Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Les Nains de la Mort de Jonathan Coe

Jonathan Coe
  La maison du sommeil
  Bienvenue au club
  La Femme de Hasard
  Le cercle fermé
  Les Nains de la Mort
  Testament à l’anglaise
  La pluie, avant qu'elle tombe
  La vie très privée de Mr Sim
  Dès 11 ans: Le miroir brisé
  Expo 58
  Désaccords imparfaits
  Une touche d’amour
  Numéro 11

Jonathan Coe est un écrivain britannique, né en 1961.
Il a reçu le prix Médicis étranger en 1998 pour "La Maison du sommeil".

Les Nains de la Mort - Jonathan Coe

Le roman noir, la nuit et la puissance musicale.
Note :

   Jonathan Coe nous gratifie toujours de ce qui fait certainement une grande part de son talent, de sa patte, à tout le moins ce qui accroche nombre de ses lecteurs à son écriture si particulière : la construction de ses personnages. Il façonne comme personne des caractères plongés dans un univers différent à chaque roman et tellement ancrés en lui. Gregory Dudden dans « La maison du sommeil » en est un bel exemple, un meilleur encore avec William que nous découvrons ici.
   
   William est un musicien, pianiste passionnée qui du haut de ses vingt-trois printemps a investi Londres comme il a pu, délaissant sa campagne dans l’espoir d’appartenir à un petit groupe de rock qui percerait peut-être un jour. Il vit en colocation avec une jeune femme qu’il ne connaît que très peu et qu’il croise une heure toutes les trois semaines tout au plus. Il vit là, dans les HLM londoniens, loin de tout même du métro, mais il vit là pour jouer. Il joue du piano comme d’autres respirent, par besoin. Un jeune homme des plus banals qui en plus travaille dans un magasin. Sa vie normale va basculer lorsqu’il sera le témoin d’un meurtre commis sous ses yeux par deux nains.
   
   Et c’est sur ce renversement que Jonathan Coe ouvre son récit. Toute sa démarche, construite autour de la structure musicale, consistera en un grand retour en arrière de William sur lui-même pour comprendre ce qui l’a conduit ici et l’amènera jusqu’à son issue finale. En cela la construction de l’ouvrage est assez commune, si ce n’est le chapitrage qui suit les différents mouvements d’un morceau.
   
   Je n’ai pas autant aimé celui-ci que « La Maison du Sommeil » bien qu’il reste à mes yeux très honorable et qu’il m’ait tenu éveillé jusque tard dans la nuit. Je n’y ai pas trouvé le génie constructif que j’attendais chez cet auteur. Ce roman, polar musical, reste toutefois un divertissement de bonne facture et l’écriture déliée, fluide, propre, toujours agréable.
   ↓

critique par Kassineo




* * *



Evil dwarves
Note :

   J'ai d'abord croisé Jonathan Coe en plongeant dans les années 70 sur les traces d'une bande d'adolescents. Puis j'ai rencontré une femme qui n'aimait pas grand-chose et dont la vie n'avait a priori rien de très intéressant. Le tout avant de croiser plusieurs femmes au destin poignant à travers le récit d'une personne morte depuis peu. Je continue cette année à découvrir son univers romanesque avec "Les Nains de la Mort", récit qui, il faut bien le dire, commence très mal pour le héros.
   
   Le narrateur, William, débute son récit en revenant sur le week-end au cours duquel sa vie a basculé. Devant rencontrer un nouveau groupe dans lequel il pourrait jouer, William se retrouve seul avec Paisley, le chanteur, dans la maison où habite toute la bande. Au lieu de rejoindre les autres au studio, le chanteur lui demande de rester avec lui pour attendre deux dealers qu'il espère rouler en les délestant de leur cargaison et en s'enfuyant, après s'être fait passer pour le propriétaire des lieux afin de fixer le rendez-vous. Caché dans la pièce, William assiste finalement au meurtre de Paisley par deux nains cagoulés qui le frappent à mort. S'enfuyant des lieux sans avoir été vu, William croise des policiers et, tout en réussissant à s'échapper, se sait soupçonné de meurtre.
   
   Les chapitres suivants lui permettent d'effectuer un retour en arrière et de revenir sur les différents éléments qui l'ont peu à peu conduit à vivre cette scène. Entre son boulot chez un disquaire, sa vie médiocre à Londres, son groupe de rock assez lamentable, son appartement minable dans un quartier sans intérêt, sa colocataire maltraitée par son copain et son histoire platonique avec une certaine Madeline, gouvernante de luxe dans les beaux quartiers, la vie de William n'est pas des plus heureuses.
   
   
   On découvre enfin ce qui s'est passé suite à sa fuite (eh bien oui, mais ne comptez pas sur moi pour vous en dire plus!). Et là j'avoue avoir été un peu déçue. Le renversement assez inattendu m'a prise au dépourvu, en revanche j'ai trouvé le dernier chapitre un peu facile et moyennement concluant.
   
   Malgré tout j'ai encore pris énormément de plaisir à lire un roman de Jonathan Coe qui, m'a une fois de plus captivée, hormis le dernier chapitre qui m'a laissée un peu sur ma faim. Quatrième lecture de Coe, et une fois de plus je savoure son inventivité et sa capacité à nous embarquer dans des histoires toutes différentes les unes des autres, et parfois très farfelues.
   ↓

critique par Lou




* * *



Punk not dead ?
Note :

   William musicien et compositeur de son état (il joue du clavier et parfois du piano dans les pubs) est invité par son manager à rencontrer the Unfortunates où il est témoin du meurtre de leur leader dans une maison isolée de la banlieue de Londres. Ce qui complique sérieusement sa vie et ses amours avec la belle Madeline.
   
   William vient de Sheffield et il partage actuellement un appartement à Londres avec Tina, la sœur de son ami et professeur de piano Tony. Or leurs métiers respectifs font que Tina et William ne se voient pratiquement jamais et communiquent par papier A4 interposé. On sait que Tina mène une vie amoureuse orageuse avec un homme du nom de Pedro. De même, William a ses habitudes dans un pub où sert Karla, visiblement une ancienne chanteuse de rock et qui attire physiquement William.
   
   Dans sa vie professionnelle, William doit enregistrer une démo d’une chanson qu’il a composée avec les membres du groupe The Alaska Factory, au guitariste frimeur et au batteur incompétent (qui fait toujours les même rythme quel que soit le morceau) mais au bassiste sympathique (NB: les bassistes sont TOUJOURS sympathiques ;)).
   Or tous ces éléments vont se mêler pour notre plus grand plaisir dans une histoire rocambolesque pour le calme William, pauvre musicien perdu au milieu de la tempête et dans l’œil du cyclone.
   
   The only assumption I had ever made about my life- that it would never lose sight of a basic sanity and normality – had been casually shot to pieces.
   (La seule hypothèse que j’avais jamais faite sur ma vie – qu’elle ne perde jamais de vue le bon sens et la normalité – s’était simplement dispersée en morceaux.)

   
    Tout y passe depuis le meurtre jusqu’au trafic de drogue, la pédophilie, la trahison, le suicide, la nostalgie de la période punk où sévissaient moult petits groupes dont ces fameux «Nains de la Mort» justement. Rien ne nous est épargné et les coïncidences sont peut être un peu abusives dans ce roman qui se lit presque d’une traite et dont on devine assez vite les tenants et aboutissants. Le narrateur ne se départit pas de son humour et de son détachement so British:
    I’d never had anyone aim a gun at me before : as an aid to decision-making, I’d say it can’t be bettered.
   (Personne n’avait pointé d’arme sur moi auparavant: comme moyen de prendre une décision, il semblerait qu’il n’y en ait pas de meilleur.)

   
   Coe, semble-t-il, a voulu faire un polar musical et commence -c’est sa veine- à multiplier ici les langages: entre les notes que s’écrivent Tina et William, on trouve aussi des lignes mélodiques sur portée avec accords en sus genre F#dim-Em9 etc. ( je plains les non musiciens mais pour ceux qui connaissent un peu c’est amusant surtout de les reproduire sur son logiciel préféré!) des rythmes de batterie (mais c’est toujours le même!) et des paroles de chansons nouvellement composées par le narrateur ou traditionnelles.
   
   Les situations en revanche s’enchaînent avec brio et vraisemblance, ce qui permet de passer un bon moment en montée d’adrénaline.
   
   Un bon roman qui n’ennuie jamais.
    ↓

critique par Mouton Noir




* * *



Bien plus qu'un roman policier
Note :

   Cela ressemble à un roman policier, et puis, parce que c'est un Jonathan Coe, cela se révèle être surtout une peinture de la société britannique et plus encore londonienne, à un moment donné, et c'est tout ce qui fait l’intérêt des romans de cet auteur. Jonathan Coe s'est toujours plutôt intéressé à nous faire voir par ses yeux ce monde de non-dits qu'est le monde britannique et, de plus en plus au fil des années et des romans, nous constatons que ce qui différenciait l'âme britannique de nos âmes françaises s’estompe. Mais c'est là une autre histoire, ce roman-ci remonte à 1990 et nous parle des punks... et des autres.
   
   Vous vous souvenez des Sex Pistol et de leurs semblables ? Eh bien, nous y revoilà. Un clin d’œil sans doute à l'époque où Jonathan Coe lui aussi composait et jouait pour des groupes musicaux. Quant aux Nains de la mort, c'était un fort improbable groupe de cette bruyante mouvance. Mais pas plus improbable que les autres peut-être, après tout. Toujours est-il qu'il n'est pas resté dans les mémoires. Mais n'étaient-ce d'ailleurs que des musiciens punks ? Car d'entrée de jeu, notre narrateur va en voir une autre sorte, de « Nains de la mort », lui qui, par ailleurs, ne semble pas très grand...
   
   Je ne reviens pas d'avantage sur l'histoire dont mes amis vous ont déjà parlé ci-dessus, je ne garde cette courte intervention que pour vous dire, oui, lisez-le. Vous passerez un excellent moment. Voilà un bon roman, très bien écrit et bien, bien plus qu'un roman policier. (L'ellipse finale laisse d'ailleurs bien des points dans l'ombre, tant pis pour ceux qui ne 'intéressent qu'aux détails). Mais c'en est un aussi, et pas mauvais. Et puis, c'est drôle, souvent. La preuve :
   
   (en banlieue) « Attendre à un arrêt de bus le dimanche, c'est comme aller à l'église : c'est un acte de foi, la manifestation d'une croyance irrationnelle en quelque chose dont vous voulez affirmer à tout prix la réalité, bien que vous ne l'ayez jamais vu de vos yeux. »
   
   « - Je suis sortie avec quelqu'un, il y a à peu près deux ans, mais ce n'était pas très sérieux. On se voyait le samedi et on allait promener son chien à Hampstead Heath.
   - Comment s'appelait-il ?
   - Sultan, je crois. »

   
   
   PS : Un film a été réalisé par Tom Connolly d'après ce roman, il s'intitule « Five Seconds to Spare ».

critique par Sibylline




* * *