Lecture / Ecriture
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Si la cour du mouton est sale, ce n'est pas au porc de le dire de Florent Couao-Zotti

Florent Couao-Zotti
  La traque de la musaraigne
  Si la cour du mouton est sale, ce n'est pas au porc de le dire
  L'Homme dit fou et la mauvaise foi des hommes
  Poulet-bicyclette et Cie

Florent Couao-Zotti est un écrivain béninois né en 1964.

Si la cour du mouton est sale, ce n'est pas au porc de le dire - Florent Couao-Zotti

Pour amateur de l'Afrique
Note :

    Ayant déjà repéré l'auteur de "poulet-bicyclette et Cie", c'est avec une grande envie que je me suis lancé dans cette lecture. Grand bien m'en a pris. Enfin presque, car arrivé page 109, celle où il ne faut pas bêler quand la chèvre est là, me voici de retour page 47. Mince, un livre dont je suis le héros. Pourtant rien n'indiquait qu'il en fut ainsi. Et voilà comment, suite à un problème d'édition, je me retrouvais coupé-décalé. Deux semaines à attendre que je rentre de vacances pour faire l'échange avec un livre plus linéaire dans son parcours.
   
    Entre temps, il était devenu prix Ahmadou Kourouma 2010.
   
    Tout commence par une scène déjà vue (dans ma réalité africaine) un homme et deux femmes, encerclés par des habitants menaçants (on ne peut nier que machettes et autres barres de fer aient cet aspect inquiétant) ressemblent à des insectes pris dans les phares d'une voiture.
   
    Flash back, on va vous expliquer pourquoi!
   
    Smain est un arabe, enfin un libanais c'est du pareil au même et vice-versa. Entre ses mains, une miss que l'on retrouvera un peu plus tard mais dans les mains d'un médecin légiste. Et puis voici que surgit une autre amazone avec une valise de cocaïne et une troisième qui veut un détective privé. Privé surtout d'autonomie financière depuis qu'il n'est plus flic mais proprio de l'agence tolérance zéro. Enfin, deux policiers chose incroyable, qui se veulent incorruptibles.
   
    Chaque chapitre possède un titre en forme de proverbe et les mots sont jouissifs. Une forme de Frédéric Dard à l'africaine.
   "C'est en voulant s'asseoir qu'on connaît l'utilité des popotins"
   "Les oreilles ont beau être grandes, elles ne dépassent jamais la tête".

    Un festival de mots dans une ville africaine décrite dans ses dédales ou le long de ses avenues. Par moment, on sent l'odeur de la terre par temps de pluie (pas toujours champêtre), celle de la rue encombrée de ses taxis-motos. On respire une Afrique vivante et cela fait du bien.
   
    Un petit bémol, ce n'est pas un livre pour amateur de polar. Mike Hammer aurait été bien meilleur à la fin que SDK. Non, sincèrement, c'est un livre pour amateur de l'Afrique. Un poil trop court tant on se laisse mener tambour battant.
    ↓

critique par Le Mérydien




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Prix Ahmadou Kourouma 2010
Note :

   Si la Cour du mouton est sale, ce n'est pas au porc de le dire, de Florent Couao-Zotti
   Quand on a déjà lu un Couao-Zotti, on y revient les yeux fermés. "L'Homme dit fou et la mauvaise foi des hommes" m'avait frappée par sa singularité : des textes volontiers troublants, à l'image de la vie qui n'est pas un long fleuve tranquille. Mais ce que j'apprécie surtout, ce sont les romans de l'auteur, car au moins, quand vous embarquez dans l'un d'eux, vous en avez pour un moment avant d'arriver à destination, et vous êtes un voyageur heureux, car le maître à bord est un maître du récit. "Notre pain de chaque nuit", "Le Cantique des cannibales", "Les Fantômes du Brésil" sont des romans que j'ai avalés, avec une préférence pour le deuxième. Mais après la lecture de "La cour du mouton", je placerai bien ce dernier en tête de liste, car il accorde une place encore plus grande à la langue.
   
   En effet, si les histoires contées par Florent Couao-Zotti sont passionnantes, elles sont aussi et surtout un gage de plaisir pour ceux qui ont une langue délicate et qui recherchent des choses un tant soit peu exquises à se mettre sous la dent. Les expressions en particulier retrouvent une fraîcheur nouvelle sous la plume de l'auteur béninois. ... Comment ? ... Vous voulez des exemples ? Voyons, lisez donc ou relisez n'importe lequel de ses romans ! Mais je ne suis pas ingrate, je vais vous servir quelques morceaux du Mouton, dont l'intrigue se joue au Bénin. Là-bas, dans certains quartiers, "la pauvreté restait la star (...) les briques coûtaient la peau des anges" (p. 44) [au lieu de "la peau des fesses"] ; "le quotidien, pour Samuel, était loin d'être une partie de pique-nique" (p. 53) [ça change d'entendre autre chose que "une partie de plaisir"] ; "Rira bien qui se déchirera la gencive le dernier" (p. 82).
   
   En parlant de proverbes, c'est dans ces derniers que l'auteur puise pour titrer les chapitres du roman. Il y en 24 au total. Ce sont donc 24 apophtegmes, 24 paroles de sagesse africaine dont certaines vous sont sans doute familières. C'est comme "Les oreilles ont beau être grandes, elles ne dépassent jamais la tête", proverbe beaucoup utilisé au Congo par exemple. Mes préférés parmi les 24 sont : "Le grain de maïs a beau courir, il finit toujours sa course dans le bec du coq" et "Celui qui se baisse pour voir le postérieur de son voisin ne sait pas qu'il expose le sien à tout le monde". C'est l'un de ces proverbes qui sert de titre au roman, d'où sa longueur.
   
   On lit donc "La Cour du mouton" (que l'auteur me pardonne cette abréviation) en faisant deux pas en avant, un pas en arrière. En effet, quand on commence un chapitre, le proverbe qui l'intitule n'est pas forcément explicite dès le départ. C'est à la fin du chapitre qu'on éprouve le besoin de revenir au début du chapitre pour relire le proverbe et mieux saisir le lien avec le contenu du chapitre. Ce lien ne saute pas toujours aux yeux et le lecteur doit s'amuser à trouver le sens comme il s'amuse des jeux de langue de l'auteur. Dès le début du roman, une épigraphe vous accueille bien comme il se doit :
   "Cette histoire est tellement vraie
   que je l'ai totalement inventée et imaginée."
   

   Venons-en donc à l'histoire. Une femme, connue comme prostituée, est retrouvée morte, affreusement mutilée. Le Commissaire Santos et l'inspecteur kakanakou doivent élucider ce meurtre. Celui-ci semble étroitement lié au milieu de la prostitution et au trafic de drogue. L'auteur du crime est connu du lecteur dès le départ. Mais celui-ci, un homme d'affaires libanais que les billets de banque rendent intouchables, pourra-t-il vraiment être épinglé par la police, corrompue en partie ? Les amies de la disparue réussiront-elles à se venger ou à donner elles aussi une leçon d'humilité au tortionnaire ? D'un autre côté, on a un ancien policier, Samuel Dossou Kakpo, en abrégé SDK, qui a décidé de monter sa propre boîte. Entrepreneuriat en pays en voie de développement, est-ce chose facile ? Portraits d'hommes et de femmes qui apprivoisent la vie, une vie ingrate parfois dans un pays où la pauvreté réduit votre marge de manœuvre. Portrait d'une ville aussi, une ville vivante, avec son parler typique.
   
   J'ai bien aimé la manière dont l'auteur a orchestré son roman, faisant converger vers un seul tableau différents tableaux au départ. Et à la fin, on revient au début.

critique par Liss Kihindou




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