Lecture / Ecriture
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Les coiffes rouges de Daniel Cario

Daniel Cario
  Les coiffes rouges

Les coiffes rouges - Daniel Cario

Ouvrières en lutte !
Note :

    Daniel Cario nous emmène à Douarnenez, dans ce roman qui nous conte, à travers le destin d’une jeune fille, les luttes des "Penn-sardin" en 1924. Un exemple de lutte ouvrière réussie.
   
    Dolores entre très jeune Chez "Guéret", une des conserveries de la ville, et connait alors les cadences infernales, le mépris des contremaitresses pourtant issues du rang. Pour le patronat, elles ne sont que des machines à faire de l’argent !
   
    Son arrivée ne passe pas inaperçue, c’est le moins que l’on puisse dire. "La Murène", sa responsable, aime bien les jeunes filles, alors elle est une proie rêvée. Elle a un adversaire de taille. Alcide Guéret, le directeur de la fabrique, a lui aussi des vues sur la naïve jeune fille.
   
    L’existence rude de ses parents qui sont de braves gens qui travaillent beaucoup, ce n’est pas la misère noire, mais pas loin.
   
    Dolores voit en cachette Glazig aux superbes yeux bleus, un amour de jeunesse naît entre eux, il sera plus tard source de graves problèmes.
    Elle se lie d’amitié avec Clopine, qui boîte de naissance. Ouvrière licenciée, elle se tient matin et soir devant la porte de la conserverie dont elle est la mémoire et également une sorte de porte-parole des luttes passées.
    La vie pourrait suivre son cours, mais son père est victime d’un grave accident de pêche et doit être amputé, début de la déchéance familiale.
    Pour subvenir aux besoins de la famille, Dolorès accepte la proposition d’Alcide Guéret, devenir sa demoiselle de compagnie.
    Aux yeux des autres ouvrières, c’est considéré comme de la trahison ! De plus elle quitte ses tenues "Bretonnes" pour être habillée à la mode de Paris, elle est donc rejetée par le monde ouvrier et n’est considérée que comme la putain des bourgeois.
    Une conversation entre patrons lui ouvre les yeux, malgré de graves évènements familiaux, elle quitte sa tour d’ivoire, remet sa coiffe et rejoint les grévistes…
   
   Dolores Marques, jeune rousse au teint mat, est une des plus belles du port. Son destin semble, comme les autres, scellés, la conserverie est une vie de dur labeur et de grande misère. Mais elle va elle aussi participer à un des plus beaux combats de l’histoire des conserveries.
    Sa famille, son père Diego, marin espagnol marié avec Marie, une fille de Bretagne, leurs fins seront tragiques !
    Clopine la boiteuse, personnage emblématique de la lutte ouvrière, licenciée depuis une quinzaine d’années comme meneuse, qui depuis traîne son handicap et sa peine, mais sa soif de revanche est bien là, ancrée en elle. Un très beau personnage de battante allant jusqu’au bout de son idéal.
    On trouve aussi quelques personnages qui ont bien existé, syndicalistes ou hommes politiques de gauche.
    Il n’y a comme d’habitude rien à dire ou alors que du bien sur l’écriture !
    Je terminerai par cette phrase illustrant le cynisme du patronat:
   –"Ce sont toujours eux qui paieront. Si nous donnons aux femmes un salaire supérieur, nous achèterons alors à leurs maris, à leurs frères, les pêcheurs, le poisson à un prix plus bas.
    Voilà tout."

   
   
   Extraits :
   
   - Les patrons avaient été contraints de revoir leurs effectifs à la baisse, puisqu'il n'allait quand même pas renier leurs bénéfices ! Ils avaient moins embauché, mais entendaient que la somme de travail reste la même. La seule solution était d'accélérer les cadences, mais pour un salaire toujours aussi bas.
   
   - Francine avait toujours été une bonne camarade, et avait l'estime de toute l'usine. Ainsi était-on disposé à l'écouter et à la respecter ; lui obéir, c'était autre chose.
   
   - Non content de changer sa condition sociale, il entendait à présent la dépouiller de son identité bretonne.
   
   - Les ouvrières n'étaient donc que les rouages d'une effrayante machine qui leur suçait la moelle, qui les dévorait. Leurs souffrances n'importaient pas aux patrons, et ceci les mettait au rebut quand elles étaient usées.
   
   - Le conflit allait prendre des allures fascinantes qui n'étaient pas sans rappeler les procédés de la nouvelle droite en Europe, et dont Mussolini portait l'odieux flambeau en Italie. Désormais, avec ces gens-là, les pires extrémités étaient à craindre.

critique par Eireann Yvon




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