Lecture / Ecriture
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La couleur du lait de Nell Leyshon

Nell Leyshon
  La couleur du lait

La couleur du lait - Nell Leyshon

La vie dans le Dorset au 19ème
Note :

   Rentrée littéraire 2014
   
   Dickens fut le chantre de la pauvreté des villes mais à travers ses romans on voit peu le monde rural. Pourtant au XIXème siècle le peuple des campagne ne nageait pas dans l’opulence loin s’en faut. C’est ce monde que propose Nell Leyshon avec ce roman.
   " Ceci est mon livre et je l'écris de ma propre main. Nous sommes en l'an de grâce mille huit cent trente et un, j'ai quinze ans et je suis assise à ma fenêtre. je vois beaucoup de choses. je vois les oiseaux qui piaillent dans le ciel. je vois les arbres je vois les feuilles et chaque feuille a ses veines, chaque tronc a ses fissures. Je suis pas très grande et mes cheveux ont la couleur du lait."
   

   Mary est très jeune, elle ne tient pas un journal, non, pourtant elle nous fait le récit de sa courte vie parce qu’il y a urgence.
   
   Jusqu’à quinze ans elle a vécu à la ferme de ses parents dans le Dorset, un quotidien sombre, dur, violent. Elle n’est jamais allée à l’école, pas plus que ses sœurs, elle trime du matin au soir, travail ponctué par des coups, des humiliations, des moqueries sur sa boiterie, souffre-douleur du père, seul son grand-père est proche d’elle et d’une certaine façon elle le protège.
   
   Les coups pleuvent sur elle car elle n’a pas la langue dans sa poche, elle se rebelle et elle est d’une spontanéité qui souvent la met en danger.
   
   Sa vie va changer lorsqu’elle est quasiment vendue au pasteur du village M Graham, qui cherche de l’aide pour s’occuper de son épouse malade. C’est au presbytère qu’elle va avoir l’opportunité d’apprendre à lire et à écrire mais je ne vous dévoile rien sur sa façon d’apprendre à lire.
   
   Elle a rêvé de lire, pourtant elle a du mal à couper les ponts avec sa famille comme si elle avait compris qu’il y aurait pour elle un prix à payer pour avoir voulu se hisser un rien au dessus des femmes de la famille.
   
   J’ai aimé le style du récit, l’auteur nous restitue une langue encore un peu pauvre, maladroite mais pleine de spontanéité. Le rythme donné au récit se fait urgent, les mots manifestement se bousculent sous la plume de Mary.
   
   Nell Leyshon n’entretient aucun suspense mais parvient à tenir le lecteur en haleine grâce à une écriture qui sert parfaitement le roman avec parfois des métaphores bibliques.
   
   C’est un roman très court, le sujet est presque banal mais Nell Leyshon en fait un très beau récit dans lequel la voix de Mary s’élève de façon intense et tendre.
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critique par Dominique




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Une écriture comme une poésie
Note :

    "Ceci est mon livre, et je l'écris de ma propre main" ainsi débute le livre de Nell Leyshon.
    Elle laisse donc la plume à une jeune fille de 15 ans à peine, Mary, aux cheveux "couleur de lait" dans l'Angleterre profonde du 19ème siècle.
    C'est le court récit sur à peu près un an, de 1830 à 1831, de son destin tragique.
   
    Mary vit avec ses parents et ses trois sœurs dans une ferme, elle a une certaine innocence qui n'empêche en rien sa vivacité d'esprit.
    Placée par son père, un homme violent, comme bonne chez le pasteur du village, elle est chargée de s'occuper de son épouse qui est très malade.
    C'est la découverte d'un autre monde à travers la vie dans une vraie demeure. L'épouse malade lui témoigne une grande gentillesse, elle prend la mesure de ses manques.
    Le pasteur en homme de bonté, lui apprendra entre autre, à lire et à écrire.
   
    Dans une confession écrite à la main, cette toute jeune fille de 15 ans, décide de raconter son histoire et avec la plus grande fidélité de dire ce qui s'est vraiment passé.
    Ressemblant aux romans anglais du 19ème siècle, l'histoire semble convenue et la petite bonne sera victime bien sûr de l'homme tout puissant et surtout sans scrupules.
    Elle sera écrasée et n'aura aucun moyen de s'en sortir.
   
    Ce qui fait la beauté et l'originalité de ce texte, c'est la façon dont l'auteur se sert du savoir tout neuf de l'écriture de Mary, pour tracer un portrait de femme émouvant, entre soumission et rébellion.
   
    Sans majuscules ni ponctuation mais avec quelques fautes de grammaire et beaucoup de répétitions, son récit possède le charme d'une poésie.
   
    Evidemment les femmes étaient soumises, évidemment les paysannes travaillaient dur à la ferme et l'homme restait intouchable même dans ses pires actions. Mais ce roman reste touchant par la simplicité et la spontanéité des mots et du ton et il dérange par la description d'une certaine société qui ne donnait pas souvent la parole aux femmes.
   
    A découvrir.
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critique par Marie de La page déchirée




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L'Angleterre du XIXe
Note :

   J'ai eu récemment envie de sortir de ma PAL un roman qui avait tout pour me plaire par son cadre (Angleterre XIXe) mais dont le style me causait une petite appréhension. Pas de majuscules, des tournures très simples, peu ou pas d'indications pour introduire les dialogues. Dans l'ensemble, lorsqu'on feuillette le livre, on s'aperçoit d'emblée que l'auteur a volontairement privilégié une écriture maladroite, ayant choisi une jeune paysanne sans éducation pour narratrice. Un exercice risqué mais dans l'ensemble assez réussi.
   
   1831. La jeune Mary vit à la ferme avec son grand-père, ses parents et ses trois sœurs aînées. Leurs journées sont rythmées par des corvées sans fin. Leur père est brutal et leur mère assez indifférente. Les quatre sœurs partagent le même quotidien mais ne sont pas véritablement soudées. Seul le grand-père est plus sympathique. Mary est sa favorite – c'est aussi la seule à s'intéresser à son sort. Un jour, elle est envoyée au presbytère pour aider le pasteur dont la femme est malade. Son salaire est versé directement à son père qui ne l'a nullement concertée avant de décider de lui faire quitter la ferme.
   
   Mary n'a jamais appris à lire et n'a connu que le monde rustre et direct de la ferme. Elle détonne ainsi immédiatement chez son nouvel employeur de par son franc-parler : elle n'a aucune idée des conventions, dit tout ce qu'elle pense et ne voit pas d'impolitesse dans ses réparties (par exemple lorsqu'elle compare la quantité de nourriture ingérée par son employeur à celle que consomme habituellement le cochon de la ferme). Néanmoins, Mary a bon fond et fait preuve d'un bel optimisme, ce qui lui permet de gagner les faveurs de la femme du pasteur, ce dernier se montrant lui aussi indulgent devant des maladresses pouvant passer pour de la grossièreté.
   
   A travers cet emploi, Mary va découvrir un univers totalement différent mais aussi saisir une opportunité, en apprenant à lire et à écrire. Néanmoins, le séjour au presbytère finit par prendre une tournure beaucoup plus sombre.
   
   Ce court roman a su me toucher à travers la rencontre de deux mondes qui jusqu'ici n'ont évolué qu'en parallèle et qui n'ont finalement rien en commun, en dépit d'une même époque et de la grande proximité géographique. Nell Leyshon met en avant la condition paysanne au XIXe, misérable à bien des égards.
   
   Le personnage de Mary est attachant. Je ne ressors pas complètement convaincue de l'exercice de style. Le fait que la jeune femme ait pu rédiger un tel récit juste après avoir appris à écrire me semble peu crédible. Au-delà de la ponctuation sommaire, il aurait fallu a minima envisager de monstrueuses fautes d'orthographe sans doute – mais cela aurait rendu la lecture insurmontable bien entendu. Tel que le récit est construit, les maladresses volontaires n'ont finalement pas gêné ma lecture et permettent de facilement imaginer la façon dont s'exprime la jeune fille.
   
   Comme dans bien des romans anglais, l'un des thèmes principaux est l'attention portée aux apparences en accord avec une morale de façade, profondément hypocrite.
   
   Un roman original et intéressant, dont la chute ne laisse pas indifférent.

critique par Lou




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