Lecture / Ecriture
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La table des singes de Yves Ravey

Yves Ravey
  La table des singes
  Monparnasse reçoit
  Le drap
  Dieu est un steward de bonne composition
  Pris au piège
  L’épave
  Bambi bar
  Cutter
  Enlèvement avec rançon
  Un notaire peu ordinaire
  La fille de mon meilleur ami
  Sans état d’âme
  Trois jours chez ma tante
  Pas dupe

AUTEUR Des MOIS DE FEVRIER ET MARS 2015

Yves Ravey est un écrivain français, né à Besançon en 1953.
Il enseigne (ou enseignait?) en collège à Besançon...


et l'éditeur ne fournissant pas plus de détails sur sa carrière, j'ai dû choisir entre m'arrêter là et inventer. Je ne nierai pas avoir hésité, longuement, mais finalement, sur les instances inquiètes de mon entourage, j'ai décidé de m'en tenir à ces deux lignes de biographie. Je peux cependant ajouter qu'il se murmure que beaucoup de ses romans, et en particulier son premier, «La table des singes», ont une inspiration autobiographique... Je dis ça, je dis rien.

La table des singes - Yves Ravey

Roman familial
Note :

   "La Table des singes" est le premier roman publié de Yves Ravey. Il fut édité en 1989, on a un peu de mal à le trouver maintenant mais heureusement, s'il y a un domaine où la récup' et le recyclage marche à fond, c'est bien celui des livres (et vous, verrez, c'est là que l'ebook révèlera un de ses nombreux points faibles).
   
   On peut vraiment qualifier ce livre de "Roman familial", car on aurait bien du mal à y trouver un autre personnage principal que la famille dans son ensemble. Le narrateur pourrait être prédominant, si ce n'était un enfant qui ne juge pas, n'émet guère d'opinion, et se contente de rapporter ce qu'il voit. Ou alors Rodolphe, le fils ainé? Tuberculeux depuis sa jeunesse, il ne travaille pas, bien que son mal n'évolue que très lentement. Quand il est là, à l'auberge, c'est lui qu'on suit car il est le chef (abusivement, mais de façon indiscutée), mais quand il s'éloigne... on le perd de vue aussi. Serait-ce la mère? Tous se groupent autour d'elle. Elle tient l'auberge avec sa fille ainée sous la direction de Rodolphe. C'est elle qui a l'argent, mais elle n'en est pas avare (surtout pour Rodolphe), la famille est riche. A l'auberge, c'est Elisabeth, la sœur acariâtre, qui fait tout le travail, mais n'a aucun pouvoir de décision, ce qu'elle ne discute pas, d'ailleurs. Serait-ce Anna, la femme scandaleuse que Rodolphe ramène et impose à sa famille, celle qui entame un bras de fer avec sœurs et mère. Elle est belle et sait manipuler les hommes, gagnera-t-elle? Est-ce l'auberge, le personnage principal? Avec ses habitués, ses habitudes, son mode de fonctionnement immuable, sa pratique religieuse scrupuleuse et son bordel discret, ses terres alentours, ses bois de sapins... Car j'oubliais de le dire, nous sommes en Autriche, à la montagne. Nous sommes à la fin du vingtième siècle, mais on pourrait aussi bien être plusieurs décennies avant. Ainsi, quand la mère mourra, Rodolphe, fils ainé, héritera de tout, puis au second rang, Léo, le fils maudit exilé en Suisse et seulement ensuite, les filles, même Elisabeth qui toute sa vie a tenu l'auberge. Et personne ne protestera! Même pas les filles.
   
   Pendant la majeure partie du livre, on accepte assez bien ces gens, Rodolphe et sa bande de copains. Il y a bien Léo, qui a quand même une mort sur la conscience et pas beaucoup de remords. Il y a bien Ali, souteneur... Mais peu à peu, on les connaît mieux et le lecteur devient moins indulgent. Le temps d'arriver à la fin, quand on en est aux "chasses au pédé" pour se distraire, le lecteur se reproche son indulgence antérieure. Ces gens-là n'ont jamais été inoffensifs. Purs produits d'une société autrichienne bonhomme, aisée et bien réac sur la tombe de qui il est important de graver "Propriétaire de biens et bienfaitrice".
   
   Il n'y a pas d'action spectaculaire, mais c'est si bien mené que ça se dévore. Ça laisse cependant un arrière goût un peu amer... C'était peut-être le but, mais jamais l'auteur ne l'a manifesté, sauf peut-être à la toute fin, quand le narrateur devenu adulte dit, parlant de son oncle Rodolphe:"Je l'ai haï autant que je l'ai aimé". Mais cette fenêtre sur ses sentiments est une découverte pour le lecteur.
   
   
   Extrait :
   
   "La table des joueurs de cartes s'appelle la table des singes. C'est une tradition. Elisabeth dit qu'elle a toujours vu l'auberge avec une table de joueurs de cartes. Au-dessus d'eux, à côté du calendrier Gösser, un singe synthétique se tient sur une branche, une banane en plastique à la main. Sur la tête, une coquille d’œuf. La coquille d’œuf, c'est Maudl qui l'a posée après un repas pour faire rire les habitués. Ils jouent aux cartes dès cinq heures de l'après-midi."

critique par Sibylline




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