — son frère Leo fraîchement converti au catholicisme, ou son grand-père...— ses coups de téléphone alternent avec ses longs monologues et donnent son rythme au récit. Miséreux et affamé Hans en vient à prendre ses rêves pour la réalité... "je n’aurais pu jurer que tout cela fut vrai"... concède-t-il.
   
   Plus il sombre, plus s’affirme sa révolte contre sa famille, contre la bourgeoisie, contre l’église, contre leur refus d’assumer leurs responsabilités pendant la guerre.
   Hans ne peut pardonner à sa mère, désormais présidente d’une société pour "la réconciliation interraciale", d’avoir envoyé Henriette, sa jeune sœur de seize ans, en 1945, aux batteries antiaériennes pour "chasser de notre terre allemande sacrosainte tous ces judeo-yankees" :,la jeune fille y perdit la vie. Hans ne peut pardonner à "sa famille, accroupie sur ses putains de millions" de l’avoir abandonné ; le clown déchu qui n’est "pas pieux, pas même pratiquant", qui récuse catholiques, protestants ou athées aux discours mensongers, dénonce l’hypocrisie des "leaders du catholicisme allemand, vaniteux et mesquins" comme ces bourgeois qui prétendent croire "en Dieu, à l’argent abstrait et à des choses comme l’État et l’Allemagne".
   
   "Je prends les choses comme elles viennent et m’attends à finir dans le ruisseau" : Hans en vient à mendier sur les marches de la cathédrale de Cologne. Marginal protestataire, il est le porte voix de H. Böll, révolté contre le pouvoir du "catholicisme politique" dans l’Allemagne des années 1960. Le romancier fait partie du mouvement dit de "la littérature des ruines" un groupe d’intellectuels qui dénonçaient les choix de leur pays sous l’ère Adenauer. Roman émouvant, tragique et révolté, La Grimace éclaire une société et une époque peu évoquées en littérature et ne saurait laisser indifférent.

critique par Kate




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Journal irlandais - Heinrich Böll

Même la pluie...
Note :

   Quoi de plus différent que l’Irlande de l’Allemagne ? Pourtant, l’écrivain allemand se complet à parcourir l’Irlande, fréquenter ses habitants au gré des pubs, des rues et des chemins qui traversent les landes. Il est sensible au mode de vie des habitants, généralement très ouverts, tout en pouvant parfois conserver une apparence et un ton un peu bourrus.
   
   C’est le charme du pays, qui ne se laisse pas dévoiler au premier coup d’œil du visiteur. Le récit d’Heinrich Böll ne dissimule pas l’émotion du voyageur à la découverte du pays et de ses habitants, généralement très hospitaliers et aimables avec les visiteurs.
   
   Même la pluie, pourtant si fréquente en Irlande, contribue au bonheur de l’auteur à la découverte d’un pays dont le mode de vie semble aux antipodes du sien.
   
   En somme, il s’agît d’un récit très sensible d’un court voyage dans une terre qui se dévoile lentement.

critique par Jean Prévost




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Où étais-tu Adam ? - Heinrich Böll

Batailles perdues
Note :

   Avec Où étais-tu Adam ? Heinrich Böll évoque les derniers mois de guerre de l'armée allemande. Plutôt qu'un récit continu, les neuf chapitres du roman sont autant d'étapes vers la catastrophe finale. Le sergent Feinhals est le témoin principal de cette déroute.
   
   • Voici quelques éléments de l'intrigue pour suivre l'essentiel du roman en compagnie du sergent Feinhals au long des neuf épisodes de son repli. Blessé il est acheminé vers un premier hôpital militaire installé dans un couvent roumain puis transféré dans un lycée agricole en Hongrie. De nombreux soldats récemment opérés sont intransportables. Or les Russes opèrent une percée puis détruisent les bâtiments en cours d'évacuation. Déjà malade des intestins le Dr Greck était en permission.
   Feinhals rejoint son unité dans un lycée de jeunes fille où des blessés légers sont regroupés. Il rencontre Ilona Kartök une enseignante restée sur place. C'est la possible naissance d'une idylle. Illona est juive ; elle va rejoindre ses parents le soir au ghetto. Feinhals et Ilona seront évacués vers des destinations bien différentes.
   Le sergent Finck rapporte du Tokai au médecin-chef. Il meurt dans l'explosion de sa caisse de vin de Hongrie non loin de Feinhals qui s'aperçoit que c'est un voisin de Weidesheim. Le Dr Greck, malade, meurt enseveli sous un hangar touché par un autre tir d'artillerie.
   Un camion vert de déménagement emporte les Juifs hongrois vers un camp de transit que dirige le SS Filskeit. Passionné de chant, il fait chanter les déportés et les meilleurs rejoignent sa chorale. Mais cette fois-ci, la blonde Ilona le bouleverse par son cantique catholique ; il l'exécute séance tenante et ordonne la liquidation des autres Juifs. Avant de mourir Ilona pense à Feinhals.
   Celui-ci se retrouve dans un village de Slovaquie où un pont a été détruit. Un détachement est venu surveiller la vallée. Feinhals est logé dans une petite auberge tenue par la veuve d'un certain Wenceslas mort en Roumanie durant la guerre précédente. Il assiste à la reconstruction du pont. Bientôt il faudra faire sauter le pont car les Russes arrivent.
   Habillé en civil, Feinhals est enfin rentré en Rhénanie. Les Américains interrogent les officiers allemands prisonniers. Ils n'occupent pas encore Weidesheim. Feinhals visite la famille Finck avant de rentrer chez lui. Un dernier tir d'obus détruit sa maison et il est enseveli sous les décombres devant sa porte. Une façon radicale de dire que la défaite a été totale.
   
   • L'objectif d'Heinrich Böll n'est pas de décrire le déroulement de la guerre. En publiant ce roman en 1951, si près encore des événements, l'écrivain n'avait pas besoin de s'étendre sur les opérations militaires et le régime. Il lui suffisait de mettre en scène des éléments d'une armée se repliant devant les chars russes depuis la Roumanie et à travers la Hongrie (identifiée à la Puzsta, au tokai, et aux abricots) et qu'au dernier chapitre, en Rhénanie, les troupes américaines étaient déjà présentes au retour d'Adam Feinhals. Les ghettos et l'extermination des Juifs sont évoqués avec Ilona. Elle est abattue par un SS en plein délire, dans un camp de transit, et non dans un camp d'extermination car à cette date Auschwitz a déjà été libéré par l'armée russe.
   
    Au contraire de romans de guerre "classiques", soucieux de montrer de vaillantes troupes au combat ou des officiers audacieux ou discutant de stratégie, Heinrich Böll n'a pas ici à souligner l’héroïsme ou la vaillance. On note l'absence de décorations ou de médailles sur la poitrine de certains soldats ou officiers. Le général qui passe en revue les troupes quand on fait la connaissance du sergent Feinhals ne porte pas de croix de fer : c'est comme le présage de l'écroulement final. Quelques pages plus loin, mais toujours dans le chapitre introductif, Feinhals, blessé, l'a croisé à l'hôpital et constaté que "sur [sa] figure on lisait que la dernière bataille était aussi perdue".
   
   Heinrich Böll a voulu montrer l'addition des tragédies individuelles, et les destins qui se jouent sur peu de choses. Un seul exemple : en allant au devant des Russes et brandissant le drapeau qui signale la position de l'hôpital le sergent Schneider trouve la mort en butant stupidement contre un obus non explosé. La chute de moto du capitaine Bauer est doublement grave : il n'avait pas mis son casque, il pourrait être sanctionné. Il délire en répétant toutes les cinquante secondes : "Bjeljogorsche". Un médecin l'a chronométré... Le thème des corps souffrants est bien présent et le romancier fait mourir ses personnages les uns après les autres. La guerre provoque la folie des hommes. La destruction du pont à peine reconstruit n'est qu'une allégorie parmi d'autres de la stupidité de la guerre. Plus largement, c'est une maladie, "comme le typhus" selon les mots de Saint-Exupéry placés en exergue, en compagnie de la citation d'un autre écrivain mort en 1945, Theodor Haecker, et qui donne la clé du titre : "Où étais-tu, Adam ? — J'étais à la grande guerre".

critique par Mapero




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Le destin d'une tasse sans anse - Heinrich Böll

Nouvelles ironiques
Note :

   Dix-huit nouvelles écrites principalement dans les années cinquante forment ce recueil au titre repris de l'une d'entre elles. Il donne un panorama du savoir-faire de l'auteur, avec un ironie parfois mordante et quelques situations déconcertantes. Au fil des nouvelles quelques thèmes peuvent se distinguer.
   
   Ces nouvelles sont très différentes les unes des autres. "Le puissant père d'Ondine" est moins une nouvelle qu'un essai sur le Rhin, reliant les buveurs de vin du sud aux buveurs de schnaps du nord : avec Cologne, petite patrie de l'auteur, au carrefour des deux traditions. Certaines nouvelles appartiennent à la littérature de l'absurde. Dans "Des hôtes déconcertants", un couple héberge un hippopotame dans la baignoire de la salle de bain (petit l'hippopotame quand même...), un lion dans la cuisine et à la cave un éléphant confié par un directeur de cirque en faillite. Absurde encore quand le narrateur est un objet ; la nouvelle "Le destin d'une tasse sans anse" est racontée par une tasse emmenée à Rome par un archéologue ; le déménagement à Hambourg lui coûta cette anse si utile, qu'on y boive du café ou du schnaps. Également construite autour d'un objet, "Les aventures d'une musette", est à mon sens plus piquante. Le soldat prussien Joseph Stobski est tombé en Flandre en 1914. Récupérée par un soldat britannique, sa musette passa en Angleterre, puis de propriétaire en utilisateur, survécut à une guerre en Amérique du sud avant de rentrer en Allemagne : "et c'est ainsi qu'un matin d'avril 1945 [Mme Stobski] trouva sur le seuil de sa maison un adolescent blond qui étreignait de ses mains serrées une musette délavée."
   

   Parmi les thèmes fréquents figurent la justice et le travail. Une fillette ne veut pas toujours être la victime des jeux de son frère ("Un drôle de cirque" qui ouvre le recueil et date de 1950). Un professeur n'a pas à s'approprier en douce les travaux de ses étudiants ("Pas une larme pour Schmeck"). Un autre enseignant se souvient de l'examen d'entrée dans le secondaire ("Daniel le Juste"). L'importance du travail revient souvent chez cet auteur qui a vécu la reconstruction au temps de la République Fédérale ("Il va se passer quelque chose"). Ainsi, après les obsèques de son patron, un employé découvre sa vocation : il devient "porteur de deuil professionnel". Un autre salarié ne trouve pas juste d'être augmenté… suite aux négociations syndicales ("Reportage souhaité") : c'est le rejet de ce que les économistes appellent “la théorie du passager clandestin” !
   
   Deux nouvelles enfin ont ma préférence. Reprenant le schéma ternaire croissance, apogée et chute, "La Gare de Zimpren" est une allégorie économique et sociale. La découverte du pétrole est à l'origine de cette gare justifiée par l'essor du trafic. Le boom économique en fait une ville-champignon et les propriétaires sourient à la spéculation foncière. Seule exception : "une sexagénaire, la veuve Klipp, qui continua de cultiver ses terres avec son domestique, un faible d'esprit du nom de Goswin…" Le gisement épuisé, reste à gérer les emplois liés au chemin de fer, — le chef de gare voudrait être muté —, tandis que la veuve Klipp récupère d'immenses terrains car leur valeur a chuté.
   "Changements à Staech" est la plus ironique du recueil. C'est un monastère réputé en Rhénanie. Il abrite plusieurs dizaines de moines. L'abbé recueille de nombreuses subventions de Bonn et du Land, en contrepartie l'abbaye accueille des visiteurs de marque intéressés par le chant grégorien. Mais les temps changent : quand la reine d'un pays proche vient en visite, il n'y a qu'une petite poignée de moines pour entonner le chant grégorien. Le scandale éclate et monte jusqu'à Rome. Un enquête est ordonnée. Les moines ont toutes les raisons du monde pour être absents : conférences, recherches, voyages d'études, et même séjours en clinique psychiatrique. L'évêché et le gouvernement vont devoir trouver des solutions pour assurer à l'abbaye de Staech un… développement durable.
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critique par Mapero




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18 nouvelles
Note :

   Dix-huit nouvelles dans ce recueil qui présente la particularité de couvrir 30 ans d’écriture de nouvelles, de 1950 à 1980. Elles sont présentées dans l’ordre chronologique si bien que la lecture des dix-huit nouvelles dans l’ordre permet de se rendre compte de l’évolution de la pensée et des thèmes d'Heinrich Böll.
   Pour autant, la qualité est très inégale ce qui donne à la lecture un petit côté "montagnes russes".
   
   La première "Un drôle de cirque" (1950) n’est pas comme on s’y attendrait une nouvelle de guerre. Elle est même assez inattendue, surtout venant de Böll, avec un côté un peu moins désespéré que de coutume ! Le "drôle de cirque" en question est bien un cirque, un établissement de spectacle vivant
   "La femme-tronc s’avéra l’une des plus charmantes personnes du sexe que j’aie vues de ma vie : coiffée d’un ravissant chapeau de paille en forme de sombrero, elle s’était assise, comme une discrète maîtresse de maison, du côté ensoleillé de la petite terrasse montée le long de sa caravane."
   
Pas précisément un démarrage typique à "la Böll". Et cette courte nouvelle conserve étonnamment ce ton jusqu’à sa fin...
   
   La suivante "Les aventures d’une musette" (1950 également) est en lien avec la guerre. Il s’agit des tribulations de la musette d’un soldat qui passe de mains en mains au fil des évènements guerriers. "Engagez-vous, vous verrez du pays, qu’ils disaient" (dixit un centurion éméché dans je ne sais plus quel album d’Astérix... !)
   
   La quatrième "Au bout de la ligne" (1950 toujours) nous ramène à des standards plus "Bölliens". Bien désespérée... quoique la fin soit assez ambigüe pour laisser planer l’espoir. Mais un espoir fou alors...
   "Je sais que tout cela est insensé. Je ne devrais plus y aller du tout, tellement c’est insensé, et pourtant y aller me fait vivre. Une seule minute d’espoir et vingt-trois heures et cinquante-neuf minutes de désespoir : voilà de quoi je vis."

   Bienvenue dans le monde dépressif d’Heinrich Böll !
   
   La septième, qui a donné son titre au recueil, "Le destin d’une tasse sans anse" (1952), sans être réellement une nouvelle de guerre a ce petit côté dépressif – désespéré de ses nouvelles de guerre. Il s’agit, littéralement, du destin d’une tasse sans anse, passant de mains en mains, risquant son existence à tout instant. Ah qu’il est dur le destin de la vaisselle !
   
   La neuvième "Des hôtes déconcertants" (1954) est elle-même fort déconcertante, un peu... "chtarbée" (si ça veut dire quelque chose). Une bizarrerie dans la production usuelle d’Heinrich Böll.
   
   La onzième "Comme dans les mauvais romans" (1956) préfigure le genre de thèmes qui vont beaucoup l’inspirer par la suite : les arrangements, les compromissions dont il faut s’accommoder dans le monde de la politique et des affaires. Et notamment quand les deux domaines se recoupent. Sans illusion, l’initiation d’un jeune naïf aux attitudes recommandées pour réussir par sa femme, issue de la haute société. Sans illusions.
   
   La quatorzième "La gare de Zimpren" (1958) est une allégorie de ce qui peut se dérouler lors de la découverte d’un eldorado et jusqu’à sa ruine. C’est encore une fois tendance dépressive et sans illusions.
   
   La quinzième "Pas une larme pour Schmeck" (1962), la plus longue du recueil, sort un peu de l’épure et ne m’apparait pas très "Böllienne". Et je ne saurais dire pourquoi. Peut-être une histoire plus forte que les autres, une nouvelle moins dans la psychologie et davantage portée par une histoire ?
   
   La dernière "Nostalgie ou Les taches de graisse" (1980), elle, est bien dans l’épure. Bien triste et bien dépressive.
   
   Eh bien ainsi on prend congé du recueil en forme "Böllienne" ! Mais qu’on ne s’y trompe pas, l’aspect dépressif de l’écrit ne gâche pas la profondeur des messages que cherche à faire passer Heinrich Böll. C’est juste la forme qui est dépressive.

critique par Tistou




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Mais que va-t-il devenir, ce garçon ? - Heinrich Böll

Ses années lycée
Note :

   Dans cette brève autobiographie, publiée en français en 1988, H. Böll évoque ses quatre années de lycée, de 1933 à 1937. C’est la période d’accession au pouvoir d’Hitler et l’instauration de la dictature, une époque difficile dont il ne semble pas avoir été très traumatisé. Lycéen peu assidu à "l’école de mort" qui prépare à la guerre et l’ennuie, il préfère l’école de la rue, "école de vie". Il se souvient plus aisément des "événements extérieurs" que des détails de son existence à l’époque et revisite davantage le temps où il allait en classe, pas seulement le temps qu’il y passait : ainsi se dessine une "histoire en creux" de son passage au lycée.
   
   À cette époque, Hitler fait incendier le Reichstag , signe le concordat et occupe la Rhénanie. Les arrestations se multiplient dans Cologne. La famille Böll connaît des difficultés financières dès que le père ne pratique plus son métier d’ébéniste. Un peu "bohèmes" les Böll, catholiques et anti-nazis, "ont survécu" à crédit jusqu’à la déclaration de guerre.
   
   L’auteur a toujours refusé d’intégrer les Jeunesses Hitlériennes, mais la famille a dû se soumettre à l’obligation d’inscrire l’un de ses membres dans une organisation nazie : c’est ainsi qu’Aloïs, un des frères d’Heinrich est entré à la S.A. La bonne humeur et l’humour soudaient les Böll. Le romancier aimait moquer "la particularité de bon nombre d’honnêtes Allemands : l’aveuglement quant à la vraie nature du nazisme" qu’il appela "le syndrome Hindenburg". Avec ses camarades il se riait de deux enseignants nazis "genre brute épaisse, montreur d’ours". Il brosse un portrait irrésistible de Göring "bouffon sanguinaire au masque de morphinomane : quelle mine de burlesque pour le cinéma !"
   "Oui, l’école bien sûr"... Au début de chaque chapitre il tente d’y revenir : il n’en garde aucun mauvais souvenir, n’y a nullement "souffert" car il séchait souvent les cours et sa sinusite justifiait ses absences "j’aimais l’étude mais je n’étais pas un fanatique de l’école" concède-t-il. De fait, à la maison il s’adonnait avec plaisir au latin, à l’histoire et aux maths, ses matières préférées, sans oublier les livres, véritable passion familiale. À la veille de la déclaration de guerre, il lira Barbusse et Remarque car l’expérience vécue a toujours eu plus de valeur à ses yeux qu’un cours.
   
   À soixante ans, H. Böll s’est penché sur l’histoire plus que sur ses souvenirs de ce lycée qu’il fréquentait "à ses moments creux". N’ayant guère de motivation professionnelle, il se sentait "toujours étranger" et sa famille s’inquiétait de son avenir comme le souligne le titre du livre. Car c’est à bicyclette, "sur le chemin de l’école" qu’il apprenait la vie : ainsi avoue-t-il que savoir marchander au marché noir des cigarettes pour son frère Aloïs lui a été utile plus tard. Un événement toutefois l’a choqué. Comme la mémoire personnelle n’est pas toujours synchrone avec la grande Histoire, il situe en 1934 un drame survenu en 1933. Dix-sept jeunes communistes furent arrêtés à Cologne, et sept décapités à la hache. L’auteur a associé l’événement, dans son souvenir, au 30 Juin 1934, jour de l’épuration dans les rangs nazis et signe d’accélération de la prise définitive du pouvoir par Hitler.
   
   Originale et de lecture agréable, cette courte autobiographie éclaire la personnalité d’Heinrich Böll.

critique par Kate




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Chien blême - Heinrich Böll

11 nouvelles
Note :

   Onze nouvelles dans ce recueil. Pas n’importe lesquelles, des nouvelles (publiées à titre posthume) toutes écrites avant 1950 dont Les ardents, écrite en 1936 (Heinrich Böll a alors 19 ans) et qui montre ainsi que si ses écrits sont postérieurs à 1945 c’est que c’est la guerre – dans laquelle il fut impliqué – qui l’a empêché de pratiquer l’écriture.
   
   Chien blême, la nouvelle éponyme, date de 1947. Elle raconte l’histoire d’un déclassé, qui a cru trouver un ami avant la guerre, est parvenu à fuir la guerre juste avant sa fin, a retrouvé cet ami, autant aisé que lui fut toujours nécessiteux, et s’est vu opposer indifférence et rejet. Il verse dans le banditisme et quand le lecteur se fait raconter son histoire par un aumônier, c’est devant son cadavre étendu en prison. Theodor Herold était devenu Chien blême pour la postérité en versant dans la délinquance. C’est en Chien blême qu’il meurt, assassiné.
   
   Prisonnier à Paris, 1946, écrite juste au débouché de la guerre, un an après avoir été libéré. Histoire d’amour improbable dans le cadre de la libération de Paris… Pas forcément aussi noire que ses autres écrits.
   
   Le fugitif, 1947. Une histoire de chasse à l’homme qui, comme les histoires d’amour en général finissent mal !
   
   L’histoire du pont de Berkowo, daterait de 1948, non publié, aurait été réutilisé dans Où étais-tu, Adam ?. Monté en pièce radiophonique sous le titre Le pont de Berczaba. Histoire absurde de guerre, d’un pont qu’il faut absolument construire dans un délai impossible pour évacuer des troupes allemandes, sur la Bérézina (tiens, ça rappelle quelque chose !) :
   "Dès la première visite du chantier, je décidai d’utiliser les piliers en béton qui avaient tenu bon et de les coiffer d’une construction de fer et de bois qui ne serait pas destiné à durer, mais résisterait, pour environ trois mois, à des mouvements de troupes d’une certaine ampleur, y compris dans le cas d’unités lourdes. Car le quartier général Sud-est m’avait fait savoir que ce pont serait probablement utilisé dans le cadre d’une retraite générale, celui qui avait été édifié deux kilomètres plus loin, au sud-est, étant alors menacé d’engorgement."
   Le pont va être construit, dans les délais requis, mais la suite ne va pas se dérouler exactement comme prévu…
   
   Le rendez-vous, 1948. Pas une histoire de guerre mais un amour inabouti. Pour ne pas dire plus !
   
   Les ardents, qui pourrait être le premier écrit répertorié d’Heinrich Böll, en 1936 et 1937, n’a bien sûr rien à voir avec la guerre. C’est plutôt une histoire d’êtres… purs (?), en tout cas sans concessions, même si plutôt du côté des déclassés. Ca n’a pas la noirceur et la profondeur habituelles chez Böll mais l’histoire est déjà d’une grande singularité…
   
   Paradis perdu, 1949, fragment romanesque, œuvre non achevée dont des chapitres ont été réutilisés, notamment dans Le silence de l’ange. En lien avec la guerre, la fin de la guerre et le retour de captivité des soldats. D’une grande tristesse.
   
   Et par ailleurs quatre autres très courtes nouvelles.
   
   Ce n’est certainement pas le meilleur ouvrage pour découvrir Heinrich Böll. Chien blême s’adresse plutôt à de gros lecteurs de Böll curieux de lire ce qu’il a pu écrire à ses débuts, au débouché de la guerre et même juste avant.

critique par Tistou




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Femmes devant un paysage fluvial - Heinrich Böll

Le Rhin, la Rhénanie, la politique...
Note :

   Bonn, de nos jours (écrit en 1985). Bonn, la Rhénanie. La Rhénanie, le Rhin. Mais surtout la politique et le dégoût d’Heinrich Böll pour des politiciens à la petite semaine, des politiciens pour certains issus des rangs nazis, reconvertis par opportunisme.
   
   Femmes devant un paysage fluvial est une charge virulente contre ceux qui gouvernent l’Allemagne fédérale, on pense au CDU même si rien n’est vraiment dit, avec des accusations gravissimes puisqu’Heinrich Böll laisse largement entendre que nombre des politiciens en place (au moins en Rhénanie) sont d’anciens nazis (l’ouvrage date de 1985, tout de même !).
   
   Les femmes dont il est question sont des femmes d’hommes politiques, au sort maigrement enviable puisque réduit au rôle de figurante, de faire-valoir, envoyées dans des institutions spécialisées, cliniques psychiatriques pour riches. Pourquoi Heinrich Böll choisit-il le biais de ces femmes pour charger les autorités, ça reste passablement mystérieux à mes yeux...
   
   Le paysage fluvial, bien sûr, c’est le Rhin, fleuve majestueux s’il en est et Bonn, bien entendu est une ville rhénane.
   
   Roman, maintenant ? On peut se poser la question tant la forme adoptée est celle du théâtre. Chaque chapitre est précédé d’un chapeau en italique qui situe le lieu, les intervenants, les circonstances comme avant les actes ou les scènes d’une pièce de théâtre. Ainsi pour le chapitre 1 :
   "Terrasse couverte et spacieuse d’une villa de grands bourgeois du début du siècle entre Bonn et Bad Godesberg, par une matinée de fin d’été. Vue sur l’autre rive du fleuve où l’on aperçoit de grandes villas derrière cette végétation typique des bords du Rhin, faits de bosquets et de buissons. La table du petit déjeuner est dressée pour deux personnes. Erika Wubler en peignoir, le journal à portée de main, est en train de lire quelques feuilles manuscrites, quand Katharina fait son entrée avec le café. Elle pose la cafetière sur la table."
   
(s’ensuit alors le chapitre 1, intégralement sous forme de dialogues).
   Une forme qui évoque fichtrement le théâtre, non ? Essentiellement dialogues ou chapitres entiers de monologue, une forme pour le moins étonnante pour ce qui concerne un roman. Roman puisque ceci est inscrit en clair sur la couverture (au cas où on aurait un doute ?).
   
   L’enchainement du propos n’est pas facile à suivre. Il y a d’abord une grande quantité de personnages. Il est question – à l’instar de Godot – de personnages principaux et nuisibles qu’on ne verra pas apparaître et qui sont même affublés de numéros (Numéro 1, Numéro 2,...). Comme si le simple fait de les nommer était déjà un risque...
   
   On sent dans le propos développé assez nettement le dégoût d’Heinrich Böll pour la classe politique post-seconde guerre et à vrai dire, aucun personnage du roman ne trouve grâce à ses yeux. Les femmes ont un statut à part : elles sont devant un paysage fluvial !! Non, elles sont surtout victimes et certaines y perdent le sens commun.
   Drôle d’œuvre.

critique par Tistou




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Une mémoire allemande - Heinrich Böll

Entretiens avec René Wintzen en 1978
Note :

   Une mémoire allemande est créditée à Heinrich Böll, mais en réalité il s’agit d’entretiens menés par son traducteur français, René Wintzen. Inutile de préciser que celui-ci connait parfaitement l’œuvre d’Heinrich Böll, ainsi que l’homme, manifestement, et que ces entretiens permettent d’en connaître un peu plus sur les environnements (géographiques, sociaux, historiques) qui ont forgé l’écrivain Heinrich Böll, Prix Nobel de Littérature 1972 tout de même !
   
   La teneur de ces entretiens est de haute volée et les 184 pages ne se dévorent pas à la vitesse d’un quelconque ouvrage récréatif ! C’est peu de dire qu’il faut prendre le temps de digérer les pages, les thèmes, les uns derrière les autres.
   Par ailleurs, il ne faut pas perdre de vue que Une mémoire allemande a été écrit en 1978. Soit 33 ans après la défaite de l’Allemagne nazie et... il y a 41 ans. Soit quasi à mi-chemin entre la fin de la guerre et maintenant.
   
   Cinq grands thèmes définissent cinq chapitres :
   Ce que j’appelle la morale du langage.
   Se reconnaître catholique, oui. Mais il n’y a pas de littérature catholique.
   L’écrivain, ses personnages et les autres.
   Le soldat de première classe, Heinrich Böll.
   Mon métier : écrivain.
   
   La somme d’informations est considérable et il serait vain d’essayer d’en donner, même une vague idée, dans le cadre de cette critique. Concentrons-nous sur les quelques exemples suivants :
   Tiré de "se reconnaître catholique, oui..."
   "Je pense qu’il faudra trouver de nouvelles formes de rapports entre les hommes et les femmes, des formes qui ne lèsent en rien les femmes car elles ont besoin, elles aussi, d’une sécurité légale. Avant tout, il faudrait supprimer la notion de différence entre un enfant légitime et un enfant naturel. Il me semble qu’une vie commune non légalisée lie les êtres bien davantage que le mariage, parce que l’institutionnalisation légale de dormir ensemble et du devoir comme du droit sur l’autre qu’elle implique, est par trop absurde pour pouvoir être acceptée.
   …/…
   Reprenons la question du mariage. Les femmes, dans la mesure où elles n’ont aucune formation professionnelle, sont pratiquement sans défense devant cette institution, cette législation du couple. On peut se demander s’il convient de maintenir la forme actuelle du mariage et de la famille. Ce n’est qu’un compromis qui sans doute durera encore quelque temps, mais ce n’est qu’un compromis absolument inacceptable sans une bonne dose d’ironie ou d’humour."
   
Et c’est pour apprécier la portée de ses propos qu’il convient de se souvenir qu’ils datent d’il y a 41 ans ! Pour un catholique revendiqué, élevé dans la foi (il avait fini par repousser l’institution catholique mais était resté croyant), il fait preuve d’une grande lucidité. Et pour avoir fréquenté ces dernières années le monde professionnel allemand, je puis attester que la situation des femmes allemandes a évolué dans le sens qu’il imaginait.
   
   Tiré de "Mon métier : écrivain" :
   "Qu’un écrivain, qu’un peintre ayant du génie ou étant très doué échoue pour avoir mal organisé son travail, cela s’explique sans doute parce qu’il n’a pas trouvé le juste équilibre entre l’intuition et la technique. Le labeur seul ne suffit pas, et pas davantage la seule intuition. C’est cet accord entre labeur et intuition qu’il faut trouver, compte tenu du rapport mouvant qu’ils entretiennent constamment entre eux : il y a là une sorte de jeu qui n’est pas sans agrément et auquel le lecteur peut participer à sa manière. Un jeu qui consiste à rassembler les idées, les figures, les formes, un jeu qui est totalement indépendant de l’importance du travail. Il est parfois plus facile d’écrire un roman qu’une nouvelle, parce que pour écrire un roman, on dispose de beaucoup plus d’espace et que l’on peut précisément jouer avec cet espace."
   

   Il est toujours touchant d’avoir le sentiment d’un écrivain sur la manière dont il envisage sa pratique, dont il considère ce qu’elle peut recouvrir, et Heinrich Böll ne mégote pas ses considérations sur ce thème !
   
   D’une manière générale on découvre un homme "éveillé", rhénan d’origine et ceci a une importance qu’on ne soupçonne pas depuis la France (les Rhénans étant (étaient ?) considérés comme les "Français" de l’Allemagne et, à ce titre, méprisés par les Prussiens, plutôt originaires du nord-est de l’actuelle Allemagne.
   De la même manière ses considérations sur son engagement au sein de la Wehrmacht durant la guerre sont éclairantes et passablement étonnantes par certains aspects, notamment sur l’état d’esprit des soldats allemands dès l’engagement du conflit.
   
   Lire Une mémoire allemande c’est dépoussiérer sérieusement les partis-pris et autres clichés que nous pouvons nous coltiner au sujet de ce pays voisin et de ses habitants... il y a 40 ans et plus !

critique par Tistou




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B comme: La leçon de pêche - Heinrich Böll

Adaptation en BD d’une nouvelle d’Heinrich Böll
Note :

   Illustrations : Emile Bravo
   
   C’est Emile Bravo qui a réalisé les images et qui, j’imagine, a adapté le texte de la nouvelle d’Heinrich Böll, apparemment assisté de Bernard Friot, crédité de la traduction et de l’adaptation.
   
   La nouvelle La leçon de pêche fut écrite en 1963. Il ne reste bien entendu – même si je ne l’ai pas lue – que la ligne directrice et quelques dialogues peut-être ? Car de quoi s’agit-il ?
   Un pêcheur en train de siester dans sa barque amarrée au port se voit réveillé par le déclic de l’appareil photo d’un touriste en train de le prendre en photo. Du coup la conversation s’engage :
   Oui, le pêcheur est sorti ce matin et non, il ne sortira pas cet après-midi. Pourquoi ? La pêche fut bonne entre langoustes et maquereaux, assez bonne pour deux sorties.
   
   Le touriste, digne représentant de la société consommatrice et capitaliste, se lance alors dans un discours qui se veut mobilisateur, lui expliquant que s’il ressortait à nouveau il s’enrichirait, pourrait acquérir une deuxième barque puis un chalutier puis des chalutiers puis … (un peu l’histoire de Rockfeller. Comment vous ne la connaissez pas ? Le jeune Rockfeller, errant dans les rues de New York, pauvre comme Job, trouve une pomme à moitié pourrie. Il l’astique et la revend. Avec l’argent de la vente rachète plusieurs pommes à moitié pourries. Les astique, … et … c’est là qu’il rencontre et épouse la fille d’un millionnaire !).
   
   Mais revenons à notre brave pêcheur. Coi devant le fil du discours du touriste qui en est au stade où le pêcheur vendra directement ses homards, congelés dans son propre entrepôt frigorifique chez Maxim à Paris il demande "Et puis ?" (oui, il n’est pas futé notre pêcheur !). Et là le touriste porte l’estocade :
   "Vous pourriez venir vous asseoir sur le port, faire la sieste en plein soleil ou contempler les splendeurs de la mer !
   "Mais c’est ce que je fais en ce moment, je suis assis au bord de la mer et je fais la sieste … C’est le "clic, clic" de votre appareil qui m’a dérangé …"
   

   D’où la conviction qui me vient que Rockfeller était un touriste. Et notre pêcheur pas Rockfeller !
   
   Il ne s’agit pas typiquement d’une nouvelle "Böllienne" (d’ailleurs qu’est-ce qu’il en a à faire de Rockfeller notre ami Böll ? Il a bien assez de chats à fouetter avec les politiciens ouest-allemands qu’il ne porte pas précisément dans son cœur !).
   
   Les dessins d’Emile Bravo sont du style naïf (la publication est tournée vers la prime jeunesse). Le texte absent (dans les 99% évaluai-je, à la louche) sont compensés par les détails explicites des dessins. Ca en fait une nouvelle accessible au très jeune public, même si je ne suis pas sûr qu’il soit, ce jeune public, en mesure de bien apprécier l’ironie de la situation. Et d’abord, le très jeune public n’a jamais entendu parler de Rockfeller, alors ? !

critique par Tistou




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Le Train était à l’heure - Heinrich Böll

Chair à canon
Note :

   C’est le premier roman publié de Böll, en 1949, dans lequel il témoigne de son expérience car lui-même fut soldat de la Wehrmacht et déserta plusieurs fois…
   
   Un jeune soldat allemand, Andreas, pendant la seconde guerre mondiale. Il est persuadé qu’il mourra dans peu de temps sans être retourné au front, pendant son voyage en train pour rejoindre le lieu des combats. C’est une obsession : il se voit encore vivant à Lemberg, mais pas à Czernowitz… que va-t-il se passer entre ces deux villes ?
   
   Nous sommes en 1943, le train qui emmène les conscrits, est en territoire polonais, occupés par les Allemands, et la population juive y est impitoyablement déportée. A Lemberg, il y a toutefois un noyau de résistance. Andreas n’ignore rien de tout cela.
   
   Le soldat fait connaissance de deux autres jeunes hommes, traumatisés et désespérés comme lui ; il les surnomme "le blond" et "le mal rasé", en attendant de savoir leurs noms. Ils parlent de mourir eux aussi, mais de leur part, c’est un souhait plus qu’une certitude délirante... Notre narrateur, lui ne leur confie rien, ses pensées cahotent du bombardement d’Amiens où il fut blessé, à son incapacité à se représenter l’avenir : son être est désormais inscrit dans l’espace des stations de train qui défilent, dans son livre de prière, et une carte de Galicie orientale où il cherche le lieu exact où il va trouver la mort…
   
   Il partage cependant le vécu de ses compagnons : tous trois se saoulent sans arrêt au schnaps et à la vodka ; chacun raconte sa déjà terrible expérience de la guerre. Puis à Lemberg, le "mal rasé" les entraîne dans la ville, conduits par une voiture avec chauffeur…
   
   Ce récit témoigne des horreurs de la guerre, du sacrifice d’une génération de jeunes gens, vu du côté allemand (ce qui ne change pas grand-chose, ces trois malheureux ne sont pas nazis, ils n’ont aucune idéologie, ils ne tiennent même plus à survivre).
   
   Toutefois, dans le train, d'autres jeunes gens crient leur adhésion au führer, et se sentent chez eux, en territoire conquis!
   
    Le narrateur est malgré tout catholique, son meilleur ami qu’il a laissé derrière lui est aumônier, il prie beaucoup, sans le faire savoir, en particulier pour les Juifs...

critique par Jehanne




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Le silence de l’ange - Heinrich Böll

Premier roman d’Heinrich Böll
Note :

   Le silence de l’ange est le premier roman d’Heinrich Böll, écrit entre 1949 et 1951, mais publié seulement en 1992, à l’occasion du 75ème anniversaire de sa naissance.
   « Sa rédaction a été plusieurs fois interrompue pour des raisons aussi bien matérielles que littéraires et l’ordre des chapitres remanié, ce qui peut expliquer certaines ellipses dans le déroulement de l’intrigue, ainsi que quelques imprécisions dans la chronologie de l’action. »
   

   En fait, de son vivant, il publiera des chapitres, séparément, sous forme de nouvelles : « La carte postale », « La gouttière »,...
   
   Ecrit au tournant des années 40 – 50, il s’agit donc d’un récit de guerre. En fait post-guerre puisque la défaite vient d’être reconnue lorsque débute le roman. Hans Schnitzler (qui va se présenter au fil du roman sous divers autres noms d’emprunt) erre dans une ville en ruine (Cologne n’est pas nommée mais l’on comprend que c’est d’elle qu’il s’agit), à la recherche d’une femme, Elisabeth Gompertz. Elle est la femme du sous-officier qui s’est laissé fusiller à sa place juste avant le dénouement de la guerre. Il a quelque chose à lui remettre et il veut, a minima, lui faire connaître dans quelles conditions son mari est mort. (Se laisser fusiller à la place d’un autre ! Imagine-t-on les détresses morale, physique, dans lesquelles se trouvaient plongés les hommes en cette année 1944 ?!)
   
   Son errance et ses recherches, auprès d’un hôpital de fortune, d’un prêtre, sont l’occasion pour Heinrich Böll de décrire et donner son ressenti sur cette époque terrible et proprement inimaginable. Il rencontrera Elisabeth Gompertz, et puis surtout Regina Unger qui, elle, vient de perdre son tout jeune enfant*. Les détresses sont partout les mêmes ; le dénuement, la faim, la faim et encore la faim et puis apparaissant subtilement, les thèmes qui vont plus tard inspirer Heinrich Böll ; les replacements opportunistes de criminels de guerre, ou disons d’ex réels nazis, leur permettant de gagner fortune et pouvoir et de participer à la direction des gouvernements allemands dans les décennies qui suivent la fin de la guerre.
   
   Hans Schnitzler pour sa part va trouver une espèce de rédemption auprès de Regina Unger après de longs jours de sidération. Ca permet à Le silence de l’ange de n’être pas totalement dans le désespoir. Une petite lueur à la fin... Une lueur mais aussi en filigrane les manigances de profiteurs de guerre...
   
   Pour ma part c’est dans cet exercice des récits liés à son expérience de la guerre et de ce qui s’ensuit juste après que je trouve qu’Heinrich Böll donne sa meilleure mesure.
   
   L’écriture est belle, la construction (comme évoqué en tête) un peu plus bancale. Mais pour se rendre compte de ce qu’a représenté pour les Allemands leur situation une fois la défaite consommée, alors Le silence de l’ange est précieux. 
   
   * C'était également le cas de l'auteur.

critique par Tistou




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