Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Un ciel rouge, le matin de Paul Lynch

Paul Lynch
  Un ciel rouge, le matin
  La neige noire

Paul Lynch est un écrivain irlandais né en 1977.

Un ciel rouge, le matin - Paul Lynch

Un ciel de sang sur une terre de misère
Note :

   Premier roman pour ce jeune auteur, étoile montante de la littérature irlandaise. Ce livre a été encensé par la presse irlandaise et anglo-saxonne.
   
   La première remarque qui me soit venue à l'esprit est la qualité de l'écriture, en particulier dans les descriptions des paysages et autres phénomène naturels.
   
   Irlande 1832. Les Anglais sont maîtres du pays. Alors quand un riche propriétaire décide d'expulser les fermiers irlandais qui cultivent leurs terres, employer la force est une pratique courante. Mais Coll Coyle, lui, décide de demander très humblement des explications à Hamilton, au cours d'une altercation, ce dernier trouve une mort accidentelle!
   Le destin de Coyle et de sa famille bascule à cet instant.
   
   Il fuit seul, pourchassé par les sbires de la famille du défunt, prêts à tout pour le capturer... son salut : quitter l'Irlande sur ce que l'on a nommé les "Bateaux-cercueils" où la promiscuité, le manque d'hygiène, de nourriture et la maladie faisaient des dégâts considérables! Le pourcentage de décès est très important. Sans compter une météo particulièrement hostile à certaines périodes de l'année qui faisait que certaines traversées duraient plus de deux mois.
   
   Et arrivé en Amérique, Coyle se rend compte que les USA ne sont pas l'Eldorado espéré. La mort aussi rode et ses poursuivants l'ont retrouvé! La violence, la maladie, le travail harassant. La misère est partout la même! La lassitude le gagne, il veut rentrer au pays quel que soit le danger...
   
   A noter que quelques éléments du récit proviennent de la narration de l'épouse de Coyle .
   Personnage principal de ce livre qui reprend un thème récurrent de la littérature irlandaise, l'exil. Pour échapper à une justice de classe, Coll Coyle ne demandait pas grand chose, une explication, son épouse l'aura, le motif de l'expulsion est dérisoire! Parmi ses compagnons d'infortune, Cutter périra en Amérique.
   
   Les Hamilton, le fils vaurien enfant pourri gâté, un peu alcoolique, parfaite image d'une certaine
   "Ascendancy" protestante et Britannique qui était toute puissante, car établie en Irlande depuis le 17eme siècle! Le père lui est sénile, mais il peut compter sur leur homme de main, Faller, qui comme eux n'a que mépris pour les Irlandais.
   
   Un des nombreux livres irlandais sur la puissance des grands propriétaires terriens britanniques possédant le droit de vie ou de mort sur leurs métayers. Pas forcément par les armes, mais en les chassant, sans motif, de terres qu'ils cultivent parfois depuis plusieurs générations et brûlant le plus souvent leurs humbles demeures. Reste l'exil, qui ici est contraint et forcé, dans l'urgence, mais cela ne freine en rien l'esprit de vengeance.
   
   Je me répète, une écriture de grande classe, que je comparerai à celle de John McGahern, ce qui n'est pas peu dire!
   Un livre puissant, âpre, dur comme la société irlandaise de l'époque où l'antagonisme colons-colonisés commençait à prendre de l'ampleur.
   Mais le pire est à venir... les grandes famines de 1845 à 1849! Puis les révoltes paysannes des années qui suivront.
   
   
   Extraits :
   
   - À voir ta tête, je parie que tu as fait des bêtises. J'espère que t'es pas allé tuer quelqu'un.
   
   - Je ne sais même plus où je suis.
   
   - Il devait avoir tout juste quatorze ans à l'époque. Mon pauvre frère.
   
   - La ville est prisonnière d'un tourbillon de pluie.
   
   - À mon avis, le fait que cette chose nous suive est l'augure d'une mort certaine.
   
   - Ce pays est sans pitié pour les gens comme vous, qui ne connaissent personne dans le Nouveau Monde.
   
   - Encore une semaine de travail harassant et la terre montre ses dents, comme offensée par cette ingérence.
   
   - Ils retournent sous les tentes et s'abrutissent d'alcool, et quand ils s'attellent à la tâche le lendemain matin, la terre des sépultures n'est pas encore tassée.
   
   - Un homme se racle la gorge, ils jureraient qu'il vient de lâcher un "saleté d'Irlandais", les regards pèsent sur eux.
   

   Titre original : Red Sky in Morning (2013).
    ↓

critique par Eireann Yvon




* * *



Le rouge et le noir
Note :

   J’ai ce livre dans ma PAL depuis sa sortie. Je l’en ai sorti car j’ai lu dernièrement le second livre de Paul Lynch, « La Neige Noire », paru en cette rentrée littéraire aussi chez Albin Michel. « La Neige Noire » a été un tel coup de cœur que je me devais de continuer de lire cet auteur et très franchement, je trouve que celui-ci est un cran en dessous (entendons-nous, il est quand même très bon).
   
   On est en Irlande, dans le Donegal, à Inishowen plus précisément (extrême nord de l’Irlande), en 1832. Coll Coyle apprend que le propriétaire de sa terre, Hamilton, a décidé de l’expulser sans aucune raison. Il décide de lui parler, les deux hommes s’emportent et la « conversation » tourne au drame puisque Hamilton est tué. Coll Coyle doit fuir, abandonnant son frère, sa mère, sa femme, sa fille et son enfant à naître d’autant que le régisseur du domaine, que l’on soupçonne être le vrai père de Hamilton, a décidé de ne pas faire intervenir la justice et de faire vengeance lui-même.
   
   La chasse à l’homme commence en Irlande dans le Donegal. On découvre dans toute cette première partie, la vie à l’époque en Irlande : la pauvreté, la précarité, la solidarité aussi. C’est une partie extrêmement violente car tous les soutiens proches, ou non, de Coll Coyle vont être torturés et tués par l’équipe du régisseur.
   
   La seule possibilité de Coll Coyle est de partir, de s’exiler en Amérique. La deuxième partie raconte le voyage en bateau et la troisième narre la vie sur un chantier ferroviaire de Coll Coyle. J’ai aimé ces deux parties pour le côté historique de la migration irlandaise à l’époque, celle de personnes extrêmement pauvres, prêtes à accepter des situations insoutenables dans le but d’avoir une vie meilleure (vous allez me dire que c’est toujours le cas pour des migrations économiques …) Ils bravent la mort 100 fois, sont prêts à travailler comme des bêtes pour pouvoir avoir de l’argent pour faire venir leur famille. La troisième partie en Amérique est intéressante car elle donne à voir la manière dont les États-Unis se sont construits.
   
   Du point de vue humain et historique, le livre est excellent. On s’attache à Coll Coyle et à sa situation désespérée car l’auteur arrive à nous faire sentir ses sentiments. Comme dans « La Neige Noire », l’auteur utilise un style très imagée pour décrire la terre et les éléments (la météo principalement). L’écriture de Paul Lynch est reconnaissable et surtout admirable pour cela. Là où je suis sceptique c’est qu’ici cela s’intègre moins bien dans l’histoire. Cela permet au lecteur de s’imaginer dans l’environnement décrit mais cela ne fait pas avancer l’histoire, ne joue pas sur les sentiments du personnage (à part quand il pleut, l’avancée est plus lente et on est donc plus démoralisé). Je n’ai pas ressenti l’attachement à la terre pour la partie irlandaise (120 pages) et encore moins pour la partie américain (d’un autre côté, il n’a pas à être attaché à cette terre vu que ce n’est pas la sienne).
   
   Le livre est très bon, l’histoire est intéressante, se suit très bien dans le sens où on a envie de tourner les pages mais il y a un côté qui peut paraître factice au niveau de l’écriture. L’avantage est que ce roman est plus simple à lire que « La Neige Noire ».

critique par Céba




* * *