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Le mec de la tombe d’à côté de Katarina Mazetti

Katarina Mazetti
  Le mec de la tombe d’à côté
  Les larmes de Tarzan
  Entre Dieu et moi, c’est fini
  Le caveau de famille

Le mec de la tombe d’à côté - Katarina Mazetti

Choc des cultures
Note :

   Un cimetière comme lieu de rencontre, on a sans doute fait beaucoup mieux. Et pourtant, c’est bien au milieu des tombes que Désirée et Benny se côtoient. Elle, bibliothécaire, vient régulièrement sur la tombe de son défunt mari tenter de susciter un chagrin de circonstance. En fait elle lui en veut de l’avoir lâchée et de n’avoir pas fait assez attention sur son vélo si bien qu’il a été fauché par un camion.
   Lui, agriculteur solitaire dans une ferme reculée, agrémente fidèlement la stèle de ses parents de si nombreuses plantations qu’on dirait une pépinière.
   
   Tout les sépare, à commencer par les sépultures respectives jusqu’à leurs modes de vie. Désirée trouve celle de son voisin d’un kitch tape-à-l’œil affligeant voire d’un goût vulgaire, tout comme lui d’ailleurs. De son côté, Benny ne peut pas « blairer » la voisine, la trouvant à l’image de la froideur de la tombe de son époux, décolorée comme une vieille photo couleur, tout à l’opposé des femmes qu’il aime.
   Puis, un concours de circonstance fait se croiser leurs sourires et comme un arc de lumière qui surgit entre eux, tout bascule.
   Pour elle, il lui est « impossible de décrire ce sourire-là. Dedans, il y avait du soleil, des fraises des bois, des gazouillis d’oiseaux et des reflets sur un lac de montagne. » Son ventre se met à battre la chamade. « L’ovule se met à frétiller en moi, à bondir, à clapoter, à faire des sauts périlleux et à envoyer des signaux : « Par ici ! Par ici ! » J’eus envie de lui crier : « Assis, pas bouger ! »
   Pour lui, le sourire de Désirée évoque une gamine en vacances, ou un môme devant son premier vélo.
   
   Ainsi commence une relation pleine d’embûches confrontant des styles de vie diamétralement opposés. Aucun des deux n’est prêt à lâcher un peu de lest concernant ses certitudes culturelles et sociales. Leurs joutes sont croustillantes de déterminisme, leurs conversations impossibles. Pourtant, ils ont bien du mal à se passer l’un de l’autre malgré l’incompatibilité de niveau de vie.
   
   C’est un livre jubilatoire sur la collision des cultures. Un roman à deux voix nous faisant pénétrer avec allégresse l’intimité des deux personnages qui doivent composer entre leurs pulsions et la raison. Le texte est une succession de métaphores hilarantes et finement amenées qui m’ont bien souvent fait pouffer de rire. Juste quelques rares propos de la part de Benny m’ont paru un peu trop érudits.
   L’auteure porte un regard vif et précis sur certaines barrières sociales et culturelles sur un ton badin empli néanmoins de beaucoup de tendresse.
   
   Ce livre a eu un succès extraordinaire en Suède : comme je le comprends ! Entre le rire, le côté fleur bleue et le choc culturel, j’ai vraiment craqué aussi.
   
   (Un détail supplémentaire : ce livre est le fruit des éditions Gaïa qui ont la particularité d’imprimer leurs textes sur des pages rose saumon. Cela a réellement pour effet de rendre la lecture très apaisante. Que du bonheur !)
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critique par Véro




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B + D = A
Note :

   A ma droite, Benny, 37 ans, qui vit seul avec ses vingt-quatre vaches (et quelques moutons) dans l’exploitation familiale. Pas qu’il ait vraiment la vocation ni le profil type du fermier suédois, mais il s’est décidé une nuit d’été quand il a vu sa mère sous le grand sorbier dans la cour, le bras autour du tronc et les yeux rivés sur les terres. Il ne pouvait pas abandonner tout ça, simplement.
   
   A ma gauche, Désirée, 35 ans, bibliothécaire en charge de la section jeunesse, en passe de devenir femme de Carrière avec Centre d’intérêts Culturels. Trois C, on aurait pu y ajouter deux autres pour Complètement Conne, dit-elle.
   
   Début du combat.
   
   Benny s’occupe régulièrement de la tombe de sa mère, vaincue par le cancer, Désirée va chercher l’affliction qu’elle aimerait pouvoir ressentir sur celle de son défunt mari, fauché à vélo.
   
   Ils se regardent sans aménité du coin de l’œil, au cimetière, mais un jour un sourire partagé produit un arc de lumière bleue pendant trois heures, ou trois secondes. Ca c’est selon Désirée, Benny lui, voit un sourire de gamine en vacances.
   Badaboum, le sort en est jeté, B + D = A (lchimie inexplicable.)
   
   Elle, rien qu’à l’évoquer, elle a les ovaires qui s’agitent comme des fous. Lui, il aime même quand elle a ses règles, parce que ça fait très intime, ça dégage un bien-être confortable, l’élève au statut de permanent.
   Mais, mais, mais.
   Ils n’ont rien en commun.
   Et pour jeter des passerelles au dessus des ravins, il faut être en phase…
   
   Formidable, réjouissant, actuel, moderne, intemporel, drôle, tendre, émouvant, léger mais loin d’être creux, je n’en jette plus, mais le cœur y est. J’ai savouré chaque instant de ma lecture, parce qu’il n’y a rien à écarter dans ce roman, on suit nos deux tourtereaux avec une grande tendresse et on voudrait vraiment bien que… malgré…
   
   J’espère pouvoir lire d’autres traductions de Katarina Mazetti très vite !!
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critique par Cuné




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Coup de foudre au cimetière
Note :

    Désirée a 35 ans et elle est veuve de fraîche date. Elle se rend au cimetière quotidiennement et elle y rencontre Benny, qui vient sur la tombe de sa mère. Entre ces deux-là, c'est le coup de foudre. Mais rien n'est simple...
   
   Cette dernière semaine, chers happy few, aura décidément été placée sous le signe de la Scandinavie, puisque après la trilogie norvégienne, je me suis attaquée à ce roman rose suédois. Rose par les désormais célèbres pages des éditions Gaïa (et j'avoue que même si j'adore cette couleur, il m'a fallu un temps d'adaptation) et rose par la thématique de cette histoire. Nous sommes en effet dans une histoire d'amour, mais fort loin des cuculteries Harlequin.
   
   Certes, Désirée et Benny s'aiment au premier sourire, certes ils sont en parfaite symbiose sexuelle et ils auraient tout pour être heureux, mais la machine se grippe vite. Désirée est bibliothécaire, citadine, indépendante et très cultivée, Benny est agriculteur, surendetté, accablé de travail et il n'a pas ouvert un livre depuis le lycée. Autant dire qu'ils n'ont aucun point commun, si ce n'est un grand sens de l'humour qui leur fait au départ tenter de surmonter les difficultés liées à leurs trop grandes différences. Il trouve qu'elle est "beige" parce qu'elle ne s'habille que dans des tons neutres en coton équitable, elle trouve que sa laine polaire orange est fort peu séduisante. Il rêve d'une femme qui cuisine, elle l'emmène à l'opéra. Il n'aime pas aller chez elle car il trouve que son appartement ressemble à une salle d'attente de dentiste et qu'il contient trop de livres (!), elle ne supporte pas sa ferme sale où les murs sont remplis de broderies au point de croix, souvenirs de feue sa mère... Leurs différences donnent lieu à des scènes grinçantes, parfois cocasses, d'autant plus que les chapitres alternent leur point de vue respectif et lire la même scène selon les intentions de chacun est extrêmement drôle.
   
   Ajoutons à cela un style très enlevé, beaucoup d'humour dans les dialogues, une vision réaliste et parfois crue de l'amour et de l'horloge biologique des femmes : un cocktail détonant!
   
   Un très bon roman donc, chers happy few, à savourer sans modération, que vous croyiez au prince charmant sur son tracteur ou non!
   
   
   PS : vous remarquerez que je n'ai pas dit comment ça se terminait, j'ai réfréné (difficilement) mon terrible penchant pour les spoilers...
   
   PSbis : ce roman sort en poche chez Babel incessamment sous peu (chouette, on va pouvoir l'offrir à tout le monde!)... Et (roulements de tambour) Katarina Mazetti a écrit une suite, déjà publiée en Suède : on ne peut donc qu'espérer une traduction prochaine!
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critique par Fashion Victim




* * *



Frais, drôle et attachant.
Note :

   L'histoire commence par un tonitruent monologue de Désirée "Méfiez-vous de moi ! Seule et déçue, je suis une femme dont la vie sentimentale n'est pas très orthodoxe, de toute évidence." Au chapitre suivant, c'est Benny qui rétorque "Putain, je ne peux pas la blairer!" Et la partie de ping pong démarre en plein cimetière …
   
   J'ai aimé ce livre , un sourire niais n'a pas quitté mon visage, parsemé de quelques larmes d'émotion. Ah, l'amour … Impossible pour raisons contemporaines de surcroît … Raisons contemporaines, dites-vous? Kesaco? De ces raisons qui vous font croire que l'amour entre deux êtres n'est acceptable qu'au sein d'un groupe d'appartenance lui aussi acceptable… Et l'acceptable, c'est ce qui ne dérange surtout pas l'ordre établi par les gens qui nous entourent et que nous choisissons. Nous poussons même le vice à grossir le trait du cercle qui nous enferme, en croyant nous protéger.
   
   Et voilà que le destin s'en mêle, au détour des allées d'un cimetière. Comment la mort peut rapprocher deux êtres et les rendre vivants … par la force incoercible de l'amour bien sûr …
   
   J'ai aimé le retour cru et poétique à la sensualité. J'ai aimé le manichéisme de ce roman à deux voix, la caricature a l'avantage de la clarté. J'ai aimé la tendresse, la simplicité et l'efficacité de Benny le rural, genre "je t’aime, tu m’aimes, on sème". J'ai aimé la tendresse, la sophistication et l'efficacité de Désirée l'urbaine, genre "je t'ai dans la peau, tu m'as dans la peau, c'est pas de pot".
   
   Vous l'aimerez aussi
   Si vous aimez les rencontres improbables,
   Si vous reconnaissez vos côtés marginaux,
   Si vous appréciez les préjugés et les a priori comme autant d'obstacles à l'ouverture et au bonheur,
   Si vous accueillez vos émotions comme on accueille ses meilleurs amis,
   Si vous avez envie de rire tendrement …
   
   Pour prolonger cette lecture,
   Katarina Mazetti a écrit un autre roman : à deux voix aussi, d'amour encore, improbable bien sûr, socialement décalé toujours. Je l'ai moins apprécié par diminution de l'effet de surprise. Je le mentionne tout de même, car il m'a offert un bon moment de tendresse et de détente. Il s'agit de "Les larmes de Tarzan."
    ↓

critique par Alexandra




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Petites cuisines de couples
Note :

   Cette fois, je dois ma découverte à ma charmante libraire …
   La couverture choisie par l’éditeur présage du charme rafraîchissant et romantique de ce cœur rouge franc se détachant sur le turquoise à fronces de la robe bleue.
   Promesse tenue… Avec ce titre étrange et intrigant, le roman de Katarina Mazetti est charmant, attendrissant, et parfois même désopilant… Il est surtout humain, explorant avec finesse et tendresse les arcanes de nos attirances amoureuses.
   
   Désirée a été mariée avec Örjan Wallin, et si elle se rend si fréquemment au cimetière, c’est surtout pour exprimer à son défunt époux les sentiments que lui inspire sa disparition trop précoce: «La vérité, et elle est pénible, c’est que la moitié du temps, je suis furieuse contre lui. Foutu lâcheur, tu aurais quand même pu faire plus attention avec ton vélo. Et le reste du temps, je ressens probablement la même chose qu’un enfant quand son vieux canari malade finit par rendre l’âme» (extrait p 8)
   
   Désirée est honnête avec elle-même, et d’une réflexion à l’autre, elle s’avoue bien vite que si son compagnon était vraiment un mari irréprochable, leur mariage a tourné un peu vite à la routine.
    « Nous sommes restés mariés cinq ans et pendant ce temps-là, nous ne nous sommes pratiquement pas disputés (…)
    Ce n’était pas grâce à moi. Örjan ne se disputait avec personne. Il expliquait aimablement et inlassablement son point de vue jusqu’à ce qu’on baisse pavillon par pur épuisement.» ( p 18)

   Quelques lignes (page 10) composent sous une apparente lucidité un état des lieux sarcastique: «Quelque part me taraude aussi un petit sentiment de pure déconfiture. Je suis tout simplement dépitée qu’Örjan soit allé mourir bêtement comme ça.
   Nous avions tout planifié, pour notre avenir proche comme pour le lointain! Vacances en canoë-kayak dans le Värmland et chacun sa confortable retraite complémentaire.
   Örjan aussi devrait être dépité. Tout ce tai-chi, ces pommes de terre bios et ces acides gras polysaturés. Qu’est-ce que ça lui a rapporté en fin de compte?
   (…)
   Je ressens aussi parfois un léger frémissement impatient entre les jambes, après cinq mois de célibat. Ça me donne l’impression d’être nécrophile.»

   
   Parallèlement aux réflexions douces-amères de Désirée, Katarina Mazetti expose régulièrement les pensées du Mec de la tombe d’à côté. Observant scrupuleusement l’alternance de leurs voix un chapitre sur deux, l’auteure donne la parole à deux êtres radicalement aussi dissemblables que le sont les tombes de leur proche. Le voisin de cimetière, Benny, très vite rebaptisé «Le Forestier» par Désirée vient rendre compte à sa mère de ses difficultés à tenir seul sa ferme. Il remarque également sa voisine de tombe et traduit à sa façon le malaise que lui inspire cette femme trop fade:
    «Putain, je ne peux pas la blairer, je ne peux vraiment pas la blairer!
   Pourquoi elle est tout le temps assise là?
   (…)
   Décolorée comme une vieille photo couleur qui a trôné dans une vitrine pendant des années. Des cheveux blonds fanés, le teint pâle, des cils et sourcils blancs, des vêtements ternes et délavés, toujours un truc ciel ou sable. Une femme beige…»( p 12-13)

   
   Comment imaginer dès lors qu’un lien puisse peu à peu se tisser entre deux personnes aussi éloignées ?
   C’est à ce point que réside la finesse de l’observation que mène Katarina Mazetti: les rejets que ressentent ces deux personnages l’un envers l’autre leur permettront, par la magie d’un sourire échangé, autre malentendu finaud, d’ouvrir la porte de la curiosité, avant-garde d’un étrange désir qu’ils ne comprennent ni l’un ni l’autre.
   
   Notre bibliothécaire, citadine cultivée, exprime ses émotions par référence à la poésie, le lecteur repérera rapidement la citation en exergue des chapitres consacrés à son point de vue. Katarina Mazetti veille à pourvoir ses deux personnages d’un ton propre, ce qui rend aisée la pratique de l’alternance des voix.
   
   - Alors, me direz-vous, comment ces deux-là vont-ils s’aborder et entamer le face à face amoureux que nous attendons forcément?
   - Tout doux, ami lecteur, je ne vais pas déflorer si vite cette pavane lente et savante à laquelle même les humains les plus primitifs ne sauraient échapper quand Éros frappe à la porte… D’autant que l’intérêt du roman ne réside pas vraiment dans cette romance improbable. La finesse du sujet, vous confiais-je en introduction, repose davantage sur la manière de rapporter, avec lucidité et pragmatisme les différentes phases du désir, la bonne volonté avec laquelle chacun d’eux consent à creuser dans son cœur une place pour l’autre, et le constat obligé des écueils qui se présentent inévitablement dans la mise en place du vécu. Même si Désiré et Benny ont passé l’âge des amours absolues, l’un et l’autre aimeraient construire une relation viable… Sans renier ses choix préalables. Benny rêve d’une femme à la ferme, solide pourvoyeuse de plats cuisinés revigorants et chaleureux, il attend une aide concrète et espère que Désirée se fonde dans son monde… Celle-ci se rend à la campagne parce que Benny ne peut disposer de son temps, mais elle s’y sent totalement étrangère et ne parvient pas à entendre ce que Benny attend d’elle.
   Le couple n’échappe pas à l’impasse que l’on pressent dès le premier sourire échangé…
   
   Malgré cette apparente banalité, ou à cause de cela justement, le charme du roman tient au ton adopté. D’abord, le croisement des points de vue est intéressant. Dans la vraie vie, combien de pièges éviterions-nous si nous pouvions suivre nos débats en accordant à l’autre une oreille objective? Katarina Mazetti propose ce jeu de ping-pong sentimental avec humour et second degré:
   
   « - Tu m’autorises à fouiller dans tes tiroirs? a-t-elle demandé
   Je me suis dit que je n’avais rien à cacher, à part peut-être un vieux magazine porno, et je l’assumerai sans problème.
   Mais elle a trouvé quelque chose de bien pire.
   Mon dernier bulletin de notes du collège.
   Elle a encaissé tous mes quatre et cinq sur cinq pendant que son menton tombait de plus en plus vers ses petites prunes de seins. Puis elle a commencé à bégayer d’excitation en disant que si on lui permettait d’exprimer son opinion, alors c’était honteux de la part de mes parents de ne pas m’avoir fait faire d’études. (…)
   C’est la première fois que je me suis mis dans une colère noire et aveugle contre elle. J’avais envie de lui en coller une en plein sur sa figure coquille d’œuf pâle et faire gicler le sang du nez. Mais dans ma famille, c’est simple, on ne frappe pas les femmes. Pas parce qu’on est particulièrement chevaleresque, j’imagine, plutôt parce qu’on ne veut pas gâcher une main d’œuvre précieuse.
   Mais elle, là, j’avais envie de la frapper, et on ne pouvait pas vraiment parler de main d’œuvre dans son cas.» (extrait page 158-159, édition Babel)
   
   Le second intérêt de ce roman me semble plus personnel, car à bien y regarder, chacun se reconnaîtra plus ou moins dans la coexistence entêtée que les couples vivent, ou supportent selon les cas. Le sujet est vieux comme le monde, la fameuse disparité masculine féminine et la volonté d’imposer son point de vue. Cette petite guerre intestine, secret des couples, qui stimule d’abord les sens avant d’user les sentiments… C’est là le thème réel que l’auteur expose à travers l’idylle inattendue du Forestier et de la bibliothécaire beige. Sans prétention, le livre offre le mérite de sa sincérité.
   Bien entendu Katarina Mazetti réserve un dernier rebondissement à ses deux personnages en quête «d’amour mode d’emploi», mais sur ce point, il vous faudra d’abord vous résoudre à suivre les cheminements labyrinthiques de ces jeux de l’amour et du hasard contemporains cuisinés à la sauce suédoise.
    ↓

critique par Gouttesdo




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Plaisant malgré les clichés
Note :

   Deux êtres qu’un fossé culturel sépare se côtoient dans un cimetière. D’un côté, il y a Désirée, la trentaine, bibliothécaire qui vient se recueillir sur la tombe de son mari. Elle porte un bonnet de feutre et aime sortir son cahier sur lequel elle écrit des pensées. D’un autre côté, il y a Benny, la trentaine, éleveur de 24 vaches laitières qui lui procurent un travail dantesque et des dettes tout aussi conséquentes. Il aime à fleurir et bichonner la tombe de ses parents. Tout les oppose, pourtant un jour, un sourire va les rapprocher.
   
   Ce livre m’a été conseillé par mon bibliothécaire lors d’une rencontre de lecteurs. Il s’agit là d’un plaisant roman d’amour, teinté de beaucoup d’humour. Je l’ai trouvé très agréable à lire: il est composé de chapitres courts qui alternent les narrations. Le premier chapitre présente la voix et le regard de Désirée, le second propose ceux de Benny, et ainsi de suite. Les récits s’appellent mutuellement, se croisent et se complètent à merveille pour donner des détails sur tel ou tel événement ou telle ou telle impression ou pensée. On entre alternativement dans les tourments existentiels des deux protagonistes. Au début de chacun des chapitres de Désirée, se trouve une de ses pensées, en italiques, pensées assez poétiques et décousues.
   
   L’humour est omniprésent, la légèreté également, même si l’histoire n’est pas rose à tout moment. L’auteur nous conte un choc culturel en n’évitant pas, malheureusement, les clichés: d’un côté une femme érudite, férue de lettres, citadine; de l’autre un agriculteur, proche de la terre et des préoccupations matérielles. L’amour qui naît entre eux pourra-t-il résister à ces oppositions manifestes? Un tel fossé peut-il se combler? Ce sont à ces questions que tente de répondre l’auteur, en prenant l’intéressant parti d’une fin ouverte, ce qui laisse le champ libre à toutes les interprétations.
   
   Chacun des deux protagonistes est décrit dans son humanité, avec ses forces mais aussi ses faiblesses. J’ai trouvé parfois le trait descriptif un peu caricatural. Certains personnages secondaires sont dépeints avec une dose de manichéisme.
   
   J’ai préféré le début du roman, cette histoire d’une rencontre improbable dans un lieu non moins improbable: un cimetière. L’alternance des points de vue permet de relativiser les sentiments de l’un ou de l’autre personnage, et nous invite ainsi à ne pas prendre parti.
   
   Une histoire qui tombe parfois dans les pièges de la caricature et du cliché, mais très agréable à lire pour se détendre.
    ↓

critique par Seraphita




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L’amour a ses raisons…
Note :

   Prenez deux personnes que rien n’assortit. Faites les s’aimer. Laissez mijoter quelques semaines. Dotez ces amoureux de l’impossible d’un solide sens de l’humour. Armez-les d’un caractère bien tête de mule. Voyez si cela tient la route. Naturellement se posent les obstacles et vient l’empathie.
   Non, non, non il ne s’agit pas d’un roman facile à l’eau de rose bien qu’il en ait toutes les apparences (dont un cœur écœurant en couverture de l’édition Babel…). La recette semble simple mais le résultat est savoureux. L’écriture est malicieuse, vive, enjouée…
   "Nous sommes allés déjeuner ensemble. Il a englouti des quantités faramineuses de daube avec des betteraves rouges et du pain et il a bu du lait, il le sirotait assez bruyamment, alors que moi, je n’ai fait que profiter des rayons de son sourire." P 60

   
   L’alternance narrative entre Benny l’homme et Désirée la femme en chapitres courts est réussie. Les descriptions sont souvent rigolotes et sans concession.
   "Mais parfois je me demandais s’il y avait une seule chose qu’elle pouvait vivre sans en parler en même temps. Apparemment c’était sa façon de s’approprier ce qu’elle vivait. Comme si elle était obligée de le réduire en purée avant de l’avaler, un peu comme les vieux qui n’ont plus leurs dents." P 134

   
   Parfois, on se demande comment deux êtres au demeurant armés de finesse et de jugement, se montrent si campés sur leurs positions et en arrivent à gâcher leur relation. Mais nous pourrions tous citer quelques-unes de nos connaissances, n’est-ce pas? Ainsi Désirée veut que son amoureux montre un brin d’intérêt envers les activités culturelles (et sacrées) de madame. Ainsi Benny fait tout pour que Désirée constate sa rusticité de paysan (et sa volonté d’avoir une femme comme on n'en fait plus). Elle ne deviendra pas une fermière, il ne sera pas cultivé. Ce n’est pas une question de capacité mais de quant à soi (et de réalisme paysan). Et la suite, dont une fin inattendue, vous la découvrirez vous-même…
   
   Au final, je suis tout de même partagé, à quelques endroits j’ai lâché la lecture, parce que répétitions et clichés (l’urbaine totalement urbaine et le rural complètement rural rassemblés par une attirance sexuelle qui ignore les différences de style…). Mais la lecture fut agréable et ce petit livre qui se laissera vite oublier, divertit. Il joue son rôle.

critique par OB1




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