Lecture / Ecriture
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La condition pavillonnaire de Sophie Divry

Sophie Divry
  La condition pavillonnaire
  Quand le diable sortit de la salle de bains
  La cote 400
  Rouvrir le roman

Sophie Divry est une écrivaine française née en 1979 à Montpellier.

La condition pavillonnaire - Sophie Divry

Un avenir !
Note :

   Rentrée littéraire 2014
   
   "Ce livre s’adresse aux jeunes qui commencent leur vie, et aux parents qui veulent que tous leurs enfants soient des bourgeois. Il tend un miroir et il leur pose la question : est-ce cela une vie réussie? Cet enfermement en soi-même et en son petit confort? Mais il s’adresse à un grand public, puisqu’il s’adresse à tous ceux d’entre nous qui ont trouvé un jour leur existence absurde, et le paysage mental de la France dépourvu de charme."
   Ainsi parle l'auteur de son livre. Alors échec ou bien coup trop réussi?
   
   "La condition pavillonnaire" nous plonge dans la vie parfaite de M.-A., avec son mari et ses enfants, sa petite maison. Tout va bien et, cependant, il lui manque quelque chose. L’insatisfaction la ronge, la pousse à multiplier les exutoires : l’adultère, l’humanitaire, le yoga, ou quelques autres loisirs proposés par notre société, tous vite abandonnés. Le temps passe, rien ne change dans le ciel bleu du confort. L’héroïne est une velléitaire, une inassouvie, une Bovary… Mais pouvons-nous trouver jamais ce qui nous comble? Un roman profond, moderne, sensible et ironique sur la condition féminine, la condition humaine.
   
   Ecrit avec le parti pris d'une distanciation, l'utilisation du "Tu" nous place en observateur, légèrement inquisiteur parfois. A la longue l'effet peut s'avérer lassant. Mais il n'en demeure pas moins que cela fait mouche. Finalement, de cette observation fine, je retiens que l'on ne doit pas utiliser n'importe qu'elle tournure de phrase pour parler de ses proches. Une grande justesse se dégage du moment où son père se blessant, M.A revient à la maison en disant "il est arrivé un malheur à papa". La colère de sa mère saute aux yeux! On ne peut utiliser à tort et à travers certains mots, certaines expressions.
   
   J'ai aussi lu que ce livre était drôle (supplément le parisien dimanche). Erreur tragique de la part d'une journaliste qui ne l'a sans doute pas lu. Plus justement, ce livre fait remonter l'amertume. D'ailleurs, une autre journaliste suisse me semble l'avoir bien mieux compris.
   "À la fin, on ne sait pas si on doit rire ou pleurer. La condition pavillonnaire est le roman le plus paradoxal de la rentrée, déprimant, voire désespérant, et en même temps profondément exaltant, doux et fluide comme un retour à la maison après un voyage épuisant." Isabelle Falconnier. L’Hebdo (Suisse).

   
   Si votre déprime après ces vacances et cette rentrée merdique vous laisse un peu de repit, la condition pavillonnaire voous ramenera droit dans l'oeil du cyclone. A ne pas offrir aux dépressifs de tout bord! Mais à lire pour la justesse de l'analyse et la description au scalpel de la banalité du quotidien qui est le notre.
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critique par Le Mérydien




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Banalité du quotidien
Note :

   Le souci de l'effet de réel commande beaucoup de choses dans ce roman à part. Un exemple : Sophie Divry a emprunté le code postal de La Tour-du-Pin, au cœur du triangle formé par Lyon, Chambéry et Grenoble pour ancrer la vie quotidienne de son héroïne appelée M.-A. Le code postal 38110 est ainsi devenu celui d'Empan-sur-Nive. Au 12, chemin des Pins, se trouve le pavillon confortable où résident M.-A., son mari François, leurs enfants. En réalité ils auraient pu habiter à peu près n'importe où. Et pas nécessairement dans un lotissement éloigné de tout centre-ville. Car ce n'est pas « la condition pavillonnaire » qui forme le sujet du livre, mais bien plutôt une vie “moyenne” quelque part en Europe occidentale, dans une société de consommation entre Trente Glorieuses et début du XXIe siècle. S'il s'était agi de jeter un regard critique sur la vie d'une famille de Français moyens propriétaires d'un pavillon de périphérie, l'auteure aurait donné plus d'importance au jardinage, au bricolage et à la dépendance à l'égard du transport automobile. Même si ces aspects sont présents dans le livre, ils n'en constituent qu'une dimension légère et anecdotique, un cadre utile, mais sans provoquer d'effet majeur sur l'intrigue.
   
   C'est que le véritable sujet du livre est bel et bien la vie plate vécue par une Française ordinaire à l'époque contemporaine. Ce souci de dépeindre le cadre d'une vie conforme à la plus grande banalité, quasiment conforme aux statistiques, se traduit par la fréquence des descriptions des objets usuels, — on pense au premier roman de Georges Pérec, « Les Choses » — quand Sophie Divry évoque le réfrigérateur (dès l'incipit), la machine à laver, le téléviseur, la machine à expresso, la pendule de la cuisine ou l'automobile. Parfois avec une manière de dire les objets qui semble destinée à un archéologue ou un historien des temps futurs. En revanche, et c'est curieux puisque M.-A. travaille dans une fabrique de meubles, il n'est pas beaucoup question du mobilier du couple... On préfère ici montrer l'usage quotidien de ces équipements, les gestes de la ménagère, ou les gestes de la conductrice. Cette approche assez technique et si peu “littéraire” fait parfois naître l'étonnement ou un léger sourire mais l'intérêt du livre ne réside heureusement pas non plus dans l'univers des objets.
   
   C'est dans la tête que tout se joue. M.-A. s'ennuie régulièrement malgré une vie de bonheurs simples. Celle-ci lui paraît envahie par le vide. Décevante. Incomplète. Rien de très excitant dans sa vie de jeune fille, d'étudiante à Lyon, de jeune mariée, etc. Les décennies passent et ce sentiment de vide, de béance, persiste. Mariée à un homme plein de bonne volonté en même temps que dénué de toute originalité, elle ressent le manque de faits marquants dans son existence, l'absence de passions. À une certaine époque de sa vie, l'adultère est venu divertir M.-A. de la routine mais l'amant sera nommé dans une autre région. Une dépression s'en suivra pour cette éphémère Bovary du Bas-Dauphiné. Et puis : « Tu te réfugias dans tes enfants. Tu ne les avais jamais abandonnés. Même après tes plus grandes décharges orgasmiques, quand nue tu chevauchais Philippe, ton sexe dévorant le sien au rythme de ses insultes qui t'excitaient tant, ta peau qui se gonflait de sang, ta chair qui criait ; toi tout entière traversée par ce cri de triomphe ; même après ça tu avais continué à changer les piles de la tortue en plastique ».
   

   Les objets du réel, toujours, imposent leur place dans le quotidien. Il faut dire que la vie spirituelle ou culturelle de l'héroïne, à l'image de celle de ses parents, ressemble généralement au calme plat. Désenchantement du monde. Pas de voyage extraordinaire, pas de rencontre étonnante, pas de grande tragédie. Rien qui soit hors du commun. Le mari, les enfants, les tâches domestiques, le travail au bureau, etc. Frigo, boulot, dodo. Elle voudrait lancer un « Étonnez-moi ! » or la réponse ne vient pas. C'est seulement à l'heure de la retraite qu'elle ose le yoga, la poésie ou les concerts. Feu de paille d'ailleurs. Il était trop tard.
   
   Par un procédé tout simple qui est de tutoyer l'héroïne, l'auteure centre constamment notre regard sur la personne de M.-A. Seule, cette femme a droit à ce procédé stylistique, qui réussit à la placer à la fois au centre de l'écriture et au centre de son petit monde en soulignant sa solitude. Voilà en bref un livre différent, qui laissera sans doute aux lecteurs plus de souvenirs marquants que bien des romans psychologiques, et cela sur la base paradoxale de la banalité du quotidien...

critique par Mapero




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