Lecture / Ecriture
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Les arpenteurs de Kim Zupan

Kim Zupan
  Les arpenteurs

Les arpenteurs - Kim Zupan

Sans excès
Note :

   Valentine Millimaki se donne à fond dans son métier : il arpente les pistes à la recherche de disparus en compagnie de son chien Tom. Son job accapare son esprit au point d'en négliger son bien le plus précieux : sa vie intime ! Conscient du talent de cette recrue aussi mutique qu'efficace, son chef, shérif de son état, l'encourage à discutailler avec un serial killer incarcéré, John Gload, histoire qu'on découvre enfin les ossements de ses victimes présumées. S'engagent alors entre les deux hommes une approche teintée de respect et de confidence, une forme d'attirance et de répulsion. Mais un grand manipulateur a toujours du mal à se défaire de son vice.
   
   Ce premier roman est maîtrisé, excelle dans l'art de la dissimulation et de la nuance, me semble mesuré dans les scènes morbides : il n'y a pas de violence gratuite, tout détail est distillé avec parcimonie, afin que rien n'échappe au lecteur. La nature fait corps avec le héros Valentine : les champs deviennent ses lieux de prédilection. Chez lui, on sent la fatigue installée par les insomnies à répétition, le tourment de ne plus satisfaire sa compagne Glenda qui ne rêve plus d'ombre, son besoin de ressentir le cheminement des personnes recherchées, l'envie de comprendre l'énigme Gload ( ou du moins, ce qu'il laisse entrevoir ). Kim Zupan réussit à ne rendre aucun de ses personnages détestable : pourtant, avec John Gload, ce n'était pas gagné d'avance ! Ce psychopathe narre ses pulsions avec détachement, sans en rajouter. On en imagine la pensée tordue.
   
   Tout est réussi dans "Les arpenteurs" : la prose efficace et raisonnablement descriptive, des protagonistes suffisamment ficelés dont on suit le parcours, une intrigue qui tient la route jusqu'au bout. J'ai aimé le couple Gload/Millimaki qui jamais ne déçoit et dégage une grandeur d'âme étonnante, l'infini respect de Valentine à l'égard des personnes disparues. Par leur absence, elles font corps avec ce dernier : le traitement de l'épisode Penelope Ann Carnahan en est exemplaire et émouvant. Un très très beau premier roman.
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critique par Philisine Cave




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Dernière requête
Note :

   Auteur américain que je découvre avec ce roman noir très atypique. Atypique, Kim Zupan l’est aussi, travailleur manuel, charpentier en particulier, il écrit, en parallèle de ses fonctions de professeur de menuiserie, à l’université de Missoula, haut lieu de la littérature américaine.
   
    Nous sommes dans le Montana, deux hommes que tout semble opposer vont passer leur nuit ensemble, l’un comme prisonnier, Gload, et l’autre Val chargé de la surveillance nocturne des prisonniers. L’un comme l’autre souffre de troubles du sommeil, alors ils parlent, se racontent leurs vies, se jaugent. Val aimerait des sortes d’aveux de cet homme que l’on soupçonne de plusieurs crimes. Les autorités aimeraient aussi savoir ce qu’est devenue Janine, son épouse disparue depuis un long moment. Pour Gload, elle l’a quitté comme elle le faisait parfois, mais n’est pas revenue. La technique de Gload est simple, tuer, enterrer le corps après lui avoir coupé la tête et les mains qui sont jetées séparément dans un barrage voisin. Sauf que pour le dernier crime crapuleux commis avec Sidney White, la victime, un jeune homosexuel, avait subi une opération à cœur ouvert, donc identifiable. Car Sidney a été arrêté pour viol et a indiqué à la police l’emplacement du corps. Le piège se referme sur le vieil homme.
   
    Val aussi a des problèmes de couple, Glenda, son épouse travaille dans un hôpital, ils se voient peu. Maintenant qu’il est d’astreintes nocturnes, c’est quasiment plus jamais. En plus son travail n’est pas des plus amusants, la recherche des disparus dans l’immensité et les forêts de la région qu’il arpente en compagnie de son chien Tom. Il traverse une très mauvaise passe. En effet il ne trouve que des cadavres…
   
   Alors, entre deux oiseaux de nuit, le jeune représentant de la loi et le criminel chevronné, une sorte de complicité va petit à petit s’installer, puis leurs chemins vont se séparer.
   
    Gload, des années plus tard, demande à Val de passer le voir en prison. Il sait pertinemment qu’à son âge il ne sortira jamais vivant du pénitencier.
   
    Alors il a, au nom de leur amitié et de cet amour de la campagne, une dernière requête à formuler. En échange, mais pour lui seul il lui révélera un terrible secret !
   
    Quelques personnages attachants, Valentine dit Val Millimaki, se souvient de son enfance qui l’a profondément marqué ; avec son épouse Glenda c’est le début de la fin. Ses collègues qu’il n’apprécie guère et qui le lui rendent bien. Seul le sheriff, son supérieur hiérarchique, lui vient en aide dans sa profonde détresse.
   
    John Gload malgré son grand âge se révèle être un tueur impitoyable avec un lourd passé. Orphelin il est sur la route depuis l’âge de 14 ans et a commencé à tuer à cette époque. Une vieille dame et son chien, il peut en parler il y a plus que prescription. Il avoue aussi le meurtre d’un joueur de poker chinois pour lui voler ses luxueuses bagues…, mais l’affaire est passée en perte pour lui et en profit pour quelqu’un d’autre, semble-t-il !
   
    Un très grand livre noir, les relations plus qu’improbables entre un jeune adjoint au sheriff et un vieil assassin retord !
    Une découverte.
   
    Extraits :
   
   - Il leva les mains, paumes vers le haut, tourna la tête de gauche à droite, invitant l'obscurité alentour à prendre en considération ses conditions de vie actuelle.
   
   - La télévision. C'est ça, le problème. Ils ont tout vu à la télévision.
   
   - Bon. C'est pas gagné. Mais on va peut-être pouvoir mettre au clair certaines affaires qui sont restées en suspens depuis qu'il est arrivé dans notre comté. Et ça, c'était il y a un sacré foutu moment, déjà.
   
    - Bref, votre petit vieux va rester coffré jusqu'à sa mort. Ce serait bien de connaître tous les autres squelettes dans son placard – et ceux qu'il a enterrés ailleurs, aussi.
   
    - Non. Tu as raison, c'est le mot parfait. C'est exactement ce que tu es. Un fantôme.
   
   - L'idée de rapporter en détail le récit du démembrement de Gload et les insinuations de malversations policières l'épuisaient d'avance. Pire même, se rendit-il compte, il aurait eu l'impression de trahir.
   
   - P S.: Vous aviez toute mon amitié, même si j'avais pas la vôtre.
   

    Titre original : The Ploughmen (2014).

critique par Eireann Yvon




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