Lecture / Ecriture
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Kassineo
Lapin Fluo
Lapin Fluo - Kassineo

   J'ai vu pour la première fois le lapin fluo l'été dernier. Rien à voir avec nos lapins traditionnels. Nous les connaissons blancs avec de longues oreilles, un petit pompon planté au sommet du crâne et un regard vide. Mon lapin fluo arborait une robe verte phosphorescente scintillant de rouge. Ses yeux écarquillés pétillaient dans l'ombre d'une antre chaude, vaporeuse et enivrante.
   
    Un trait noir et éphémère pour une illusion à jamais perdue dans la souffrance d'un souffle éternel.
   
    Cette fillette qui sourit : sa vie est belle. Des parents qui l'aiment, un grand frère qui dérape et lui offre une place de princesse attendrie qu'il faut à tout prix préserver du vice. Ses yeux pétillent. Elle voit la vie en rose fluo et pour elle tous ceux qui l'entourent ne sont que de gentils lapins fluos.
    Un jour la petite fille fera éclore une femme au regard meurtri et aux traits tirés qui rira en société. Plus de lapin.
    Parlons alors de ce jeune homme éphèbe voyant un monde cruel et sale en esthète désabusé, manipulé. Un ange déchu de son trône moelleux. Un cœur à jamais déserté pour un amour coupable, déchiré, mis en pièces par une inhumaine fatalité.
   
    Tu m'as tué.
   
    Et notre planète bleue ne s'arrêtera pas de tourner de si tôt. Cet homme est heureux : même s'il a peu il a ce que ses plus beaux rêves lui montraient comme inaccessible à sa modeste cause. Il rit, il est heureux : pas besoin de lapin.
   
    Chaque pétale un à un me manque.
   
    Mais tu y as cru pourtant. Quelle souffrance dans une douceur aussi délicieusement feinte, jeu machiavélique qui fit plonger une âme dans ses propres retranchements. Et tes peurs les plus lointaines rejaillissent dans l'écume d'une mer morte déchaînée par cette foudre emplie de remords et d'incertitudes.
   
    Mes yeux sont fixés sur le reflet d'un rétroviseur amer, la foudre de l'âtre m'enchaîne à cette vision…
   
    La foudre de l'âtre t'enchaîne à cette vision d'un lapin qui s'enfuit en perdant ces couleurs que tu aimais tant. Tu te plantes devant ce rideau rouge…
   
    Devant ce rideau rouge qui tombe lourdement sur les planches d'un monde incertain.
   
    C'est le théâtre de la vie qui achève sa représentation.
   
    Et j'entends toujours le souffle d'un accordéon qui expire…
   
    Et tu repars à la recherche du lapin fluo, lui seul possédant la clef qui rallumera ton regard… LAPIN… LAPIN…