Lecture / Ecriture
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Et tu n'es pas revenu de Marceline Loridan-Ivens

Marceline Loridan-Ivens
  Ma vie balagan
  Et tu n'es pas revenu

Et tu n'es pas revenu - Marceline Loridan-Ivens

N'oubliez pas !
Note :

   Grand Prix des Lectrices de ELLE 2016 catégorie Documents
   
    Marceline Loridan-Ivens écrit une lettre ouverte à son père assassiné à Auschwitz et lui rend un bouleversant hommage.
   
    Arrêtée et déportée à l'âge de 15 ans avec son père, Marceline livre ici l'ultime message d'amour à celui qui n'est pas revenu, à l'homme qui lui a toujours manqué dans sa vie de jeune fille et de femme ensuite. Orpheline pour toujours.
   
    En 100 pages, cette dame de 83 ans, dit tout de l'horreur de la déportation, de la peur, du froid, de la maladie et de la culpabilité de celle qui en réchappe. Elle nous parle d'un monde où l'humanité n'existait plus.
   
    Marceline raconte la survie dans l'enfer, le retour parmi les siens meurtrie à jamais, hantée par le souvenir.
   
    Ce décalage entre elle et ceux qui ne sont pas partis marquera sa vie. Une incompréhension face à l'inimaginable mettra une certaine distance avec sa famille. Personne à la fin de la guerre ne peut admettre et comprendre l'innommable.
   
    A travers ce court récit, l'auteur nous parle de ce que fut sa vie. Rescapée de la Shoah, elle a été une femme investie dans les combats pour la liberté, comme celui pour l'Algérie.
   
    Mariée deux fois, elle explique son refus d'être mère, elle raconte les évènements qui ont marqué sa vie notamment celui du 11 Septembre 2001.
   
    Au-delà du témoignage de la survivante de Birkenau, c'est celui d'une femme qui s'interroge sur les hommes et les atrocités commises en leur nom.
   
    Elle pose avec intelligence des questionnements sur notre monde prêt à basculer dans la violence et les horreurs, un monde où tout peut encore recommencer. Elle est prête à mourir pour ne pas revivre ça.
   
   Son père lui avait dit quand ils étaient en transit ensemble à Drancy :"Toi, tu reviendras peut-être parce que tu es jeune, moi je ne reviendrai pas."
    Oui, elle est revenue et elle nous raconte avec intelligence, délicatesse ce qu'il a fallu de temps pour se reconstruire.
    Mais a- t- elle réussi?
   
    A lire pour l'émotion et pour ce regard nouveau sur une époque plus présente que jamais.
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critique par Marie de La page déchirée




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Une tristesse au fond du cœur
Note :

   Et tu n’es pas revenu est le livre que Marceline Loridan-Ivens écrit pour son père avec le concours de Judith Perrignon.
   
   Marceline et son père, Salomon, ont été arrêtés par les allemands en 1944 puis transportés vers L’Est : Birkenau pour elle, Auschwitz pour lui. Les deux camps sont voisins l’un de l’autre. Un jour, elle l’aperçoit dans un groupe qui se rend au travail. Elle court vers lui, l’embrasse. Un SS la roue de coups, elle s’évanouit mais a le temps de lui donner son numéro de baraquement. Il peut ainsi lui glisser dans la main, cadeau inestimable, cadeau de vie, un oignon et une tomate et, plus tard, lui envoyer une lettre qu’il signe de son nom juif : Shloïme, ultime résistance d’un homme qui va mourir de privations et de sévices vécus dans cet enfer.
   
   Avec Tu n’es n’es pas revenu , plus de soixante dix ans après, Marceline répond à son père et lui adresse une lettre témoignage : le quotidien d'un camp de concentration, le travail dans les tranchées, la faim, le froid, le manque d’hygiène, les maladies, les coups, le pouvoir absolu des médecins comme Mengele sur la vie et la mort, les humiliations et surtout la violence partout, la fumée des crématoires qui ne s’arrêtent jamais... Mais aussi une lettre hommage à travers ce dialogue, au-delà des années et de la mort, avec cet homme qui aimait tant sa chère petite fille et qui lui demandait de vivre.
   
   Ensuite la libération, le retour, l’incompréhension des autres, la difficulté de réadaptation, la honte d’avoir survécu et surtout une expérience terrifiante que tous les rescapés des camps ont expérimentée : l’on ne sort jamais tout à fait d'un camp de concentration. On en garde la marque dans son esprit et dans son corps. Mais pour continuer à vivre il faut croire en l’avenir, penser à un monde meilleur. Marceline devient une femme engagée, communiste; elle est scénariste, réalisatrice avec son mari Joris Ivens mais le désenchantement viendra.
   
   A la fin du livre elle porte un regard pessimiste sur le monde actuel :
   
    "Tu avais choisi la France, écrit-elle à son père, elle n’est pas le creuset que tu espérais. Tout se tend encore une fois, on nous appelle les juifs de France, il y a aussi les musulmans de France, nous voilà mis face à face, moi qui m’étais voulue de tous bords, en tout cas du côté de la liberté."

   
   Ce qui l’amène à se demander quand elle analyse l’état du monde à notre époque s’il valait le coup de revenir des camps.
   
   Mais j’espère que si la question m’était posée mon tour juste avant que je m’en aille, je saurai dire oui, ça valait le coup.
   
   Certains propos sur notre société m'ont pourtant gênée :
    "C’est une mosaïque hideuse de communautés et de religions poussées à l’extrême. Et plus il s’échauffe, plus l’obscurantisme avance, plus il est question de nous, les juifs."

   Je pense que, à l'heure actuelle, les replis communautaires et les extrémismes religieux sont le propre de toutes les religions qu'elles soient chrétienne, juive, musulmane... Nous en portons tous la responsabilité. Il n'y a pas d'un côté les responsables qui sont les autres, et de l'autre les victimes qui sont les juifs. Nous sommes tous victimes de la barbarie. Des personnes de toutes les religions et des athées meurent dans les attentats.
   
   Ceci dit, j'ai trouvé le livre poignant. Il laisse une tristesse au fond du cœur longtemps après l’avoir lu. L’on se dit en voyant la haine et l’intolérance qui se déchaînent autour de nous que l’homme ne sait pas tirer une leçon de l’Histoire, qu’il recommence toujours les mêmes erreurs.
   
    "J’ai vécu puisque tu voulais que je vive. Mais vécu comme je l’ai appris là-bas, en prenant les jours les uns après les autres. Il y en eut de beaux tout de même. T’écrire m’a fait du bien. En te parlant, je ne me console pas. Je détends juste ce qui m’enserre le cœur. Je voudrais fuir l’histoire du monde, du siècle, revenir à la mienne, celle de Shloïme et sa chère petite fille."

critique par Claudialucia




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