Lecture / Ecriture
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Fée Carabine
Lueurs d'orange
Les jours d'innocence
Les mots
Il neige aussi sur Liège
Empty chair, desert island
Tourne-manège
Je t'ai rêvé, Nouméa
Le sang de l'érable
Insinuations malfaisantes
Quand dorment les anges
Le regard du peintre
Les coquelicots fleurissent les champs de Flandre
Les jours d'innocence - Fée Carabine

   C'étaient les jours d'enfance et d'insouciance, au secret des sous-bois, dans la chaleur de l'été qui se réverbérait sur les débris d'ardoise jonchant la terre du chemin. C'était le temps des rires, des ricochets dans l'eau, des chansons à tue-tête. La fêlure était là, pourtant, que je ne voyais pas. Dissimulée sous un bandage et l'épaisseur de tes vêtements, comme si de rien n'était.
   C'étaient les matins embaumés par les effluves du café, l'éclat du soleil sur la cafetière de cuivre, les tartines à la confiture et le bruissement du vent dans les feuillages de la forêt toute proche. La fêlure était là, pourtant. Mais tout le reste. La fraîcheur de l'eau vive, la douceur et les saveurs d'un été ardennais, comme si de rien n'était.
   
   C'étaient aussi les jours étranges. La grande salle claire et ses rangées de lits entourés de rideaux crème. Le silence. Les uniformes blancs mêlés au bleu et au beige des pyjamas. Et la fêlure se faisait perceptible, déracinement, cassure dans l'écoulement du temps. Mais je l'oubliais vite, perchée sur le bord de ton lit, bercée par les voix familières, comme si de rien n'était.
   
   Et puis, c'étaient d'autres jours de bonheur. D'autres rires, le goût des speculoos et des massepains, le gui accroché au plafond dans la baie entre le salon et la salle à manger, les courses sur le parquet ciré et la froideur des carrelages de la salle de bain. Et la fêlure, à peine entr'aperçue, baignée d'eau savonneuse et de désinfectant, aussi vite oubliée, comme si de rien n'était.
   
   Et vinrent des jours plus étranges.
   Une absence. Une voix qui s'est tue.
   Et puis plus rien.
   Pendant longtemps, plus rien que ces quelques images.
   Et le silence.
   
   Jusqu'à l'heure froide et noire et solitaire où je t'ai retrouvé. Ce qui de toi est resté avec moi. La toute petite flamme que les grandes eaux n'éteindront pas.
   Ce qui ne passe pas. Ne passera jamais.