Lecture / Ecriture
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La chance que tu as de Denis Michelis

Denis Michelis
  La chance que tu as

La chance que tu as - Denis Michelis

Une fable bien noire
Note :

   Cela fait un mois que j’ai lu ce livre sur ma tablette. Je l’ai beaucoup aimé mais je pense que cela tient plutôt au propos qu’au roman.
   
   Le titre fait référence à la phrase qu’on a tous déjà entendu : "tu ne te rends pas compte la chance que tu as d’avoir ce travail. Par les temps qui courent, des millions de gens voudraient avoir ta chance". Comme je vous l’avais déjà dit dans un précédent billet, je trouve que la rentrée littéraire est très sociale, tournée vers l’analyse de notre société... et s’intéresse donc forcément au monde du travail. J’ai noté aussi "Parle-moi du sous-sol" de Clotilde Coquet (chez Fayard).
   
   On suit dans ce livre un jeune homme, accompagné par deux personnes qu’il suppose être ses parents, dans un hôtel isolé, où il doit prendre un poste de serveur. Il sera logé, blanchi, nourri. La dernière recommandation des deux adultes est de ne surtout pas oublier de signer son contrat.
   
   Il n’en aura pas le temps. Dès qu’il arrive, il est pris à partie par sa chef d’équipe qui lui somme de commencer à travailler. Il commence à découvrir son nouvel environnement de travail. Il devra travailler beaucoup, se taire encore plus, ne pas rechigner à la tâche, loger avec ses collègues qui ont pris le pli d’obéir pour ne pas se faire mal voir de la chef d’équipe. Désespéré, le nouvel employé, dont on ne donne pas le nom, en viendra à donner des faveurs sexuelles au cuisinier pour avoir un peu de répit et surtout d’affection. Il essaie de se faire le moins remarqué possible mais bientôt il se verra mettre une muselière pour l’empêcher de parler. La fin fait très peur en ce qui concerne la condition humaine.
   
   J’ai trouvé que ce livre faisait froid dans le dos. Il est écrit sous la forme d’un conte. On ne peut pas croire que cela se passe dans notre monde mais on ne peut pas s’empêcher de faire le rapprochement avec ce qui se passe dans notre monde. On rit jaune aux situations cocasses et on ressent un certain étouffement. Cela vient du fait que le propos du texte est seulement sous-entendu légèrement. L’auteur nous explique en long et en large ce qu’est ou ce que peut devenir prochainement le monde du travail : un monde où le travailleur est déshumanisé, robotisé et doit être (ré)éduqué s’il ne veut (ou peut) pas rentrer dans le moule, un monde où l’effet de groupe est omniprésent et où donc aucune amélioration n’est possible puisqu’il faut faire plaisir au supérieur, qui a toujours raison. Déjà, ce discours est glaçant.
   
   J’ai trouvé que le personnage était complètement vide au niveau des sentiments ou de la réflexion (cela reste à un niveau très superficiel). Il nous est plutôt accessible par ses sensations. J’ai trouvé que le stratagème de l’auteur était démoniaque car en plus, de nous décrire un marché du travail abominable, il nous raconte notre devenir personnel. Si je voulais synthétisé, je dirais que l’homme devient une sorte de petite chose qui a toujours peur de ne pas bien faire. Cela annihile toutes ses capacités de réflexion et rébellion.
   
   C’est donc une fable bien noire que nous dépeint Denis Michelis pour son premier roman.

critique par Céba




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