Lecture / Ecriture
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Le drap de Yves Ravey

Yves Ravey
  La table des singes
  Monparnasse reçoit
  Le drap
  Dieu est un steward de bonne composition
  Pris au piège
  L’épave
  Bambi bar
  Cutter
  Enlèvement avec rançon
  Un notaire peu ordinaire
  La fille de mon meilleur ami
  Sans état d’âme
  Trois jours chez ma tante
  Pas dupe

AUTEUR Des MOIS DE FEVRIER ET MARS 2015

Yves Ravey est un écrivain français, né à Besançon en 1953.
Il enseigne (ou enseignait?) en collège à Besançon...


et l'éditeur ne fournissant pas plus de détails sur sa carrière, j'ai dû choisir entre m'arrêter là et inventer. Je ne nierai pas avoir hésité, longuement, mais finalement, sur les instances inquiètes de mon entourage, j'ai décidé de m'en tenir à ces deux lignes de biographie. Je peux cependant ajouter qu'il se murmure que beaucoup de ses romans, et en particulier son premier, «La table des singes», ont une inspiration autobiographique... Je dis ça, je dis rien.

Le drap - Yves Ravey

Extrême sobriété
Note :

    Prix Marcel-Aymé 2004
   
   Cet ouvrage d’Yves Ravey est pour le coup d’une extrême sobriété! 78 pages, écrites d’une plume blanche, d’où l’affect, les émotions incontrôlables sont gommées, arasées.
   
   Le sujet est pourtant de ceux qui engendrent l’émotion. Yves Ravey – ou plutôt – le narrateur, raconte la mort de son père, et tout ce qui y est lié, de près ou de loin, ce qui a pu provoquer, ce qui
   est nié : tenants et aboutissants d’une fin programmée (sauf que le programme, ou le programmateur, on ne le connait qu’à la fin, quand tout est plié, fini, bâché)...
   
   "Mon père ne travaille plus, depuis une semaine. Le matin, il reste assis à la cuisine, devant son bol de café. Il penche la tête, le coude sur la table, la main sur le front. Le médecin lui a signé un arrêt-maladie de quinze jours. Il a dit, vous devez consulter des spécialistes à l’hôpital, monsieur Carossa. C’est inutile, l’hôpital, a répondu mon père. Je n’ai jamais vu un docteur de ma vie, je n’ai jamais été malade."

   Ça, c’est l’entame, page 7. Et voici la toute fin, page 78...
   "Ils ont saisi le corps de mon père. Sous les aisselles et par les pieds. Ma mère leur a dit de faire attention, vous prenez garde de ne pas défaire ses cheveux. Ils l’ont reposé, ils ont tiré la fermeture Eclair de la housse, et pendant qu’il disparaissait, ma mère agitait un mouchoir et elle disait adieu mon petit, adieu..."
   

   Entre les deux, ce sont les avatars d’une fin de vie programmée et quelques courts retours en arrière que nous propose Yves Ravey. Suggérer sans en rajouter. Semer des pistes – un peu plus que ça en fait – pour que le lecteur se fasse sa propre idée, à l’envers de ce père qui niera envers et contre tout l’origine du mal.
   
   Le tout de cette même écriture blanche, plutôt factuelle, que celle des deux extraits. Il semblerait que cette mort d’un père ainsi décrite est personnelle, la mort du père d’Yves Ravey. Si c’est le cas, c’est une mise à nu de beaucoup d’intime qui n’a pas dû être simple à faire.
   
   Une mise à nu. Oui, c’est ça...

critique par Tistou




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