Lecture / Ecriture
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Mr Gwyn de Alessandro Baricco

Alessandro Baricco
  Soie
  Sans sang
  Novecento: pianiste
  Homère, Iliade
  Cette histoire-là
  Emmaüs
  Mr Gwyn
  City
  Châteaux de la colère
  La Jeune Epouse

Alessandro Baricco est un écrivain, musicologue et homme de théâtre italien né en 1958 à Turin.

Mr Gwyn - Alessandro Baricco

« I would prefer not to »
Note :

   "Je ne pourrais pas vivre sans écrire!" aiment beaucoup dire les écrivains à qui veut les entendre. Et on les entend, on les écoute même, en hochant la tête d'un air pénétré... mais en même temps, on "sait bien" qu’il ne faut pas prendre cela au pied de la lettre. Sans manger, sans boire, sans respirer, là oui, c'est du premier degré et on meurt, rapidement. Sans écrire... c'est autre chose...
   Bref, toujours est-il que, a contrario, notre Mr Gwyn, écrivain a succès, décide et déclare un beau jour, qu'il n'écrira plus. Le public est stupéfait. Son agent littéraire aussi. Et là, pour le coup, on ne le croit pas. Et puis, comme il a dit qu'il n'écrirait "plus de romans", on croit pouvoir interpréter, il publiera sous une autre forme, sans doute.
   
   Mais rien ne vient, Mr Gwyn disparaît et n'a rien à ajouter : il n'écrira plus de romans, il ne publiera plus. C'est que Mr Gwyn s'est lassé de cette vie d’écrivain et de tous ses à-côtés. Quand on lit sa liste des 52 choses qu'il ne fera plus, on croit comprendre que ce sont plutôt les à-côtés justement qu'il ne supporte plus, mais en fait, c'est bien des romans qu'il se détourne complètement. Les premiers l'ont sans doute dégoûté des seconds.
   
   Ici, commence une série de questions et de réflexions sur l'écriture et la création littéraire. Mr Gwyn a bientôt des idées tout à fait originales sur la question et entreprend immédiatement de les mettre en pratique en une expérimentation qui ne peut qu'intéresser son lecteur. Y-a-t-il d'autres formes de créations littéraires que nous n'avons pas encore inventées? Quand Mr Gwyn se lance, même son plus proche ami, à savoir son agent littéraire (personnage remarquable), ne comprend pas ce qu'il veut dire (et le lecteur, pas davantage), ce qui on le conçoit, ajoute de l’intérêt à la chose. On passe alors dans une mise en scène grandiose et méticuleuse de la réalisation d'une expérience littéraire tout à fait originale et très élaborée. Loin de s'essouffler ou de tourner court, l'idée va en s'approfondissant bien plus loin que je n'osais l'espérer et cela devient de plus en plus intéressant. A la fin, on comprend ce qu'il a inventé, mais n'est-ce pas une synthèse de la notion même de roman? …
   
   Passionnant en tout cas et l'on est content d'avoir assisté à cette expérience. La seule chose à mon sens, qui empêche ce roman d'être un chef d’œuvre, c'est Mr Gwyn lui-même. Alexandro Baricco a fait de son personnage un être froid. Attention, je n'ai pas dit "insensible", il est tout en sensibilité au contraire, mais froid comme un thermos peut l’être : quelle que soit la température intérieure, l'extérieur ne le manifeste pas. Mr Gwyn n'est jamais autrement que précis, ordonné, exact ; et ce Mr Gwyn-là, tient le lecteur à distance. On ne peut s'y mêler, il nous reste toujours extérieur et cela affaiblit l'impact sur nous de ce qu'il vit. Mais c'est une histoire tellement originale, on y trouve tellement d'idées nouvelles, de pistes pas encore piétinées que j'admire le travail de M. Baricco et que je n'hésite pas trop à lui accorder 5 étoiles.
   
   A lire.
    ↓

critique par Sibylline




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Les mots ont une vie
Note :

   Qu'est ce qu'un écrivain ou plutôt qu'est ce qu'un artiste? Quelle vision de nous mêmes apporte-t- il dans ses œuvres?
   
   Alessandro Barrico nous envoûte toujours quand il prend, comme ici, sa plume de conteur pour explorer ses sujets favoris : l'art et la musique au service de la beauté. Avec ce roman à la fois magique et étrange, il nous enchante par son écriture légère et poétique.
   
   Quadragénaire discret, insolite et surprenant, Mr Gwyn est aussi un écrivain à la mode dont les textes sont très attendus par son agent et son seul ami, Tom , et par ses fidèles lecteurs.
   
   Pourtant, malgré le succès ou à cause de lui, Gwyn se remet en question et publie dans le Guardian la liste des 52 choses qu'il a décidé de ne plus faire, y compris celle d'écrire.
   
   Mais il n'est pas facile pour lui de renoncer à l'écriture, d'empêcher les mots de remonter et de jouer avec les histoires, d'inventer des scénarios, de faire vivre d'autres vies.
   
   Une rencontre improbable avec une vieille dame et une visite dans une galerie de tableaux l'aideront dans sa reconversion d'écrivain. A la façon d'un peintre, mais avec les mots, il croquera des portraits, il traquera l'intime, il découvrira l'indicible chez les autres. Il gagnera sa vie en devenant copiste-portraitiste.
   
   Rebecca son premier modèle, lui vouera une admiration infinie et deviendra son assistante, en recrutant pour lui les candidats dont il écrira les portraits. Avec un grand souci du détail et de la perfection, Gwyn installe un atelier où musique et lumière aideront les modèles sur le chemin de leur connaissance, les guideront dans le retour "à la maison" et lui donnera la possibilité de traquer l'intime dans des portraits uniques et vrais. Pour cela, les commanditaires doivent rester quatre heures dans l'atelier, pendant trente deux jours, être nus et surtout respecter une absolue discrétion.
   
   Entre silences et non-dits, les séances se passent et l'auteur nous captive par l'atmosphère très particulière qui ressort de ces mises en scène. Gwyn semble trouver une nouvelle voie, mais l'ultime modèle brise l'équilibre de sa création et le lecteur est entraîné dans une fin très singulière et très littéraire .
   
   J'ai aimé la musique qui plane sur ce livre, la lumière qui émanait de ces lignes magiques où l'auteur nous régale par l'importance qu'il donne aux mots.
   
   Enfin, les mots ont une vie et Barrico nous en donne une belle leçon.
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critique par Marie de La page déchirée




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Fascinant
Note :

   Dans un monde où la vitesse semble seule compter, Alessandro Baricco imagine un personnage à contretemps ; une sorte de héraut de la lenteur, de la contemplation et de l’introspection.
   
   Cet anticonformiste, c’est Mr Gwyn. La quarantaine, il est un écrivain reconnu et admiré dont les livres s’arrachent. Mais, il a conscience que ce succès le tue à petit feu. Alors, parce qu’il n’est aucunement un homme de compromis, parce que sa démarche artistique se situe dans la recherche permanente d’une forme d’absolu et de concentration totale, il décide de tout plaquer, le métier d’écrivain, les honneurs et son agent. Se pose alors l’inévitable question de savoir quoi faire de sa vie.
   
   Après bien des hésitations et un début de dépression, Mr Gwyn trouvera sa propre réponse, guidée en cela dans un sublime dialogue intérieur avec une femme désormais décédée rencontrée quelques heures seulement dans la salle d’attente d’un laboratoire d’analyses. Il sera copiste, mais à sa façon, celle de portraits. A la manière dont, aux siècles passés, l’on posait pour un peintre dans de longues séances immobiles et silencieuses, dans la concentration de l’artiste à saisir l’âme de son sujet, Mr Gwyn exigera l’impossible de ses sujets : la nudité, le silence, la durée, une présence quotidienne millimétrée qu’il soit ou non lui-même présent. C’est de l’observation du sujet par le copiste, du copiste par le sujet, par la façon dont les rapports évoluent au fil du temps, au gré des ambiances et des gestes esquissés ou simplement pensés que se nourrit la réalisation des portraits scripturaux uniques et précieux.
   
   A partir de là, Alessandro Baricco met en place un roman d’une profonde subtilité, obsessionnel comme son personnage, obsédant au point qu’il est impossible de le lâcher, poétique par son étrangeté et sa pudeur. Un roman ciselé dans une langue magnifique et magnifiquement traduite. Un roman aux facettes multiples qui nous donne à réfléchir à la place de l’artiste dans notre monde, aux rapports entre les êtres qu’un contrat lie, à la façon dont l’écriture et l’inspiration se nourrissent, au sens de l’amitié et de l’amour, à l’importance du silence, au refus de la communication à tout prix, au sens du secret surtout quand on finit par découvrir qu’il existe et qu’il faudra le protéger à tout prix.
   
   Voici un très grand roman qui vous fascinera!

critique par Cetalir




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