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Auteur du mois d'Octobre et novembre 2019
Blaise Cendrars

   Pour les mois d'notre auteur sera
   
   
Blaise Cendrars
   
   parce qu'il ne peut y avoir de site littéraire un peu sérieux sans que ses livres y soient au moins évoqués...
   
   Aussi, pour cet automne, sous le soleil ou non, en ville ou à la campagne, au fond du lit, du fauteuil, du transat... au sommet des montagnes, sous la rousseur des forêts, au creux des vallons, sur les plages désertes, dans les trains, avions, voitures ou bus (sauf si vous les conduisez), vous pouvez choisir n'importe quel livre de
   
Blaise Cendrars
   vous en régaler (ou non) et nous adresser vos commentaires. A

   
   

   
   postmaster.lecture.ecriture@gmail.com

   
   Ils seront mis en ligne ici.
   
   N'êtes-vous pas tenté, puisque vous aimez lire?
   
   N'hésitez pas. Participer à nos auteurs du mois rend plus intell cultivé.
   
   Si, intelligent aussi.

Biographie

   Blaise Cendrars est le nom de plume de Frédéric Louis Sauser, écrivain français d'origine suisse, né en 1887 et mort en 1961.

Bibliographie ici présente

  L'or
  La main coupée
 

L'or - Blaise Cendrars

Reportage
Note :

   Cette histoire du Général Suter a fait partie des projets d’écriture de Cendrars pendant plusieurs années avant qu’il ne l’écrive vraiment. C’est dire que c’est un sujet qui lui tenait à cœur, et on le comprend, c’est une aventure immense que la vie de cet homme, Suisse allemanique qui parvient à donner corps en Californie à une sorte de mini-monde prospère et conforme à ses voeux.. Un jour cependant, on trouve de l'or sur ses terres et du jour au lendemain, tout ce qui faisait les valeurs de la veille est balayé et les cartes sont redistribuées en fonction d'autres critères, qu'il ne maîtrise plus cette fois et qui, de toute façon n'apporteront pas le bonheur.
   
   Moi, ce qui m’a frappée dans ce récit, c’est son aspect documentaire. C’est vrai qu’il est inspiré d’une histoire vraie, mais il y a plus que cela. Il semble également que Cendrars se soit appliqué à prendre le ton d’un journaliste ou d’un historien. Loin de nous emmener un peu plus loin que la réalité des faits, il tient au contraire à nous y maintenir. Ainsi toutes ces précisions historiques, les chiffres mêmes qu’il donne volontiers, renforcent encore l’impression de lire un compte-rendu plutôt qu’un roman.
    C’en est un pourtant et, pour preuve, je crois que si plus tard je ne me souviens que d’un passage de ce livre, ce sera celui-ci, peu après la découverte de l’or sur ses terres : «Ils ramassaient tous de l’or qu’ils échangeaient contre de l’eau de vie (…) Mes blés pourrissaient sur pied ; personne pour faire la cueillette dans mes vergers ; dans mes étables, mes plus belles vaches laitières beuglaient à la mort » Je me souviendrai de ce passage à cause du temps que j’ai passé d’abord à déplorer le gâchis puis à me demander s’il s’agissait seulement de l’effet destructeur de l’or ou si les choses auraient été différentes si cela n’avait pas été Ses blés, Ses vergers, Ses vaches, mais si les autres y avaient eu un peu droit…
   
   Beaucoup aimé cette histoire, justement parce qu’elle est vraie.

critique par Sibylline




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La main coupée - Blaise Cendrars

Gouaille
Note :

   C’est un ouvrage bien étonnant à lire à notre époque que cette «Main coupée». Et pas du tout politiquement correct. Le ton que Cendrars adopte pour parler de ce gros massacre au cœur duquel il s’est volontairement porté est à la fois celui du drame et de la farce.
   
    Suisse et donc non enrôlé, celui que la littérature connaît sous le nom de Blaise Cendrars s’est engagé dans l'armée française comme volontaire étranger (Légion étrangère) dès le début de la «Grande Guerre» dans le but avoué de «tuer du Boche» et défendre la patrie. Il avait même rédigé et publié des exhortations à rejoindre ce corps afin de mettre les Allemands plus vite en déroute… Ce qui nous rappelle à quel point tous, intellectuels compris, nous sommes mentalement le produit de notre époque.
   
   Sur place, il constata l’incompétence et la couardise des gradés ainsi que les absurdités guerrières mais cela correspondait bien à sa vision de l’humanité et ne le bouleversa donc pas plus que cela. Par contre, comme dans les quartiers populaires de Paris qu’il aimait tant, il y retrouva aussi la bonhomie grossière et nature des hommes de troupe, ses camarades et c’est avec une gouaille tout à fait dans le ton de ces chansons de troupe dont les vieux enregistrement nous répètent les voix nasillardes et moqueuses qu’il nous restitua 34 années plus tard ses souvenirs de tranchées. Le titre de la plupart des chapitres étant le nom ou plus souvent encore le surnom, d’un soldat qu’il avait connu et le chapitre étant le récit de son aventure et le plus souvent de sa mort. Ces noms s’alignent comme les croix blanches d’un cimetière militaire.
   
   Blaise Cendrars aimait l’action, c’est clair. Il aimait la débrouille au ravitaillement, et même la bagarre. Je pense que le ton est pas mal représentatif de l’esprit de l’époque. C’était le début de la guerre. Les victimes, la pagaïe et les erreurs étaient déjà nombreuses, mais toute illusion n’était semble-t-il pas encore perdue.
    Il aimait le risque et l’aventure, il aimait qu’il y ait du mouvement, du stress et de l’inattendu. Il y a toujours eu des baroudeurs. C’est dans la nature humaine. Et de ce côté-là, il n’a pas été déçu. C’est ainsi qu’il a vécu cette période de sa vie.
   
   Ca avait l’air simple, la guerre comme cela. Une sorte de jeu brutal et cruel, mais acceptable. On se battait le mieux qu’on pouvait. On dégommait le plus d’ennemis possible dans la jubilation et on évitait de les voir de trop près, histoire de ne pas s’apercevoir qu’ils étaient pareils.
   On devait risquer sa vie, se sentir «prêt à la donner» avec quand même l’idée au fond qu’on va s’en tirer. (Cela m’a fait pensé au film «La canonnière du Yang-Tse» où le personnage joué par Steve McQueen n’en revient pas de se voir mourir pour de vrai.) Mais on se décrivait quand même comme « Un mort de plus parmi des dizaines et des milliers d’autres, tous plus ou moins grotesques. »
   Ainsi ce roman autobiographique publié en 1946 nous parle d’un Blaise Cendrars plein d’allant et qui a encore deux mains. Mais un an après son arrivée au front, c’est un poète manchot (et ayant perdu plus que la main droite, mais presque tout le bras) que la guerre renverra à l’arrière, lui sauvant sans doute ainsi la vie.
   
   Donc, étrange, décalé, hors époque, mais à lire quand même.
   
   D’autre part, j’en ai profité pour me renseigner un peu sur la vie de Blaise Cendrars et vraiment, il a éveillé mon intérêt. Il n’était tout de même pas commun cet homme-là et je pense que je vais me pencher bientôt d’un peu plus près sur son œuvre tant elle me semble pouvoir être intéressante.
   ↓

critique par Sibylline




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Ecrit de la main gauche
Note :

   C’est le Légionnaire de 1ère classe puis Caporal, Blaise Cendrars, qui nous fait partager son expérience du feu, de cette incroyable machine à broyer... les jeunes gens que fut la Première Guerre mondiale.
   
   En fait "La main coupée" de Blaise Cendrars est à la Première Guerre Mondiale ce que "Le dernier jour d’un condamné" de Victor Hugo est à la peine de mort. Bon, Blaise Cendrars ne fut pas le seul écrivain à relater son expérience mais son témoignage est d’une grande puissance. Articulé en courts chapitres, traitant chacun d’hommes qui furent sous ses ordres ou ses compagnons et qui, le plus souvent, périrent sous ses yeux, c’est un peu comme un kaléidoscope de l’horreur. Exhibé sur un ton détaché, avec une prise de hauteur étonnante comme s’il n’avait pas pataugé dans la boue, le sang et la m… mais qu’il avait observé ça d’au-dessus du sol, comme à l’abri dans un dirigeable.
   
   "Je m’empresse de dire que la guerre ça n’est pas beau et que, surtout ce qu’on en voit quand on y est mêlé comme exécutant, un homme perdu dans le rang, un matricule parmi des millions d’autres, est par trop bête et ne semble obéir à aucun plan d’ensemble mais au hasard. A la formule marche ou crève on peut ajouter cet autre axiome : va comme je te pousse ! Et c’est bien ça, on va, on pousse, on tombe, on crève, on se relève, on marche et on recommence. De tous les tableaux des batailles auxquelles j’ai assisté je n’ai rapporté qu’une image de pagaïe. Je me demande où les types vont chercher ça quand ils racontent qu’ils ont vécu des heures historiques ou sublimes. Sur place et dans le feu de l’action on ne s’en rend pas compte. On n’a pas de recul pour juger et pas le temps de se faire une opinion. L’heure presse. C’est à la minute. Va comme je te pousse. Où est l’art militaire là-dedans ? Peut-être qu'à un échelon supérieur, à l’échelon suprême, quand tout se résume à des courbes et à des chiffres, à des directives générales, à la rédaction d’ordres méticuleusement ambigus dans leur précision, pouvant servir de canevas au délire de l’interprétation, peut-être qu’on a alors l’impression de se livrer à un art. Mais j’en doute. La fortune des armes est jeu de hasard. Et, finalement, tous les grands capitaines sont couronnés par la défaite, de César à Napoléon, d’Annibal à Hindenburg, sans parler de la guerre actuelle où de 1939 à 1945 - et ce n’est pas fini! - tout le monde aura été battu à tour de rôle. Quand on est là, ça n’est plus un problème d’art, de science, de préparation, de force, de logique ou de génie, ça n’est plus qu’une question d’heure. L’heure du destin. Et quand l’heure sonne tout s’écroule. Dévastation et ruines. C’est tout ce qui reste des civilisations. Le Fléau de Dieu les visite toutes, les unes après les autres. Pas une qui ne succombe à la guerre. Question du génie humain. Perversité. Phénomène de la nature de l’homme. L’homme poursuit sa propre destruction. C’est automatique. Avec des pieux, des pierres, des frondes, avec des lance-flammes et des robots électriques, cette dernière incarnation du dernier des conquérants. Après cela il n’y aura peut-être même plus des ânes sauvages dans les steppes de l’Asie centrale ni des émeus dans les solitudes du Brésil."
   

   Blaise Cendrars, qui était Suisse, ne fut pas enrôlé, et pour cause, mais pour "casser du boche", il estima indispensable, et tenta d’en convaincre ses proches, ses amis poètes, écrivains, de s’engager pour combattre. Ce fut donc dans la Légion Etrangère pour lui.
   
   Bien évidemment, Blaise Cendrars étant un être doté d’intelligence ne pouvait pas ne pas remarquer la bêtise fondamentale attachée à nombre d’acteurs de la chose militaire. Et notamment les gradés. Il y a des descriptions terrifiantes de cruauté, de bêtises, d’inhumaines inutilités, et puis des histoires d’hommes, d’amitiés simples, d’actes héroïques miraculeux. Il y a... la guerre quoi. La guerre racontée au ras des tranchées par un observateur exceptionnel ; Blaise Cendrars.
   
   Il y laissera son bras droit, mais la main coupée n’est pas la sienne. Il y en eût tant et tant...

critique par Tistou




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