Lecture / Ecriture
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Viva de Patrick Deville

Patrick Deville
  Peste & Choléra
  Equatoria
  Viva
  Kampuchéa
  Pura Vida : Vie et Mort de William Walker

Patrick Deville est un écrivain français né en 1957.

Viva - Patrick Deville

Lowry, Trotsky, Mexico
Note :

   Rentrée littéraire 2014
   
   
   Viva est le second volume de la nouvelle trilogie de Patrick Deville. Le premier volume était le très applaudi "Peste et choléra", le troisième est encore à venir. Mais quoi qu'il en soit, il s'agit de trois livres parfaitement distincts les uns des autres et il n'y a aucun problème à en lire un sans les autres.
   Comme le précédent, le livre est sous-titré "roman" quoiqu'il ne réponde pas à ma conception du roman. Certains parlent de "romans sans fiction"... Qu'est-ce que cela veut dire? Il faudra que je révise ma définition du roman, je croyais que la fiction y était nécessaire. Or, pas de fiction ici : des renseignements, des faits, beaucoup de faits.
   
   1937. Mexique. Après plusieurs années de fuite à travers l'Europe, partout poursuivi par les assassins de Staline, Lev Davidovitch Bronstein, dit Trotsky, arrive à Mexico en compagnie de son épouse. Il y est chaleureusement accueilli par Diego Rivera et Frida Kahlo qui lui ont obtenu ce permis de séjour. Il n'en repartira pas.
   1937. Lowry est à Oaxaca. Il vit dans une cabane sur la plage grâce à une pension que lui verse on père. Il écrit "Sous le volcan".
   C'est leur séjour au Mexique et leur entourage qui sont racontés, et Patrick Deville qui, comme Emmanuel Carrère ne trouve pas du tout que le moi est haïssable parsème son récit de ses propres recherches et rencontres en vue de la réalisation de ce livre.
   
   Il se passe énormément de choses en 1937 au Mexique, et il s'en est déjà passé pas mal dans les années précédentes, ainsi que dans toute l'Amérique latine, continent de révolutions. On y voit arriver aussi de nombreux artistes européens que la situation dans leur continent à eux, pousse à s'expatrier. Patrick Deville nous en présentera beaucoup ici, dans ce microcosme artistique où s'est invitée la lutte politique, et c'est une lutte armée. J'ai été étonnée de voir à quel point on se tuait et s'entretuait facilement. La vie des adversaires politiques n'avait vraiment pas de valeur. Anarchistes et communistes finissaient de régler leurs comptes d'Espagne et, Staline n'étant jamais rassasié, le Guépéou fauchait. Et c'est aussi un bouillonnement créatif et artistique, les peintres, les écrivains, poètes... Ils sont nombreux que nous croiserons, et tous réels. Je le répète, ceci n'est pas une fiction. Ce qui vous y est dit, est vrai. Et c'est bien intéressant, cela dépasse ce que tout un chacun sait déjà.
   
   C'est détaillé. Mais profus. Cela part dans tous les sens, traverse sans arrêt les années et les deux océans, le lecteur a intérêt à ne pas relâcher son attention, l'auteur a opté pour le foisonnement tous azimuts. C'est une avalanche de renseignements très précis, des grandes lignes comme des détails, ramassés en 200 pages, mais les avalanches, parfois, ça écrase... restez concentré.
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critique par Sibylline




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Qui trop embrasse...
Note :

   Aurait on atteint un point culminant avec le précédent roman de Patrick Deville, "Peste et Choléra"? Ou bien aurais-je plus de difficultés avec ce qui concerne l'Amérique Latine?
   
   Lorsque j'ai lu mon premier Deville, à savoir "Equatoria", j'étais de parti pris. Il me parlait d'Afrique, de Congo, d'Equateur, que de la communion d'esprit. Ensuite, "Kampuchéa" et le procès des Khmers me fit visiter un pan que je ne maitrise guère de notre histoire coloniale. Vient ensuite le temps de "Pura Vida" et l'épopée de ce type qui voulait absolument finir empereur ou président. D'accord, je n'avais pas respecté la chronologie de publication, mais ce dernier me semblait le plus faible, l'auteur se mettant perpétuellement en scène ce qui parfois me gênait!
   
   Vient ensuite la consécration de "Peste & Choléra", encensé par la critique, candidat aux prix littéraires les plus prestigieux!
   
   Deville petit à petit s'effaçait de ses livres et les rencontres improbables n'en semblaient que plus plausibles.
   
   Aujourd'hui, Trotsky rencontre Lowry, le père de la quatrième internationale, héros de la révolution transformé en traitre par la volonté de Staline. Mais ce n'est pas tout, on croise aussi Frida Khalo et Diego, on aperçoit Traven, l'auteur du "trésor de la Sierra Madré" qui passa son temps à changer d'identité, lui l'anarchiste convaincu, le solitaire absolu. Peut-être eu-t-il mieux valu en faire le personnage principal plutôt que de celui de Lev Davidovitch Bronstein! Et puis bien d'autres compagnons, présents de gré ou de force, convoqués comme pour justifier des heures de travail et de recherche de l'auteur.
   
   Car si cela commence très bien et très vite, si l'auteur n'est plus qu’infinitésimalement présent, il n'en reste pas moins qu'il y a une forme de name dropping dans ce "Viva". Du coup, cela gâche un peu la joie de la lecture. A trop vouloir bien faire, Deville à un peu manqué sa cible. Le Mexique, ce pays foisonnant et bouillonnant aurait pu se suffire avec quelques un de ses héros.
   
   Cela est d'autant plus dommage que comme à chaque fois, on est pris dans un ressac littéraire, ballotté au gré des courants de la plume, bercé par ce va et vient de l'écriture. Bref, un petit goût de trop de tout. Mais il n'en reste pas moins que dans cette rentrée littéraire, ce "Viva" reste tout de même un de mes préférés!
    ↓

critique par Le Mérydien




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Asile (provisoire) mexicain
Note :

    Dans "Peste et choléra" paru en 2012, Patrick Deville avait rendu hommage au découvreur du bacille de la peste Alexandre Yersin, avait rendu compte de sa rivalité avec Robert Koch, découvreur de la bactérie responsable de la tuberculose, de ses tribulations à travers le monde. Dans "VIVA", il fait revivre un monde, le monde des émigrés qui se sont réfugiés au Mexique entre les deux guerres mondiales, plus précisément des personnalités artistiques et politiques et du plus célèbre d’entre eux, Léon Trotsky. Sa fuite de pays en pays pour échapper aux assassins lancés à ses trousses sur ordre de Staline. Il trouve refuge auprès de Diego Rivera et Frida Kahlo, dans la maison bleue de Coyoacan, accompagné de sa femme et de son petit-fils.
   
   Parallèlement au destin tragique de Trotsky, celui qui agit, celui de Malcolm Lowry, celui qui n’agit pas, et de son héros le consul, dans le roman qu’il mettra des années à terminer et qui lui vaudra une renommée internationale "Au-dessous du volcan". Dans les rues de Mexico, de Tampico, de Cuernavaca, nous croisons d’autres personnalités qui à un moment ou à un autre se sont rendues au Mexique, Antonin Artaud, André Breton en quête de l’authenticité de la vie des populations indigènes.
   
    Au cœur de cette grande fresque, le Mexique et son histoire révolutionnaire initiée par Villa et Zapata. Un roman foisonnant de personnages, truffé de références historiques, littéraires, d’anecdotes pour mieux rendre compte de l’effervescence qui agitait ce pays et de la déferlante communiste qui contraignit les proscrits du stalinisme et du nazisme à se réfugier dans cette partie du continent américain.

critique par Michelle




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