Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Les petits de Décembre de Kaouther Adimi

Kaouther Adimi
  L'envers des autres
  Nos richesses
  Les petits de Décembre

Kaouther Adimi est une écrivaine algérienne née en 1986.

Les petits de Décembre - Kaouther Adimi

Nouvelle génération
Note :

   Rentrée littéraire 2019
   
    Cité du 11-Décembre-1960 de Dely Brasilia en Algérie, Jamyl, Mahdi et Inès, des enfants du quartier s’occupent en jouant au foot sur un terrain vague. La cité construite en 1987 a vu leurs aînés en faire leur terrain de jeu. Mais un jour de février 2016, deux généraux en fin de carrière débarquent avec l’intention de se l’approprier pour y construire leurs maisons. Certains des adolescents se rebellent, encouragés par Adila une ancienne moudjahida militante de l’indépendance algérienne. Ils ne veulent pas se laisser faire même contrairement à leurs parents qui vivent avec la crainte d'éventuelles représailles. Et si le courage innocent, presque puéril, était l’étincelle qui met le feu aux poudres pour se lever contre un système gangréné ? Sous l’impulsion des adolescents, le terrain devient un emblème fédérateur pour les habitants du quartier.
   
    Si l’auteure évoque l’indépendance de l’Algérie à travers notamment le personnage d’Adila une femme forte et respectée, elle revient principalement sur l’évolution politique récente de ce pays. A travers la voix d’Adila et de ses souvenirs, j’ai découvert les émeutes de 1988 durant lesquelles l’armée a ouvert le feu sur des manifestants, mais aussi l’émergence du groupe islamique armé, les attentats qui ont semé la terreur et la violence. Kaouther Adimi dresse également le portrait d’un pays entre passé et présent où les mentalités ont du mal à s’émanciper du poids culturel et de celui des traditions, et où les voix politiques discordantes tentent de s’élever.
   
    Loin d’être rébarbatif, ce contexte politique est très instructif mais j’ai trouvé que l’auteure se répétait un peu dans sa trame. Et si le personnage d’Adila est étoffé, les autres personnages sont un peu moins aboutis à mon sens car brossés dans les grandes lignes. Au fil des pages, ce roman prend l’allure d’une fable.
   
   Sans en dévoiler trop, il m’a manqué une histoire plus conséquente, une empathie et des émotions. Au final, je retiendrai ce vent engendré par une nouvelle génération portée par l’envie de changement et de renouveau. Et même si quelquefois les vents dominants sont les plus forts, l’espoir est bien là. Peut-être fragile mais lumineux.
   
   "Papa, si tout le monde ne pense qu'à son petit avenir et son petit confort, comment ferons-nous pour changer les choses?"

    ↓

critique par Clara et les mots




* * *



L'honneur retrouvé
Note :

   Les petits de Décembre sont au nombre de trois, trois adolescents (deux garçons et une fille) qui jouent au football sur un terrain, pas très loin de leur foyer. Malheureusement pour eux, leur plaine de jeux est convoitée par deux généraux, bien décidés à y implanter leurs futures demeures de retraités. Ce conflit de voisinage va prendre des proportions nationales et internationales inattendues.
   
   Dans Les petits de Décembre, Kaouther Adimi dresse une révolte de la rue face aux nombreuses exactions de certains militaires algériens. Le terrain devient une parabole des luttes et des souffrances, un biais pour montrer son mécontentement face à une autorité privilégiée qui a utilisé sa position de force pour obtenir moult droits à la propriété et usurper des permis de construire. Ces mêmes dirigeants usent de toutes les intimidations (chantage au procès, chantage à la destitution de décorations, chantage sur l'honneur) et diverses menaces (surveillance de réseaux sociaux, menace de fermeture d'un journal ou d'un parti politique, menaces sur les pères, flatteries auprès des mères) afin d'arriver à leurs fins et d'amadouer cette jeunesse fougueuse et peu contrôlable. Mais l'avantage de notre monde actuel est que finalement beaucoup d'événements filtrent hors du territoire national ; l'inconvénient est que la pression populaire internationale n'est pas toujours suffisante pour changer le diktat.
   La rébellion infantile est suppléée par des jeunes adultes qui n'ont rien à perdre parce qu'ils n'ont rien à y gagner (au chômage, en désintégration sociale, pourtant diplômés) : leur fronde devient leur point de salut, le témoignage public de leur conscience politique, de leur fierté, de leur honneur retrouvé.
   
   Kaouther Adimi arrive parfaitement à décrire l'univers algérien, la corruption des élites, leurs bassesses : leur cruauté est égale à leur crédulité face aux sciences occultes, leur nuisance se mesure à leur capacité à imposer leur loi.
   
   J'ai apprécié la lecture de Les petits de Décembre. L'écriture précise de Kaouther Adimi est toujours présente, sensible. Elle s'attache à décrire parfaitement la société algérienne et les post-attentats des années 1990. Mais il m'a manqué un souffle, un rythme (j'ai eu le sentiment de répétitions, d'une histoire qui évolue et glisse doucement, très doucement, trop doucement au point d'interrompre ma lecture pour découvrir un autre ouvrage et finalement revenir à ce roman.) Si les personnages sont parfaitement marqués et distincts, je ne me suis attachée à aucun.e d'entre eux : le fait de ne pas avoir un héros mais des héros (choix qui s'explique parfaitement) ne facilite pas l'attrait pour l'un.e ou pour l'autre.
   
   Aussi politique et aussi ancré dans le réel que L'envers des autres, moins historique que Nos richesses, Kaouther Adimi construit un roman sociétal abouti qui donne en un temps donné une photographie d'un quartier/d'un pays avec des personnages hauts en couleurs (où les femmes prennent une large place avec un trio de grande envergure Adila-Yasmine-Inès), un quartier cosmopolite et vivant, où vit une opposition singulière à la Gandhi qui témoigne de la grandeur d'âme de ses habitants et contraste avec le mépris des "grands" de cette fable moderne.

critique par Philisine Cave




* * *