Lecture / Ecriture
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Parfois de Jean-Claude Touzeil

Jean-Claude Touzeil
  Parfois

Parfois - Jean-Claude Touzeil

Poète du terroir, du bocage
Note :

   Dans un petit village perdu au bord des marais à Carquebut, le poète voit le jour un matin de 1946 ou un après-midi, qu’importe! Un père normand, une mère slovaque que les hasards de la guerre ont fait se rencontrer en Allemagne quand le national-socialisme avait besoin de bras étrangers. Une ascendance originale, qui lui inspirera son recueil "Petits cailloux pour Gita", un hommage à cette femme venue des confins de l’Europe.
   …Tu es arrivée / après cette odyssée / dans un petit village de la Manche / ne sachant que trois mots de français / -seulement des mots d’amour- / alors que tout le monde parlait patois…

    Très tôt, les parents s’installent ailleurs, là où il y a du travail et ce sera l’enfance et l’adolescence à la Lande Patry près de Flers, les années lycée et universitaire à Caen en lettres modernes et la voie royale, l’enseignement. Avec sa femme Flora, il s’expatrie dans le cadre du service civil à Constantine, puis décidés à continuer l’aventure, ce sera le Nigéria, le Vietnam, le Cameroun et sa rencontre avec le poète René Philombe, le Maroc, pour revenir dans les années quatre-vingts s’installer dans l’Orne à Durcet. De ces pérégrinations, il rapportera des poèmes qui parlent des gens de là-bas dans son premier recueil qu’il fera éditer seulement à 35 ans "Itinerrances"
   
   Roches rouges de l’Aurès / Sources de la Révolution / figues de barbarie / Qui piquent les doigts /
    Soleil rouge dans les dunes blondes / Chamelier du Sahara / Parmi les vagues du désert… (Algérie)
   
   Batouré, batouré / Ta peau blanche est une provocation / Que viens-tu faire au village? / - Je viens en ami voir la femme Afrique / Afrique aux seins nus
   Batouré, batouré / Afrique n’est pas ta mère. / Que viens-tu faire au village? / - Je viens voir les seins de la femme Afrique / Se balancer tout doucement / Tandis qu’elle pile le Manioc… (Batouré, étranger)
   

    Mais Jean-Claude Touzeil c’est aussi l’homme du terroir, du bocage et de ses paysages qui lui inspireront son magnifique recueil "Peuples d’arbres" (1984 et trois rééditions), arbres de tous les pays rassemblés, symboles de l’enracinement, de la pérennité des choses. Le pommier croche, le sapin enguirlandé, le poirier proche, le cèdre bleu, le baguenaudier et le liquidambar, le ravenala arbre du voyageur, le ginko biloba qui résiste à la bombe atomique, un peuple d’arbres en marche témoins du passage des hommes.
   
   Arbres solitaires / Mauvais caractères / Anarchistes romantiques / Plantés au gré du vent…
   Arbres villageois des taillis des bois / la barbe en broussaille / A la va comme je te pousse /
   Arbres grégaires des villes-forêts / Apartheid des conifères / Cèdres bleus saules pleureurs…

   Extrait de "Peuples d’arbres"
   
   Témoin son engagement au sein de l’association "50 000 chênes", allusion à Guillaume le conquérant qui, dit-on fit abattre 50 000 chênes pour constituer sa flotte avant d’attaquer l’Angleterre. Une association qui s’est donné pour but d’entretenir, de restaurer le bocage, de planter une centaine de chênes "remarquables", de différentes variétés.
   
   Devant le bûcheron / L’arbre fait le dos rond / Il brandit chaque branche / Comme une arme terrible /
   Il bombe un peu le tronc / Dégage ses racines / Et dit :"Approche un peu /
   Homme à la tronçonneuse / Approche et tu vas voir / De quel bois je me chauffe"
   

   Jean-Claude Touzeil a fondé en 1995 la manifestation du "Printemps de Durcet" qui pendant vingt ans a accueilli des passionnés de poésie et de musique. Durcet un village de 200 "hirondelles" et qui affiche fièrement le titre de "Capitale de la poésie". Cette aventure s’est métamorphosée en "Chemin des poètes", déambulation poétique de seize stations agrémentée de lectures de poètes passés par Durcet. Cette année 2015 accueillera le 30e printemps.
   
   Toute la poésie de Jean-Claude Touzeil tient dans des vers ramassés, courts, de quelques mots, voire d’un mot, concis, précis, le haïku forme ultime du raccourci a séduit le poète qui voit en lui un état d’esprit, une attention particulière à des instants de "grâce" ou à des détails infimes, une économie de mots pour une infinité de lectures
   
   Labour de printemps
   Il neige des mouettes blanches
   Au cul du tracteur
   
   "… Un bloc de gentillesse, de rêves, d’humour et de bois. Jean-Claude est un homme qui songe arbre à moins qu’il ne soit le rêve d’un arbre…Barbe ou lichen? druide ou jardinier? Taiseux ou moqueur? et un peu de tout à la fois… avec un côté tenace, vivace… De livre en livre il donne à partager son regard sur le monde, que ce soit par les séjours à l’étranger ou près du poirier… son humour toujours prêt à dégainer un sourire, à relever un absurde… et son envie de jouer. Comme un gamin"

   Extrait du texte Jean-Claude Touzeil, druide et jardinier de Patrick Joquel (éd. Clarisse)
   Un bel hommage pour cet homme simple et discret.

critique par Michelle




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