Lecture / Ecriture
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Des inconnues de Patrick Modiano

Patrick Modiano
  Chien de printemps
  Rue des boutiques obscures
  Accident nocturne
  Un pedigree
  Livret de famille
  Dans le café de la jeunesse perdue
  La petite bijou
  Dora Bruder
  L'Horizon
  Quartier perdu
  L'Herbe des Nuits
  Vestiaire de l’enfance
  Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier
  Du plus loin de l'oubli
  Remise de peine
  De si braves garçons
  La place de l'étoile
  Des inconnues
  Villa Triste
  Souvenirs dormants

Patrick Modiano est un écrivain français né en 1945, Grand prix du roman de l'Académie française en 1972, Prix Goncourt en 1978. Prix Nobel 2014 pour «l'art de la mémoire avec lequel il a évoqué les destinées humaines les plus insaisissables et dévoilé le monde de l'Occupation».

Des inconnues - Patrick Modiano

Les années floues
Note :

   Publié en 1999, ce livre n'est pas un roman mais un recueil de trois nouvelles assez longues. Quand je l'ai lu, 15 ans après sa parution, dans une édition sans préface ni quatrième de couverture ni rien, j'ai eu l'impression qu'il devait s'agir de textes de ses débuts. Difficile d'expliquer ce qui m'avait donné ce sentiment. Mais de toute façon, je n'ai rien pu trouver qui vienne corroborer cette hypothèse. En tout cas, si l'on s'en tient à l'année de publication, on n'est pas du tout dans les débuts.
   
   Ce sont trois récits, de trois femmes, inconnues l'une pour l'autre, inconnues pour nous, qui, après ce passage dans la lumière qu'elles donnent sur leur vie, leur passé, disparaitront à nouveau, nous laissant supposer ce que nous voulons.
   
   La première a 18 ans. Elle vient de rater son bac pour la plus stupide des raisons : elle ne s'est pas réveillée pour y aller. A la suite de quoi, ne sachant plus vers quoi se tourner, elle quitte Lyon qu'elle habite pour Paris où elle est hébergée par une femme libérée qu'elle ne connait d'ailleurs presque pas. Elle est ainsi amenée à fréquenter le quartier latin, à voir beaucoup de gens plus ou moins originaux. Elle finit bien sûr par s'éprendre d'un homme bien mystérieux... le récit ramène à un souvenir d'enfance de Modiano (les cambrioleurs proches de son enfance qui ont disparu du jour au lendemain). Il traduit la vacuité d'une jeune existence et le désarroi de la perte des repères.
   
   La seconde femme, orpheline de père à trois ans et jamais aimée par le nouveau couple que sa mère a formé, traine dans les pensionnats trop gris, trop sévères, une enfance sans amour qui ne lui offre que deux avenirs : servante ou courtisane. Nous assistons à ce tournant.
   "C'était fini pour moi, la période où tout était encore en suspens, où l'on se trouve à la lisière de tout, un peu comme dans une salle d'attente."

   
   Le troisième récit est celui d'une jeune anglaise, vendeuse à Londres, qui vient d'être licenciée. Un peintre qu'elle connait à peine lui confie son atelier à Paris pour quelques mois car il s'absente et préfère que l'atelier ne reste pas inoccupé. Elle découvre la capitale qu'elle ne connait pas, s'installe, développe une phobie du métro puis des rues, qui la restreint de plus en plus dans ce quartier excentré qui de plus, l'angoisse un peu car il est proche de l'abattoir des chevaux et lui semble hanté par la mort. Un jour, elle fait la connaissance de gens très bienveillants qui prennent peu à peu l'allure de secte. Cela devient bien intriguant... mais cela s'interrompt sans qu’aucune conclusion n'ait été amorcée.
   
   Trois jeunes femmes au début de leur vie d'adulte, au tournant de leur vie, sans guère d'enthousiasme, errant dans Paris, côtoyant des gens qu’elles ne connaissent pas, habitant des logement avec lesquels elles n'ont aucun lien, hors contraintes familiales ou professionnelles, vivant le flou absolu d'une période transitoire dont la direction même ne se dessine pas. Trois inconnues.

critique par Sibylline




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